Noël spirituel
Chapitre 1 : Noël spirituel
2654 mots, Catégorie: G
Dernière mise à jour 31/12/2025 16:35
Cette fanfiction contribue au Défi du Forum de Fanfictions.fr Fanfic de Noël (décembre 2017 à janvier 2018) en Seconde Chance.
Cadeau à Selenn
Noël spirituel
En cette veille de Noël, Mélinda rangeait dans l’arrière-boutique du Same As It Never Was Antiques des rennes en plastique brun foncé et doré — des décorations pour Noël qu’elle n’était pas parvenue à vendre lors de l’Avent — dans une armoire dans le style de la Renaissance. Puis, elle revint derrière le comptoir, un meuble qui se confondait avec le reste des objets qu’elle vendait par son apparence rococo, n’eût été la caisse qui y trônait. Depuis la fenêtre enguirlandée qui donnait sur le parc, elle observa la neige qui tombait avec grâce. Ces poussières blanches, qu’un borée aimait bien faire virevolter à droite et à gauche, dansèrent avec élégance une chorégraphie invisible parfaitement synchronisée. La brune sourit, se remémorant son enfance — ces moments où elle pouvait passer des heures à créer des bonhommes de neige. Sortant de sa rêverie, son regard croisa celui de son mari, Jim, sur le trottoir en face de la boutique. Le grand homme, dans un ample manteau gris foncé, capuche rabattue sur la tête, leva la main droite en signe d’invitation à se joindre à sa famille. À ses côtés, Aiden, un gamin de sept ans, bien emmitouflé dans son manteau bleu marine, sa cagoule blanche et son bonnet bleu foncé, et son frère, Alexis, âgé de trois ans, tout aussi bien habillé, trépignaient d’impatience et se retournaient sans cesse vers le module à jeu. Mélinda revêtit son long manteau bleu ciel qui reposait sur la patère derrière le comptoir, ses bottes beige foncé et son bonnet blanc et barra la porte en un geste automatique, sans même se préoccuper du contact glacial de la clef entre ses doigts.
Franchissant la rue et les quelques pas nécessaires, elle rejoignit rapidement son mari. Ses traces, empreintes visibles au sol, s’effacèrent lentement au rythme des danses des étoiles blanches. Elle remonta son écharpe sur ses joues. Ces dernières rougissaient rapidement sous les morsures du froid.
— Mél, lui sourit son mari. On va rentrer pour prendre un petit verre de liqueur à ton choix à minuit ?
— Oui, lui chuchota-t-elle. Mais avant, on laisse Aiden et Alexis jouer un peu dans la neige. Ils en ont bien envie !
Elle releva un peu la manche de son manteau et de son pull pour consulter sa montre.
— Et il n’est pas trop tard. Il faut bien que nos anges dépensent un peu d’énergie avant d’aller dormir. Ils ont hâte à demain ! Déballer les cadeaux est leur plus grand plaisir ! Sans oublier les gâteaux et autres desserts ! En plus, ta mère et la mienne viendront !
Il approuva d’un signe de tête et enlaça tendrement son épouse, ses yeux clairs scintillants de joie.
Le couple surveillait leurs fils avec attention. Mélinda ressentit une vague glaciale plus puissante que d’habitude autour d’elle. Elle cligna des yeux et tourna la tête à sa droite et à sa gauche, mais il n’y avait personne, ni vivant, ni défunt. Elle ramena son attention vers les garçons, se blottissant un peu plus contre Jim.
« Je suis bien étonnée que je n’aie pas un esprit errant à régler ces derniers jours, alors qu’au moment des fêtes et des réunions, il y en a toujours plus… Étrange !... Je ne vais pas m’en plaindre… Avoir comme seul souci les préoccupations et les joies de toute famille en ce temps-ci n’est pas à rejeter… Un peu de repos fait du bien… » pensa-t-elle avec un petit sourire chaleureux en dessous de son écharpe de laine.
