Psychoghost, ou Obsession du passé

Chapitre 1 : Psychoghost, ou Obsession du passé, première partie

Par B7B14

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Cette fanfiction participe au Défi d’écriture du forum Fanfictions.fr Crossover improbable (janvier à février 2022)



Psychoghost, ou Obsession du passé, Première partie




Par une journée pluvieuse de novembre, alors que le tonnerre gronde au loin et des éclairs zèbrent le ciel, Mélinda, la propriétaire de la boutique d’antiquités depuis peu de la ville de Grandview, et chuchoteuse d’esprits depuis son enfance, range les récentes acquisitions dans l’entrepôt. Celles-ci sont des meubles, des tables, des chaises, des armoires provenant d’un petit hôtel à White Pine Bay, ou Baie du pin blanc, dans une petite ville dans l’Oregon. À la demande du psychiatre Fred Richman, agissant par procuration au nom de son propriétaire, un certain Norman Bates, quelques jours plus tôt, il les lui a donné, puisque aucun antiquaire de la région n'a voulu les vendre. Elle ne remarque pas une jeune femme derrière son dos. Cette dernière a une triste mine, affligée de quitter si tôt le monde des vivants. 

— Quelqu’un peut m’aider ? demande-t-elle d'une petite voix à peine audible.

Se retournant, Mélinda note l’angle étrange de sa tête et des ecchymoses au bras et au visage et une trace de sang sur les tempes, laissant deviner une mort plutôt inattendue. Les yeux bruns agrandis de peur, les traits tendus, la vivante affirme d'une voix qui se veut puissante, mais échoue, et bredouille : 

— Qui êtes-vous ? ... Déclinez votre identité ! Et pour quelle raison errez-vous ?

L'esprit errant, une élégante femme aux yeux brun noisette, aux cheveux blond cendré libre en désordre, ne cache pas son étonnement, malgré qu'elle essaie de camoufler sa nudité de ses mains. Elle se déplace rapidement derrière un grand meuble, confuse que quelqu'un lui réponde.

— Je suis Marion Crane… Je ne sais pas comment informer mon amant de ma mort…

L'antiquaire soupire, bras croisés en-dessous de sa poitrine.

— Quel est son nom ?

Elle fixe l'esprit errant, attendant une réponse.

— Venez, et vous le saurez !

Marion observe l'entrepôt pour ne pas croiser le regard de la femme extraordinaire.

— Pouvez-vous…

L’esprit errant s’en va, laissant Mélinda très inquiète. Elle soupire, certaine que Marion lui cache des informations importantes, et hurle à l'attention de son associée, Andréa Marino.

— Andréa, je ne pourrais pas vous aider avec les clients, j'ai une tâche administrative inopinée à faire au plus vite.

Et elle ferme la porte de l'entrepôt, n'entendant pas sa réponse, et s'installe confortablement sur le fauteuil beige derrière l'ordinateur.

Elle fouille dans les journaux locaux et nationaux et navigue sur Internet pour trouver le plus d'informations sur l'esprit errant, mais ne trouve rien de très pertinent. Une idée lui vient à l’esprit. Elle appelle son mari, Jim, au travail, et l’informe : 

— Chéri, j’ai un cas d’esprit errant plutôt énigmatique à régler, et je pense que la ville de White Pine Bay, dans l'Oregon, est la réponse à ce cas… Veux-tu venir avec moi ? Ensemble, on peut s’aider… Quand ne travailles-tu pas ?

— Après-demain, je suis libre… Donc en deux jours, penses-tu régler son cas ?

— Je vais essayer.

— Mais soit prudente, Mél, lui réplique-t-il d'un ton alarmé.

— Ne t'inquiète pas, chéri. Je suis toujours prudente ! s'exclame-t-elle joyeusement entre deux rires. Bisou et à ce soir !

— Bisou à toi aussi, ma chérie.

Chacun raccroche son téléphone et Mélinda aide son associée en accueillant des clients dans sa boutique. Elle ne remarque pas qu'une trentenaire l'épie discrètement dans l'ombre de la porte de l'entrepôt avant de disparaître.

Quelques heures plus tard, l'antiquaire revient chez elle, malgré son inquiétude pour l'esprit errant. La nuit est tranquille pour le couple.



