La rose sur le bureau

Chapitre 1 : La rose sur le bureau

Chapitre final

1743 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 01/01/2026 21:37



La rose sur le bureau



Par une journée ensoleillée de mai 2008, au bureau du Professeur Richard Payne, à l’Université Rockland, Grandview, États-Unis d’Amérique, en après-midi.



Melinda Gordon, une petite brune vêtue d’une longue robe vert moyen et de talons hauts vert forêt, aux cheveux brun-doré moyen ramassés en deux tresses, était assise sur une chaise en face de celle sur laquelle était son ami Richard Payne, un professeur régulier de l’Anthropologie des Sciences occultes. Celui-ci, avec son complet beige et sa chemise blanche, la fixait d’un air sérieux, ce qui convenait bien au regard de la situation. Il savait que si elle venait, c’était pour demander son aide pour du latin ou pour des croyances des anciens peuples. Il savait depuis quelques mois que Melinda n’était pas une simple gérante de la boutique d’antiquités The Same It Never Was Antiques : elle était une médium. Elle pouvait communiquer avec les esprits errants, ce qui le fascinait. Elle les aidait à quitter définitivement le monde des vivants et les préparait à partir dans la Lumière, ou l’Au-delà, l’Autre Monde. Le fait de rencontrer une personne qui avait une capacité paranormale, il le voyait comme une occasion rare. Quelqu’un qui savait ce qui se passait, au contraire de lui, qui ne connaissait qu’un point de vue théorique, mais aucune expérience. S’il aurait été plus croyant, le professeur aurait peut-être pensé que Dieu l’avait béni. Bien qu’il allait à l’église lorsqu’il était plus jeune, depuis qu’il était chargé de cours à l’Université Rockland, Richard cessa de manifester toute forme de piété, pour ne pas être tourné au ridicule par ses collègues. Tout particulièrement depuis la première lettre échangée avec son âme-sœur, Kate, qu’il maria peu après. Il avait écouté le conseil de sa femme et rompit avec toute forme de pratiques religieuses. Depuis, le professeur laissa de côté ses propres convictions, pour s’intéresser à son domaine d’études, à savoir l’Anthropologie des Sciences occultes et les anciennes croyances, d’un point de vue strictement scientifique et objectif. 


Melinda remarqua, un peu en retrait derrière Richard, un esprit errant : une jeune femme, plus grande qu’elle, vers la trentaine, vêtue d’un complet bleu marine, d’une chemise blanche et de talons hauts noirs. C’était Kate Payne, l’épouse du professeur. Cette dernière était la raison pour laquelle la médium se trouvait maintenant au bureau de Richard.


La petite brune s’éclaircit la gorge, puis dit d’une voix douce :

— Professeur Payne, je suis venue aujourd’hui en raison de la requête de votre épouse…

Son interlocuteur, ému, presque les larmes aux yeux, approuva silencieusement.

Melinda continua :

— Kate, qui est par ailleurs, derrière vous…

Par automatisme, l’universitaire se retourna, comme s’il espérait voir quelqu’un. Déçu de ne rien percevoir, il ramena son attention vers la médium. Cette dernière lui adressa un petit sourire puis enchaîna :

— Elle était venue à moi, hier, en après-midi, alors que je rangeais un miroir dans mon arrière-boutique. Et elle m’a dit qu’elle voulait que vous récupérez la rose qui est sur votre bureau et que vous la placez dans un vase pour votre salon.

Intrigué, les sourcils levés d’étonnement, le professeur regarda frénétiquement la surface de son bureau, sur lequel il y avait des feuilles de notes et un livre dont il avait débuté il y a quelques jours la lecture.

Richard releva sa tête vers son amie et balbutia :

— De quelle rose est-il question ?...

Elle haussa les épaules pour toute réponse.

Il enchaîna, une moue perplexe au visage, le front plissé d’inquiétude :

— Je n’en vois aucune…

Kate soupira d’un air exaspéré et s’exclama :

— C’est la rose que tu as laissé sur ton bureau hier !

Melinda, en promenant son regard de la revenante au vivant, rapporta fidèlement les propos de celle-ci.

Les yeux bleus de Richard s’agrandissèrent jusqu’à devenir comme ceux d’un hibou. Il baissa la tête, fuyant le regard de son amie.

Aurait-elle deviné ? pensa-t-il.  Je voulais la donner à Melinda… Heureusement que j’ai eu la bonne idée de l’ôter de là… Son mari aurait tout de suite compris… Et je ne voudrais pas encourir sa colère… Quoi de plus terrible qu’un époux jaloux ? Je n’ai pas envie de payer le prix de ma passion pour Mel…

L’universitaire était secrètement amoureux de la brune. Sauf qu’il n’osait jamais l’avouer, car il la savait mariée à Jim Clancy, un ambulancier qui lui avait sauvé la vie il y a deux semaines, alors que son piano s’était écrasé sur sa jambe gauche. Il a enlevé le plâtre hier après-midi. Et maintenant que l’âme de sa défunte épouse avait sans doute compris qu’il n’était pas indifférent à Melinda, il avait un peu honte de ce sentiment. Il espérait seulement que celle-ci ne se fâchera pas…

Il inspira et expira profondément, pour se ressaisir, surtout pour calmer les forts battements de son cœur sous l’effet de l’émotion que provoquait son interlocutrice en lui.

