Le feu et les esprits de la Maison de Saint-Michel
Chapitre 1 : Le feu et les esprits de la Maison de Saint-Michel
6955 mots, Catégorie: M
Dernière mise à jour 31/08/2025 13:18
Avertissement : Les personnages de Ghost Whisperer peuvent paraître différents par rapport à la manière dont ils sont présentés dans la série.
Cette fanfiction participe au défi du forum de fanfictions.fr « L’incendiaire » (juillet-août 2025).
21 octobre 2005, dans le sous-sol de l’ancien Hôtel de ville de Grandview, 8 h 15.
Melinda Gordon, une jeune brunette à la peau claire, et Andrea Moreno, une jeune femme à la peau sombre, observèrent attentivement les meubles poussiéreux, dans l’espoir de trouver quelques objets à vendre pour leur boutique d’antiquités. Ici, une commode, là un coffre en bois, là-bas, un meuble rococo, un peu plus loin, une commode de style baroque plaquée or. Elles étaient venues à la demande du propriétaire de l’hôtel, Dirk Abrams, qui avait contacté Melinda la veille pour savoir si elle était intéressée par des objets. Il avait précisé que l’immeuble, inhabité depuis des années, sera détruit dans trois jours.
Tout à coup, près d’une table basse style rococo, La brunette vit un esprit errant, sans l’ombre d’un doute. C’était une subtile différence dans l’énergie qui le distinguait d’un être vivant. Un garçon, peut-être de dix ans, à la peau pâle, mais qui présentait des traces de suie sur son visage. Il portait un chapeau de fourrure sur sa tête. La suie laissait aussi des traits noirs sur ses mains, sa chemise brune et sa salopette bleu marine. Malgré ses années d’expérience de passeuse d’âmes, Melinda trouvait toujours très émouvant que des enfants soient des esprits errants.
Le pauvre, il n’a pas pu profiter longtemps de la vie, pensa-t-elle en le regardant discrètement. Sans doute qu’il hante cet endroit, où il est…
Elle n’osa même pas terminer sa pensée et soupira.
Andrea, étonnée, porta son regard vers la direction que sa patronne observait et murmura :
— Qu’est-ce qui se passe, Melinda ?
— L’esprit d’un gamin…
— Ah, d’accord ! … Alors, je te laisse, moi je vais aller voir dans la pièce voisine et nous nous rejoignons à la réception.
— C’est correct pour moi ! répliqua la brunette, en détournant son regard du garçon-esprit, avec son plus beau sourire.
La passeuse d’âmes s’adressa au revenant, qui la fixa des grands yeux, surpris que quelqu’un le voyait :
— Je suis Melinda Gordon… Quel est ton nom ?
— Rat, répondit-il de sa voix fluette.
— Que fais-tu ici ? demanda-t-elle en faisant un geste de la main pour désigner la pièce.
— Je veux être avec mes amis...
Melinda cligna des yeux, perplexe. Quels sont leurs noms ?
Avant qu’elle n’ajouta un mot de plus, l’esprit disparut de sa vue.
Elle continua à explorer la pièce, pour trouver un vieux miroir ovale en cuivre plaqué or avec une manche. L’antiquaire ramassa l’objet et se rendit dans la salle voisine où se trouvait une rangée de lits poussiéreux.
Visiblement, ils n’ont pas été utilisés depuis longtemps, pensa-t-elle.
En parcourant du regard les rangées de lits, ornés des couvertures à carreaux bleus et des oreillers blancs devenus gris de poussière, Melinda repéra un autre esprit errant assis sur l’un des lits au centre de la pièce. Elle arriva face à lui pour mieux le détailler. C’était un gamin aux cheveux noirs, dont la chemise bleu marine paraissait plus foncée en raison des traces de suie.
Elle lui sourit gentiment et demanda d’une voix douce :
— Mon petit, quel est ton nom ?
En posant sa main droite sur sa poitrine, elle se présenta :
— Moi, c’est Melinda Gordon…
Le gamin esprit murmura :
— Marty…
— Et bien, Marty, reprit la passeuse d’âmes, que fais-tu ici ?
— Bah, rien ! J’attends ! répondit-il en haussant les épaules puis en regardant autour de lui.
— Tu attends qui ?
— Rat, Vic et Ernie…
— Tes amis ?
— Oui !
— J’ai vu ton ami Rat tantôt dans la pièce voisine. Et il te cherchait aussi.
Marty en fixant Melinda avec un mélange de curiosité et de crainte demanda :
— Madame, comment cela se fait que vous nous voyez ? Tout le monde nous ignorait jusqu’à maintenant…
— C’est en raison d’un don que j’ai… Que la plupart des grandes personnes perdent en grandissant…
— Pourtant, vous êtes vivante, Madame, au contraire de nous…
Voilà des esprits conscients de leur état, pensa la brunette extraordinaire en clignant des yeux. Intéressant…
— Oui, et heureusement, sourit-elle de la blague.
Elle reprit d’une voix douce :
— Marty, je t’assure que je te vois parce que j’ai ce don. Mais il n’y a pas que moi qui peut te voir. Les enfants en bas âge aussi le peuvent.
