J28 : Come marking
Rêve Suprême
Aziraphale était parti. Après un dernier regard en arrière - indéchiffrable - il était monté dans l'ascenseur et l’avait quitté.
Le rejet était impossible à gérer pour Crowley ! Ce foutu angelot un peu maladroit et toujours dans son monde, qui se réduisait à sa librairie, ses chocolats chauds, ses caisses de vin et lui, occupait toutes ses pensées. La colère s’était muée en tristesse, la tristesse en fantasme… Chaque fois qu’il parvenait à s’assoupir, c’est-à-dire après une bonne cuite le plus souvent, le démon rêvait d’Aziraphale et cette nuit ne ferait pas exception.
Le sol jonché de bouteilles de Talisker, Crowley avait titubé au travers de la librairie et s’était allongé sur le canapé, une main glissée dans son jean skinny. Dans un demi-sommeil, son esprit embrumé par les vapeurs de l’alcool avait élaboré un scénario, plus ou moins toujours le même… Prisonnier des anges, il était conduit, les mains liées, devant l’Archange Suprême.
Michael l’aiguillonnait du bout de sa lance, un sourire satisfait étirant ses lèvres fines :
— Avance, démon ! L’Archange a réclamé ta présence…
Résigné, Crowley avançait d’un pas lourd. Sa démarche sautillante l’avait abandonné, elle aussi, depuis longtemps. Il traversait les vastes couloirs stériles du Paradis sans prêter attention aux regards haineux des anges et des archanges, qui s’écartaient de son chemin avec dégoût.
Puis c’était le moment de l’apparition presque divine. Aziraphale, drapé de blanc et de lilas se matérialisait devant lui, le regard sombre. Investi de l’autorité de Dieu, il le toisait, lui aussi, avec mépris, avant d’adresser un signe de tête à Michael. Il s’approchait alors d’un pas mesuré et une fois arrivé devant lui, Michael frappait l’arrière des genoux de Crowley avec sa lance et le démon s’écroulait devant l’Archange Suprême.
— Bien, grognait alors celui-ci d’une voix sourde, tout en déboutonnant son pantalon. Tu n’as pas ta place ici, démon, mais à mes pieds, tu as au moins une vague utilité !
Ses iris parme brillants d’une lueur lubrique, l’archange libérait son membre durci et le tenait par la base, appuyant son gland enflé contre les lèvres du démon.
— Ouvre ! ordonnait-il simplement, de sa voix de baryton.
Le démon s'exécutait comme toujours avec avidité, comblé de sentir le poids de la virilité d’Aziraphale sur sa langue et la largeur de son sexe remplir sa bouche. Tandis qu’il suçait fiévreusement son gland, en insistant sur son frein, Crowley osait lever ses yeux pour observer l’archange. Il avait changé. Une courte barbe dissimulait en partie son visage, qui ne souriait plus. Plus aucune malice n’habitait son regard, désormais glacial, lorsqu’il le regardait à son tour. Une main autoritaire se plaquait alors dans ses cheveux, que l’archange empoignait durement.
— Qui t’a autorisé à regarder l’Archange Suprême ? Reste à ta place et fais ce pour quoi on t’a amené ici ! La seule chose qui te rende utile, ajoutait toujours Aziraphale, en s’enfonçant davantage dans la bouche du démon, ne s’arrêtant que lorsque celui-ci s’étouffait sur son sexe.
Accompagnant le mouvement de ses hanches en maintenant sa tête, il entamait alors une série de va-et-vient implacables, se masturbant frénétiquement dans sa bouche. Le démon s'efforçait de tenir le rythme, entre haut-le-cœur et larmes, s’appliquant à donner du plaisir à Aziraphale. Cherchant désespérément à soulager l’érection douloureuse comprimée par son jean, il se tortillait alors aux pieds de l’ange pour se frotter contre sa chaussure, au cuir impeccable. Il entendait invariablement le rire polaire de l’archange, répondre à ses gémissements étouffés.
— Qu’est-ce que je vois ? demandait-il, d’un ton moqueur. Tu crois vraiment que je vais t’autoriser à jouir, démon ? Tu crois que tu le mérites ? Continue de me sucer avec ta bouche pécheresse, j’y suis presque, ajoutait-il, en s’enfonçant jusqu’à la garde, tout en écartant sa jambe.
Soumis à sa volonté, Crowley le laissait utiliser sa bouche à son bon vouloir, jusqu’à le sentir pulser sur sa langue. Mais à peine commençait-il à avaler sa semence salée que l’archange se retirait brutalement pour jouir sur son visage dans un râle de plaisir. Crowley fermait les yeux, savourant la sensation de la sève épaisse et collante d’Aziraphale couler sur sa peau jusque dans son cou, enivré par son odeur légèrement chlorée.
— Tu es à moi, démon !
La voix d’Aziraphale lui parvenait difficilement, tandis que le rêve prenait fin.
— Conduisez-le à sa cellule et ramenez-le moi dans quelques heures ! Vous l’installerez sous mon bureau afin qu’il me soulage pendant notre réunion, ajoutait l’archange, quelque part dans son esprit troublé.
Crowley se réveillait alors et jouissait au creux de sa main, le visage baigné de larmes, sans trop savoir si celles-ci étaient réelles ou non…
Désolée pour le angst...