Le lendemain matin, l’antiquaire extraordinaire est à sa boutique, attendant des clients. Soudain, elle remarque Marion qui se promène toujours aussi gênée et s’arrête derrière une chaise…

— Je me souviens, le repas, puis les discussions animées autour de la taxidermie, passion du propriétaire de l’hôtel, Norman… Puis la douche, et plus rien…

— Êtes-vous certaine que vous n’avez rien omis ? l’interroge-t-elle, exaspérée de la devinette de l’entité invisible.

Mine pensive, la blonde lui répond d'un ton traînant :

— Je ne pense pas…

L’antiquaire s’approche de la chaise et touche son dossier, transportée dans une vision.

Elle s'assoit sur la chaise en bois, en face d’un charmant jeune homme un peu plus vieux qu’elle, début trentaine, aux yeux noirs comme la nuit perçants son être lorsqu’il les dirige sur elle, aux cheveux d’ébène bien entretenus, ses mains, aux doigts vierges de toute alliance ou bague, s'agitent joyeusement lorsqu’il parle du dépouillage et du tannage des animaux. Elle est répugnée de son étrange intérêt, mais ne dit rien par politesse.

« Un homme bien singulier » pense-t-elle, nullement intéressée par le sujet. Aussi, son affabilité excessive, artificielle, voire fausse, l'énerve au plus au point.

Elle mange en silence un repas préparé par l’étrange propriétaire, une soupe à l’oignon. Repas délicieux par ailleurs.

Une fois qu’elle le quitte après la consommation du dessert, une tranche de gâteau au fromage, elle lit un livre qu’elle a trouvé dans la bibliothèque de la petite chambre. Quelques pages plus tard, fatiguée, ses paupières se ferment d’elles-mêmes, sa concentration la fuit. Elle prend une douche, pensant bientôt rejoindre son amour dans quelques jours. 

Se lavant, elle discerne, derrière les rideaux, une forme humaine, féminine, pense-t-elle, s’avancer vers elle. Essayant de se cacher du mieux qu’elle le peut, les rideaux lui dévoilent une femme de trente ans dans une ample robe, au visage peu féminin, grossier, mais gracieux, avec un fichu bleu marine qui cache ses cheveux, un couteau bien aiguisé à la main droite. Cette femme, saoule, tire violemment sur le rideau. Mélinda sursaute, très effrayée, son cœur bat la chamade, ses yeux devenus encore plus grands, plusieurs idées se succèdent sur l’étrange visite. De peur et voulant éviter le coup du couteau, elle glisse dans la baignoire mouillée, tombant morte sur place, une traînée de sang autour des tempes et des ecchymoses sur les bras. Son âme, à côté de son corps, remarque que la femme, soudainement revenue à elle, comme dégrisée, l’étrange lueur ne brille plus dans ses yeux, sanglote, très affligée de sa mort. Déposant son couteau par terre, l’étrange femme pleure et lui murmure, d’une voix grave, presque masculine : 

— Marion Crane, êtes-vous vivante ? Ne me dites pas que vous êtes morte ? Je ne voulais pas vous tuer…

— Malheureusement, je le suis, lui répond-elle amèrement.

La chuchoteuse d’esprits s’étonne de la présence d’une élégante trentenaire avec un fichu couleur vermeil camouflant ses cheveux noirs, aux yeux noirs brillant d'un étrange éclat et au visage assombri par la tristesse au côté de l’étrange femme. Elle semble affligée et inquiète, murmurant : 

— Mon enfant, pourquoi ?

— Qui êtes-vous, madame ? Et pourquoi dites-vous mon enfant ? Serez-vous sa mère ?

— Je suis sa mère, celle qui lui donna le jour. Sa pauvre mère qui ne veut que le protéger… Sa pauvre mère qui ne veut qu’aider son fils… Maintenant que je comprends tout…

Et le mystérieux esprit errant féminin s'en va. Mélinda est très confuse, suivant l'intrigante trentenaire penchée au-dessus de son corps. L'étrange femme soulève le cadavre pour le cacher dans des draps, murmurant d’une douce voix :

— Pauvre Marion... Ma chère Marion…

La mère de la mystérieuse femme apparaît à la droite de celle-ci, l'observant silencieusement.