— Merci, Madame ! Ça explique pourquoi des enfants de mon âge et plus jeunes m’ont regardé d’un air étonné.
Et l’esprit se dissipa dans les airs.
Melinda sortit un calepin de son sac à main beige, qu’elle amenait partout avec elle. Il lui permettait de consigner les informations sur les différents esprits errants qui recherchaient son aide. Elle sourit devant la quantité de pages couvertes de sa fine écriture. La passeuse d’âmes écrivit quelques notes sur une page vierge, puis le remit à sa place. Elle continua la visite du sous-sol, mais ne trouvant rien d’autre d’intéressant — hormis quelques meubles qui semblaient être en bon état — elle revint à la réception, où Andrea semblait l’attendre depuis un certain temps, assise sur une chaise en bois rembourrée. À la droite de son associée se trouvait Dirk Abrams, également sur une chaise, les mains dans les poches de son pantalon de complet bleu marine.
Le septuagénaire s’exclama en voyant Melinda faire irruption dans la réception :
— Madame Gordon ! Alors, avez-vous trouvé des objets pour votre boutique ?
— Oui, répondit brièvement l’interpellée, en brandissant le miroir qu’elle déposa sur le comptoir de la réception. J’ai aussi remarqué des meubles…
Elle poursuivit, moue au visage :
— Seulement, il faudrait ôter la poussière…
Elle continua d’une voix douce :
— On ne va quand même pas l’amener dans notre boutique…
— Ouais, tu as raison, Melinda, ajouta Andrea.
La passeuse d’âmes vit clairement un esprit devant son associée : un gamin à la peau sombre, vêtu d’un sweater rouge sous lequel se voyait un chandail blanc devenu gris en raison de la suie.
Elle pensa Encore un pauvre esprit qui hante cet hôtel… Je me demande bien ce qui aurait bien pu se passer… Quelle est la cause de leur décès ? Quelle est leur raison pour continuer à errer ?
La jeune femme sortie de ses pensées par la voix enrouée du propriétaire de l’hôtel :
— Madame Gordon, êtes-vous correcte ?
L’interpellée leva les yeux vers son interlocuteur et murmura :
— Oui, oui, tout est correct…
— J’aurai cru que vous avez vu une apparition, ce qui ne m’étonnera pas…
Andrea et Melinda jetèrent un regard interrogateur à leur interlocuteur et firent un mouvement rotatif de la main.
— Je veux dire, reprit l’homme, que des esprits hantent cet hôtel, selon des rumeurs…
Il ajusta ses lunettes et examina craintivement autour de lui, puis ramena son attention vers les deux femmes :
— Ça ne m’étonne pas du tout que ce soit vrai, étant donné que l’hôtel avait été construit sur un ancien orphelinat… Un orphelinat pour garçons, la Maison de Saint Michel…
Ça pourrait en effet expliquer la présence de ces gamins, pensa Melinda en promenant rapidement son regard de l’esprit à ses interlocuteurs vivants.
— Que savez-vous au sujet de cet orphelinat ? demanda-t-elle d’un air intéressé.
Mine pensive, Dirk Abrams, demeura silencieux pendant un certain temps, puis répondit :
— Il avait été construit en 1920… Il avait été ravagé par un feu en 1956... Comme presque tout avait été détruit, mon père avait acheté la bâtisse pour en faire l’Hôtel de ville. À la mort de mon père, je lui ai succédé. Mais comme les chiffres d’affaires vont mal depuis ces dernières années et que plusieurs clients se sont plaints d’infiltration d’eau et de la présence de rats… Mais c’est là un problème d’un autre ordre… De sorte que j’ai discuté avec une compagnie de démolition et les ouvriers viendront lundi… c’est-à-dire…dans trois jours…
L’esprit du gamin commenta sarcastiquement :
— Pff ! Ainsi, on n’existe plus !?
La passeuse d’âmes tourna son regard vers lui en pensant. C’est sûr que pour la plupart des gens qui… ne vous voient pas, vous n’existez pas… Je comprends votre réaction… À quelque part, ce n’est pas parce que la majorité des gens, les gens dits normaux, ne voit pas les esprits que ces derniers n’existent pas…
Elle s’éclaircit la gorge puis ramena son attention vers le propriétaire de l’hôtel et dit d’un ton sérieux :
— En tout cas, merci de vos explications…
— Il n’y a pas de quoi…
Rat et Marty apparurent à la droite du gamin et tous les trois s’enlacèrent comme des vieux amis qui se retrouvaient après une longue absence.
Marty dit en lui donnant une tape amicale dans le dos :
— Tu es là !
— On te cherchait ! s’exclama Rat en faisant un grand geste des bras.
— Je me demandais bien où vous étiez, dit le troisième esprit, les yeux brillant d’une joie enfantine.
— Il ne manque plus que Ernie… dit Marty, en regardant rapidement autour d’eux.
La brunette ne put s’empêcher de sourire devant une telle scène.