Soudain, une voix masculine grave et mélodieuse marmonna :
— Quelle jolie famille ! Cela me rappelle la mienne avant… cet événement !
La médium se retourna et détailla l’esprit errant. Un élégant et grand homme aux cheveux marron striés de mèches grises. Il portait un ample manteau vert forêt et un chapeau de même couleur. Elle s’éloigna de son mari et s’approcha du fantôme.
— Je suis Mélinda Gordon-Clancy, lui affirma-t-elle d’un ton chaleureux
— Vous me voyez… Réellement ?
L’entité la fixa, les yeux aussi grands que ceux de la chouette, la bouche légèrement entrouverte, laissant apparaître une rangée de dents blanches, avant de se ressaisir. Le défunt leva sa main gauche ornée de bagues en or à chaque doigt pour ajuster son chapeau et demeura silencieux.
La petite brune hocha de la tête.
— Oui, c’est un don que j’ai depuis mon enfance. Je peux vous aider !
— Enchanté ! Je suis John Smith.
Le fantôme tendit sa main droite vers la médium, mais se ravisa à la dernière seconde.
— Pour quelle raison demeurez-vous parmi les vivants à errer dans un parc ?
La mine de son interlocuteur s’assombrit, une lueur de tristesse traversa ses sombres yeux. Il murmura :
— Poinsettia !
Et il s’éleva dans les airs, se dissipant peu à peu. La médium soupira et rejoignit son mari.
— Encore un fantôme, Mél ?
Il enlaça son épouse.
— Oui, approuva-t-elle. Je vais essayer de le faire partir dans la Lumière, maintenant, sinon cela ira à Noël.
— Tu ne veux pas prendre une petite pause demain ! Le temps ensemble, avec nos fils et nos parents, est important. Il peut attendre un peu, non ? C’est Noël pour tout le monde !
— Non, fête ou pas fête, pas de repos pour moi ! Je dois l’aider !
Elle fit une courte pause avant de continuer d’un ton plus posé.
— On peut rentrer à la maison ?
Jim scruta sa montre et s’exclama :
— Allons-y !
Le quatuor, suivi au loin par le fantôme, revint à leur maison.
***
Devant la charmante demeure en brique avec une allée dégagée de la neige, la jeune mère laissa Jim ouvrir la porte et se retourna pour demander à John :
— Monsieur Smith, je veux vous aider, mais une plante, sans autre contexte, c’est vague !
L’interpellé expira bruyamment l’air de ses narines sans qu’une volute blanche ne se forme. Il s’évapora dans les airs, lançant un regard rempli de tristesse pour toute réponse.
Dès que leurs fils furent envoyés dans leur chambre pour dormir, Mélinda se pencha vers Jim et lui murmura :
— Je vais commencer mon enquête sur cet esprit errant ! Pourquoi un poinsettia ? La couleur écarlate et le lien avec Noël seraient-ils un indice ?
— Je ne sais pas trop ! haussa des épaules le noiraud. Mais une chose est certaine, la nuit porte conseil.
La brune approuva et le couple partit s’endormir.
Bien au chaud entre les couvertures remontées jusqu’au nez et son pyjama duveteux, Mélinda se colla à son mari qui dégageait une agréable chaleur. Elle ferma ses paupières et n’eût même pas le temps de compter jusqu’à dix qu’elle plongea dans les bras de Morphée.
Elle arrive en courant au salon et remarque Aiden, leur fils, capuche d’un sweater gris sur la tête, qui tient un pot dans lequel reposait un grand poinsettia aux fleurs écarlates et aux feuilles aussi magnifiques que l’émeraude. Elle crie :
— Que fais-tu mon fils ? Touche pas à ce pot !
— Pourquoi devrais-je le faire ? Déplacer une plante n’est pas un crime ! Je ne vais pas partir avec lui ! N’est-ce pas ? D’ailleurs, tu peux la garder, j’ai pas besoin de ton Joyeux Noël !
