Le Défilé des Lumineux vu par un habitant de Grandview

Chapitre 1 : Le Défilé des Lumineux vu par un habitant de Grandview

Chapitre final

1910 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 15/01/2026 15:55


21 mai 2010, 23 h 00, rue près de la boutique The Same It Never Was Antiques à Grandview.


Un grand homme vêtu d’une chemise et d’un pantalon gris revint du travail. Son nom n’avait pas d’importance. Il était un natif de Grandview, âgé entre trente et cinquante ans. Il marchait dans la rue silencieuse. Ses pas résonnaient comme une cadence, unique bruit de toute la rue. Soudain, il entendit les crissements de pneus.

Sans doute des gens qui reviennent du travail, pensa-t-il en haussant les épaules.

Curieux de savoir ce qui se passait, l’homme s’approcha du bruit. Il vit, devant la boutique d'antiquités, trois voitures, dont la rouge de la propriétaire de la boutique, Melinda Gordon. Voilà des années que cette femme, une médium, qui prétendait voir les esprits errants, vivait à Grandview. Elle était mariée à Jim Clancy, un ambulancier qui travaillait à l’hôpital Mercy, le seul hôpital de la ville. Melinda était la fille du procureur adjoint Thomas Gordon et d’Elizabeth. Il semblait qu’elle avait hérité de sa mère et de la lignée maternelle le don de voir les fantômes. Cependant, des rumeurs disaient qu’elle serait la fille illégitime de Paul Eastman, l’ancien fiancé de sa mère. Melinda était veuve de son mari, qui mourut le 7 novembre 2008, d’une embolie pulmonaire à l’hôpital Mercy, après qu’il eut été visé par un policier, probablement son ami Carl Neely, selon les rumeurs. Melinda se remaria avec Sam Lucas, un architecte de passage dans la ville, le 15 mai 2009. Cela fait six mois et huit jours que Jim était défunt et elle s’était trouvée déjà un autre mari. Comme quoi Melinda ne voulait pas rester seule trop longtemps… Cette hâte peut s’expliquer par le fait qu’elle était enceinte de son premier mari… À croire qu’elle s’était remariée pour subvenir aux besoins de son fils, Aiden. D’autant plus que ceci se trouve confirmé par le fait que Melinda et Sam n’avaient pas d’enfant ensemble. En plus que Sam devint récemment un médecin, ce qui signifiait un revenu plus que suffisant.


Le passant vit devant la boutique d’antiquités la voiture de Melinda, celle de Sam et celle de Delia. Cette dernière était l’associée de boutique de la médium. De métier, elle était agente immobilière. Delia était une mère monoparentale d’un fils prénommé Ned, car veuve de son mari, l’architecte Charlie Banks. Son fils fréquentait depuis quelques années déjà l’Université Rockland, dans Dieu-sait quel programme. Le passant arrêta sa marche et observa d’un air intéressé ce qui se passait. Il vit Aiden, un gamin de cinq ans, vêtu d’une veste vert olive sous laquelle se voyait la capuche d’un sweater gris clair et d’un pantalon jeans. Il dit :

— Cassidy, Cassidy !

Le passant se retourna du côté opposé du gamin, pour remarquer que Sam regardait la scène comme lui. Le second mari de Melinda, était vêtu d’une chemise bleue et d’un pantalon de complet bleu marine ou noir — ce qui est difficile à déterminer en raison de la nuit sans pleine lune. À sa droite, Eli James, un professeur qui entendait les esprits, était simplement vêtu d’une chemise rouge et d’un manteau bleu marine, gris foncé ou noir. Puis, à la droite de l’universitaire, Ned et Delia étaient aussi là et semblaient regarder avec curiosité ce que Aiden faisait.

Le passant fronça des sourcils.

Qu’est-ce qu’il fait ? Un gamin de son âge, à cette heure-là, ne devrait-il pas dormir ?

En promenant son regard du gamin aux adultes, il songea, perplexe.

Et eux, ils ne disent rien ? Et sa mère, Melinda, où est-elle ?

Le passant, les sourcils levés, demanda :

— Qu’est-ce qui se passe ?

Sam s’avança vers lui et murmura d’une voix calme :

— Monsieur, c’est un spectacle d’enfants.

Les yeux écarquillés de surprise, le passant ramena son attention vers le fils de la médium en pensant : Comment ça, des enfants ? Je n’en vois qu’un…

Il se mit à la gauche du mari de Melinda pour observer attentivement la suite. Il avait déjà ainsi procédé par le passé lorsqu’il était trop curieux. De sorte qu’une telle manière ne lui était pas étrangère.

Pourquoi Sam Lucas serait-il aussi protecteur envers un fils qui n’est pas le sien ? Il se comporte comme s'il était le sien… Bizarre… Il y a quelque chose qui ne tourne pas rond dans cette histoire, mais quoi ?... À moins que Sam ne veut pas avoir d’enfant… Ou que Melinda ne peut plus en avoir… Elle a quand même accouché Aiden par césarienne, selon ce que l’infirmière Jane m’a dit…

Le passant sortit de se réflexions par l’apparition d’une forme humaine blanche à la droite du gamin. La forme semblait être une fillette vêtue d’une robe blanche. Le passant fronça des sourcils. 

Elle est venue d’où, celle-là ?