Ressentant les regards insistants et étonnés de Dirk et d’Andrea, elle s’empressa d’ajouter, avec son plus beau sourire aux lèvres :
— En parlant d’esprits, en voilà trois…
— Où sont-ils ? demandèrent les deux autres vivants en observant leur environnement.
— Ils sont là, devant Andrea Moreno, répondit Melinda en faisant un geste du bras.
Le propriétaire et l’associée jetèrent rapidement un coup d’œil vers ladite direction, mais comme ils ne virent rien, ils ramenèrent leur attention vers la brunette.
Dirk balbutia, les sourcils froncés :
— Madame Gordon, voyez-vous les esprits ? Sérieux ?
— Oui, répondit-elle calmement. C’est un don que j’ai depuis mon enfance…
— C’est très intéressant ! s’exclamèrent à l’unisson les trois fantômes.
La passeuse d’âmes sourit brièvement à leur commentaire, puis dit :
— Mon explication semble aussi intéresser trois garçons qui hantent l’hôtel…
Marty la corrigea :
— On ne hante pas l’hôtel ! On y vit !
— D’ailleurs, ce n’est pas un hôtel, surenchérit Rat. C’est notre maison ! C’est seulement qu’elle a pas mal changé depuis la dernière fois !
Melinda ignora leurs remarques et continua à s’adresser aux vivants :
— Parmi ces trois garçons, j’en ai rencontré deux au sous-sol de cet hôtel… Ils se présentent sous les noms de Marty et de Rat… Et le troisième, je viens de le remarquer ici même, devant mon associée, Andrea… Mais il ne s’est pas encore présenté…
L’esprit du gamin à la peau sombre, petit sourire gêné, en pointant ses pouces vers soi, dit :
— Vous parlez de moi ?
La médium confirma d’un mouvement positif de la tête.
L’esprit murmura en baissant les bras comme un enfant grondé :
— Je suis Vic…
Melinda reprit, en ramenant son attention vers son associée et le propriétaire de l’hôtel :
— En fait, je me corrige… le troisième garçon vient maintenant de se présenter… Il s’appelle Vic… Sans doute un diminutif de Victor…
— Alors, intervint Dirk Abrams en faisant un grand geste des bras, c’est très bien… Je veux dire que vous voyez les défunts !
Il poursuivit en se grattant le menton :
— Et alors, qu’est-ce que vous faites avec… ces fantômes ?
— Je les aide à passer dans la Lumière, nom que je donne à l’Au-delà… Répondit Melinda d’un air sûr. À l’Autre Monde, en gros… Pour cela, je discute avec eux et avec les indices qu’ils me donnent…
Rat commenta :
— Et si on faisait une devinette ?
— Pourquoi pas ? répliqua Vic.
— C’est ce que la madame vient de dire ! surenchérit Marty.
Melinda ne put s’empêcher de sourire aux remarques des gamins, mais se ressaisit et continua :
— Un peu comme une devinette si vous voulez… Et moi, je dois les aider à trouver la paix. Parfois, il s’agit simplement de dire quelques mots à un proche, de s’assurer qu’une bague ou un objet soit à sa place. Le but étant que les esprits quittent le monde des vivants. Selon mon expérience en tant que passeuse d’âmes, ils peuvent suivre un proche ou la dernière personne qu’ils ont vu ou encore ils peuvent rester au dernier endroit qu’ils ont occupé de leur vivant…
— Ça en fait alors des maisons hantées ! murmura le septuagénaire.
— Exactement… Si vous permettez, je prendrai quelques notes pour approfondir autour de l’incendie de l’ancien orphelinat…
— Oui, sans problème…
La brunette demanda au propriétaire de répéter certaines informations, qu’elle griffonna rapidement dans son calepin puis elle le remercia.
Andrea toussota puis dit :
— Melinda, il me semble que tu as oublié d’indiquer à Monsieur Abrams les meubles de l’hôtel que nous pourrions amener dans la boutique…
— En effet ! s’exclama l’interpellée en se tapant le front avec la paume de sa main droite. J’ai complètement oublié les meubles !
Elle murmura, petit sourire coupable, la main sur sa poitrine :
— Excusez-moi, Monsieur… Mais je voulais comprendre l’histoire de ces petits garçons…
— C’est correct, je comprends, Madame Gordon. Si vous voulez, on peut régler les meubles maintenant… Vous n’aurez qu’à nous indiquer lesquels vous intéressent… Et puis moi et votre… associée…
— Oui, confirma Andrea.
— Nous les amènerons devant votre boutique, puisque vous m’avez fourni l’adresse et que nous avons chacun sa voiture… On s’arrangera pour le transport…
— Merci beaucoup ! s’exclama Melinda d’un air enjoué. Alors, suivez-moi !
Dirk et Andrea confirmèrent d’un geste et suivirent l’antiquaire, qui leur montra les meubles. Puis ils s’occupèrent à les dépoussiérer pour ensuite les transporter jusqu’à la boutique d’antiquités de Melinda, The Same As It Never Was Antiques.
****
La même journée, dans les archives municipales de Grandview, 13 h 15.