— Puis-je l’aider ? Que puis-je faire ? Pourquoi êtes-vous près d'elle ? l'interroge la chuchoteuse d’esprits.

— Laissez mon cher enfant tranquille, s'exclame la défunte trentenaire. Le pauvre, il a une vie difficile…

— Taisez-vous enfin ! hurle l’étrange femme d'une voix rauque, masculine. Pourquoi dois-je vous entendre ?

L'étrange femme vivante se relève, sortant de l'hôtel en titubant pour emprunter le petit chemin qui mène jusqu'à la maison adjacent l’hôtel, plus exactement dans la cave. Mélinda veut la suivre, mais la mystérieuse défunte, d'une voix sépulcrale et forte, lui ordonne :

— Mademoiselle, ne faites pas un pas de plus et ne soyez pas trop curieuse, même dans l'Au-delà ! Vous ignorez ce que cache cet endroit. Ne rentrez pas !

Sursautant, effrayée de la lueur de colère qui brille dans le regard de la mère, elle attend devant la porte.


Mélinda revient de sa vision encore plus intriguée qu'auparavant.

— J'ai vu votre fin... C'est cruel ! Qui est cet esprit errant qui hante l'endroit, une mère qui s'inquiète pour sa fille et son fils ? Et quel est le rapport avec le propriétaire, ce Norman ?

— Je ne saurais vous le dire, répond Marion.

L'esprit errant s'évapore, laissant l'antiquaire très perplexe et inquiète. Elle revient rapidement chez elle, angoissée. La nuit est tranquille pour le couple, aucun cauchemar pour la chuchoteuse d'esprits.



Deux jours plus tard, Jim et Mélinda, malgré les sombres nuages qui laissent tomber sans merci des averses sur les toits et des éclairs qui zèbrent le ciel assombri, en voiture, se dirigent vers l'hôtel de Norman Bates dans l'Oregon. Arrivé devant celui-ci, Jim commente, en remarquant la solitude qui enveloppe le sinistre immense hôtel de pierres aux stores baissés, ressemblant à des paupières fermées, au chemin sinueux et aux arbres qui s'élèvent, nus de toutes feuilles, similaires à des bras levés en une ultime supplication :

— Mél, es-tu certaine d'entrer dans cet endroit ? Il semble abandonné depuis longtemps...

Il lance un regard rempli d'inquiétude à son épouse. Cette dernière, sourire forcé, guère plus rassurée que lui, affirme d'une voix blanche :

— Jim, tu as raison, mais je n'ai guère le choix. 

Elle lui caresse la main pour se rassurer.

— Allons-y ! Nous sommes deux, mon amour ! complète-t-elle. Je veux bien aider cet esprit à partir dans la Lumière !

Jim soupire et, d'un ton résigné, lui réplique :

— Alors allons-y !


Le couple, lampe de poche à la main, rentre néanmoins dans l’étrange hôtel délabré au sommet d’une colline. Il a l’air encore plus sinistre de l’intérieur que de l’extérieur. Des murs desquels une peinture tombent comme des écailles d’une mue de serpent par endroits, en plus d’un faible éclairage, laissant des étranges ombres par endroits et un air oppressant, air de mystère lourd, air d'un endroit qui cache de sombres secrets et d'obscurs occupants.

Soudain, un bruit, un grincement s'entend. Mélinda se retourne, le cœur battant la chamade, très angoissée, serrant la main droite de son mari pour se rassurer. Son ventre se contracte et ses yeux s'agrandissent d'effroi en apercevant une vague forme féminine et fantomatique dans la noirceur qui la fixe. Elle tourne sa lampe de poche pour éclairer le mystérieux être qui disparaît aussitôt. À sa droite, elle ressent une présence d'un étrange esprit masculin la fixer froidement qui s'évapore lorsqu'elle veut le détailler. Jim, traits crispés, lance un regard interrogateur à son épouse. Cette dernière lui fait signe de continuer leur exploration des lieux.

Parcourant le sombre vestibule, l'ambulancier et son épouse ne cessent de se retourner à intervalles réguliers, guère rassurés des ténèbres les entourant, des tables inoccupées, des tableaux suspendus au mur dont les personnes représentées les fixent froidement et du silence oppressant. Seul le bruit de leur pas résonne dans l'immense pièce. Ils arrivent dans une chambre. Celle-ci est un état tout aussi triste que le vestibule, puis dans la salle de bain.

