Alphabet spirituel au détour d’une conversation
Chapitre 1 : Alphabet spirituel au détour d’une conversation
1545 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 04/01/2026 22:17
Cette fanfiction participe au Défi Discussion ABCdaire de KamrynAllister sur Nocteller
Trois discussions avec des esprits errants — version augmentée du Défi.
— Ainsi, vous me voyez ? s’étonna-t-il.
— Bien sûr, sinon je ne pourrais vous dire que vous portez une veste bleue et des pantalons jeans, soupira Mélinda.
— Comment n’y avais-je pas pensé ! ajouta l’esprit errant en riant.
— Désormais, pouvez-vous, monsieur Smith, m’expliquer la raison de votre…
— Euh oui ! Je veux que… Je voulais quoi déjà ?… Ah oui, retrouver Lewis !
— Fabricant de jeans ?
— Gnouf ! Non, c’est là qu’est Lewis ! Pas un fabricant de jeans !
— Ha ! D’accord ! Et vous voulez que je dise quoi à Lewis en prison ?
— Identifiant… Son identifiant est KZ023.
— Je ne comprends pas ce que ça veut dire ?
— Kasher pour son mode alimentaire, Zoo pour son premier lieu de travail, 02 pour le mois de naissance et 3 pour le jour.
— Logique !
— Madame, je n’ai pas fini ! Je voulais lui donner l’argent que je cache dans un coffre chez moi ! Pouvez-vous demander à ma femme de vous donner cette somme ?
— Nécessairement possible… Ce ne sera pas la première fois que j’accomplis la volonté des esprits errants.
— Oh ! C’est gentil !
— Par contre, je doute que je puisse me rendre en prison les mains dans les poches et dire aux gardiens « Eh vous, je veux rendre visite à Lewis, identifiant KZ023, pour donner un petit cadeau d’un ami défunt. »
— Quoi ? Comment ?
Le fantôme serra ses mains en poing. Il devint rouge comme pivoine.
— Respirez un peu. Calmez-vous. Soyez rationnel, continua-t-elle avec un petit sourire apaisant. Personne ne me laissera passer si je me pointe à la prison…
Smith respira bruyamment avant de se calmer quelques minutes plus tard.
— Surtout que je ne suis pas un proche de votre ami ou une connaissance quelconque. Et, qu’est-ce qui vous lie à Lewis en prison ? Elle murmura d’une voix douce sa question.
— Très bien, je saisis votre raisonnement, mais nous pouvons essayer, s’il vous plaît ! Vous pouvez m’aider, non ? Sinon Lewis, c’est mon collègue et ami depuis le temps des études. Je ne peux le laisser croupir sans un sou en prison, le pauvre ! Et je peux toujours posséder l’un des gardiens ! Sans succès garanti, mais qui n’essaie pas n’a rien !
— Une tentative ne signifie pas automatiquement une victoire.
— Victoire certaine autrement ! Si cette option ne fonctionne pas, je sais que Lewis a une petite amie… Wilhelmina. Elle peut prendre l’argent à sa place.
— Wilhelmina, pourquoi pas ? Plus simple, moins suspect. Je peux toujours donner la somme d’argent à cette femme. Ça revient au même, non ?
— Xiiii ! Bon d’accord… Ça ne sera pas facile… Je doute qu’elle accepte, mais à ne pas exclure !
— Y suffit de penser à ce qui est le plus évident ! s’enthousiasma la médium.
— Zut ! Cette option est impossible… Je pense qu’ils ne vivent plus ensemble depuis plusieurs années !
***
— Albert Bernard, s’exclama Mélinda, les mains serrées en poings, dites-moi pourquoi vous…
La médium lança un regard foudroyant à son interlocuteur.
— Bien ! Bien, répondit le fantôme en levant théâtralement ses mains. Je vais vous aider !
— Comment ? C’est moi qui vous aide, pas le contraire ?
— De temps en temps, je change d’avis, vous savez ? Je m’amuse un peu avec la radio, c’est drôle !
— Écouter une chanson dans une langue étrangère est votre seule raison de demeurer parmi les vivants, non ? Un peu particulier, quoi d’autre ?
— Franchement pas difficile à deviner, n’est-ce pas ? Je ne suis pas quelqu’un de compliqué !
La médium tendit l’oreille, curieuse.
— Grec ? Vous voulez écouter une chanson dans cette langue ?
— Hilarant, n’est-ce pas ? continua Albert avec une touche de sarcasme. Surtout lorsque que je ne sais pas un mot !
— Inquiétant, plutôt, marmonna-t-elle. Vous allez réveiller, mon petit bébé, Aiden !
Un cri fusa du berceau.
— Je suis désolé, marmonna le fantôme en baissant la tête. Sinon, je suis passionné par un certain théâtre asiatique… dont j’ai oublié le nom…
— Kabuki ? Le kabuki ? suggéra-t-elle en berçant son fils pour le calmer.
Il secoua la tête en signe de négation.
— Le nô, peut-être ?
— Merci ! C’est ce que je cherchais ! s’exclama Albert en sautillant. Tellement intriguant ce jeu de pantomime, ces costumes colorés et ces masques. Bon, que je revienne à mon propos… Voulez-vous en savoir plus ?
