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Chapitre 10 : Suite

Par Vanessa

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— Tu avais raison, dit Fitz une fois qu’ils furent de retour à Alluveterre. (Ils gravissaient l’escalier qui menait aux cabanes.) Ils me plaisent, ces jumeaux.

— À moi aussi, dit Dex.

— Bien sûr qu’ils vous plaisent ! s’exclama Raven

M. Forkle était parti transmettre leurs découvertes aux médecins de Lumenaria. En dépit de ses efforts, Sophie ne parvenait pas à partager son optimisme.

Tout renseignement sur le fonctionnement de l’épidémie était bon à prendre. Mais ce n’était pas suffisant.

— Il va falloir prévenir Capitaine Ténèbres que le rôle de Trublion en conflit avec papa est déjà pris, maugréa Keefe.

— Tu aurais dû le lui dire quand tu lui as parlé du fan-club de Raven , suggéra Biana.

— Ou pas, rétorqua Raven. T’as quoi avec Tamou ? demanda-t-elle à Keefe.

— Tu plaisantes ? (Il chassa une frange imaginaire de son front et baissa sa voix d’une octave.) « Quand on refuse d’être lu, c’est qu’on a de la noirceur à cacher. »

L’imitation était parfaite. Pourtant, la pique apparente dissimulait un sentiment plus profond — que Raven avait déjà détecté sur le visage de Keefe lorsqu’il s’était refusé à la lecture de Tam.

— Tu changeras d’avis une fois que tu auras appris à le connaître, dit-elle. 

 


— Ruy Ignis, dit Dex, occupé à tapoter l’écran du transmetteur modifié où il avait enregistré tous les dossiers volés dans les archives d’Exillium. Raven était assise de travers sur un pouf, se limant les ongles.

Le petit groupe s’était réuni dans la salle commune des garçons pour mener l’enquête sur le Psionipathe.

Dex tendit le gadget à Sophie, qui mémorisa le dossier de Ruy dans ses moindres détails — qui étaient, à vrai dire, plutôt maigres. Ses parents travaillaient tous deux à Mystérium. C’étaient eux qui avaient livré leur fils au Conseil, aussi avait-il sans doute coupé les ponts. Le champ localisation n’indiquait que : « banni et éjecté ».

— Je me demande si mon frère l’a connu, s’interrogea Fitz, qui lisait par-dessus son épaule. Il a un an de plus qu’Alvar, il devait donc être un niveau au-dessus à Foxfire. Ils ont quand même dû se croiser en éducation physique, entre autres.

— Et si on essayait de joindre Alvar pour lui poser la question ?

— Ma mère devrait pouvoir le faire... Tiens donc ! Il semble que Ruy ait été exclu en Niveau 4, peu de temps après avoir manifesté son talent.

Le dossier n’indiquait pas la nature de son infraction, juste qu’il s’était montré « instable et inapte à vivre en société », comme ils le savaient déjà. Sophie remarqua quand même deux mots à la toute fin du dossier, qui lui avaient jusque-là échappé : « faute inexpiable ».

— Qu’est-ce qu’il a fait, à votre avis ? demanda Dex.

— Ce n’est pas une tournure que le Conseil emploie à la légère, dit M. Forkle depuis le seuil. De qui parlons-nous ?

Sophie lui rapporta ce que lui avait appris son Instructrice. Le vieil elfe se caressa le menton, songeur.

— Je vais devoir déployer toutes mes ressources pour découvrir la nature du crime de ce Ruy Ignis, même si je doute fort que son passé nous conduise à lui.

— Mieux vaut quand même en savoir le plus possible sur l’ennemi, non ? dit Sophie.

— Tout à fait. Pour l’heure, en revanche, j’ai besoin que tu te concentres sur ton entraînement à l’apparentage. Au vu de la situation, nous avons plus que jamais intérêt à ce que vous développiez au maximum votre potentiel, tous les deux. Or votre progression s’avère plus lente qu’escompté.

— Eh, j’étais à demi mort pendant une semaine ! protesta Fitz. Et on a fait des tonnes d’exercices de confiance.

— En effet, acquiesça M. Forkle. C’est bien là le problème. Peu conçoivent la confiance comme une émotion. Ils préfèrent la voir comme une force à même d’être contrôlée. Alors que sous sa forme la plus basique, la confiance est aussi indépendante de notre volonté que la tristesse, la colère ou la peur. Un nourrisson fait d’instinct confiance à ses parents. L’esprit de Sophie se fie d’instinct au mien... ainsi qu’au vôtre, à présent, Fitz. Quel enseignement pouvons-nous en tirer ?

— Que Sophie a mauvais goût en matière de Télépathes ? hasarda Keefe.

— Non. Que les émotions affectent notre télépathie. La joie nous donne force et confiance en nous. L’amour nous pousse à nous dépasser, à ne jamais baisser les bras. La peur obscurcit notre jugement ou nous retient en arrière. Le chagrin nous prive de toute énergie, de tout espoir. La colère nous rend téméraires, ou trop agressifs. Et nous ne pouvons contrôler ces forces de notre propre chef... à l’exception des Apparentés, s’ils apprennent à reconnaître les émotions de leur partenaire.

— Ce n’est pas gagné avec Sophitz, ironisa Raven.

— Je suis bien d’accord, déclara M. Forkle. C’est pourquoi j’ai mis au point un nouvel exercice. J’aurais dû diversifier plus tôt vos leçons, afin d’y inclure d’autres émotions que la confiance. Nous allons devoir rattraper le temps perdu.

Il menait Fitz et Sophie vers l’escalier lorsque Biana l’arrêta :

— Et nous ? s’enquit-elle.

— Spectre devrait venir vous entraîner d’ici une heure, l’informa-t-il. Brume va venir jeter un coup d’œil à votre explorateur de base de données, Dex, afin de chercher le moyen d’y intégrer les pierres de façon organique. Quant à vous, Keefe...

— Oh, laissez-moi deviner, le coupa l’intéressé. Encore une journée de lectures passionnantes ?

— A vrai dire, j’aimerais que vous participiez à l’entraînement de Sophie et de Fitz. Vos talents d’Empathe nous seront précieux.

Biana gloussa.

— Que t’arrive-t-il ? demanda Fitz.

— Oh, rien, répondit sa sœur. Vous trois, travailler ensemble vos émotions ? Ça promet !






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