Sauver son âme

Chapitre 1 : Sauver son âme

Chapitre final

2014 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 11/03/2026 23:43

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Sauver son âme




Jim/Sam franchit le seuil du bureau de son psychothérapeute Élie James. La pièce minimaliste aux murs blancs avait pour seuls meubles un bureau en chêne, un fauteuil brun et deux canapés brun foncé. Une douce lumière provenant de la fenêtre orientée au sud éclairait la pièce. Élie, assis sur le fauteuil marron, griffonnait sur un papier avant de lever ses yeux foncés étincelants d’intelligence vers son patient. Il lui sourit et l’invita d’un geste de la main à s’asseoir. Jim/Sam s’installa confortablement sur le canapé. Il scruta la plante en pot, un aloe vera, puis, il fixa la fenêtre où des nuages blancs cotonneux cachaient parfois le soleil brillant avant de continuer leur voyage au gré du vent.

— Samuel Lucas, l’interrogea d’une voix rassurante le professionnel, pouvez-vous me raconter ce dont vous vous souvenez ?

Le cœur de l’interpellé battit plus fort dans sa poitrine et ses mains froissèrent le bord de son veston. Ce nom sonnait toujours étrange pour lui… comme s’il n’était pas le sien, bien que tous les documents officiels le mentionnassent.

— Disons…

Un récent souvenir lui revint à l’esprit.


Il se promenait dans le parc de Grandview aux côtés de Mélinda Gordon, cette jeune brune qui l’avait hébergé dans son garage après son accident. Accident qui l’avait laissé amnésique. Il s’assit sur un banc, puis discuta avec elle. Un sourire s’esquissa sur le visage de la jeune femme et il lui murmura une blague. Elle rit, le son cristallin qui le frappa résonna longtemps en son âme, comme un écho d’un autre temps.


— Que… Ce rire de Mélinda… Mélinda Gordon, se corrigea-t-il, m’est, comment le dire, familier… Et ses cheveux bruns qui s'agitent dans le vent… J’ai été tenté de glisser ma main pour vérifier s’ils étaient aussi soyeux qu’ils le paraissent, mais je me suis retenu… 

Une teinte écarlate enflamma ses joues. Les yeux mi-clos, il fixa ses genoux sans oser regarder son interlocuteur.

— Par décence… Et ce rire argentin  m’a frappé… Mon cœur s’est emballé… Je ne sais pas pourquoi… J’ai l’impression de l’avoir déjà entendu… J’ai déjà entendu ce rire… Je trouve ça très étrange… Et cette femme ! Pourtant c’est absurde ! 

Il retira de sa poche une petite boîte à bijoux et l’ouvrit pour en sortir une bague de fiançailles qu’il tourna entre les doigts. L’homme passa sa main libre dans ses cheveux presque blonds et commenta : 

— J’ai trouvé ce bijou… Mais je ne me rappelle plus à quelle femme je voulais l’offrir.

Il porta sa main à son front et remit la bague dans sa boîte.

— J'ai fouillé dans les fichiers de mon ordinateur portable à la recherche du nom de celle à qui cette bague était destinée, en vain ! Toutes les femmes qui y étaient notées étaient déjà mariées. Et même avec Nikki, la seule qui est venue me voir à la boutique d'antiquités de Mélinda quelques jours après mon accident... j'ai rompu avec elle. Bien que je n’aie aucune raison, mais je ne me souviens pas de l’avoir aimé… 

Les muscles de ses bras se tendirent. Il se tut, comme s’il venait d’en dire trop, avant de reprendre plus bas.

— Et les deux jours que j’ai passé avec elle ont été trop longs, je la haïs même… J’en éprouve une aversion… Je ne comprends pas comment j’ai pu vivre avec elle comme elle me l’a dit. 

Élie notait ses réponses et commenta :

— Ce doit être particulièrement éprouvant. Que ressentez-vous en parlant de ces événements ? 

