L’Histoire du Professeur Procyon

Chapitre 11 : Et si Goldorak existait ?

Chapitre final

3636 mots, Catégorie: K+

Dernière mise à jour 16/08/2026 20:32

Au Bouleau Blanc, Genzo avait retrouvé une vie qu’il n’aurait plus cru possible quelques années auparavant. Il n’avait rien oublié, mais il avait appris à vivre avec ce qui lui était arrivé. Il travaillait désormais à l’Institut des sciences spatiales et aéronautiques de l’Université de Tokyo. Ses recherches concernaient surtout les instruments d’observation et de détection des rayonnements cosmiques. Son expérience acquise à Berkeley lui avait rapidement permis de trouver sa place parmi les chercheurs de l’Institut. Elle lui permettait de poursuivre ses recherches et de garder du temps pour d’autres occupations. Il passait une partie de la semaine à Tokyo, et revenait au Bouleau Blanc quand il le pouvait. Rigel s’occupait toujours de l’exploitation, mais Genzo lui donnait un coup de main lorsque certains travaux le demandaient.


La tour blanche faisait désormais partie du paysage. Genzo montait parfois jusqu’à la petite pièce du sommet pour se recueillir. La photographie d’Elena et de Heiwa y occupait toujours la même place à côté de la plaque commémorative. Le travail avait également repris dans les niveaux inférieurs. Mais Genzo ne cherchait plus dans le signal une explication à l’attaque du Bouleau Blanc. Il voulait désormais simplement comprendre ce que contenait le 1-3-5. Warren avait fait envoyer depuis les États-Unis du matériel supplémentaire nécessaire pour leur recherches. Ils avaient aussi reconstruit une nouvelle version du Phonoscope à partir des dossiers conservés par les anciens membres de la Confrérie. L’appareil était fort différent de celui de Berkeley, mais il reposait sur les mêmes principes. Les améliorations venaient principalement des nouveaux composants qui lui donnaient des capacités d’analyse bien supérieures.


Les recherches sur le second signal se poursuivaient parallèlement à leurs activités professionnelles. Warren travaillait toujours à la NASA et Abram était resté au Liban. La distance empêchait les trois hommes de se réunir comme ils le souhaitaient. Leur collaboration reposait surtout sur les courriers, les appels et les bandes qu’ils s’envoyaient. Warren arrivait parfois à se libérer pour venir au Japon. Abram aussi. Mais il était beaucoup plus rare qu’ils puissent s’y retrouver tous les trois en même temps.


Leur collaboration avait enfin permis d’ouvrir une nouvelle piste. Le détail que Warren avait relevé dans le deuxième signal, et qui les avait poussés à reprendre son étude, prenait maintenant toute son importance. Les microvariations ne se répartissaient pas au hasard, elles formaient des groupes réguliers, dont certains rappelaient des structures déjà isolées par la Confrérie dans le premier message. Pour aller plus loin, Genzo, Warren et Abram avaient repris la théorie de la grammaire vibratoire développée lors de l’étude du premier signal. Au début, leurs essais avaient donné peu de résultats. À force de décomposer le signal, certains fragments devenaient plus faciles à décoder. Ils avaient fini par retrouver des éléments proches de ceux du premier signal, mais sous une forme plus simple. Une certaine logique commençait enfin à apparaître, même s’ils ne savaient toujours pas s’il s’agissait réellement d’un message.


Un soir, alors qu’ils étaient tous réunis au domaine du Bouleau Blanc, Abram rapprocha deux séries de symboles.

— Regardez.

Genzo vint se placer à côté de lui. Warren consulta les mêmes séquences sur l’un des écrans.

Abram désigna plusieurs éléments du premier et du deuxième signal.

— Ici, nous avons une structure du premier signal. Mais regardez : elle ressemble à cette partie du deuxième signal que nous venons de réussir à isoler.

Warren observa les correspondances pendant quelques secondes.

— Nous avons peut-être notre pierre de Rosette.

Genzo comprit tout de suite à quoi Warren faisait allusion. Un peu comme pour les hiéroglyphes, ils pouvaient désormais comparer des structures qui semblaient remplir des fonctions similaires dans les deux signaux. Le premier leur donnait des équivalences qui leur permettaient de mieux comprendre le deuxième. Ils étaient désormais presque certains que le 1-3-5 contenait bien un message. Son sens leur échappait encore, mais cette découverte leur donnait une clé pour avancer.