La brunette extraordinaire se rendit dans les archives municipales pour débuter sa recherche sur l’incendie de la Maison de Saint Michel. Elle salua au passage l’archiviste, aussi grincheux que lors de sa dernière visite, puis chercha parmi les journaux de l’année 1956. Elle trouva quelques articles sensationnels des unes du journal local, le Grandview’s News. L’un, datant du 16 mai 1956, avait pour titre en gras en haut de la page : « Incendie spectaculaire d’un orphelinat »
Intriguée, Melinda lut la suite.
Le chapeau de l’article indiquait ce qui suit :
« (Grandview) — Hier soir, un incendie s’est déclaré dans la bâtisse de l’orphelinat la Maison de Saint Michel. »
La femme continua sa lecture :
« Un accident…
Un incendie d’origine inconnue s’est déclaré hier soir, vers 23 h 00, à l’orphelinat pour garçons de Grandview, la Maison de Saint Michel. Les pompiers sont parvenus à maîtriser le feu vers une heure du matin. La moitié de la bâtisse a été détruite et aucun survivant n’a été trouvé jusqu’à maintenant. »
Elle interrompit sa lecture, car elle vit du coin de l’œil que Vic, Rat et Marty apparurent à sa droite, comme s’ils essaient de lire par-dessus son épaule l’article.
Melinda se retourna lentement vers eux et murmura :
— C’était la dernière chose que vous avez vu ? Du feu autour de vous ?
— Oui, répondit Rat. Je me suis réveillé en raison d’une odeur de brûlé… J’ai aussitôt couru dans la chambre de Vic, Ernie et Marty pour leur demander ce qui se passait…
— Nous nous rendons dans les escaliers, continua Marty.
— Avez-vous une idée de savoir où le feu a commencé ? demanda Melinda d’une voix douce.
— Nous l’ignorons, répondit Vic en haussant les épaules.
— Il me semblait qu’il a commencé dans une chambre, affirma Rat.
— À moins que c’était à la cafétéria ? proposa Marty.
— Impossible que ce soit dans la cafétéria ! répliqua Rat. Sinon, nous n’aurions pas pu passer par les escaliers.
— Merci de vos avis… De ce côté-là, je continuerai ma recherche… Pour l’instant, voulez-vous me laisser terminer ma lecture des journaux ? J’en ai que deux à lire.
— Oui, Madame ! répliquèrent à l’unisson Marty, Rat et Vic.
Les esprits se turent. Melinda reprit sa lecture du journal :
Un peu avant le prochain intertitre, une image en noir et blanc d’une façade en pierre. Sous l’image, il était écrit « L’orphelinat de Saint-Michel de Grandview en 1950. © Collection privée de la famille Northrop. »
« Enquête en cours
La police est sur place pour essayer de déterminer l’origine du feu. Pour l’instant, aucune information supplémentaire n’a pu être dite dans la conférence de presse de ce matin. Le chef de police de Grandview, le Sergent Matthew Anderson, a affirmé que le propriétaire de l’orphelinat la Maison de Saint Michel, Michael Northrop, a été interrogé. Cependant, les policiers continuent à dégager les corps. Aucune victime n’a survécu au terrible incendie selon les dernières nouvelles. La suite sera à suivre dans un prochain article.
Henri Lawrence »
La passeuse d’âmes lut ensuite le second article, du même journal, en date du 17 mai 1956 :
« Nouvelles de l’incendie de l’orphelinat
(Grandview) — Orphelinat la Maison de Saint-Michel, 13 h 00. Le chef de police de Grandview, le Sergent Matthew Anderson a divulgué les résultats de l’enquête menée hier.
Les noms des victimes dévoilés
Le Sergent Matthew Anderson a confirmé au cours de la conférence de presse de ce matin le nombre de victimes de l’incendie : dix adultes, dix garçons et un chien. Voici les noms des orphelins : Rat, Vic, Marty, John, Matt, Greg, Dan, Andrew, James et Robert. Le chien s’appelle Homer. Aucun membre du personnel de l’orphelinat n’a survécu. Leurs corps ont été retrouvés et identifiés. Il y a le cuisinier de la cantine, Frank Aaronson ; la Sœur Anna (Anna Everrett) ; la Sœur Mary (Mary Easton), la Sœur Teresa (Teresa Ferguson) ; la Sœur Cassandra (Elizabeth Dawley) ; la Sœur Catherine (Mary Crawford) ; le garde Edward Booth ; le garde Albert Carson ; le réceptionniste Jack Donaldson ; la secrétaire, la Sœur Ann-Mary (Ann-Mary Gorski).
[Ensuite, sous ce paragraphe, une petite image en noir et blanc des garçons assis sur une table. Sous la photographie, il était écrit : Les orphelins de la Maison de Saint Michel à la cafétéria en 1953. © Collection privée de la famille Northrop.]
Un survivant ?
Le Sergent Matthew Anderson a aussi souligné qu’il doit y avoir un onzième garçon avec les corps : Ernie Sutter. Son corps n’a pas été retrouvé. Les seules options sont soit une calcination totale du corps, soit une survie. La question demeure ouverte jusqu’à nouvelles preuves.