La passeuse d’âmes le fixa et ajouta d’une voix douce, qui sonnait aux oreilles de l’universitaire comme une mélodie harmonieuse :

— Professeur Payne, pouvez-vous m'éclairer au sujet de ce que votre épouse a dit. 

— Oui, bien sûr… balbutia-t-il.

— Pour moi, c’est un mystère, cette histoire de rose…

Kate lança un regard noir à Richard, puis s’avança à la droite de la passeuse d’âmes, les traits tendus, déformés en une sorte de moue dédaigneuse. Elle murmura d’un air courroucé :

— Madame Gordon, je vais tout vous dire…

— C’est-à-dire ? fit Melinda en tournant légèrement sa tête vers elle.

Le professeur intervint :

— Hier, j’ai laissé une rose…

— Il l’a laissé pour vous, termina Kate avec une pointe de jalousie dans sa voix.

— Comment ? questionna la médium, surprise, en promenant son regard de l’esprit au vivant.

Je n’aurais jamais douté que le professeur Payne serait amoureux de moi, songea-t-elle. Surtout que je ne cache pas mon alliance. Par ailleurs, je n’aime que Jim et pas un autre ! Je ne peux pas être infidèle à mon amour ! Jamais !

Étonné que son amie lui coupa ainsi la parole, il toussota puis répliqua :

— Laissez-moi terminer…

— Désolée, mais j’ai réagi aux propos de Kate, s’excusa-t-elle.

— Qu’est-ce qu’elle a dit ? demanda-t-il avec une lueur de tristesse et d’inquiétude dans ses yeux.

— Kate est jalouse… C’est tout, balbutia Melinda, gênée de transmettre exactement les paroles.

Je pense bien que ce soit inutile de préciser, pour ne pas s'embarrasser avec ses sentiments envers moi… pensa-t-elle en clignant des yeux. Je ne veux pas à cause de cela pour autant perdre son amitié… Le professeur Payne est un bon ami, toujours là pour m’aider avec ses connaissances… Dommage qu’il soit amoureux de moi ! 

— Je comprends, murmura-t-il en baissa la tête.

Ils demeurèrent silencieux pendant plusieurs minutes. Kate les regardait sans mot dire. Au bout d’un certain temps, elle s’éclaircit la gorge, puis s’écria :

— Madame Gordon…

L’interpellée fit par automatisme un mouvement des mains pour l’inviter à compléter sa phrase.

La revenante :

— Voulez-vous lui dire de mettre cette rose dans un vase de notre salon, afin qu’elle soit loin de vous !

La médium confirma sa compréhension, puis ramena son attention vers son ami universitaire. Elle toussota et ajouta d’un air sérieux :

— Professeur Payne, une dernière chose…

— Oui… fit-t-il en levant lentement la tête vers Melinda, mais en fuyant son regard, craignant qu’elle ne le lise comme un livre ouvert.

— Que vous n’oublierez pas de respecter la volonté de Kate et de placer la rose dans un vase de votre salon.

— Non, bien sûr que je n’oublierai pas ! s’exclama-t-il d’un air quasi théâtral pour cacher son malaise.

Encore faut-il que je retrouve cette rose, se dit-il en son for intérieur. Peut-être que je l’ai mise dans un pot près de la bibliothèque ?

L’universitaire balaya furtivement du regard son bureau si familier, dans l’espoir de repérer la fameuse rose. Mais il ne la trouva point.

Il toussota pour cesser de divaguer dans ses réflexions, puis murmura à la médium :

— Dans tous les cas, Melinda Gordon, merci d’être venue pour une requête… aussi particulière. 

Il s’interrompit puis ajouta :

— L’important est que Kate soit contente et puisse partir dans l’Autre Monde ?

— Je l’espère aussi, dit la passeuse d’âmes.

En jetant un coup d’œil à l’entité, qui affichait un air désapprobateur, la femme de Jim soupira et surenchérit :

— Sauf que, au regard de la réaction de votre épouse, elle ne semble pas être prête à partir sitôt…

— Comme quoi Kate est vraiment compliquée ! plaisanta Richard. Toujours la même !

— Très drôle, Rick ! fit la concernée, les bras croisés sous sa poitrine.

Melinda intervint :

— Dans tous les cas, votre épouse ne semble pas apprécier votre blague…

Elle fit une courte pause avant d'enchaîner sur un air plus sérieux :

— Mais blague à part, je n’ai rien d’autre à dire. Merci à vous, professeur Payne, de m’avoir écouté !

— Merci à vous, Madame Gordon et passez une bonne journée !

— Pareillement pour vous !


La médium se leva de la chaise sur laquelle elle était assise et sortit du bureau. Elle ne prêta pas attention au fait que Richard la suivait du regard, perdu dans ses pensées. Kate, fâchée, passa au travers la porte du bureau. 


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