Touchant le cadre de la porte, Mélinda est dans une vision.

Elle ressent une légèreté et une culpabilité, observant, désorientée, son corps qui gît. La mystérieuse femme au couteau ramasse son corps, puis descend dans la cave, ne revenant jamais de l'endroit, laissant sortir son hôte, Norman Bates, vêtu d'une légère chemise blanche et d'un pantalon beige, avec une lueur étrange dans le regard, possédé, et saoul. Son âme se tient en retrait de son corps. Leurs yeux se rencontrent et elle lit une tristesse insondable, avant qu'il ne détourne son regard et s'en va. Norman, toujours possédé, traîne le corps à l'extérieur jusqu'à une petite voiture grise. Il range tous les documents qui traînent sur une petite table, y incluant des feuilles d'un journal plié. Il démarre la voiture, la dirigeant vers un marais non loin de son hôtel. Il revient sur ses pas, sourire malsain et psychopathe au visage, yeux brillant d'une lueur irréelle, se dirige vers la salle de bain pour récupérer son couteau, s'asseyant dans la baignoire, ne cessant de psalmodier à mi-voix :

— Mère... Pourquoi es-tu parti ? Où suis-je ? Est-ce que mon sang ne t'est pas suffisant ? Et vous, mes démons, êtes-vous satisfait de mon sang ?

À chaque question, il s'entaille les poignets et les bras, laissant couler un faible filet du précieux liquide vital dans la baignoire. 

Mélinda ressent une envie irrépressible de vomir, mais rien ne sort de sa bouche, détournant le regard de l’étrange scène. Le mystérieux esprit errant féminin, près de Norman, lui réplique : 

— Mon fils, tu n’as pas compris… Tu ne dois pas procéder ainsi…

— N'écoutez pas cette vieille folle, affirment à l'unisson cinq voix d'hommes et de femmes étrangement vêtus. Vêtements tachés de sang.

Norman se lève, soudain, et se cache dans la cuisine, cherchant une bouteille de whisky avant de s'affaler sur une chaise et de consommer verre après verre l'alcool, sous le regard désapprobateur de sa mère.


Mélinda, très perturbée par sa vision, est rassurée que son mari la soutient de ses bras musclés, l'empêchant de tomber. La chuchoteuse d'esprits enlace fébrilement Jim, alors que ce dernier la rassure du mieux qu'il peut.


Quelques minutes plus tard, l'ambulancier demande d'une douce voix, la berçant contre lui :

— Mél, qu'as-tu vu de si perturbant ? Cet endroit serait-il entaché d'un sordide meurtre ?

— Certainement... bredouille-t-elle. J'ai vu la mort de Marion, une étrange femme vit avec ce Norman, le propriétaire interné... Cette femme, sa sœur, certainement saoule lors du meurtre, semble vivre dans la cave de la demeure adjacent à l'hôtel. Elle est toujours suivie par sa mère, à l'instar du propriétaire...

Soudain, l'antiquaire se tait, aucun son ne franchit ses lèvres, son cœur et son ventre s'affolent encore plus, ses mains tremblent lorsqu'elle discerne la mère de Norman devant elle. Cette dernière, reconnaissable à son fichu vermeil et à ses yeux brillant d'une lueur de folie, lui ordonne froidement, la fixant :

— Jeune femme, vous ferez mieux de quitter cet endroit et ne pas trop fourrer votre nez dans ma vie et dans celle de mon fils, compris ? Vous me voyez, alors suivez mon conseil ! Quittez immédiatement ce lieu maudit !

L'échine de la chuchoteuse d'esprits s'agite brièvement sous l'effet de sa terreur; terreur de lire, dans le regard de la défunte, un abîme. Ses mains se tiennent solidement aux bras de son mari pour qu'elles ne tremblent pas. Jim, inquiet, enlaçant son épouse, allume rapidement l'interrupteur le plus près pour dissiper la lourdeur et le mystère obscurs qui s'emparent de ses sens. Lorsque la lumière de la salle de bain arrive, le mystérieux esprit errant déguerpit immédiatement.

— Jim, comment s'appellent la mère de Norman et sa sœur ?