La cause de l’incendie découverte
Selon les résultats de l’enquête, l’incendie s’est déclaré accidentellement en raison d’une explosion de l’une des chaudières à gaz au rez-de-chaussée.
Henri Lawrence »
La lecture des articles lui serra le cœur et fit monter les larmes aux yeux. Elle n’appréciait pas lire les accidents, mais en tant que passeuse d’âmes, elle était confrontée plusieurs fois à ce genre de fait. Au moins, la jeune femme s’encouragea en se disant à elle-même qu’elle n’avait pas eu une vision de l’incendie — puisqu’il lui arrivait d’avoir des visions de certains moments de la vie des esprits au contact de certains objets ayant appartenus aux défunts. Après avoir pris des notes dans son calepin, Melinda déposa son stylo sur la table et réfléchit.
Au moins, ce n’est pas un acte criminel… Un accident… Comme d’habitude… C’est très rassurant… Mais que je revienne à ce qui m’intéresse… Si Ernie, que Marty, Rat et Vic recherchent, est vivant, il saura peut-être un peu plus au sujet de l’incendie ? Je n’ai rien à perdre de le demander… Au moins, je dois le contacter pour rassurer les gamins… Afin qu’ils puissent partir dans la Lumière…
Elle se retourna vers les trois esprits, qui étaient toujours silencieux à sa droite, et leur demanda d’une voix douce :
— Si je me souviens bien de ce que vous m’avez dit tout à l’heure, vous voulez retrouver votre ami Ernie…
— Oui, confirma Marty.
Les deux autres gamins approuvèrent silencieusement.
— L’avez-vous vu avec vous au moment de l’incendie ? questionna la passeuse d’âmes, en jouant avec son stylo.
— Oui… On l’a réveillé dans sa chambre…
— Mais, une fois sortis dans le couloir, il a été loin de nous, compléta Vic.
— De sorte que nous ne savons pas où il est, compléta Rat. Nous, suivis par les autres, avions descendu l’escalier…
Marty termina d’un air attristé, les larmes aux yeux :
— …sauf que le feu nous a rattrapés…
— On était littéralement cuits… commenta Vic d’une voix lugubre. La chaleur a été intolérable… Mais nous n’avons pu fuir…
— En fait, précisa Rat, il a été impossible d’y échapper…
Elle pensa, attristée en son âme, les yeux larmoyants : Quelle mort cruelle !
— Et après le feu, avez-vous retrouvé votre ami Ernie ? interrogea Melinda.
— Non, répondit Rat.
— Ni parmi les morts, ni parmi les vivants ?
Les trois esprits répondirent d’un mouvement de tête négatif.
Un silence plana entre eux pendant plusieurs minutes.
— Mais avez-vous compris que vous étiez… ? demanda la passeuse d’âmes d’une voix douce.
— Défunts ? Bien sûr que oui ! s’exclama Rat. Nous l’avons immédiatement su, étant donné que nous avons vu nos corps au sol, et on avait l’impression d’être dans les airs…
— Comme si on planait dans les airs, corrigea Vic, avec un petit sourire.
Melinda, rassurée, pensa que c’est déjà un bon début que de comprendre qu’ils ne sont plus vivants… Ce qui est plutôt rare… La plupart des esprits errants ne le reconnaissent pas…
Elle chassa ses pensées d’un geste de la main, toussota puis murmura aux trois enfants :
— Si vous permettez une dernière question… Homer, le chien, il n’est plus avec vous ?
Rat, Vic et Marty s’entre-observèrent et répondirent en haussant les épaules.
La passeuse d’âmes reprit, avec son plus beau sourire :
— Vous ne le savez pas… Ce n’est pas grave, peut-être qu’il est déjà parti dans la Lumière… Et je vous suggérerai de faire de même…
— Mais nous ne savons pas si Ernie est vraiment vivant ! répliqua Rat. Nous voulons partir tous ensemble !
— C’est correct, j’ai compris… Selon ce que je viens de lire dans les journaux, il semblerait que votre ami Ernie ait survécu…
— Mais nous ne l’avons pas vu ! s’exclama Marty.
— Ne vous inquiétez pas, je vous reviendrai rapidement avec l’information, murmura-t-elle.
Les trois gamins confirmèrent leur compréhension d’un mouvement positif puis s’effacèrent aussitôt. En sortant de la salle des archives, Melinda revint chez elle.
****
La même journée, dans le salon de la maison de Jim et Melinda, Grandview, 14 h 00.
Melinda débuta une recherche sur son ordinateur portable. En dactylographiant « Ernie Sutter, orphelinat Maison de Saint-Michel, Grandview », elle parvint à trouver une page archivée de la police qui indiquait que Ernie Sutter, un ancien occupant de l’orphelinat la Maison de Saint-Michel, avait survécu à l’incendie du 15 mai 1956. Il avait été retrouvé par la police dans le marché de la ville le 20 mai 1956.
L’époux de Melinda, Jim Clancy, lisait par-dessus son épaule légèrement penché vers elle. Il était intrigué, comme le témoignait une lueur de curiosité dans ses yeux bleus. Il murmura :
— Mel, encore une histoire d’esprits ?
