Pourquoi Carl Neely a-t-il quitté Grandview ?

Chapitre 2 : Issue inattendue

Par 1950m

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Quelques minutes plus tard, un véhicule de police et une ambulance se stationnent près de la cabine. Les occupants des véhicules sortent. Les policiers se dirigent d’un pas rapide vers la cabine. Ils discutent avec Carl Neely puis amènent Hunter Clayton dans le véhicule. Le détective explique à ses collègues que la blessure de Jim à l’épaule a été une erreur de sa part. Melinda s’approche d’eux, front plissé d’inquiétude, gorge serrée et mains moites. Elle reconnaît l’un des collègues de son mari, Robert Tooch, un grand ambulancier aux cheveux noirs, aux yeux bruns et au teint basané. Celui-ci la salue rapidement d’un geste de sa main droite puis s’affaire avec son collègue d’apporter la civière et les autres matériels nécessaires. Les ambulanciers allongent aussitôt le blessé, en vérifiant les signes vitaux. Melinda profite du temps où les deux ambulanciers préparent leur véhicule pour accueillir le blessé pour se pencher au-dessus de son mari, qui sourit à sa vue. Jim est allongé sur la civière, ayant repris conscience, mais encore sous le choc de la douleur de la balle qui s’est plantée dans son épaule droite. La brunette murmure : – Jim, je suis vraiment désolée…

Il lui réplique d’une voix rauque : – Ne sois pas désolée Mel !  

Elle gémit d’une petite voix : – Je savais que tu étais en danger… Désolé de ne pas avoir agi plus rapidement…

– Pourtant, Mel, je vais bien… Rien ne me fait mal…

Les ambulanciers reviennent auprès du blessé et déplacent rapidement la civière dans leur véhicule. Melinda se tient un peu à l’écart pour ne pas déranger les collègues de son mari. Son cœur bat la chamade, ses mains sont moites et des sueurs froides coulent dans son dos, front plissé d’inquiétude pour Jim. Secoué par le mouvement du déplacement, le blessé proteste : – Ce n’est pas parce que je suis sous le choc que je n’ai pas ressenti la douleur !

Robert Tooch ferme la porte du véhicule et revient au volant. L’antiquaire regarde rapidement autour d’elle. Ne remarquant aucun esprit errant, elle ramène son attention vers les ambulanciers jusqu’à ce qu’ils disparaissent de vue. L’ambulance s’achemine vers l’hôpital de Grandview, l’hôpital Mercy. Ils activent les sirènes pour passer en priorité. Les policiers embarquent dans leurs véhicules et reviennent dans la station de police à Grandview. Melinda suit ce convoi, sauf qu’elle se rend directement à l’hôpital, question de savoir comment se déroulera la suite avec son époux. Jim est opéré aussitôt, afin d’extraire la balle de son épaule. Le temps de l’opération, Melinda est assise sur une chaise dans la salle d’attente. Elle est impatiente d’avoir des nouvelles. Pour passer le temps, elle joue avec l’alliance de Jim, qu’elle a dû retirer de son annulaire gauche avant qu’il soit conduit sur la table opératoire. 

Une fois l’opération faite, le cardiologue amène le patient dans la chambre 335, suivi par une infirmière qui veille sur lui. Une autre infirmière arrive dans la salle d’attente et dit d’une voix neutre : – Madame Gordon.

L’interpellée se lève aussitôt, lueur d’espoir dans ses yeux bruns. L’infirmière s’approche d’elle et murmure d’un ton toujours aussi neutre : – L’opération de votre mari s’est faite sans aucune difficulté. Il se repose dans la chambre 335. Son état est stable. Il faut seulement attendre qu’il reprenne conscience. 

Melinda, contente, s’exclame d’un air joyeux: – Merci Madame ! Puis-je voir Jim ?

– Bien sûr ! Empruntez le couloir à votre gauche; c’est la chambre complètement au fond.

– Merci encore une fois !

– Il n’y a pas de quoi !

L’infirmière se dirige d’un pas rapide vers un autre couloir, tandis que Melinda se dirige vers la chambre où se trouve son époux. Chemin faisant, elle remarque qu’Owen Grace apparaît devant la porte de la chambre de Jim. La passeuse d’âmes le fixe, yeux écarquillés et sourcils froncés de surprise. 

Qu’il y a-t-il ? Est-ce qu’il va enfin partir dans la Lumière ?

