La couleur de l'automne par

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Univers Parallèle / Drame / Romance

8 Jeux politiques

Catégorie: G , 3508 mots
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La vertu succombant sous l'audace impunie,

L'imposture en honneur, la vérité bannie;

L'errante liberté.

Aux dieux vivants du monde offerte en sacrifice ;

Et la force, partout, fondant de l'injustice

Le règne illimité

 

                Tywin était en colère, extrêmement en colère. Autour de la table, tous se regardaient, et personne n'osait prendre la parole. Cela faisait déjà quelques minutes que Tywin avait arrêté de parler, et il attendait une réponse. Une réponse concrète, claire et surtout précise. Petyr pouvait sentir la tension dans la salle, et il savait très bien de quoi le jeune homme en face de lui avait peur. Il avait un peu pitié, presque, mais pas assez pour se sacrifier pour un bleu, et encore moins un nouveau. Il était le dernier arrivé, et serait le premier abandonné en cas de problème. Tywin se leva du siège, lentement, et le jeune homme retint sa respiration, tous les regards divergeant vers lui.

                – Je vais être très clair, débuta Tywin lentement, j'attends une réponse claire et précise. Je vous le redemande encore une fois messieurs, qui est le bâtard responsable du merdier dans lequel nous sommes ?

 

Il dirigea son regard vers Petyr, et un instant il cru déceler dans son regard l'ombre d'un soupçon, mais Tywin continua d'observer un à un chacun des hommes autour de la table. Il se mit à avancer, et il avait le pas d'un prédateur pistant sa proie. Sansa Stark. Petyr savait très bien de quoi parlait Tywin, il savait très bien ce qu'il cherchait, et cela faisait maintenant un mois qu'il la cherchait désespérément. L'unique erreur, la seule bavure, la seule tache dans le plan parfait de Tywin Lannister. La jeune Stark était une menace directe envers Tywin et pour ses prétentions et projets politiques. Et cela Petyr le savait très bien, et il s'en délectait. Le grand Tywin Lannister, si fier, venait de perdre son petit fils, et également un futur membre du parlement westorossien. Joffrey Lannister, bien qu'il soit un idiot aux yeux de Petyr, était un atout important pour Tywin dans le sens ou bien que téméraire il était facilement manipulable, et Tywin avait besoin de loin. Besoin de lui au parlement. "Et je lui ai tiré une balle dans la tête" pensa Petyr, à la fois anxieux d'avoir été trop imprudent mais aussi satisfait. Satisfait de la tournure des événements. Il n'avait rien calculé, n'en avait même pas eu le temps, la situation était bien trop urgente à l'époque. Sansa Stark, sa pièce maitresse, avait presque été récupérée par Tywin et toujours à présent il s'en voulait d'une telle imprudence. Cela aurait pu mettre fin à tant d'année de travail si il n'avait ne serait-ce que commis une seule erreur. Une erreur et la travail d'une vie entière aurait été effacé. Tout cela pour une fille, à cause d'elle. Il regrettait déjà, et se demandait si elle en valait vraiment la peine. Si il faisait bien de la garder vivante. Il pourrait la rendre de Tywin, gagner sa confiance, monter les échelons pour encore mieux le frapper dans le dos.  Mais Petyr savait l'importance de Sansa Stark, il savait très bien qu'elle jouerait un rôle majeur dans ses machinations politiques, et il la préférait vivante que morte. Quelque chose au fond de lui, quelque chose qu'il n'arrivait plus à maîtriser était attiré par la fille.

 

