Tiens bon, Melinda !

Chapitre 1 : Tiens bon, Melinda !

Chapitre final

4225 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 22/08/2025 18:39


Avertissement : Les personnages de Ghost Whisperer peuvent paraître différents par rapport à la manière dont ils sont présentés dans la série.






11 mai 2006, à la clairière où s’était écrasé le Trans Eastern Airline 395 l’année précédente, Grandview, États-Unis d’Amérique, 23 h 30.


Le maire de Grandview, Alexander Milio, un obèse cinquantenaire, vêtu d’un complet bleu marine qui se confondait avec la noirceur de la nuit, tenait son discours pour honorer la mémoire des victimes mortes lors de l’écrasement du Trans Eastern Airline 395. Il parlait dans le microphone, sur un podium, devant une foule silencieuse. Derrière lui, une banderole portant l’inscription « Commémoration pour la mémoire des 230 victimes décédées le 11 mai 2005 lors de l’écrasement du Trans Eastern Airline 395. Nous ne vous oublierons jamais. » était accrochée sur un panneau mobile. À sa droite et à sa gauche, deux ou trois policiers pour assurer sa sécurité ; les autres agents de l’ordre étaient dispersés parmi la foule, bien reconnaissable à leur uniforme. Il y avait aussi des ambulanciers, attentifs au moindre signe de malaise.

Le maire s’éclaircit la gorge puis s’avança devant le microphone et débuta d’une voix émue la lecture de son discours qu’il avait préparé — ou plutôt, que plusieurs professeurs de l’Université Rockland lui avaient composé — il y a une semaine. Avec son cabinet et avec l’aide de deux ou trois professeurs de la même Université, il avait planifié le déroulement de la cérémonie de commémoration : Discours, puis la marche aux lanternes avec des enfants qui avaient survécu à des accidents survenus un 11 mai. Ces enfants étaient au nombre de trois : Stefano Donato, Elana Petrova et Kristen Filbert. Le premier était un brunet vêtu d’une chemise bleue et d’un manteau vert pâle, qui regardait d’un air assuré autour de lui ; Elana Petrova était une blonde qui regardait avec étonnement, les yeux bleus écarquillés, vêtue d’un pull rayé déboutonné sous lequel se voyait une chemise blanche ; Kristen Filbert, elle, était une fillette vêtue d’une chemise blanche et d’un manteau beige clair qui regardait avec inquiétude autour d’elle, agitant nerveusement sa tête blonde, lueur d’inquiétude dans ses yeux bleus. Tous les trois avaient en commun d’avoir vécu une expérience de mort imminente. Le maire les avait rencontrés par l’entremise de l’homme d’affaires Ethan Clark, qui avait réuni les enfants dans une grande demeure de la ville de Grandview. Ils étaient au pied du podium, faiblement éclairés par les lampadaires et les lumières placés autour de la clairière. Les enfants étaient entourés de policiers.

« Mesdames et Messieurs, je suis le maire de Grandview, Alexander Milio », dit-il en levant la tête de sa feuille de papier puis en la baissant presque aussitôt, « Nous sommes aujourd’hui réunis pour honorer les 230 victimes de l’écrasement du Trans Eastern Airline 395 le 11 mai 2005, à cet endroit où nous sommes présentement. »

Il fit une courte pause, parcourut du regard la foule, ajusta ses lunettes, puis reprit la lecture de son texte.

« Je ne vais pas énumérer la liste de ces pauvres gens… »

Il désigna d’un geste de bras les enfants et dit d’un air sérieux : 

« Nous avons pour cette présente commémoration des invités spéciaux… Des enfants qui ont été les survivants d’une tragédie survenue le 11 mai… »

Il ramena son bras sur le pupitre et poursuivit :

« Chacun dans son coin du monde. Ainsi, nous avons Stefano Donato, onze ans, qui est le seul rescapé d’un tragique effondrement de pont dans la capitale italienne en 2003. Nous avons aussi Elena Petrova, neuf ans, qui est sortie indemne de l’effondrement du métro de Moscou en 2004. Nous avons, finalement, Kristen Filbert, onze ans, qui est la seule survivante de l’écrasement du Trans Eastern Airline 395, survenu ici même... »