— Je ne le sais pas, répondit Samuel en haussant les épaules.

— C’est normal de ne pas le comprendre immédiatement. Tout viendra en son temps… Avez-vous d’autres choses à ajouter ? 

Devant la mine renfermée de son patient, le psychothérapeute précisa avec gentillesse :

— Prenez le temps qui vous est nécessaire. Sachez que je ne fais aucune pression ! Je ne veux que vous aider.

Sam retira son veston pour le déposer sagement à ses côtés.

— Ah oui ! 

Un silence lourd s’installa. Des nuages noirs assombrirent le ciel. Un orage éclata au loin. Des sueurs froides coulaient le long de la colonne vertébrale de Sam.

— Et Mélinda est bien étonnante, reprit-il. Depuis peu je la seconde pour l’aider à comprendre des esprits errants. Elle me fascine avec le sérieux et le calme qu’elle a…

Il joua avec le bord de sa chemise et souffla : 

— …Et j’ai l’impression de la connaître et de déjà avoir entendu ces histoires de fantômes… Sa voix et tout me semble familier…

Élie leva les yeux de ses notes et continua d’un ton sérieux en le fixant, attentif : 

— Je remarque que lorsque vous mentionnez Mélinda Gordon, votre ton change, qu’est-ce que vous pensez qu’elle signifie pour vous ?

Samuel/Jim se leva et s’exclama : 

— Je ne le sais pas ! Un attachement, voire plus…

Sam ferma les yeux, sentant son environnement tourner autour de lui. Il secoua la tête.

— C’est trop fort, docteur ! Mais je ne crois pas que c’est de l’amour ! 

Il serra les mains en poing et une brève bouffée de la senteur du parfum de Mélinda parvint à ses sens avant de s’évanouir.

— C’est que je ne parviens pas à trouver le mot exact ! Mélinda est la seule femme qui me soutient dans la voie vers la guérison sans me juger ou me critiquer !

— Je vois que cela vous touche beaucoup, dit Élie doucement. Prenez un moment avant de répondre, si vous en avez besoin. Je précise qu’être plus qu’attaché à quelqu’un ne signifie pas nécessairement être amoureux. Souvent on le considère comme un ami pour lequel il y a un souci réel de son bien-être.

Samuel s’approcha de la fenêtre et un souvenir lui revint à l'esprit.


C’était le jour où il suivait Mélinda pour aider un fantôme. Ils arrivèrent devant une grande maison en pierres entourée d’une terrasse dallée et deux parterres de fleurs. Sur le toit, se trouvait un garçon tenant dans une main un petit objet qu’il lâcha, puis il sauta dans le vide. Mélinda hurla de terreur et appela l’ambulance. Alors qu’il se penchait vers le gamin, il lui suréleva la tête, glissa ses doigts derrière le cou et ordonna à Mélinda : 

— Voulez-vous me donner des compresses ? Vite !

Les yeux agrandis de la jeune femme l’observaient avec étonnement.

— Allez-y ! Vite !

— Désolée, bredouilla-t-elle. Je…

Elle frappa violemment à la porte et le père paniqué vint lui ouvrir. Il serrait son téléphone d’une main tremblante, essayant de composer le numéro des secours. Quand il vit Sam s’occuper de son fils, il apporta tout ce que la médium lui réclamait. Samuel se saisit des compresses et les appliqua aux bons endroits, répétant à l’enfant : 

— Respire ! Un, deux, trois ! Les secours arrivent !

Le gamin leva son bras, mais Samuel le retint et murmura : 

— Ne bouge surtout pas !

Et il attendit ainsi l’arrivée des ambulanciers.


Il cligna des yeux et revint à la réalité. Il se retourna pour affronter le regard de son psychothérapeute.

— De quoi venez-vous de vous souvenir ? l’interrogea celui-ci avec prudence.

— Oui… Très troublant même, affirma Samuel d’une voix tremblante en serrant les poings à faire blanchir les jointures.