Il dépose sèchement le tout au sol et sort de la pièce en claquant violemment la porte d’entrée. Mélinda demeure médusée et coite.
Dès que la porte se referme, elle se tourne vers son mari, entré entre-temps d’un pas feutré.
— Notre fils viendra-t-il demain ? Pour Noël, non ?
— Je ne le sais pas. Nous verrons.
Elle s’assoit sur une chaise à bascule et fixe le vide devant elle. Mélinda ferme les yeux pour les rouvrir rapidement. Le froid envahit son corps, des extrémités jusqu’au centre, malgré son manteau. Elle est dans la neige silencieuse et murmure :
— Mon enfant, pourquoi ?
Les genoux touchant le sol, une morsure cruelle passa par-dessus ses vêtements, s’insinuant pernicieusement dans ses os. Elle glissa subitement au sol.
La jeune femme se réveilla en sueur, rejetant les draps sur son mari qui n’émit qu’un grognement d’insatisfaction. Elle se tourna vers le réveil matin qui brillait seul dans l’obscurité. Il était minuit passé. Se levant, la petite femme remarqua John près de la fenêtre. Elle lui chuchota :
— Ainsi, vous…
Le fantôme quitta la pièce, au grand damn de la médium qui se rendit au salon et dans la cuisine, espérant le revoir, mais en vain. Refroidie par sa marche, elle revint au côté de Jim et s'endormit paisiblement comme un bébé.
***
Le lendemain matin.
Mélinda encore perplexe de son rêve de la veille demeura allongée dans le lit. Jim, debout, se pencha au-dessus d’elle et lui susurra :
— Mél, lève-toi, Faith et Élisabeth sont déjà à la porte ! Le petit-déjeuner est prêt ! Et les enfants, tout comme moi, sont très impatients de connaître leurs cadeaux ! On attend tous après toi, mon amour !
— Oui, j’arrive ! grogna-t-elle en se redressant pour l’embrasser du bout des lèvres.
Une fois le petit-déjeuner pris, Mélinda donna un coup de coude au fils de Faith et prit la parole.
— Je sais que c’est Noël… Les cadeaux sont sous le sapin… Mais Jim et moi avons un dernier détail à régler dans la boutique. Tu sais, ces meubles qu’il faut déplacer…
Il approuva d’un signe de tête, bien que ses yeux bleus semblaient crier « Un fantôme qui ne laisse pas ma femme tranquille ! »
— Très bien répondirent à l’unisson Faith et Élisabeth. Nous veillerons sur nos petits-fils.
Le couple revêtit leur manteau et traversa prestement les rues désertes jusqu’à la boutique d’antiquité, ne prêtant nullement attention à la lourdeur du manteau blanc qui recouvrait la ville.
***
Mélinda s’installa derrière l’ordinateur qui se trouvait dans l’arrière-boutique sur une table en chêne laquée et chercha des informations sur l’esprit errant, tout en expliquant son rêve à Jim.
— Donc, conclut la médium, John Smith s’est disputé avec son fils… à cause de cette plante… Mais pourquoi ? Et il est mort dans la neige, de froid, je présuppose ?...
Soudain, elle se leva du fauteuil et s'exclama :
— Non ! Il serait mort d’un arrêt cardiaque l’an passé en allant au parc, selon la nécrologie !
Un courant d’air frais se manifesta à sa droite, la présence du fantôme. Celui-ci murmura :
— Et le poinsettia ? Je ne veux pas qu’il divise notre famille !
La brune lui demanda :
— Que voulez-vous que je fasse ?
— Et mon fils, est-il fâché après mon épouse, Ann ? Je ne veux pas que ma famille soit à froid… Je ne voulais pas paraître stupide… Un malentendu… J’espère ne pas être la pomme de la Discorde ? Je le regrette !