Le maire de Grandview s’éclaircit la gorge, but un peu d’eau qui se trouvait dans un verre sur le pupitre, puis reprit :

« Et ces enfants sont ici avec nous grâce à Monsieur Ethan Clark, un homme d’affaires de Londres… Je le remercie pour avoir pris le temps de s’occuper d’eux… Maintenant, Mesdames et Messieurs, laissons la place à ces enfants ! »

Il se pencha vers l’un des policiers à sa gauche, se releva puis s’exclama au microphone :

« Nous aurons une marche aux lanternes ! Bon spectacle ! »

La foule applaudissait bruyamment. Les policiers escortèrent les enfants jusqu’à la clairière, où des véhicules de leurs collègues s’y trouvaient. 

L’espace, de plusieurs kilomètres carrés, était parsemé de roches blanches disposées en rond autour d'une structure en verre qui s’élevait vers le ciel avec grâce. Aucun vent ne venait troubler l’événement. Tout était calme. Bien qu’il n’y avait pas de pleine lune, la clairière était visible. Stefano, Elena et Kristen, chacun une lanterne à la main, s’avancèrent lentement vers la structure en verre, qui ressemblait à plusieurs fins bâtons qui défiaient le ciel. Le jeune Italien commença à faire la ronde en sens antihoraire, comme on lui avait dit de faire. La Russe puis l’Américaine le suivirent.

Parmi la foule, qui suivait du regard le déplacement des enfants, en cercle autour de la clairière, Melinda Gordon, une jeune antiquaire vers la mi-vingtaine, vêtue d’une robe blanche pour l’occasion, serra nerveusement la main gauche de son mari, Jim Clancy, vêtu de son uniforme d’ambulancier. Elle ne cessait de penser avec inquiétude à ses discussions d’il y a quatre jours avec lui et son ami le professeur d’Anthropologie des sciences occultes, Richard Payne.

Cinq signes, dont quatre se sont déjà réalisés… La colombe morte, l’abeille qui saigne, le mort qui marche, le retour de l’oublié… Le dernier est la mort d’un être cher… Et des enfants, des âmes innocentes et pures, sont là pour honorer les défunts… Que Dieu les protège ! 

Elle soupira, exaspérée et dépassée par la conclusion.

En espérant que Jim, Rick ou Delia ne seront pas en danger à cause de moi… Parce que je veux que les esprits trouvent la paix et quittent définitivement le monde des vivants… Mais pourquoi un tel acharnement ?

La brunette regarda autour d’elle, pour remarquer les différents policiers qui assuraient la sécurité. Près d’une voiture, elle nota la présence de Gabriel, un jeune homme qui prétendait voir aussi les esprits. Sauf que Melinda avait compris qu’il les réunissait dans sa grande maison à l’extérieur de Grandview, qu’elle avait visité avec son époux et son ami universitaire à son insu. À la vue de Gabriel, elle se renfrogna malgré elle, en pensant que sa présence ici annonce rien qui vaille. En espérant qu’un malheur n’arrivera pas… Que le Seigneur protège Stefano, Elena et Kristen !

Au moment où les trois enfants débutèrent leur rond autour des pierres, l’antiquaire extraordinaire vit des esprits, une dizaine d’hommes d’âge mûr vêtus de noir, s’approcher de la structure de verre.

L’épouse de Jim, les yeux agrandis de peur, les mains moites, pensa : la présence de ces sombres esprits m’inquiètent beaucoup… Que viennent-ils faire ici ? Ils suivent sans doute les ordres du sinistre Gabriel ! Sans doute parce qu’ils veulent grossir leurs rangs pour bloquer la Lumière ! Ah, Seigneur !

Gabriel fit un signe de la main aux esprits qui s’élevèrent dans les airs. À ce moment, un vent violent fit son apparition, comme venu de nulle part. La structure en verre se balança dangereusement. Un cri de panique sortit de la foule. D’un seul mouvement, les habitants de Grandview réunis couraient dans tous les sens, pour éviter d’être écrasés par le monument qui pouvait bien peser plusieurs kilogrammes.