L’esprit errant murmure d’une voix triste, en baissant sa tête comme un gamin honteux : – Je suis désolé pour ce qui est arrivé à votre époux…

Elle réplique d’une voix douce : – Owen, ne sois pas désolé… Tu n’as fait que ton travail, celui de m’informer du danger dans lequel Jim s’est trouvé…

Owen relève sa tête, visiblement rassuré, comme le témoigne la lueur de joie enfantine dans ses yeux. Il ajoute : – Maintenant que Tricia est sauve et que personne d’autre est en danger, je ne veux plus rester ici… Je commence à m’ennuyer de voir toujours les mêmes décors… Je… Je…

Il tourne sa petite tête vers sa droite et poursuit d’un ton enjoué, apercevant une lumière que lui seul voit : – Je vois mamie et papie qui me font signe de me rejoindre… C’est tellement joyeux, lumineux… Il y a beaucoup de lumière…

En tournant sa tête vers Melinda, l’esprit murmure : – Dois-je aller ? Je suis attiré par cette lumière extraordinaire…

Émue, la passeuse d’âme répond à voix basse : – Oui, elle est pour toi… Vas-y !

L’esprit errant s’enfonce dans la Lumière jusqu’à disparaître définitivement.

Melinda verse une petite larme de joie, comme toujours lorsqu’un esprit errant passe dans la Lumière, qui est l’Au-delà, lieu où elles vont une fois que les âmes ne sont plus reliées à leur corps. La passeuse d’âmes se ressaisit en séchant rapidement ses larmes du dos de ses mains, renifle puis inspire et expire profondément. Une fois remise de l’émotion, elle s’avance d’un pas certain vers la porte de la chambre et y entre.

L’infirmière qui veille sur le patient tourne sa tête vers la brunette et la salue : – Bonjour, Madame Gordon !

L’interpellée réplique une formule de salutation puis questionne : – Jim se porte bien ?

– Oui… Son état est stable.Seulement, les prochaines quarante-huit heures sont déterminantes pour sa survie. 

Melinda, le front plissé d’inquiétude, demande d’une petite voix : – Puis-je rester aux côtés de Jim ? 

L’infirmière lui répond chaleureusement que oui et l’invite à prendre une chaise qui s’y trouvait dans la chambre. La pièce est très sobre, aux murs, plafond et tuiles blancs. Les seuls meubles sont le lit sur lequel son époux est allongé, un chevet à sa gauche sur lequel se trouve un moniteur, une petite table au pied de lit sur laquelle trône un téléphone et une chaise à la droite de la tête du lit. Melinda s’assied sur la chaise. Comme Jim n’est pas encore revenu de l’effet de l’anesthésie, sa femme se lève de temps en temps de la chaise sur laquelle elle est assise et se tient un peu à l’écart, mais sans le quitter des yeux. Elle soupire. 

Vas-y, Jim ! Tu es capable ! Reviens, je t’en supplie ! 

Fatiguée, Melinda s’assied à nouveau sur la chaise et s’endort, l’avant de son corps sur le lit. L’infirmière est sortie, le temps d’aller chercher un café à la cafétéria du personnel puis revient pour veiller sur l’homme allongé dans le lit, immobile. Elle sourit lorsqu'elle remarque que Melinda dort presque appuyée contre Jim. Elle ramène son attention vers le moniteur, qui indique une activité cardiaque normale.




Hôpital Mercy, Grandview, chambre 335, 22 h 00.


Melinda est au chevet du lit d’hôpital de son mari, endormie sur la chaise sur laquelle elle est assise. Elle est réveillée par la voix de son époux. Elle ouvre ses yeux embrumés de sommeil.

Pourtant, il me semble que c’est l’âme de Jim, et non qu’il s’est levé du lit.

L’âme de son mari sourit et murmure d’une voix douce : – Ma chérie, tu es vraiment belle…

Elle murmure d’une voix blanche : – Jim, es-tu vivant ?

– Regarde moi, Mel, s’il te plaît…

Melinda, certaine qu’elle vient de voir l’âme de son mari, a le cœur qui bat fort dans sa poitrine. Elle se lève rapidement de la chaise pour constater que l’âme de Jim est entre le lit et elle. Les larmes lui montent aux yeux, tandis que son corps se fige par la peur. 

Ça ne doit pas arriver ! Ça peut arriver à tout le monde, mais pas à moi… Surtout pas maintenant ! Jim, s’il te plait ! Peux-tu revenir dans ton corps ?

