J5 Sunscreen đź§´
— Mais enfin, que font-ils ? s’étonna Aziraphale, en observant du coin de l'œil le couple installé non loin d’eux sur la plage.
L’homme, d’une trentaine d’années, étalait un onguent sur le corps de sa compagne depuis plusieurs minutes, avec des gestes méticuleux, guidés d’une voix criarde par sa mégère. Le bougre glissait ses mains sous les minces ficelles colorées du maillot de bain avec un objectif qui semblait toutefois différer un peu de la répartition égalitaire de l’écran total…
Crowley grommela en se tournant sur le ventre pour observer la scène, derrière les verres teintés de ses lunettes :
— Il lui met de la crème solaire, Aziraphale… Faut vraiment que tu sortes le nez de tes bouquins de temps en temps, les humains s’étalent ça sur le corps depuis 1935 quand même !
— Ca… Ça n'a pas l’air désagréable…
— Ça dépend pour qui… Il se fait à moitié engueuler depuis tout à l’heure !
Aziraphale, allongé sur le ventre pour gribouiller le hors-série d’été du Celestial Observer (qui comprenait de nombreux jeux : les Mots Mêlés du Métatron, les Anagrammes Angéliques, les Charades du Christ, le Jeu des Sept Différences, les Mots Bibliques à Démêler…) pendant que le démon faisait sa sieste, lui jeta un regard pétillant de malice par-dessus ses petites lunettes.
— Nah ! objecta fermement Crowley.
— Allez, sois gentil… roucoula le libraire.
— Je ne suis pas gentil pour la millième fois et t'as pas besoin de crème, on est sous un parasol et tu es un ange, je te signale !
— On ne m’a jamais étalé de crème solaire… se lamenta Aziraphale d’une voix plaintive, tout en faisant discrètement disparaître le parasol en agitant ses doigts.
— Ben encore heureux ! s’offusqua le démon, en se redressant vivement sur un coude.
— Je suis sûr que ce cher Mr Brown ne se ferait pas prier, lui !
Aziraphale savait très bien ce qu’il faisait en employant le commerçant comme argument de vente. Crowley se redressa pour s’asseoir en grognant :
— Ngk… C’est bon, c’est bon, je vais te la mettre ta maudite crème ! T’en as quelque part au moins ?
— Evidemment que non…
Une fois le tube d’écran total miraculé, Crowley s’assit en ajustant son slip de bain noir, tout en demandant d’une voix traînante :
— Tu restes allongé ?
— J’aime autant !
Le démon entreprit d’appliquer une généreuse épaisseur de crème sur le dos d’Aziraphale et se surprit à apprécier de passer ses mains sur les rondeurs de l’ange, sous un prétexte totalement inutile. Une fois les épaules et le dos bien enduits, Aziraphale se tourna lentement sur le dos afin d’offrir momentanément le devant de son corps aux UV, mais surtout, aux mains de Crowley… Le Déchu, après avoir méthodiquement tartiné la toison blanche du torse de son partenaire, s’attarda sur ses poignées d’amour, avec des gestes de plus en plus langoureux, qui n’échappèrent pas à l’ange :
— Quelque chose me dit que tu prends goût à cette pratique humaine, mon cher…
— Je dois admettre qu’ils sont pleins de bonnes idées !
— Je ne crois pas, en revanche, qu’ils aient inventé la crème solaire parfum Talisker, Crowley…
— Elle est comestible, je me suis inspiré d’autres trucs qu’ils ont inventés ! Tu sais qu’ils rendent comestibles à peu près tout ce qu’ils se foutent sur eux ?
— Je me demande bien pourquoi… répondit évasivement Aziraphale.
— Je te montrerai ça en rentrant, mon ange…