Malgré le désordre régnant, les policiers s’assurèrent d’écarter calmement et rapidement les personnes afin de sécuriser l’endroit, Melinda, le cœur battant la chamade, ne fut que plus inquiète pour les enfants. Elle pensa : Ah, mon Dieu ! Ce sont sans doute les enfants qui sont l’objet de… Je dois les sauver !

Elle lâcha la main de Jim, puis courut aussi vite que lui permettait ses jambes. Stefano, Elena et Kristen, surpris de sa venue soudaine, s’écartèrent à temps. La structure de verre vint de tomber brusquement. La foule regardait avec curiosité l’écrasement, sans plus réagir, maintenant qu’elle se trouvait à une distance sécuritaire.

Melinda sortit de son corps, ce qu’elle ne remarqua même pas tellement elle était préoccupée par les trois enfants. Elle se tourna vers eux et leur dit d’une voix douce :

— Ne vous inquiétez pas, vous êtes saufs… 

La petite Kristen murmura d’une petite voix, en regardant l’âme de Melinda d’un air affligé :

— J’ai vu cela…

— Quoi ? demanda Melinda, le front plissé.

La fillette montra du regard son corps.

L’âme de l’antiquaire se retourna pour constater que son corps était allongé, là, par terre, sur les pierres. Elle comprit alors pourquoi elle se sentait si légère : une âme qui n’était plus rattachée à un corps. Plusieurs policiers avaient sans doute dégagé son corps de sous la structure de verre qui s’était écrasée sur elle. Melinda resta sans voix et fixa d’un air étonné son propre corps. Un homme se déplaça face à elle, de manière à être visible : nul autre que Gabriel, qui avait un petit sourire aux lèvres. Il leva simplement sa main gauche et fit un dénombrement invisible : un, deux, trois, quatre et cinq.

L’âme de Melinda dit frappée par une soudaine réalisation : 

— Le cinquième signe… La mort d’un être cher…

Gabriel confirma silencieusement puis se fondit dans la foule.

Jim, inquiet pour la sécurité de sa femme, accourut aussitôt vers son corps, en passant au travers son âme, qu’il ne voyait point du tout. Il se pencha au-dessus d’elle et commença une réanimation cardiaque.

L’âme de Melinda, à côté, le regarda faire jusqu’à ce qu’une voix sévère à sa droite intervint :

— Madame Melinda Gordon, votre heure n’est pas encore arrivée ! 

Intriguée, elle tourna sa tête vers la voix, qui était celle d’un jeune homme imberbe, vêtu d’une cape de pèlerin sur laquelle figurait la coquille Saint-Jacques. Il tenait un bâton, le bourdon, de sa main droite. Autour de sa taille, sa panetière et sa gourde étaient suspendues. Saint Roch — le saint protecteur des antiquaires — était enveloppé dans une douce lumière qui irradiait de lui. De plus, la noirceur de la nuit semblait être changée pour devenir une lumière blanchâtre, pure, divine, accueillante et apaisante.

C’est sans doute un appel de la Lumière, pensa-t-elle.

La brunette ramena son attention vers son interlocuteur et balbutia : 

— Qui êtes-vous ?

— L’heure n’est pas à la conversation ! répondit le saint homme d’un ton sévère, le front plissé. Vous devez revenir dans votre corps avant qu’il ne soit trop tard ! Et vous répéterez le même événement en gardant le souvenir de ce qui s’est passé ! Qu’il en soit ainsi !

Melinda n’osa pas se faire dire deux fois. Elle revint vers son corps. Son époux faisait du bouche-à-bouche après le massage cardiaque. Attendrie par la scène, elle se dit à elle-même :

C’est vrai que je ne peux pas abandonner ainsi Jim ! Et comment pourrons-nous être un jour parents ? Que fera-t-il sans moi ?

Et elle réanima à nouveau son corps. Le saint, lui, regagna les cieux sans que personne ne le vit.

