J 19 : Sensory deprivation / Silence ~ Privation sensorielle / Silence

Cela durait depuis combien de temps ? Des heures ? Des jours ? Quand même pas plus… Si ? C’était difficile à dire. Aziraphale lui avait demandé de lui faire confiance et comme toujours, il l’avait fait ! Il s’était abandonné entièrement à l’Ange et comme à chaque fois qu’il le faisait, il se sentait paradoxalement plus libre qu’il ne l’avait jamais été. Accorder ainsi une confiance sans demi-mesure à Aziraphale était, au-delà d’une marque d’amour évidente, le témoignage d’une dévotion quasiment blasphématoire… Il attendait donc patiemment, à genoux sur un confortable coussin en velours, les yeux bandés et les poignets attachés devant lui avec son propre foulard, ses mains jointes reposant sur ses cuisses en une prière silencieuse.
Il était complètement nu, mais ses cheveux détachés habillaient le creux de ses omoplates de boucles rousses sur lesquelles se reflétaient les délicates flammes qui dansaient dans la cheminée que l’Ange avait miraculé et devant laquelle il avait installé son soumis.
Crowley n’entendait rien, du fait d’un petit miracle, en revanche il pouvait parler. Il pouvait toujours parler, de façon à pouvoir signaler le moindre signe d’inconfort, de douleur ou de peur. L’Ange lui laissant, à tout instant, la liberté d’interrompre le jeu. Néanmoins, comme à chaque fois, le Démon demeurait silencieux. Il n’avait aucune question à se poser lorsque l’Ange prenait toutes les décisions et c’était si libérateur pour lui que le jeu n’était jamais assez long…
Aziraphale se déplaçait dans la pièce dans un silence miraculeux, tournant autour du Démon, si sagement disposé à lui obéir. La Principauté était resté très longtemps en bas de l’échelle dans la hiérarchie céleste et il s’était vu donner des ordres toute sa vie. Toute sa longue, très longue vie ! Aussi, lorsque sa relation était devenue sérieuse avec Crowley et qu’ils avaient commencé leurs jeux érotiques, prendre la position dominante lui avait paru incongrue. Il s’était montré maladroit les premières fois, indécis et sceptique… Et puis Crowley l’avait encouragé, complimenté, obéit. Et Aziraphale avait aimé ça ! Après quelques hésitations, il avait aimé voir le Démon se plier à sa volonté, se laisser attacher, guider, punir… De douces punitions qui allaient toujours de pair avec une stimulation sexuelle des plus sensuelles !
Il aimait se sentir ainsi investi d’un pouvoir qui, s’il n’avait rien de divin, avait tout d’un miracle. C’était un miracle qu’un être tel que Crowley, si impétueux, si irrévérencieux, si tentateur et rebelle, s’abandonne sans le moindre questionnement, sans la moindre réserve à un être tel que lui. Un Ange sans valeur, méprisé par les siens, discret, toujours plongé dans ses livres et gourmand. Si gourmand que son incarnation souffrait d’embonpoint et que sa peau, moins souple au bout de 6000 ans, était livrée aux vergetures qui couvraient son ventre généreux et ses cuisses charnues.
Et pourtant il était là , l’Ange Déchu, le Serpent du Jardin d’Éden ; à genoux devant lui depuis trois jours, attendant dans un silence et une immobilité parfaite, le moment où lui, Aziraphale, lui donnerait l’autorisation de bouger, de voir, d’entendre, de ressentir, de jouir…
L’Ange était grisé, gonflé de fierté à l’idée, non pas de ce pouvoir, mais de cette confiance sans limites, de cet amour sans faille. S’approchant de Crowley, il fit délicatement glisser le bandeau qui couvrait ses yeux jaunes, aux pupilles fendues, qui le fixèrent immédiatement, pleins de reconnaissance.
— Bonjour, mon rossignol… Tu as été si patient, si obéissant, si parfait pour moi… Comme toujours. Maintenant, tu peux parler !
— Tu m’as manqué, mon ange !
— Je ne suis jamais parti… Je ne partirai jamais !
***** Hum… Bon là j’avoue, la dernière phrase est un baume de cicatrisation à ce satané épisode 6, je vous le laisse pour panser vos blessures *****