Les mains de la passeuse d’âmes sont crispées, tandis que sur son joli visage pâli, des sillons de larmes coulent. 

Je ne peux pas y croire !

À ce moment, l’interphone de l’hôpital grésille et hurle : « Chambre 335, code bleu ! »

L’infirmière remarque du coin de l’œil que Melinda a la tête tournée vers quelqu’un d’invisible. 

Elle est vraiment bizarre Madame Gordon de murmurer ainsi à son mari, alors qu’il vient de faire un arrêt cardio-respiratoire… 

Mais l’aboiement de l’interphone la sort de ses pensées. Elle s’approche de Jim pour procéder à la réanimation cardiaque. Le cardiologue, qui est aussitôt arrivé en trombe dans la chambre, essaie aussi de ramener à la vie le patient. En vain. L’écran du moniteur devient noir. 

Melinda éclate en sanglots, attristée en son âme d’être veuve. Elle proteste d’une voix tremblante entre deux reniflements : – S’il te plaît, Jim ! Snif… Reste ! Snif… Ne me quitte pas ! Snif…

Son regard se promène de l’âme au corps de Jim. Elle cache son visage avec ses mains. L’âme de son époux la regarde d’un air triste et commente : – Mel, n’oublie pas que je t’aime ! Reste forte !

– S’il te plaît ! Ne me quitte pas !

L’âme errante secoue tristement sa tête et s’évapore dans les airs. L’infirmière regarde d’un air bizarre Melinda, qui fixe d’un air perdu la direction où se trouvait l’âme de son mari. L’infirmière pour attirer l’attention tousse. La brunette sursaute et tourne sa tête vers elle, regardant à travers elle. Cette dernière dit d’un ton neutre : – Madame Gordon, votre mari est décédé.

Dans un cri hystérique, la femme extraordinaire, en tendant ses bras vers le lit de son mari, hurle : – Non ! Pourquoi vous n’avez pas pu le réanimer ! Ça ne peut pas être vrai ! Ça doit être un cauchemar !

Le cardiologue, faible sourire aux lèvres, rassure la jeune femme d’un ton calme : – Madame Gordon, calmez-vous… Les décès à la suite d’une opération sont courantes… Votre époux ne sera ni le premier ni le dernier qui décédera après une opération.

Melinda éclate en sanglots. L’infirmière s’approche d’elle et la rassure à voix basse : – Madame, voulez-vous sortir de la chambre ?

La brunette, secouée par ses pleurs, tente en vain de sécher ses larmes. Elle suit docilement l’infirmière et les deux femmes sortent de la chambre. Melinda revient dans la salle d’attente, le temps de saisir ce qui s’est passé : elle saisit l’alliance de Jim entre le pouce et l’index de sa main droite.

Jim, pourquoi tu dois mourir ? Pourquoi le Destin est si cruel ? Pourquoi ? Ce n’est pas juste !

L’antiquaire soupire. Plus rien n’est comme avant. Elle a une impression de vide en son âme. 

L’esprit errant qu’est devenu son époux apparaît devant elle. Cette dernière lève ses yeux rougis de larmes et murmure d’une voix tremblante : – Jim… Pourquoi ne veux-tu pas partir dans la Lumière ?

Sourire chaleureux aux lèvres, il répond d’une voix douce : – Mel, tu sais que je t’aime beaucoup ! Je ne peux pas partir dans la Lumière tant que tu n’es pas sauve… Ne veux-tu pas me faire plaisir et revenir à la maison pour faire ta période de deuil ?

Melinda ne peut pas réprimer les larmes qui lui montent aux yeux. Elle hoche lentement de la tête et se dirige vers la sortie de l’hôpital. Elle suit simplement l’âme de son époux. La jeune femme remarque, en contre-sens, deux homme, dont l’un est sans doute un médecin étant donné sa blouse blanche, l’autre un homme vêtu d’un complet noir avec une chemise blanche, sans doute un coroner, se diriger rapidement vers la chambre où se trouve le corps de Jim. Ils concluent que la cause du décès est une embolie. Et le corps est rapidement apporté à la morgue.




Pendant ce temps-là, à des kilomètres de Grandview.


Jim est allongé dans un lit aux draps vert forêt. 

Il ne me manque que ma Melinda à mes côtés… Qu’est-ce que j’ai hâte de la revoir ! 