— Je l'ignore, mais nous pouvons nous informer. Mél, veux-tu le savoir pour la simple raison qu'elle vient de te faire peur ?

L'interpellée opine faiblement du chef, fixant avec frayeur la forme sombre de l'esprit tapi dans le noir.

— A-t-elle proféré une menace ? l'interroge doucement son mari, balayant avec sa lampe de poche les ténèbres.

Ravalant sa salive, elle bredouille :

— Oui... En un certain sens... Un avertissement… Son regard est... effrayant... Inhumain... Un abîme...

Il enlace la femme pour la réconforter et lui murmure :

— Ma chérie, si tu veux, nous reviendrons à la maison et abandonnerons l'esprit errant qui hante l'hôtel... L'endroit peut simplement être maudit...

Baissant son regard, elle réfléchit à la proposition de son mari.

— Je ne veux pas abandonner maintenant ! s'exclame-t-elle. Au moins, pour aider la pauvre Marion Crane ! Continuons, Jim.

— Mél, veux-tu terminer de m'expliquer ta vision ? lui demande-t-il chaleureusement de sa puissante voix masculine.

— Oui, je te l'expliquerais... Et la sœur du propriétaire est attristée de constater que Marion est morte... Elle est partie dans la cave pour ne plus en sortir. Norman, le propriétaire, est sorti de l'endroit possédé, son âme est spectatrice des actions de son corps... Au moins, ce n’est pas sa mère qui le possède, puisque Norman interagit avec elle… Qu’il soit hanté, c’est évident ! Mais, je ne saurais t’informer de l’entité qui l'habite avec certitude. Et Norman camoufle le corps de Marion dans sa voiture grise avec toutes ses affaires et dirige la voiture vers le lac pour ne laisser aucune trace de la mort de la jeune femme.

Un tremblement parcourt le corps de Mélinda.

— ... Une fois débarrassé du cadavre, Norman se mutile dans la baignoire et revient dans la cuisine pour se noyer dans l'alcool... Suivi de sordides et étranges esprits... Sa mère a une immense emprise sur lui, puisque toutes ses interactions sont des questions pour elle... Très inquiétant… Même si elle n’approuve pas son échappatoire dans l’alcool... Elle veut l'informer, mais il ne l'écoute pas...

Jim observe silencieusement les environs, demeurant coi.


Quelques minutes plus tard, le couple arrive dans la cuisine, une petite pièce vide de toute vie. Mélinda note immédiatement la présence de la mère de Norman dans un coin, sourire ironique aux lèvres.

— Pensez-vous facilement tout savoir ? Arrogance ! Je répète mon conseil, jeune femme. Quittez ce lieu immédiatement !

Elle s'en va, éclatant les ampoules de la salle. Jim, pour pallier la lumière manquante, sort une autre lampe de poche de son sac, éclairant bien la pièce. Une pièce accueillante, pense Mélinda, si les murs ne sont pas lézardés, la peinture absente par endroits et l'air oppressant.

— C'est à cette place, lui commente Marion, soudainement apparue derrière une chaise, que mon hôte s'assoit toujours. L'autre chaise à sa droite est toujours vide...

— Pourquoi ? Pour quelle raison ? lui demande-t-elle.

— Je ne le sais pas, lui réplique-t-elle, haussant les épaules.

— Éloignez-vous ! ordonne une voix féminine derrière le dos de Mélinda. Ne soyez pas trop curieuse !

La mystérieuse femme se déplace jusqu'à la chaise à la droite de la centrale et s'assoit.

— Jeune femme, ironise-t-elle, ne voulez-vous pas être plus décente et vous habiller convenablement ?

Baissant ses sombres yeux sur ses genoux, elle continue son monologue.

— Mon pauvre fils... Mon pauvre Norman, gémit-elle. Il n'eut pas la vie facile... Avec ce qu’il pense être sa schizophrénie et ses personnalités multiples... Mon pauvre enfant. Malheureusement quelqu'un doit payer le prix… Semble-t-il…

L'antiquaire extraordinaire est perplexe du changement de comportement de l'esprit errant. Se tournant vers Marion, elle lui demande :

— Mademoiselle, pouvez-vous m'expliquer que faisiez-vous dans cet hôtel ? Pourquoi les feuilles d'un journal plié auront une importance pour vous ? Où vit votre amant ? Que voulez-vous lui dire ?