— Oui… dit-elle en se retournant vers lui. Trois gamins morts dans un incendie d’un orphelinat… Ils recherchent un ami, un certain Ernie Sutter… Selon ce que j’ai compris, il semble avoir survécu à l’incendie… Seulement, ils ne l’avaient pas remarqué…
Elle soupira puis murmurant en bougeant ses bras d’un air exaspéré :
— Mais je ne sais pas comment le retrouver…
L’ambulancier répliqua d’une voix chaleureuse :
— Ne t’inquiète pas, Mel, je n’aurai qu'à demander à mon ami l’inspecteur Carl…
— Tu es vraiment génial ! s’exclama sa femme en l’embrassant sur les lèvres.
Il se libéra de son étreinte et se rendit aussitôt sans hésiter au Commissariat de police de la ville pour rapidement trouver le bureau de son ami l’inspecteur. Ce dernier le reçut, et Jim lui expliqua l’information qu’il voulait obtenir. Carl Neely, une fois son ami sortit de son bureau, débuta son enquête sur Ernie Sutter.
****
Le lendemain, l’inspecteur Carl Neely informa Jim au sujet de Ernie Sutter, qui le dit à Melinda lorsqu’il revint de son travail. Celui-ci vit dans une petite maison dans leur ville depuis 1970. Ayant en main l’adresse, la passeuse d’âmes se rendit à ladite adresse. Elle frappa à la porte et un vieil homme la lui ouvrit.
Elle nota la présence de Rat, Vic et Marty entre elle et l’homme.
Ils s’exclamèrent à l’unisson d’une voix enjouée :
— Ernie, c’est bien toi ?
Ignorant leur remarque, la brunette dit au vieil homme :
— Bonjour Monsieur, je suis Melinda Gordon et je recherche Ernie Sutter.
— C’est moi-même, répliqua son interlocuteur en ajustant ses lunettes sur son nez.
— Comme tu as vieilli, Ernie ! s’exclamèrent les trois esprits.
Melinda s’empressa d’ajouter avec son plus beau sourire pour garder son sérieux devant le commentaire des gamins :
— Je viens parce que je m’intéresse au mystérieux incendie qui s’était déclaré… en mai 1956 à l’orphelinat la Maison de Saint-Michel…
— Cet orphelinat n’existe plus ! protesta Ernie en clignant nerveusement des yeux.
Pourquoi cette jeune femme doit me rappeler mon triste passé à l’orphelinat ? pensa-t-il amèrement.
— Oui, se corrigea Melinda d’une voix douce, je sais bien qu’il n’existe plus… Il est devenu un hôtel qui sera détruit demain…
— Et bien, qu’ils le détruisent ! s’exclama-t-il d’une voix rauque.
Comme ça, peut-être que j’oublierai une fois pour toutes ce feu ! se dit-il en son for intérieur.
— C’est une chose, reprit la brunette, mais dans le fait, je souhaiterais que vous nous expliquiez…
— Comment ça nous expliquer ?
— Euh… Nous, je veux dire à vos amis de l’institution Rat, Marty et Vic…
— Mais ils sont tous défunts…, murmura-t-il en reculant d’un pas. Il tint fermement la porte comme s’il allait la fermer, mais la jeune femme l’empêcha en répliquant :
— Oui, je le sais… Et bien je dois vous dire que j’ai visité hier le sous-sol de l’hôtel, car je suis la propriétaire d’une boutique d’antiquités dans notre petite ville, The Same As It Never Was Antiques… De sorte que je les ai vus, car, j’ai un don depuis mon enfance, celui de voir les esprits errants…
— Ça explique alors le nous… murmura le sexagénaire.
— Exactement, répliqua d’une voix chaleureuse Melinda.
Elle s’interrompit elle-même pendant quelques secondes puis poursuivit :
— Je voudrais donc, Monsieur Sutter, que vous nous expliquiez — à Rat, Vic, Marty et moi — comment vous êtes parvenu à vous sauver de l’incendie… Vous comprenez alors pourquoi je vous ai demandé…
— Je comprends…, l’interrompit-il d’un ton sec.
— En effet, vos anciens amis de l’orphelinat sont étonnés que vous ayez survécu à l’incendie… D’ailleurs, en lisant les journaux, il semble que vous soyez le seul survivant…
— En effet, confirma Ernie Sutter.
Il fit un geste de sa main droite pour l’inviter à entrer.
— Je vous suggère de discuter de cela dans mon salon…
Ils se rendirent jusqu’à un petit salon avec deux canapés beige foncé, une table basse et un téléviseur éteint. La lumière naturelle du jour entrait par une fenêtre qui donnait sur la rue. Chacun s’assit sur un canapé et Ernie soupira.
Des souvenirs qu’il pensait avoir oubliés lui revenaient à l’esprit.