Leur progression s’accéléra. Ils avaient intégré ces nouveaux éléments à leur travail sur la grammaire vibratoire. Des fragments jusque-là incompréhensibles trouvaient enfin leur place. Certains revenaient d’une séquence à l’autre et confirmaient ce qu’ils avaient déjà commencé à comprendre.

PAIX – CONTACT - RÉPONSE.

Afin de ne pas tirer de conclusion trop vite, ils avaient repris les calculs, modifié les paramètres d’analyse et cherché d’autres interprétations possibles. Mais ils revenaient toujours aux mêmes correspondances.

Le 1-3-5 semblait bien avoir été envoyé avec une intention pacifique.

Une autre particularité du signal les intriguait. Une courte structure revenait autour de certaines séquences. Elle gardait toujours la même forme.

Warren finit par comprendre qu’elle ne faisait pas partie du message lui-même.

— Je crois que c’est une instruction.

Deux motifs presque identiques se répétaient. Seule la phase du second était inversée. Après plusieurs vérifications, le principe devint clair : le 1-3-5 indiquait aussi comment répondre. Il suffisait de reprendre une partie du signal, de la moduler avec l’information à transmettre, puis d’en inverser la phase avant de la renvoyer vers sa source. Genzo, Warren et Abram étaient maintenant confrontés à un choix. Ils pouvaient essayer de répondre au deuxième signal ou reprendre l’étude du premier avec ce qu’ils venaient de découvrir. Celui-ci restait toutefois beaucoup plus complexe et difficile à décoder.


Ils ne prirent pas de décision immédiate. Ils continuèrent à hésiter entre les deux options pendant plusieurs semaines. Reprendre le premier signal signifiait se lancer dans une longue phase d’analyse. Répondre au second leur donnait la possibilité d’un véritable échange. C’est finalement cette seconde option qui finit par s’imposer. Reprendre le premier signal pouvait demander des mois, voire des années, avant d’aboutir à quelque chose de concret. Répondre au deuxième leur offrait une possibilité unique : recevoir une réponse venue d’un autre monde. Ils avaient consacré les semaines qui avaient suivi leur décision à préparer une séquence réduite aux seuls éléments qu’ils considéraient comme sûrs. Il ne s’agissait pas d’engager une conversation, seulement de signaler que le message avait été reçu et compris.


Warren et Abram étaient venus au Bouleau Blanc pour cette première émission. Abram régla l’émetteur. Warren vérifia une dernière fois la séquence. Genzo contrôla l’orientation de l’antenne. Genzo donna l’ordre d’envoyer le signal une fois les dernières vérifications terminées. Chacun retrouva ses activités habituelles après l’émission. Warren retourna aux États-Unis quelques jours plus tard. Abram repartit peu après pour le Liban. Genzo reprit ses activités à Tokyo et continua de surveiller les relevés lorsqu’il revenait au Bouleau Blanc.


Vingt-huit jours après l’émission, les instruments de la tour enregistrèrent un nouveau signal. Le nouveau signal présentait une structure fort différente de tout ce qu’ils avaient reçu jusque-là. Genzo avertit aussitôt Warren et Abram. Les premiers échanges furent difficiles. Chaque transmission ne comprenait d’abord que quelques fragments, qui exigeaient plusieurs jours, voire plusieurs semaines d’analyse. Leurs interlocuteurs semblaient toutefois adapter leur manière de communiquer à partir des réponses terrestres. Les correspondances se multiplièrent et le travail devint progressivement moins laborieux. Les trois scientifiques apprirent que leurs interlocuteurs venaient d’Euphore et qu’ils connaissaient la Terre depuis longtemps. Ils l’appelaient Saphirée et l’avaient déjà observée plusieurs siècles auparavant. Ils découvrirent surtout que tout contact avec elle était normalement interdit. Une expérience ancienne sur un autre monde avait montré les risques d’une intervention auprès d’une civilisation moins avancée. Malgré cela, les Euphoriens avaient choisi de les contacter, pour une raison qu’ils ne pouvaient pas encore leur révéler. Leurs premiers échanges restèrent donc essentiellement scientifiques. Ils s’intéressèrent au Phonoscope, à la grammaire vibratoire et à la manière dont les trois hommes avaient réussi à déchiffrer leur signal avec des moyens bien moins avancés. Une question continuait pourtant de préoccuper Genzo : pourquoi avaient-ils enfreint cet interdit ? Les Euphoriens ne souhaitaient pas encore s’expliquer sur ce point. Ils lui demandaient seulement de garder leur existence secrète et lui promettaient de lui expliquer leurs raisons le moment venu. Les échanges s’étaient ainsi poursuivis pendant plusieurs semaines. À mesure que la confiance s’installait, les discussions dépassèrent les seules questions scientifiques. Il découvrit une civilisation ancienne, capable de voyager entre les mondes et en contact avec plusieurs autres planètes. L’idée d’un contact plus direct finit par s’imposer. Genzo proposa alors qu’une délégation de scientifiques euphoriens vienne sur Terre. La rencontre devait rester strictement secrète. Les Euphoriens acceptèrent la proposition. Il fallut plusieurs semaines pour préparer le voyage et organiser leur arrivée sans attirer l’attention.