Il s’efforce de s’endormir, en gardant l’espoir de revoir bientôt sa femme et son quotidien. Il s’est trouvé quelques livres dans la bibliothèque du salon pour passer le temps entre la cuisine et les promenades à l’extérieur. Au moins, il se nourrit bien. Drôle de manière de ne pas perdre ses talents culinaires ! D’ailleurs, il a augmenté ses connaissances culinaires grâce à un livre de recettes qu’il a trouvé dans la bibliothèque du salon. L’ambulancier a même pris en note certaines recettes en pensant épater sa femme.




8 novembre 2007, maison de Carl Neely, 13 h 00.


Le détective revient de son quart de travail. Il boit un verre de whisky et lit la section nécrologique. Lorsque son regard tombe sur la page mentionnant que l’ambulancier Jim Clancy est mort hier soir d’une embolie à la suite d’une opération, il laisse éclater sa joie en buvant quelques verres de plus. 

Je dois avertir Adrian que la dernière condition est remplie…

Il arrête de boire, se souvenant qu'il doit quitter Grandview. Il s’empresse de contacter Delia Banks, une agente immobilière de Grandview, pour régler tous les détails concernant la vente de sa maison. Une fois qu’il ferme la porte derrière Delia, très content de lui-même, Carl Neely se permet de boire un peu plus de vin. Au moins, avec le temps, il supporte mieux l’alcool. Il se repose quelques heures puis continue à boire de l’alcool. Vers 22 h 00, un peu ivre, il revêt un complet noir avec une chemise blanche pour se rendre à pied, en titubant un peu, jusqu’à l’appartement d’Adrian Woodhouse. Heureusement, il ne rencontre personne dans les rues de Grandview, même pas un chat.




8 novembre 2007, appartement d’Adrian Woodhouse, 22 h 30.


Carl Neely frappe à la porte de l’appartement de son ami. Ce dernier lui ouvre aussitôt la porte et le laisse entrer à l’intérieur. Ils se rendent au salon, où ils s’asseyent sur un canapé. Adrian sourit devant l’expression radieuse et avinée du policier. 

Sans doute a-t-il enfin tué son ami…

De sa voix caverneuse, il l’interroge : – Vous avez accompli la dernière condition ?

Carl hoche la tête.

Oui ! Enfin ! 

Le policier tousse puis ajoute, les yeux brillants de curiosité : – Et le poste ?

– Bien sûr… Le poste vous attend depuis trois ans…

Carl Neely, yeux brillant de joie et de surprise, sourcils levés, s’exclame : – Sérieux ?

– Oui !

Le policier laisse éclater sa joie en donnant une accolade amicale à Adrian.

Adrian, en faisant un geste de ses mains pour le ramener à sa place, affirme d’un ton sérieux : – Il ne vous reste qu’à déménager ce soir même à Tsanaview… Et voici l’adresse de votre domicile…

Il tend à Carl Neely un document. Étonné, les sourcils levés, le policier saisit d’une main tremblante le document et le parcourt rapidement : aucun doute, c’est l’achat d’une maison à Tsanaview. Son adresse : 66 rue Pair. Carl se dit à lui-même que Adrian est un homme de confiance, pour le prendre ainsi sous son aile et lui assurer un toit et un emploi. Il lui rend le document, mais son interlocuteur fait un geste de refus de sa main droite puis ajoute dans un murmure : – Monsieur Neely, gardez ce document, car vous en aurez besoin pour déménager à la bonne adresse.

Le policier hoche la tête et bredouille quelques vagues excuses.

Adrian tousse et après quelques secondes de silence continue d’un air sérieux : – Ensuite, demain, vous postulez au poste et vous voilà tranquille !

Carl Neely demeure muet de surprise.

Enfin j’obtiendrai le poste de chef policier !

Puis les deux amis boivent quelques verres de vin blanc pour célébrer l’événement. Carl, ivre, possédé par son grand-père, revient chez lui en titubant. Encore une fois, il ne rencontre personne dans les rues vides de la ville. Même pas les collègues qui font les quarts de nuit. 




8 novembre 2007, maison de Carl Neely, 23 h 00.