Il est un gamin en train de courir dans un corridor. Autour de lui, des flammes hautes, rougeâtres et orangeâtres s’élèvent, menaçantes. Elles roulent comme des vagues, désireuses de tout engloutir sur leur passage. Le mur et le plancher semblent rouge-orange et une chaleur insupportable envahit l’air. Il fait très chaud. C’est carrément insupportable. L’odeur du bois brûlé emplit ses poumons. La fumée noire s’élève, rendant l’air suffocant. Il n’entend que des cris, des hurlements de panique. Le cœur battant la chamade, il cherche du regard ses amis Vic, Marty et Rat. Il les trouve près de l’escalier, à quelques mètres de lui.
Ernie ajusta sa cravate autour de son cou et le veston de son complet brun, puis dit, en fixant Melinda :
— Vous voulez savoir comment j’ai survécu à l’incendie ?
— Exactement, confirma son interlocutrice.
— Malheureusement, ceci remonte à loin dans ma mémoire…
La suite du souvenir lui revint tout à coup.
Il voit des flammes en bas des escaliers qui s’agitent. Affolé, il tremble de tous ses membres devant la vitesse vertigineuse du feu. Il regarde rapidement vers le sens opposé. Le couloir n’est pas encore atteint par le feu. Il marche rapidement vers Rat, Marty, Vic et les autres garçons, qui se pressent vers l’escalier qui mène vers l’entrée.
Il hurle, affolé : « Il faut aller de l’autre côté ! La porte de secours est là-bas ! »
Comme personne ne réagit, il se retourne et se précipite vers la porte de secours, sans prêter attention aux adultes qui courent dans tous les sens pour appeler les enfants. Les deux gardes, reconnaissables à leur uniforme bleu marine, se dirigent aussi dans la même direction que lui. Il n’entend que des cris à moitié étouffés par les bruits du craquement du bois : « Vic ! », « Rat ! », « Robert ! » Il entend aussi des jappements. Au moment où il ouvre la porte de secours, un bruit sourd se fait entendre, le faisant sursauter. Il sort en vitesse et s’éloigne de l’orphelinat. Un bruit d’explosion se fait entendre. Après avoir couru quelques mètres, il se retourne pour remarquer que l’orphelinat est détruit, tout brillant par l’action des flammes or, orange et rouge qui s’agitent comme des langues de reptile. La bâtisse ressemblait à une grosse torche. Il regarde, au cas où quelqu’un sortirait des flammes. Mais rien. Personne. Désespéré, les bras tendus devant lui, il appela d’une voix tremblante : « Rat ! », « Vic ! », « Homer ! », « Marty ! » Pour toute réponse, un craquement de bois se fait entendre et des flammes irréelles s’élèvent vers le ciel. Il comprend alors que ses amis et les membres du personnel — qui étaient gentils avec tout le monde — ont péri dans l’incendie. Il pleure à chaudes larmes, secoué de sanglots. Il entend des sirènes puis il s'évanouit sur le sol, étourdit.
— Ce n’est pas grave, répliqua Melinda d’une voix douce. Vous n’aurez qu’à expliquer du mieux que vous le pouvez…
La passeuse d’âmes remarqua que son interlocuteur était encadré par les trois esprits, Rat et Marty à sa droite ; Vic à sa gauche.
Elle dit d’une voix émue :
— Par ailleurs, vos trois amis de l’orphelinat sont là…
— Et bien, écoutez-moi, dit Ernie avec un faible sourire. J’ai survécu car j’ai emprunté un escalier de secours et non l’escalier central, qui a été déjà… ou du moins, qui allait bientôt être… la proie des flammes…
— Mais on ne t’a pas vu ! dit Rat.
Melinda en promenant son regard de l’esprit au vivant et murmura :
— Excusez-moi de vous interrompre, Monsieur, mais Rat vient de dire qu’ils ne vous ont pas vu…
— Ils ne m’ont pas vu probablement parce qu’ils ne m’ont pas entendu… Je veux dire, avant de descendre l’escalier central, j’ai regardé attentivement autour de nous… Si ma mémoire ne me trompe pas… Rat a guidé les autres vers l’escalier central…
L’interpellé hocha la tête.
Melinda murmura :
— Il confirme vos propos…
— Hum… marmonna Ernie.
Il soupira, se tut, la mine songeuse.
Le vieil homme reprit d’une voix rauque :
— J’ai remarqué que l’escalier allait être rattrapé par les flammes, de sorte que j’ai pris la direction contraire… pour éviter de mourir… J’ai alors crié aux autres…
Avec un sourire nostalgique, il poursuivit :
— À Rat, à Vic et à Marty de me suivre, mais personne ne m’a emboîté le pas…
— Pourtant, Ernie, intervint Marty, nous ne t’avons pas entendu, car les cris des autres amis et le bruit du bois qui a craqué sous l’action du feu couvre ta voix…
Melinda toussota et murmura en bougeant des mains :
— Excusez-moi encore de vous interrompre…
— Sans problème, dit le sexagénaire, les yeux brillant de curiosité en pensant en son for intérieur Dieu que les esprits sont bavards ! Heureusement que je ne les vois pas !
Melinda rapporta fidèlement les propos de l’esprit d’un ton assuré.