Lors de leur voyage vers la Terre, les instruments du vaisseau euphorien détectèrent une anomalie sur la face cachée de la Lune. Une petite installation artificielle observait la Terre. Les ondes qu’elle diffusait ne laissaient guère de doute sur son origine : Véga. Le vaisseau modifia sa trajectoire. L’expédition choisit un cratère très éloigné du poste de surveillance afin de rester dissimulé en dessous du relief lunaire. Une petite navette équipée d’un système de brouillage « Scratch » quitta ensuite la Lune pour rejoindre la Terre. Cette découverte donna une nouvelle urgence à leur visite. La navette se posa de nuit dans une vallée située à quelques kilomètres du Bouleau Blanc. Genzo, Warren et Abram attendaient près du lieu choisi. Aucune cérémonie n’avait été prévue.


La porte de l’appareil s’ouvrit et quelques silhouettes apparurent. Genzo savait déjà que la physiologie euphorienne était très proche de celle des Terriens. Mais il ne s’attendait pas à une ressemblance aussi proche. Rien, en apparence, ne permettait de deviner qu’ils venaient d’un autre monde. La petite délégation rejoignit rapidement le laboratoire du Bouleau Blanc. Genzo apprit enfin pourquoi les Euphoriens avaient choisi d’enfreindre la règle qui interdisait tout contact avec une civilisation moins avancée. Depuis quelque temps, l’expansion de Véga inquiétait Euphore. La Terre était encore très éloignée de cette zone de conflit, mais elle avait commencé à attirer leur attention. Ils avaient donc choisi d’établir un contact limité avec ceux qui seraient capables de comprendre leur signal. Genzo leur parla alors du signal 5-3-1 reçu quelques décennies plus tôt. Les scientifiques euphoriens lui demandèrent de leur montrer les données conservées du premier signal. Leur réaction fut immédiate. Sa structure ne leur était pas inconnue. Pour eux, ce signal venait de Véga. Genzo comprit enfin le lien entre le 5-3-1, la présence de Véga sur la Lune et l’attaque du manoir. Il avait consacré une grande partie de sa vie à comprendre le premier signal. Il y avait cherché des réponses aux questions existentielles qui l’habitaient. Il avait même cru y voir une trace de Dieu. Des années plus tard, il savait enfin ce que ce message signifiait. Il ne cherchait plus dans le ciel toutes les réponses à sa vie. Maintenant qu’il connaissait la menace, il fallait agir. Les échanges se prolongèrent plusieurs jours. Genzo et ses visiteurs étaient arrivés à la même conclusion. Les Terriens n’étaient pas prêts à apprendre l’existence d’autres civilisations. Le contact devait donc rester secret. Il était cependant important que l’humanité se prépare à une possible attaque de Véga. Avant leur départ, ils décidèrent de maintenir le contact. Les échanges continueraient avec les mêmes précautions, sans révéler l’existence d’Euphore. Ils avaient laissé avant leur départ quelques modules ainsi que plusieurs plans consacrés à la détection, au traitement des signaux et à la gestion de l’énergie pour donner à Genzo les moyens de se préparer.