Melinda ouvrit lentement les yeux, pour s’assurer qu’elle était bel et bien vivante. Son cœur battait très vite, en raison de la réanimation. Jim, content que ses efforts n’avaient pas été vains, l’aida à se relever doucement. Elle remarqua un peu à l’écart leur ami policier Carl Neely, qui tenait un porte-voix de la main droite.

Son époux, penché au-dessus d’elle, murmura d’une voix douce, en la regardant droit dans les yeux :

— Tout va bien, Mel ?

— Oui, oui, murmura-t-elle d’une petite voix.

Remarquant la foule attroupée que les regardait avec curiosité, elle demanda :

— Qu’est-ce qu’il y a ? Tout le monde est sauf, non ?

Ému, les larmes lui montant aux yeux, l’ambulancier répondit d’une voix blanche :

— La structure de verre… s’est écrasée… Sur… toi…

Il l’enlaça, renifla puis murmura :

— J’ai eu tellement peur de te perdre…

Touchée par son amour sincère, elle répliqua d’une voix blanche :

— L’important, n’est-ce pas que je suis vivante ?

— C’est vrai ! Heureusement… tu es si géniale !

Petit sourire aux lèvres, sa femme s’exclama : 

— C’est toi qui est génial !

Jim termina d’essuyer ses dernières larmes puis commenta, en désignant d’un geste de bras la foule : 

— Dans tous les cas, Mel, le maire vient de dire que la cérémonie de commémoration est terminée.

Il serra sa femme contre lui et ajouta d’une voix douce : 

— On revient alors à la maison !


***


Le 11 mai 2006, sauf que Melinda pense qu’il s’agit du 12 mai, à la clairière où s’était écrasé le Trans Eastern Airline 395 l’année précédente, Grandview, États-Unis d’Amérique, 23 h 30.


Le maire de Grandview, Alexander Milio, un obèse cinquantenaire, vêtu d’un complet bleu marine qui se confondait avec la noirceur de la nuit, tenait son discours pour honorer la mémoire des victimes mortes lors de l’écrasement du Trans Eastern Airline 395. Il parlait dans le microphone, sur un podium, devant une foule silencieuse. Derrière lui, une banderole portant l’inscription « Commémoration pour la mémoire des 230 victimes décédées le 11 mai 2005 en raison de l’écrasement du Trans Eastern Airline 395. Nous ne vous oublierons jamais. » était accrochée sur un panneau mobile. À sa droite et à sa gauche, deux ou trois policiers pour assurer sa sécurité ; les autres agents de l’ordre étaient dispersés parmi la foule, bien reconnaissable à leur uniforme. Il y avait aussi des ambulanciers, attentifs au moindre signe de malaise.

Le maire s’éclaircit la gorge puis s’avança devant le microphone et débuta d’une voix émue la lecture de son discours, qu’il avait préparé — ou plutôt, que plusieurs professeurs de l’Université Rockland lui avaient composé — il y a une semaine. Avec son cabinet et l’aide de deux ou trois professeurs de la même Université, il avait planifié le déroulement de la cérémonie de commémoration : Discours, puis la marche aux lanternes avec des enfants qui avaient survécu à des accidents survenus le 11 mai. Ces enfants étaient au nombre de trois : Stefano Donato, Elana Petrova et Kristen Filbert. Le maire les avait rencontrés par l’entremise de l’homme d’affaires Ethan Clark, qui avait réuni les enfants dans une grande demeure de la ville de Grandview. Ils étaient au pied du podium, faiblement éclairés par les lampadaires et les lumières placés autour de la clairière. Les enfants étaient entourés de policiers.

« Mesdames et Messieurs, je suis le maire de Grandview, Alexander Milio », dit-il en levant la tête de sa feuille de papier puis en la baissant presque aussitôt, « Nous sommes aujourd’hui réunis pour honorer les 230 victimes de l’écrasement du Trans Eastern Airline 395 le 11 mai 2005, à cet endroit où nous sommes présentement. »

Dans la foule qui écoutait attentivement le discours, Melinda Gordon, une petite brunette vêtue d’une robe blanche, serra la main de son époux, Jim Clancy, en pensant, étonnée : 

Il me semble avoir déjà entendu hier ce discours… L’ai-je vraiment entendu ? Éveillée ? J’en doute, puisque nous sommes le onze mai aujourd’hui… À moins que ça ne soit un rêve ? Un rêve prémonitoire ! Voilà !