— Je comprends très bien, murmura d’une voix émue Ernie. Ça a été la panique générale… Je doute que l’un d’entre nous ait pu rester calme dans une telle situation… Je veux dire, parmi les garçons… Les adultes, peut-être… Mais je ne me souviens pas d’en avoir vu un seul… Ou peut-être quelques-uns… Dans tous les cas, je les ai entendu crier nos noms… Sans doute que les deux gardes sont sortis… Il me semble qu’ils se sont dirigés comme moi vers l’escalier de secours…
— Pourtant, dans un article que j’ai lu, même les membres du personnel de l’orphelinat sont morts… intervint Melinda. Seulement, je n’ai pas vu qu’ils étaient des esprits errants…
— Merci du détail, Madame Gordon…
Il appuya son bras droit sur l’accoudoir du canapé, laissant reposer son autre bras à côté de lui. Sa mine était pensive, son front plissé par son effort à rechercher des souvenirs douloureux qu’il préférait oublier.
— Et comme chaque instant comptait, je n’ai pas eu le temps de discuter avec eux…
— Je comprends très bien qu’il s’agissait d’une question de survie…, dit-elle, les larmes aux yeux.
— Exactement… J’ai couru aussi vite que mes jambes me le permettaient… Et au moment où je suis sorti à l’extérieur, j'ai entendu un grand bruit. C’était l’étage qui venait de s’écrouler. Tout n’a été que feu et désolation… Cette odeur de fumée a rendu l’air insupportable…
Melinda cligna des yeux, mais ne put retenir les larmes qui coulaient comme des sillons sur ses joues. Elle marmonna d’une petite voix :
— C’est vraiment horrible ! Je suis désolée…
Faible sourire aux lèvres, il répliqua :
— Vous n’avez pas à être désolée pour un événement… qui a été hors de votre contrôle… Et du mien…
Ernie soupira et porta sa main droite sous son menton.
Il murmura d’une voix rauque :
— C’est tout que j’ai à dire…
Un silence plana pendant quelques minutes.
— Merci, Monsieur Sutter, pour cette discussion très intéressante, conclut Melinda d’un ton chaleureux. Ce fut un plaisir de parler avec vous…
— Moi pareillement.
— Maintenant, dit la passeuse d’âmes en faisant un geste de la main vers Rat, Marty et Vic, il ne me reste plus qu’à savoir si vos trois anciens amis de l’orphelinat…
— La madame parle de nous ? plaisanta Rat.
— Bien sûr que oui ! De qui d’autres parle-t-elle ? dit Marty.
— À savoir si Rat, Marty et Vic, partiront bientôt dans la Lumière… Reprit la jeune femme. À présent qu’ils savent ce qui était advenu de vous… Et que vous êtes vivant…
— Partiront-ils ? demanda Ernie.
— C’est ce que je me demande aussi… S’il vous plaît, laissez-moi encore quelques minutes, le temps de parler avec vos trois défunts amis, si je peux ainsi le dire…
— Prenez votre temps, Madame Gordon…, murmura-t-il, le front déridé, soulagé de son passé, en ramenant ses mains devant lui.
— Merci…
Melinda regarda les trois esprits et dit d’une voix douce :
— Rat, Vic et Marty, voyez-vous une lumière ?
Les gamins regardèrent autour d’eux puis levèrent les yeux vers la même direction, un point invisible lumineux, large sourire aux lèvres. Ils se rapprochèrent pour être l’un à côté de l’autre. Les traces de suie semblèrent avoir disparu de leurs visages et de leurs vêtements.
Rat s’exclama :
— Oui ! Une lumière tellement blanche !
Vic ajouta :
— C’est tellement accueillant !
Marty murmura d’un air enjoué :
— Je me sens tellement léger… On dirait que cette lumière nous appelle, même si personne ne nous attend…
— Tout à fait ! dirent à l’unisson Vic et Rat.
Melinda, émue jusqu’aux larmes, murmura :
— Allez-y… C’est pour vous… Bon voyage !
Et les trois esprits, main dans la main, s'avancèrent lentement vers leur droite, sereins, jusqu’à disparaître complètement, absorbés progressivement par une clarté immaculée.
La femme extraordinaire s’empresse de sécher ses larmes et de s’excuser de son émotivité auprès du vieil homme. Ce dernier lui sourit gentiment et demanda :
— Madame Gordon, pouvez-vous me dire ce qui vient de se passer ?
— Oui… Vic, Rat et Marty sont partis dans la Lumière, dans l’Au-delà.
Le vieil homme lâcha une larme malgré lui en pensant Que Dieu ait leurs âmes !
Il sécha rapidement ses larmes avec un mouchoir qu’il sortit de la poche de son pantalon, qu’il remit aussitôt puis s’exclama, en faisant un grand geste des bras vers son interlocutrice :
— C’est merveilleux ! Je me sens aussi plus léger ! Merci beaucoup, Madame Gordon, et passez une bonne journée !
— Merci à vous, Monsieur Sutter ! Merci de votre collaboration !
Et Melinda revint chez elle auprès de son mari, tellement heureuse de savoir que des esprits errants soient enfin en paix et leur ami vivant ne ressente plus de tristesse.