Lorsque la délégation quitta le Bouleau Blanc, Genzo regarda l’appareil disparaître dans la nuit. Cette fois, il ne cherchait plus un signe ni une réponse. Il savait désormais ce qu’il devait faire : poursuivre ses recherches et trouver les moyens pour que la Terre puisse faire face à ce qui pouvait venir. Il pensa à son père. Kenshiro avait passé une partie de sa vie à écouter le ciel sans jamais savoir avec certitude qui se trouvait de l’autre côté. Genzo, lui, connaissait maintenant la réponse. Il n’éprouvait pourtant aucune ivresse particulière devant cette découverte. Il savait désormais que l’existence d’autres civilisations ne rendait pas l’univers moins dangereux. Les nouvelles qu’il recevait d’Euphore après leur départ ne faisaient que renforcer leurs craintes. Véga poursuivait son expansion. Plusieurs mondes avaient déjà perdu leur indépendance et la menace se rapprochait d’Euphore. Genzo suivait ces événements depuis la Terre. Ces nouvelles informations l’obligeaient à agir. Il constitua un dossier dans lequel il mentionna le signal de Véga. Il expliqua sa structure, son origine probable. Il donna aussi des relevés qui indiquaient une activité artificielle à proximité de la Terre. Sa réputation lui permit de rencontrer plusieurs responsables scientifiques et gouvernementaux. Mais le dossier du Bouleau Blanc refit rapidement surface. Le rapport officiel mentionnait toujours un accident dû à une défaillance d’équipements expérimentaux. À l’époque, Genzo avait évoqué des hommes armés, un brouillage des communications et une attaque dont aucune preuve matérielle n’avait été retrouvée. Personne ne l’accusa de mentir. On lui fit simplement comprendre que la mort de sa femme et de son fils avait peut-être influencé son interprétation des faits. Il insista. Il présenta de nouvelles mesures et proposa d’autres observations. Ses démarches restèrent sans effet. À l’Institut, certains collègues prirent leurs distances et ses projets furent examinés avec davantage de prudence. Genzo comprit qu’il n’irait pas plus loin dans ces conditions. Il remit sa démission. Il ne partit pas avec colère. Ces années avaient compté pour lui. Elles lui avaient permis de retrouver une place dans la communauté scientifique après la période la plus difficile de sa vie. Mais il ne voulait plus dépendre d’une institution qui refusait d’examiner les recherches qu’il jugeait essentielles.


Warren lui proposa alors une solution pour poursuivre ses recherches. Grâce à ses contacts à la NASA, il réussit à obtenir le financement d’un programme indépendant consacré à la détection et à l’observation spatiales. Genzo pourrait ainsi poursuivre ses travaux depuis le Japon tout en participant à plusieurs projets américains. Il disposait enfin de l’indépendance dont il avait besoin. La tour blanche devint le point de départ de ce nouveau projet. Les installations déjà aménagées dans ses niveaux inférieurs furent conservées et intégrées au futur Centre. Genzo fit construire un petit barrage hydroélectrique alimenté par les eaux du lac qui s’était formé dans l’ancien cratère Pour disposer de l’énergie et de l’espace nécessaires à son développement. Une grande partie des nouveaux laboratoires put ainsi être aménagée à l’intérieur même de l’ouvrage. Restait à choisir ceux qui travailleraient avec lui. Les personnes qui l’accompagneraient finiraient tôt ou tard par découvrir une partie de ce qu’il savait. Il devait pouvoir leur faire une totale confiance. Warren et Abram l’aidèrent dans ses recherches. Quatre noms correspondaient particulièrement aux critères de sélection : Argoli, Antarès, Cochir et Octan.


Le laboratoire prit le nom de Centre de recherches spatiales. À l’intérieur du barrage, les installations continuaient de se développer. Des ateliers, des salles de contrôle et un vaste hangar occupèrent les volumes les plus profonds. Les systèmes de détection atteignirent rapidement un niveau qu’aucun observatoire terrestre ne pouvait égaler. Genzo partageait désormais son temps entre le Centre et le ranch du Bouleau Blanc.


Une nuit, les appareils du Centre détectèrent la trajectoire d’un objet volant non identifié qui ne ressemblait à rien de ce qu’ils avaient observé jusque-là.

Argoli appela Genzo dans la salle de contrôle.

— Professeur, venez voir.

Une trace traversait l’écran principal à une vitesse considérable.

Cochir vérifia plusieurs paramètres.

— Un missile ?

Genzo observa la trajectoire.

— Non. Il arrive de l’espace.