Carl Neely, de retour chez lui, prépare ses bagages pour quitter définitivement Grandview. Il s’assure de ne rien oublier : ses tenues d’uniforme, ses complets, ses tenues de jogging, ses différents accessoires pour le rasage. Il a même fait trois fois le tour de sa maison pour être certain de ne pas laisser quelque chose d’important. Étant encore possédé par son grand-père, son âme regarde d’un air amusé les gestes de son corps ivre. Ses bagages en main, il quitte définitivement la maison dans laquelle il avait vécu sept ans. Carl Neely se traîne ainsi dans les rues de Grandview pour trouver la sortie et se rendre dans sa nouvelle maison dans la ville voisine. La nouvelle lune n’éclaire point sa route, de sorte qu’il se dirige comme un automate, guidé par son grand-père qui possède son corps et son démon qui ne le quitte plus. Lorsqu’il voit sa nouvelle maison, il lâche ses bagages de surprise. Il voit devant lui une grande maison en pierres, avec deux petits jardins à l'avant et une grande clôture de fer. 

J’ai hâte de voir l’intérieur… Elle semble très grande… Pratique pour les petites fêtes d’Adrian… À croire qu’il voudrait changer de décors pour la prochaine fois en organisant dans ma nouvelle demeure… Au moins, j’appartiens bien à ce groupe, oui ! Quel honneur que de recevoir mes invités !  

Content, il entre à l'intérieur. Tout est bien ordonné et propre, comme si la maison attendait son occupant. Carl laisse ses bagages au salon et visite toutes les pièces. Il y a une grande salle de cuisine, plusieurs chambres, deux salles de bain et un grand salon avec une bibliothèque, un meuble de télévision et trois canapés. Il s’installe chez lui.


Le lendemain, il regarde les offres d’emplois dans le journal local de la ville. Il repère immédiatement celle qui l’intéresse et pose sa candidature. Une semaine plus tard, Carl Neely passe en entrevue et son nom est retenu au poste. Content, il célèbre sa victoire par une soirée bien arrosée et un repas gargantuesque, car il a quand même invité ses amis… 





9 novembre 2007, maison de Jim et Melinda, 8 h 00.


La jeune veuve est dans la cuisine, assise à la table, la tête entre ses mains. Elle est vêtue d’un chandail et d’un pantalon noirs, car elle est endeuillée.

Je ne pensais jamais revêtir le noir de ma vie… Et encore moins si tôt…

Elle soupire.

Jim, pourquoi me quittes-tu ?

Devant elle, l’âme de son défunt époux apparaît derrière la chaise qui est en face d’elle.

Melinda d’un air exaspérée, les larmes aux yeux : – Que fait-tu ? S’il te plaît, tu sais que tu dois partir dans la Lumière… C’est dans l’ordre des choses…

L’esprit errant qu’est devenu Jim réplique : – Pourtant, ma chérie, je sais très bien que je te manque… Et aucun autre homme ne peut me remplacer à tes côtés…

Elle sourit aux souvenirs des moments passés ensemble.




À ce moment-là, à des kilomètres de Grandview.


Jim est assis à la table de la cuisine, en train de feuilleter un livre de techniques ambulancières du siècle passé, ce qui lui rappelle avec nostalgie le temps de ses études. Tout à coup, sans aucun avertissement, Glooskap, sous l’aspect d’un jeune homme vêtu d’un complet blanc, fait son appariton sur la chaise en face de lui. Le mari de Melinda lève la tête du livre, étonné. Reconnaissant son mystérieux amphitryon, un large sourire se dessine sur ses lèvres et ses yeux s’illuminent de joie.

Je reviendrai enfin vers ma chère épouse !

Le filou confirme sa pensée d’un geste positif de tête. Il ajoute d’un ton joyeux : – Ne soyez pas étonné, mais vous reviendrez chez vous… 

Et il disparaît aussitôt.

Jim, heureux, remet le livre à sa place dans la bibliothèque. Il a l’impression que toute cette histoire le dépasse, mais l’important pour lui est de retrouver sa femme. Pour les explications, peu importe, car il ne s'intéresse pas à faire sens de ce qu’il vient de vivre. L’important est que tout se termine bien ! Il ne sert à rien de théoriser comme les philosophes de mondes parallèles ou je-ne-sais-quoi !





Maison de Jim et Melinda, 8 h 15.



Melinda fixe d’un air triste l’âme du double de Jim, en pensant qu’il s’agit vraiment de son époux. Tous les deux sont silencieux, l’un en face de l’autre.