Le maire fit une courte pause, parcourut du regard la foule, ajusta ses lunettes, puis reprit la lecture de son texte.

« Je ne vais pas énumérer la liste de ces pauvres gens… »

Il désigna d’un geste de bras les enfants et dit d’un air sérieux : 

« Nous avons pour cette présente commémoration des invités spéciaux… Des enfants qui ont été les survivants d’une tragédie survenue le 11 mai… »

Il ramena son bras sur le pupitre et poursuivit :

« Chacun dans son coin du monde. Ainsi, nous avons Stefano Donato, onze ans, qui est le seul rescapé d’un tragique effondrement de pont dans la capitale italienne en 2003. Nous avons aussi Elena Petrova, neuf ans, qui est sortie indemne de l’effondrement du métro de Moscou en 2004. Nous avons, finalement, Kristen Filbert, onze ans, qui est la seule survivante de l’écrasement du Trans Eastern Airline 395, survenu ici même... »

Le maire de Grandview s’éclaircit la gorge, but un peu d’eau qui se trouvait dans un verre sur le pupitre, puis reprit :

« Et ces enfants sont ici avec nous grâce à Monsieur Ethan Clark, un homme d’affaires de Londres… Je le remercie pour avoir pris le temps de s’occuper d’eux… Maintenant, Mesdames et Messieurs, laissons la place à ces enfants ! »

Il se pencha vers l’un des policiers à sa gauche, se releva puis s’exclama au microphone :

« Nous aurons une marche aux lanternes ! Bon spectacle ! »

Melinda pensa, contente que le discours d’Alexander Milio prit fin : Dieu soit loué ! Il a enfin terminé !

La foule applaudissait bruyamment, mais pas l’antiquaire, ennuyée de répéter une même action. Elle trouvait plus bizarre encore l’impression d’avoir déjà vécu cet événement. Peut-être que mon rêve était si détaillé qu’il paraît presque réel, pensa-t-elle pour ne pas commencer à paniquer. 

Les policiers escortèrent les enfants jusqu’à la clairière, où des véhicules de leurs collègues s’y trouvaient. L’espace, de plusieurs kilomètres carrés, était parsemé de roches blanches disposées en cercle autour d'une structure en verre qui s’élevait vers le ciel avec grâce. Aucun vent ne venait troubler l’événement. Tout était calme. Bien qu’il n’y avait pas de pleine lune, la clairière était visible. Stefano, Elena et Kristen, chacun une lanterne à la main, s’avancèrent lentement vers la structure en verre qui ressemblait à plusieurs fins bâtons qui défiaient le ciel. Le jeune Italien commença à faire la ronde en sens antihoraire, comme on lui avait dit de faire. La Russe puis l’Américaine le suivirent.

Parmi la foule, qui suivait du regard le déplacement des enfants, en cercle autour de la clairière, Melinda tint encore la main de son mari. Elle ne cessait de penser avec inquiétude à ses discussions d’il y a quatre jours avec son époux et son ami le professeur d’Anthropologie des sciences occultes, Richard Payne.

Cinq signes, dont quatre se sont déjà réalisés… La colombe morte, l’abeille qui saigne, le mort qui marche, le retour de l’oublié… Le dernier est la mort d’un être cher… Et des enfants, des âmes innocentes et pures…

Elle s’interrompit elle-même, ayant une étrange impression de déjà-vu. Elle fronça des sourcils.