L’objet venait de pénétrer dans l’atmosphère. Il changea alors brutalement de direction et se dirigea vers la chaîne de montagnes proche du Centre. Son écho disparut des radars quelques secondes plus tard.

Argoli calcula sa dernière position.

Genzo prit sa veste.

— Préparez la Jeep.

La Jeep quitta le Centre quelques minutes plus tard. Genzo avait emporté une radio portative et les coordonnées relevées par Argoli. La route montait vers les montagnes avant de laisser place à une piste étroite. La nuit était calme. Rien ne permettait encore de savoir ce qui avait traversé le ciel quelques minutes plus tôt. Soudain, Genzo aperçut des arbres couchés et une longue trace dans la végétation près de la position qu’Argoli avait calculée. Elle descendait vers une zone rocheuse en contrebas. Tout près, un immense appareil s’était encastré entre les rochers. Sa forme ne ressemblait à aucun engin terrestre qu’il connaissait. Une partie de sa coque portait les traces de ce qui semblait avoir été un combat. Genzo s’approcha avec prudence. Un peu plus loin, près de l’appareil, un homme était étendu au sol. Ses vêtements lui étaient inconnus, mais son visage était celui d’un jeune homme. Genzo pensa aussitôt aux Euphoriens. Il s’agenouilla près de lui. Il respirait encore.

 — Vous m’entendez ?

L’inconnu ouvrit difficilement les yeux. Il essaya de parler, mais aucun mot ne sortit d’abord. Puis sa voix devint à peine audible.

— Euphore…

Genzo resta immobile. Il n’avait pas besoin de plus d’explications.


Le centre spatial avait contacté Warren par leur liaison sécurisée. Celui-ci avait vérifié les informations disponibles sur l’événement. Plusieurs systèmes de surveillance avaient repéré l’entrée de l’appareil dans l’atmosphère, mais les données reçues restaient imprécises. Il fallait maintenant dissimuler l’engin afin qu’il ne reste pas visible. Genzo, Argoli, Antarès, Cochir et Octan l’avaient donc recouvert de grands filets de camouflage. Ils avaient préféré ne pas tenter d’entrer, car rien ne permettait de savoir quels systèmes fonctionnaient encore ni comment la machine pouvait réagir. Pendant ce temps, l’état du blessé évoluait d’une manière que personne ne savait expliquer. Ses fractures se consolidaient avec une rapidité stupéfiante. Les contusions les plus graves disparaissaient bien plus vite que chez un être humain. Après quelques jours, son état physique n’avait presque plus rien à voir avec celui décrit lors de son admission. Au bout de quelques jours, le jeune homme avait repris connaissance.


Genzo était venu le voir dès qu’il avait été prévenu de son réveil. Le blessé semblait encore faible.

— Vous êtes sur Terre, au Centre de recherches spatiales.

Le jeune homme avait gardé le silence quelques secondes avant de répondre.

— Saphirée…

Genzo avait reconnu le nom utilisé par les Euphoriens pour désigner la Terre.

— Vous venez d’Euphore ?

L’inconnu avait simplement acquiescé. Genzo n’avait pas insisté. Il savait qu’il aurait le temps de poser les questions nécessaires pour comprendre ce qui lui était arrivé et pourquoi son appareil portait les traces d’un combat. Il paraissait à peine plus jeune que Heiwa aurait pu l’être. Cette comparaison revenait parfois à l’esprit de Genzo, mais il essayait de ne pas s’y attarder. Ce jeune homme n’était pas Heiwa. Il venait d’arriver seul sur une planète inconnue et avait surtout besoin de temps pour comprendre où il se trouvait.

Depuis la visite des Euphoriens, Genzo savait que la Terre ne pourrait presque rien opposer à une attaque de Véga. Désormais, une machine capable de traverser l’espace et de survivre à un tel voyage pouvait peut-être changer les choses. Mais Genzo pensait moins à la machine qu’au jeune homme allongé dans cette chambre.


Dans sa jeunesse, il avait cru que les étoiles contenaient les réponses qu’il cherchait. Il avait consacré des années à les écouter, parfois au détriment de ceux qui vivaient près de lui.

Il comprenait enfin ce que son père avait voulu lui dire avant son départ pour Berkeley.

C’est sur la terre que se passe ta vie, pas dans les étoiles.

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