Tout à coup, à l’entrée de la cuisine, un jeune homme vêtu d’un complet blanc apparait. Intrigués, Melinda et l’âme du double de Jim tournent leurs têtes vers lui. Nul autre que le filou algonquin. Sourire moqueur au visage, il s’exclame : – Bien joué, Jim ! C’est assez !

En un claquement de doigts, l’âme du double de Jim disparaît. 

 Glooskap se retourne vers la jeune femme, qui regarde son mystérieux visiteur avec un air très surpris. Avant qu’elle ne parvienne à dire quoique ce soit, il fait apparaître en un claquement de doigts le vrai Jim Clancy, vêtu de la même chemise bleue à carreaux et pantalon jeans qu’à la journée du mariage annulé de Tricia. Elle, ne pouvant en croire de ses yeux, promène son regard du filou à Jim et inversement, comme si elle attendait que quelqu’un lui explique ce qui vient de se passer.

Comment ? Tu es vivant, Jim ? Ou bien est-ce une hallucination, une vision ou un rêve ?

L’homme vêtu de blanc s’exclame d’un air théâtral : – Madame Melinda Gordon, je me présente : Glooskap, le plus grand filou des Algonquiens ! 

Ignorant le visage méfiant de la brunette, il poursuit : – Et c’est bel et bien votre mari qui est là, en chair, en os et en âme. 

Melinda observe attentivement son époux. 

C’est vrai qu'il est vivant, car il y a quand même une différence lorsqu’il n’était qu’un esprit… Par contre, je me demande comment un tel tour de magie est possible…

Jim est heureux de revoir sa femme. Son cœur bat fort dans sa poitrine sous l’effet de l’émotion et son visage s’illumine d’un sourire. 

Enfin, ma Melinda ! Tu m’as terriblement manqué !

Glooskap, son plus beau sourire au visage, ajoute d’un ton sérieux : – Je vous explique la situation. Remarquant que votre époux a été en danger de mort, entre le fusil de Hunter Clayton, alias Robert Langowski, et l’arme à feu de Carl Neely, j’ai substitué une copie très réaliste de lui afin de vous éviter un réel veuvage. Je tiens à préciser que le policier a vendu son âme au Diable depuis qu’il a rencontré Adrian Woodhouse. Ce dernier se considère comme l’AntiChrist. Votre ami devait remplir trois conditions pour obtenir le poste de chef policier dans la ville voisine, dans laquelle il a déménagé depuis hier soir. Ces trois conditions étaient les suivantes, à savoir de participer à des rituels satanistes mensuels, de sacrifier Caitlin Mahoney, sa belle-fille, et vous, Monsieur Clancy.

Jim et Melinda s’entr’observent puis fixent le filou. Ils ont l’impression d’entendre quelque chose qui les dépassent. La jeune femme se demande s’il s’agit d’un rêve ou de la réalité. Pour s’assurer qu’elle est en présence de son mari, elle s’approche de lui pour serrer ses mains. Elle remarque immédiatement qu’il a son alliance, car elle a dans une boîte à bijoux celle du double. Jim, sourire au visage, caresse doucement le dos de sa femme et lui murmure des mots doux à l’oreille; celle-ci verse une larme de joie et lui saute au cou.

Oui, vraiment ! Jim, c’est toi !

Glooskap sourit devant leurs retrouvailles puis commente : – Ne vous inquiétez pas, Carl Neely ne saura jamais la vérité de la situation… Il suffira seulement de faire taire les rumeurs, en vous transportant ailleurs… Mais vous seriez dans votre maison… Qu’il en soit ainsi, par le Grand Créateur !


Et voilà comment, en un clin d’œil, le couple, leur maison et leurs biens sont transportés ailleurs, à des kilomètres de Grandview. Le filou apparaît à nouveau devant eux, les bénit en algonquin puis disparaît de leur vue. Il revient auprès du Grand Créateur, loin du monde des hommes. Il fait un salut militaire et dit brièvement : – Mission accomplie ! Monsieur Jim Clancy est en sécurité !

Le Grand Créateur le remercie pour son ingéniosité et le congédie. Le filou disparaît de sa vue.



Jim et Melinda ont l’impression de vivre dans un Grandview parallèle, car les rues sont les mêmes, les voisins aussi, la boutique d’antiquités et le marché. 

On dirait que nous n’avons pas changé de lieu… Au moins nous ne sommes pas dépaysés ! Merci ! pense le couple. Au moins, notre invité mystérieux a un sens de l’humeur…






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