— Très bien ! Nous irons rendre visite à votre femme et à votre fils, en espérant parvenir à les réconcilier.
« Sans garantie, mais au moins j’aurai essayé ! » pensa-t-elle. « Il serait dommage que le temps si particulier et spécial qu’est Noël ne puisse faire de tel miracle ! Pourquoi pas ? »
L’esprit errant lui sourit, des rides se formèrent au coin de ses yeux, et quitta la pièce en un clin d’œil.
— Jim, l’informa-t-elle en retrouvant les adresses à domicile de la veuve et du fils, nous irons régler ce cas d’esprit errant en espérant parvenir à unifier une famille !...
Soudain, telles des gouttes d’un métal transparent liquide, des larmes coulèrent le long de sa joue, laissant un petit sillon.
— …Il n’y a rien de pire qu’une famille divisée en ce moment de l’année !
— Allons-y maintenant ! commenta le grand homme. Je veux que nous passions aussi du temps avec nos proches !
Le couple enfila leurs manteaux, bottes et autres équipements saisonniers puis sortit de la boutique.
***
Quelques rues plus loin.
Jim et Mélinda arrivèrent devant une charmante maison en briques entourée de neige et d’arbres décharnés, les branches levées aux cieux, comme une supplique muette d’appel au printemps. John les attendait près de l’entrée.
Une femme aux cheveux blancs les accueillit à l’intérieur, les invitant au salon richement décoré pour l’occasion avec les maintes lumières colorées, mais vide de présence humaine. Une fois que la médium expliqua la situation, Ann pencha sa tête à droite et approuva lentement.
— Je vous crois bien ! D’ailleurs, le poinsettia que je voulais…
Sa voix éraillée s’éteignit malgré elle.
— …ou plutôt devrais-je dire que nous voulions… donner à notre fils est encore là-bas…
Elle désigna un pot près de la fenêtre, le même que dans le rêve de Mélinda : lisse, vert forêt et au bord surélevé.
— J’appellerai notre fils…
***
Quelques heures plus tard, bien au chaud au salon des Clancy.
Jim et Mélinda, assis l’un à côté de l’autre sur le canapé beige en face de Faith et d’Élisabeth, souriaient à la joie de leurs enfants qui testaient déjà leurs nouveaux jouets avec enthousiasme. La jeune mère tourna la tête vers la fenêtre où une tempête tombait doucement et gracieusement et sourit. Les lumières qui illuminaient la salle brillèrent soudainement avec plus de force. John Smith était à droite de la médium. Ses yeux scintillèrent comme deux joyaux. Ses traits détendus exprimaient un apaisement et une sérénité. Il murmura :
— Merci d’avoir unifié ma famille ! Je vous en suis infiniment reconnaissant !
— Voyez-vous une Lumière ? lui chuchota-t-elle avec un petit sourire en retenant ses larmes de joie.
— Oui, répliqua-t-il dans un souffle en se tournant à sa droite. Elle est belle et m’appelle ! Divine ! J’y vais ! Au revoir !
Ses vêtements prirent un éclat encore plus puissant que ne pouvait le faire tout l’éclairage de ce monde matériel et son visage devint radieux. Il marcha d’un pas léger vers un point lumineux que lui seul percevait. Cette Lumière l’enlaça doucement jusqu’à le faire disparaître de la vue de la brune.
Celle-ci enlaça son mari pour enfouir son visage au creux de son épaule, essuyant prestement quelques larmes.
***
Le soir, à la lumière de quelques bougies.
Seul, face à face, le couple grignota quelques toasts. Jim demanda de sa voix chaleureuse et puissante :
— Ainsi, John Smith est parti, c’est ça ?
Mélinda approuva d’un signe de tête, leva son verre et affirma :
— Pour tous les vivants et les esprits errants ! Que tous soient heureux et en paix ! À notre futur brillant et radieux !
Chacun vida son verre et la médium vint se blottir contre son mari, entre ses forts bras rassurants.