— Non, pas d’intérêt personnel pour le théâtre, sauf si c’est important pour vous ?... haussa des épaules la médium. Je peux vous écouter… Selon mes recherches…
— Oubliez-vous que toutes les informations accessibles sur Internet et les médias sociaux sont très partielles ?… Et qu’elles ne permettent aucunement de conclure quoique ce soit à mon sujet.
— Pourtant, vous êtes mort… en mangeant du confit de canard lors de votre voyage en France !
— Quels magnifiques souvenirs ! le fantôme se laissa aller à la rêverie. La tour Eiffel, le Louvre et tant de merveilles architecturales !
— Revenons à ce qui nous intéresse. Je n’ai pas l’éternité devant moins, contrairement à d’autres.
— Si vous le souhaitez, bien entendu ! Sinon, j’ai un frère qui travaille à la banque, responsable de détournement…
— Troublant ! Au moins, vous n’avez pas eu de contact avec lui… Sinon, vous avez voyagé partout dans le monde avec votre épouse, sauf dans quelques pays.
— Un petit détail, Gertrude et moi avons visité tous les pays, sauf l’Uruguay, la Russie et la Finlande. Et je me suis récemment rendu… d’outre-tombe dans ces lieux. Je regrette de ne pas pouvoir partager mes joies avec ma bien-aimée ! Concernant Robert, mon frère, je n’ai aucun contact avec lui depuis très longtemps… Et j’ai été très étonné lorsque j’ai appris sa peine de prison il y a dix ans !
— Vous avez raison ! C’est bien décevant ! Surtout lorsque nous avons une meilleure opinion de nos proches… Pour moi, c’est pareil pour mon père !... L’armoire que votre épouse a amené à la boutique est remplie de statues en bois…
— Xoanon… le corrigea le fantôme.
— Yiddish ? Grec ancien ? Je pense que c’est le second, non ?
L’esprit approuva d’un signe de tête.
— Zéro culture générale, commenta cyniquement Albert en croisant ses bras sous la poitrine et en esquissant un sourire narquois. Bien sûr, c’est du grec ! Sinon, vous pouvez donner les xaonons à Gertrude, c’est un souvenir de voyage.
La médium confirma d’un hochement de tête.
***
— Alcool, murmura un fantôme. Où est-il ? Je le cherche…
Mélinda s’arrêta sur le seuil de la cuisine, étonnée.
— Bertrand Falcault, je peux vous aider dans votre dernière volonté. Je vous l’ai déjà mentionné lors de notre rencontre dans le parc.
— C’est vrai !
Il se frappa la main sur le front.
— Dam, j’ai une mémoire de poisson rouge ! Perte de mémoire à mon âge ! Devrais-je m’en inquiéter ?
— Effectivement ! Mais s’en faire un souci maintenant… soupira Mélinda, les bras croisés. Il est un peu tard, non ? Que cherchez-vous ?
— Futile, tout ça !... Je cherche quoi ? Rien !
— Génial ! s’exclama la médium en portant une main à sa tête. Selon mes recherches, il y a deux cent résultats, dont la moitié pourrait correspondre à votre cas ! Ni Google ni Penthius ne sont collaboratifs !
— Ho ! Je ne sais que dire alors !
— Intéressant votre cas !... dit-elle en levant les sourcils. Comment puis-je vous aider ?
— Jeûner ! Je suis mort de faim… se lamenta-t-il en levant ses mains au plafond. Je voulais devenir un ascèse ! Je pensais survivre en me nourrissant exclusivement de kecha…
— Kacha ? suggéra Mélinda, confuse. Un ascétique bien gourmet ! Original !
— L’indigène connaît mieux que moi la nourriture ! Formidable. Je m’empêtre avec les mots…
— Monsieur Falcault, soyez clair ! Que voulez-vous exactement ? Pour quelle raison vous errer encore parmi les vivants ?
— Néant ! Je ne me rappelle plus… Sauf si c’est l’origano ?
— Original ! Mais que voulez-vous faire avec cet épice ?
— Pour la cuisine, bien entendu ! Mon épouse, Anastasia, en avait besoin !
— Quel quiproquo ! Vous êtes professeur émérite à notre université locale, pas un cuisinier !
— Respectueux et très honorable professeur de littérature française et anglaise, précisa le fantôme avec un petit sourire nostalgique.
— Stupéfiant que le monde soit petit dans notre ville ! Mon ami le professeur Richard Payne vous a mentionné, une fois ! Et vous voulez que je retrouve cet épice pour votre femme ? C’est ça ?
— Trouvez aussi l’alcool que je voulais lui offrir pour son anniversaire… Lequel déjà ?
— Un bordeau ?
— Vodka répondit-il en fronçant les sourcils. Sauf si c’est autre chose, mais quoi ?
— Xérès, non ? murmura la médium, incertaine.
— Youpi ! C’est cet alcool-ci pour accompagner les jacuzzi…
— Zakouski ? sourit-elle, amusée.
Le fantôme approuva d’un signe de la tête, le regard pétillant.