                Tandis que Tywin continuait d'inspecter chacun de ses collaborateurs, Petyr revoyait Sansa danser devant ses yeux, dans la pénombre de sa boîte de nuit. Il la revoyait tourner, pleurer et sourire en même temps. Et il se souvenait de la fragile fille qu'il avait récupérée dans les bois, si semblable à sa mère et pleine de sang. Et une phrase résonnait dans son esprit. Elle l'avait prononcé si simplement, mais avec une telle force. Elle s'était accrochée à la vie si fermement, accrochée à lui, passant ses bras frêle autour de ses épaules, lovant son visage dans sa nuque, et elle l'avait murmuré. Pas maintenant. Et il avait eu envie de l'aider. Quelque chose en lui s'était trouvé assez bon pour l'aider, elle. Il n'avait pas réussi à aider Catelyn, pas réussi à la sauver, même après toutes ces années. Il n'en avait pas eu le pouvoir. Et cela l'écœurait, le rendait fou de rage. Après toutes ces années, il n'avait toujours pas le pouvoir nécessaire de sauver, de protéger ce à quoi il tenait. Alors il l'avait récupérée, sans réfléchir. Car il en avait le pouvoir, car il le pouvait. Car il pouvait au moins la sauver elle. Il l'avait ensuite nettoyée, soignée, et contre toute attente elle l'avait embrassé. Si doucement qu'il ne l'avait presque pas senti au début. Et il avait paniqué. Il avait baissé sa garde, et cela ne devait jamais arriver une nouvelle fois.

 

                Elle était dangereuse, et il s'en était rendu compte plus tard. Curieuse, également. Lorsqu'il était entré dans son bureau, dans la maison de Lysa, le regard qu'elle lui avait lancé était ampli de peur, et accusateur. Elle ne l'avait pas remercié, juste soupçonné. Cela n'aurait pas du étonner Petyr, personne ne l'a jamais remercié pour quoi que ce soit auparavant, mais quelque chose au fond de lui voulait sa reconnaissance. Mais la jeune fille ne semblait même pas s'en souvenir, ni même de l'avoir embrassé. Il était un inconnu à ses yeux. Et cela l'avait vexé, légèrement blessé. Il avait prit des risques fou pour cette fille, l'avait soignée, hébergée, alors qu'il aurait pu la laisser mourir. Et elle le provoquait, refusait d'obéir, et s'était enfuie, le mettant lui-même en danger. Il l'avait alors décidé ce jour-là en l'observant à côté du cadavre de Joffrey; il ne devait pas s'attacher à la fille, car elle était ce qui lui conférerait le pouvoir. Elle était celle qui lui permettrait de se hisser en haut, toujours plus haut. Elle serait une pièce, et rien de plus. Mais en la voyant danser, l'enfant en lui avait pleuré. L'enfant en lui avait été triste. Et il avait réalisé ainsi que l'enfant en lui n'était pas mort. Et elle avait commencé à jouer à son jeu. Et il aimait quelque chose là dedans, dans ce duel continuel qu'ils semblaient avoir. Elle pensait qu'il ne pourrait jamais lui faire du mal, et pourtant il était là, à côté de Tywin Lannister, débattant intérieurement sur l'idée de la livrer ou pas. Et il l'avait vu dans ses yeux, qu'elle se souvenait de l'avoir embrassé. Il l'avait lu dans ses yeux, dans sa gestuelle. Elle en serait qu'une pièce dans son jeu, elle devait le rester, mais cela ne voulait pas dire qu'il ne pourrait pas s'amuser un peu avec elle. Alors il l'avait embrassée, s'assurant de lier la jeune fille à lui indéfiniment. Souhaitant brusquer son esprit, la marquer si fort qu'elle ne penserait qu'à lui à l'avenir. Il pouvait lire dans ses yeux l'envie de sang, et la solitude, l'envie de chaleur. Il voyait son reflet dans ses yeux. Il voyait ce qu'elle pourrait devenir, mais pour cela il devait la changer. Et il la changerait, il en ferait l'arme parfaite. Et une fois tout cela terminé, il s'en débarrasserait. Il ne devrait rester aucune trace de ce qu'il préparait, et elle était un témoin important. Une faiblesse majeure. Une faille.