Cette forme lumineuse — qui n’était nulle autre que Cassidy Peyton, l’âme d’une fillette qui était partie dans la Lumière, ou l’Au-delà, l’Autre Monde et qui était revenue — murmura quelque chose que le passant ne capta pas. Elle devint de plus en plus brillante, comme si un soleil illuminait tout son corps. Le passant, aveuglé par une telle lumière blanchâtre, se demandait bien à quel drôle de spectacle il assistait. Mais au fond de lui-même, il ressentait une panique montée dans sa poitrine, comme s’il pressentait un drame ou quelque chose de déterminant. Instinctivement, le passant recula de quelques pas. La forme éblouissante inspira et expira profondément, puis tourna vers sa droite. Au même moment, d’autres silhouettes tout aussi scintillantes firent leur apparition, éclairant le quartier comme si c’était le milieu de la journée. Étonné, les mains en visière, le passant observait autour de lui, pour noter que Delia, Ned, Eli et Sam s’observèrent. Autour de la boutique, d’autres habitants sortaient de leurs véhicules, tandis que d’autres se pointaient à leurs fenêtres, probablement réveillés.

Sans doute sont-ils intrigués par cette source de lumière… Mais quels effets spéciaux ! Pourtant, je n’ai pas remarqué les panneaux « Tournage en cours entre telle heure et telle heure »… Et le soir en plus ! Étrange !

Le passant marchait, pour fuir cette lumière, qui ressemblait à quelque chose d’hostile. Mais il comprit qu’il ne pouvait pas échapper. Le cœur cognant fort dans sa poitrine, il regardait rapidement autour de lui, pour constater qu’une femme qui était sortie de son véhicule s’était évanouie. Il pensa, les yeux qui s’agrandirent jusqu’à devenir comme ceux d’un hibou, Mais qu’est-ce que ces diableries ? Il faudrait appeler la police pour atteinte à l’ordre public !


Au moment où il formula cette pensée, il ressentit une pression derrière sa nuque, puis un souffle froid. L’homme trembla, transi de froid. Il se retourna, mais ne vit personne. 

Il sortit de la poche de son pantalon son cellulaire pour composer le numéro des urgences, mais l’appareil afficha le message suivant « Pile faible ». Il soupira et hurla à Sam :

— Docteur Lucas, une femme s’est évanouie !

— Où ? fit l’interpellé en regardant furtivement à gauche et à droite.

— La dame ici !


Le docteur se déplaça d’un pas rapide vers la direction indiquée par le passant. Remarquant la femme évanouie, il s’activa autour d’elle, afin d’évaluer si elle n’était pas grièvement blessée. Lorsqu’elle se releva, Sam revint à sa place initiale.

Le passant, lui, ramena son attention vers le fils de la médium.

Les silhouettes blanches avancèrent en se tenant la main. Il vit qu’Aiden et elles marchèrent d’un pas assuré vers la boutique de Melinda. Des vitres éclatèrent. Un bruit sourd suivit aussitôt. 

Il ne manque plus qu’un rideau et un caméraman qui crie « Coupez » !  pensa-t-il ironiquement.

En observant les autres habitants autour de lui, l’homme remarqua que certains déguerpirent, comme s’ils avaient très peur. D’autres qui clignaient à peine des yeux, d’autres qui regardaient d’un air amusé, petit sourire au coin des lèvres. 

Ayant l’impression d’être coincé entre cette lumière et les souffles froids derrière lui, le passant marcha d’un pas rapide vers la prochaine intersection. Il nota une femme qui se tenait là, plantée, regardant d’un air hébété ce qui se passait près de la boutique de Melinda. Comme elle ne réagit pas lorsqu’il s’approcha d’elle, l’homme abandonna toute tentative de discussion et se retourna pour voir quand même la suite. Chemin faisant, mine pensive, il se dit à lui-même

Cette dame ne semble pas plus que moi ce qui se passe… C’est du jamais vu de toute l’histoire de notre ville ! Je peux déjà imaginer que dans cinq ou dix ans, on parlera encore de ce spectacle bizarre… J’ai hâte de lire les journaux de demain !

La nuit avait repris ses droits, comme si la lumière qui avait éclairé soudainement le quartier disparut en un clin d’œil. D’ailleurs, il se sentait bizarre, et ce n’était pas en raison de l’absence de cette sensation de froid. C’était plus profond, comme s’il avait perdu quelque chose, comme s’il avait perdu une partie de lui-même. Il soupira et revint sur ses pas en traînant les pieds, comme s’il voulait éviter de voir ce qui était arrivé. Lorsque l’homme arriva devant la boutique, il vit Aiden devant la porte de la boutique de sa mère, dont les stores étaient baissés, avec l’écriteau « Fermé » sur la porte. Sam s’approcha du garçon en posant ses fortes mains sur ses épaules. Eli, Delia et Ned les suivaient, un peu en retrait. Puis, tous les cinq entraient dans la boutique. Quelques minutes plus tard, Sam sortit de la boutique, main dans la main avec Melinda, une petite brune vêtue d’une robe noire et de talons hauts. Elle semblait agitée, comme le témoignent ses cheveux en désordre. Aiden marchait devant eux, mine très joyeuse.

Qu’est-ce qui a bien pu se passer dans la boutique ?... Pourtant, aucune lumière n’a été allumée… Impossible que Melinda fasse un inventaire à cette heure-là… À moins qu’elle participe à des orgies nocturnes ? ou bien à des rituels bizarres ?, songea le passant. 

Il s’éloigna d’eux et continua sa route vers sa maison, avec un goût amer dans la bouche, comme s’il avait perdu quelque chose, mais il ne sait pas quoi. Il ne comprit rien de ce qui s’était passé. Il haussa les épaules. À quoi bon philosopher quand on n’est pas professeur ?

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