— Ceci semble vous troubler profondément, commenta Élie.

— Je savais comment intervenir auprès d’un blessé… Comme si je l'avais fait mille fois…

Il inspira profondément.

— Pourtant, selon mes diplômes, je suis architecte — ce qui m’étonne, je n’en garde aucun souvenir… Et rien à voir avec le monde de la médecine… Mais je me sens attiré par ce domaine…

Un léger silence s'installa entre eux, où seul le bruit du stylo d'Élie était perceptible. Puis le psychologue répondit : 

— Déjà, je remarque un progrès depuis nos dernières rencontres qui étaient exclusivement concentrées sur une sensation de douleur à l’épaule à chaque fois que vous entendiez un bruit trop fort — claquement de porte, moteur qui démarre, etc. — et sur un malaise provoqué par les odeurs des produits aseptisants. Une synchronicité troublante qui peut être liée à des expériences passées, même oubliées. Plus de souvenirs émergent, dont plusieurs sont positifs.

— En parlant des expériences étranges, ajouta Samuel en retroussant ses manches, j’ai remarqué que ma montre s’arrête systématiquement à onze heures du soir et à neuf heures du matin, pendant quelques minutes avant de repartir. Pourquoi ?

Mine pensive, Élie gratta son menton imberbe.

— Très bonne question ! Ces deux moments semblent vous marquer. Qu’est-ce qu’ils représentent pour vous ?

— Ils représentent… Je ne sais pas… Mais lorsque la montre s’arrête, j’ai remarqué que le journal se déchire… Je l’ai recollé, mais systématiquement, il se déchire… En plus, la photographie de l’ambulancier Jim Clancy me paraît… comment dire, déjà-vu ? Cette photo qui tombe toujours à mes pieds…

— Comment interprétez-vous ces faits ? lui demanda Élie.

— Un signe ! J’ai cette impression ! Mais quel lien avec les heures ?

— Ces instants doivent avoir de l’importance pour vous ! 

— Vous avez raison… Vous n’apportez pas de réponse. 

— Non, c’est juste une simple supposition, le corrigea Élie. Et prenez le temps… Nous pouvons y revenir lors de notre prochaine séance…

— Non… Laissez-moi réfléchir…

Sam/Jim avala difficilement sa salive.

— Neuf heures du matin, c’est l’heure à laquelle je me suis réveillé amnésique à l’hôpital… Ma propre carte d’identité que j’ai dans le porte-monnaie m’était totalement inconnue ! Et onze heures du soir ? Rien… En fait, non… Mélinda m’a dit que son mari est mort tard le soir… Mais quel rapport avec moi ? Bref, mystère !

Un long silence s’installa entre eux rompu uniquement par le son de l’horloge murale. Jim/Sam rompit le silence et affirma : 

— Docteur James, je pense avoir une explication !

— Laquelle ? 

Il montra sa montre.

— Il est neuf heures et cinq minutes maintenant… et la montre ne s’est pas arrêtée ! Pensez-vous qu’elle est réparée ?

— Apparemment… Mais ceci signifie surtout que vous avez compris une signification cruciale pour vous.

Jim/Sam sourit à Élie et enchaîna :

— Mélinda m’a mentionné que son mari est décédé le soir à l'hôpital, donc possible que c’est à cela que correspond le deuxième arrêt de ma montre.

Un long silence suivit cette déclaration. Puis Sam murmura : 

— Je commence à comprendre !


Jim/Sam franchit le seuil du bureau de son psychothérapeute Élie James avec une détermination nouvelle et un pas léger. Peut-être n’était-il pas complètement guéri, mais tout pouvait encore se réparer dans sa vie. Pour le moment, il était conscient de son intérêt pour la médecine, de la possibilité de mener une vie nouvelle et de seconder Mélinda Gordon, et c’était un bon début. Élie, assis dans le fauteuil brun, griffonnait sur un papier, en souriant, content de ce progrès.

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