 

                Petyr leva les yeux, et ce qu'il vit ne l'étonna pas. Tywin s'était arrêté derrière le nouveau. Il s'appelait Martyn d'après les souvenirs de Petyr. Un petit jeune banquier qui s'était lancé dans la politique, mais bien trop naïf et prude. Petyr avait su dès le premier regard qu'à la moindre incartade il aurait été la première victime, qu'il aurait été dévoré. Les hommes sont des loups pour les autres hommes, et à présent il était rejeté de la meute. Petyr les voyait tous, lancer des regards accusateurs sur le pauvre Martyn. En vérité, il n'était absolument pas responsable du tout de la tournure des événements, le principal responsable était Bolton. Il était celui qui avait engagé les mercenaires, et avait organisé l'attaque. Martyn n'était que son sous-fifre, homme à tout faire. Mais bouclier également. Et à présent, Bolton transperçait Martyn du regard, sans l'ombre d'un regret, dénué de toute culpabilité. Et Petyr savait qu'il y avait toujours besoin d'un responsable aux yeux de Tywin. La perte de son petit-fils et l'évasion de Sansa Stark le rendait dangereux.

                – Non seulement, murmurait Tywin, tu as mis en danger notre parti Martyn, mais tu es également responsable de la mort... de mon petit-fils.

                – Je vous jure monsieur que je... commençait à balbutier Martyn, paniqué.

                – Ne me jure rien, le coupa Tywin, et la prochaine fois que tu prendras la parole tu connaîtras le même sort que mon petit fils, une balle dans la tête. Tu me déçois, Martyn. J'avais de grands espoirs en toi. Tu me déçois, réellement.

                – Attendez je ne..

                – Qu'on me débarrasse de ce type, je ne veux plus la voir, ordonna Tywin en remuant la main. Je ne veux plus voir personne, sortez tous, ajouta-t-il.

 

Petyr observa les autres hommes se lever de la table, et il regarda également Martyn être escorté en dehors de la salle de réunion. Il serait sans doute retrouvé mort demain, dans un fossé. Sa famille recevrait également une lettre du parti, et les plus sincères condoléances de Tywin. Petyr se leva, un peu fatiguée par les deux semaines dernières. Il avait passé son plan à contacter ses collaborateurs, passer des contrats, s'occuper de diverses taches à la place de Tywin, travailler dans l'ombre.

                – Non, pas vous, Littlefinger, restez ici, ordonna Tywin alors que Petyr allait sortir de la salle.

 

 

Petyr se retourna et observa l'homme, le jaugeant. Tywin regardait à travers la fenêtre, ils étaient au vingtième étage et la ville s'étendait en face du vieil homme. Il l'observait comme si elle lui appartenait, comme si le monde entier, l'horizon tombait sous sa domination. Petyr retourna s'asseoir, attendant les ordres de Tywin. Il n'avait pas le temps de s'occuper ni du budget de la campagne, ni des discours de Tywin, mais être le conseillers politique de Tywin Lannister avait quelques avantages. Il tenait Tywin dans sa main, et d'un moment à l'autre il pouvait l'écraser, le ruiner. Possible, mais bien trop dangereux, et ses arrières n'étant pas assez bien protégée, la fin de Tywin aurait signifié sa propre fin. Non, il devait être plus discret. Cependant, avec l'arrivée de Sansa et ses propres projets, un travail supplémentaire ne ferait qu'alourdir encore plus son agenda. Ce qui signifiait beaucoup moins de temps pour préparer son arme secrète, Sansa.

                – Où en sont les comptes de la campagne, Baelish ? demanda Tywin, ne quittant jamais l'horizon des yeux.

                – Baelish ? répondit Petyr en ricanant, il est rare de vous entendre m'appeler par mon nom, Tywin.

                – Oh, assez de formalité, s'impatienta Tywin en se retournant, où en sont ces maudits comptes?

                – Je ne peux vraiment rien vous refuser Tywin, rigola Petyr. Pour le moment nous avons le soutiens de Tyrells enterprises, et nos actions ont montés en flèches. Nous avons beaucoup de bénéfices, mais je vous conseillerai de diversifié un peu vos investisseme...

                – Faites donc, faites donc, s'impatienta Tywin. Dites-moi plutôt où nous en sommes dans la campagne, pas où vous trouvez les fonds, leur provenance m'importe peu.

                – Bien, continua Petyr légèrement tendu, nous avons récolté assez d'argent pour commencer la campagne de publicité. La plupart des radios ont acceptés notre proposition, et nous avons également le soutiens de quelques journalistes. La rédaction du Daily News nous a assuré son appuis... Cependant, continua Petyr plus prudemment, il y a le cas de cette fameuse Brienne.