Là, je n’ai pas envie de répéter la même pensée qu'hier ! On se croirait la journée de la marmotte ! Mais qu’est-ce qui m’arrive ? C’est la première fois que je saisis pleinement ce qu’est un rêve prémonitoire… Il me semblait qu’un tel rêve était moins réaliste… En tout cas, je comprends mieux Dana Clark…

La brunette regarda autour d’elle, pour remarquer les différents policiers qui assuraient la sécurité. Près d’une voiture, elle nota la présence de Gabriel, un jeune homme qui prétendait voir aussi les esprits. À sa vue, elle se renfrogna malgré elle, en pensant que sa présence ici annonce rien qui vaille, parce qu’ il va appeler des mauvais esprits pour tuer Stefano, Elena et Kristen ! Je dois les sauver, vite, mais sans me précipiter vers eux… Je ne veux pas mourir avant mon heure ! Et ainsi, ça retarderait le cinquième signe… La mort d’un être cher…

Au moment où les trois enfants débutèrent leur ronde autour des pierres, l’antiquaire extraordinaire vit des esprits, une dizaine d’hommes d’âge mûr vêtus de noir, s’approcher de la structure de verre.

L’épouse de Jim, les yeux agrandis de peur, les mains moites, pensa : C’est bien ce que je pensais ! Je le savais ! Il faut agir ! Et vite !

Melinda regarda rapidement autour d’elle et repéra un policier, leur ami Carl Neely, non loin d’elle. Il tenait un porte-voix de sa main droite.

Petit sourire aux lèvres, elle pensa, en lâchant la main de Jim, Voilà ! J’ai trouvé ! Crier aux enfants de s’ôter de là !

L’antiquaire extraordinaire, sans hésiter, se rendit devant le policier et lui demanda d’une voix chaleureuse : 

— Carl Neely, veux-tu me prêter pendant quelques secondes ton porte-voix ? Pour avertir les enfants…

Il regarda rapidement vers la clairière en pensant : En tout cas, rien de suspect…

Elle termina sa phrase d’une voix blanche :

— Ils sont en danger… Le monument s’écroulera à tout instant…

Pourtant, on ne le dirait pas, mais bon… Vaut mieux prévenir que guérir…, pensa l’agent de l’ordre en fronçant des sourcils.

— Oui, sans problème, répondit calmement Carl en lui tendant le porte-voix.

Ça doit être encore Melinda qui entrevoit un danger…, pensa-t-il en haussant les épaules. Peut-être qu’il y a même des esprits… Mais vaut mieux avertir… Je peux seulement dire qu’heureusement que je ne les vois pas…

Melinda prit le porte-voix et cria de sa voix la plus forte : « Écartez-vous de là ! Cette structure s’écroulera bientôt ! »

Les trois enfants, surpris, suivirent le conseil. Gabriel, malgré sa surprise initiale, fit un signe de la main aux esprits, qui s’élevèrent dans les airs. À ce moment, un vent violent fit son apparition, comme venu de nulle part. La structure en verre se balança dangereusement. Un cri de panique sortit de la foule. D’un seul mouvement, les habitants de Grandview réunis couraient dans tous les sens, pour éviter d’être écrasés par la  structure en verre qui pouvait bien peser plusieurs kilogrammes.

Malgré le désordre régnant, les policiers s’assurèrent d’écarter calmement et rapidement les personnes afin de sécuriser l’endroit. Le monument commémoratif s’écroula lourdement au sol.

Bilan : aucun blessé et aucun mort.

Gabriel, fâché et déçu que son plan tombe ainsi à l’eau, se fondit dans la foule. Melinda, elle, remit le porte-voix au policier, étonné, qui marmonna quelques propos incompréhensibles. Elle serra de joie la main de son époux, qui la regarda d’un air étonné. Elle pensa : Dieu soit loué de m’avoir avertie du danger !

Il murmura, en fronçant les sourcils :

— Mel, d’où te venait la certitude que le monument commémoratif allait s’écrouler au sol ?

— Un sentiment de déjà-vu, sans doute d’un rêve la veille, répondit-elle de sa voix la plus douce avec son plus beau sourire.

Il l’embrassa sur les lèvres ; elle lui rendit son bisou. Puis, le jeune couple revint, main dans la main, dans leur maison.

Saint Roch, depuis son nuage au ciel, regarda avec joie la tournure des événements. Il déposa son bourdon à côté de lui, puis sortit de sa panetière un petit morceau de pain, qu’il dégusta avec plaisir, puis il chanta un cantique.


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