Marion, fuyant le regard sévère de Mélinda, observe les environs qu'elle connaît bien.

— Les feuilles de journal cachent d'importants papiers que j'ai voulu lui donner... Cet hôtel n'a été qu'une halte avant de le rejoindre, mon cher Sam, à Fairvale.

— Votre amant a un nom et un prénom, dites-moi l'information ! s'impatiente-t-elle. Il faut bien que nous le retrouvons pour l'aviser de l'existence de ces papiers si importants !

Fixant ses pieds, elle murmure, dans un souffle :

— Sam Loomis habite au 295 avenue Woodland, à Fairvale.

Mélinda note rapidement les informations mentionnées sur une feuille qu'elle sort de son sac.

— Et, ces feuilles de journal, que cachent-elles ?

Marion se déplace à l'extérieur de l'hôtel, laissant l'épouse de Jim perplexe.

— Mél, intervient son mari, je peux m'informer rapidement sur le nom de la mère et de la sœur de Norman Bates... Je n'ai qu'à demander ces petites informations à ma connaissance dans la police, l'inspecteur Carl Neely.

— Merci, mon amour, parce que ces esprits ne sont aucunement collaboratifs !


Jim, suivi de Mélinda, sort de l'hôtel pour appeler l'inspecteur d'un téléphone public.

Celui-ci leur affirme :

— Malheureusement, je n'ai aucun contact en Oregon. Je ne pourrais vous aider, sinon, je m'expose à une sanction disciplinaire.

Jim raccroche le téléphone, soupire et chuchote :

— L'inspecteur Carl Neely ne peut nous aider ! Comment obtenir l'information ?

— Jeune homme, je peux vous aider, lui répond, soudainement matérialisé près de lui, un esprit errant.

Ce dernier est un homme de trente-cinq ans en complet brun foncé et un chapeau de même couleur, aux traits sévères. Ses yeux marron lancent des éclairs de colère. Mélinda tourne sa tête vers l'esprit, l'interrogeant du regard.

— Je suis l'inspecteur Milton Arbogast, mort tué par cette vieille folle que je n'ai même pas vu, voulant rentrer dans sa chambre...

— Jim, commente-t-elle, un défunt inspecteur, monsieur Arbogast, peut nous aider... Monsieur Milton Arbogast, je vous écoute.

L'ambulancier opine du chef et demeure coi. Le défunt, étonné, continue son récit. Son visage s'adoucit un peu.

— … En réalité, mon meurtrier est Norman Bates déguisé... Et j'ai entendu du shérif Al Chambers qui a discuté avec la sœur de Marion Crane, Lila, que Norman est le fils unique de madame Norma Bates, décédée il y a dix ans, se suicidant après avoir empoisonné son amant.

— Ne venez pas vous ingérer dans ma vie, ni celle de mon fils ! éructe une forme fantomatique, féminine et sombre, derrière la chuchoteuse d'esprits... Vous êtes sur mon domaine ! Quittez-le immédiatement ! Mais sachez que mon fils ne vous aurait jamais tué s’il n'avait pas bu !

La femme extraordinaire se retourne et croise le regard étrange de Norma, lui donnant un frisson.

— Jim, l'étrange femme défunte est la mère de Norman, Norma. Elle n'a que lui pour enfant. Donc Marion a vu Norman déguisé en sa mère... Étrange ? Mais pourquoi ?

— Je ne saurais t'aider... Sauf s'il n'a jamais accepté que sa mère soit morte... Un trouble dissociatif de la personnalité... Je ne me connais pas trop en psychiatrie pour t'aider, Mél.

— Arrêtez de raconter n'importe quoi lorsque vous ne savez pas la vérité ! s'emporte Norma. Mais, je vous le conseille, quittez immédiatement cet endroit maudit ! Il n'y a rien à faire, ni âme à sauver ! Nous sommes perdues pour toujours !

Elle parle ainsi et quitte l'endroit, sous le regard perplexe de la chuchoteuse d'esprit.

— Jim, murmure-t-elle d'une voix inquiète, je pense que la chambre de Norma nous donnera des réponses importantes. Allons-y !

L'interpellé ne fait qu'opiner du chef à son intention.




À suivre




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