                – Brienne ? demanda Tywin en fronçant les sourcils.

                – L'étoile montante du quotidien d'opposition  appartenant à Renly Baratheon, elle refuse tout alliance. Trop.. Beaucoup trop de principes, ajouta Petyr avec un léger mépris.

                – Vous lui avez demandé directement? aboya Tywin, en frappant sur la table.

                – Absolument pas, se défendit Petyr, vous me connaissez Tywin, je ne ferai pas ce genre d'erreur, le rassura-t-il. Cependant, notre intermédiaire n'est pas revenu indemne, et elle aurait brûlé l'argent.

 

 

Tywin garda le silence durant quelques instants. Il gardait le poing serré, mais son esprit était ailleurs. Petyr l'observait, devinant à l'avance ce qui se tramait dans l'esprit du vieil homme. C'était toujours comme ça avec Tywin, pas de demi mesure. Et Petyr l'avait prévu, depuis des semaines. Il ne fallait que son consentement, juste une phrase, et c'était bon.

                – Renly Baratheon, murmura Tywin en caressant la table. Ce petit me gêne, beaucoup... Depuis bien trop longtemps, Littlefinger. Et maintenant, il lorgne sur les actions de son frère, n'est-ce pas?

                – Vous voulez que.. commença Petyr, prudemment.

                – Débarrassez-moi de lui, ordonna Tywin en levant les yeux vers Petyr.

                – Bien, monsieur, répondit Petyr avec un sourire en coin. Autre chose, monsieur ? demanda Petyr, toujours un peu moqueur.

 

 

Tywin lui lança un regard désapprobateur, mais Petyr savait très bien que le vieil homme était habitué à son caractère joueur. Il aimait même peut-être ça, bien qu'il ne le tolère pas énormément. Tywin retourna s'asseoir sur son siège, pensif. Petyr se leva, jugeant sage de le laisser dans ses réflexions., de partir avant qu'il ne demande un autre service qui ne ferait qu'alourdir une nouvelle fois son emploi du temps.

                – Littlefinger, le rappela Tywin alors que Petyr atteignait la porte.

 

 

Petyr se retourna lentement, jurant intérieurement mais gardant un sourire factice imprimé sur son visage. Il détestait quand Tywin lui donnait tous le sale boulot, il avait déjà bien assez à faire avec ses propres affaires. Il était bien son conseiller politique, mais pas son homme à tout faire. Il détestait également entendre ce surnom sortir de sa bouche, le nom qu'on lui donnait dans les bas-fonds, son nom de travail. Le nom que tout les mecs du métier respectait. Mais dans la bouche de Tywin, cela sonnait comme une insulte. Et Petyr détestait ça. Tywin le fixait du regard, intransigeant. Et Petyr su ce qu'il allait lui demander. "Non, non, non. C'est pas mon travail ça, c'est celui de Bolton." pensa Petyr, agacé. Il fit signe à Tywin qu'il était prêt à entendre sa requête.

                – Vous vous chargerez de trouver l'enfant Stark, ordonna Tywin. Morte, ou vivante, je m'en moque. Débarrassez-moi d'elle, et vite. Prouvez-moi que vous n'êtes pas de la même sorte que ces incompétents que je viens de jeter à la porte, expédia-t-il.

 

 

Petyr le maudit intérieurement, puis considéra les nombreux avantages de la chose. Bien que cela ne fasse que compliquer sa tâche. Ce n'était pas exactement ce qu'il avait prévu, il l'avait même plutôt craint. Il n'était plus dominant dans la recherche de Sansa Stark, et Tywin venait de remporter la main. Il devait donner des résultats, ou alors il serait suspecté. Petyr soupira, et lança un regard fatigué à Tywin, tentant de lui faire comprendre qu'il avait déjà beaucoup de travail. Et c'était vrai. Se débarasser de Renly prendrait beaucoup de temps déjà, et il n'en avait que très peu à disposition. Mais le vieil homme ignora sa plainte silencieuse.

               – La fille Stark, trancha Tywin. Ce sera tout, Littlefinger.

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