La mystérieuse aventure de l’IKEA magique

Chapitre 1 : La mystérieuse aventure de l’IKEA magique

Chapitre final

2746 mots, Catégorie: G

Dernière mise à jour 03/02/2026 14:16

Cette fanfiction participe aux Défis d’écriture du forum : Perdu dans l'espace (mai juin 2023)(2e chance).

Cette fanfiction n’est pas sponsorisée par IKEA.

Basé sur des faits réels.

Et le SCP-3008 : Un bon vieil Ikea ordinaire et parfaitement normal.

Au début des années 2000, l’enseigne suédoise IKEA – réputée pour son mobilier de haute qualité à prix abordables – ouvrait un tout nouveau magasin en périphérie londonienne. Dans une volonté d’attirer les amateurs de bonnes affaires, l’enseigne proposait, pour la modique somme de 45 livres sterling, de superbes canapés en cuir.

L’ouverture officielle eut lieu à sept heures tapantes, par une froide matinée de février.

À sept heures et demie, une émeute éclata.

Dix minutes plus tard, la fermeture du magasin fut annoncée.

« … Non, vraiment, je n’y suis pour rien », se plaignait Crowley, tandis qu’il regardait consommateurs et autres visiteurs à bout de nerfs se masser vers la sortie.

Aziraphale ne l’écoutait qu’à moitié ; de loin, il veillait à ce qu’un groupe de secouristes arrive à progresser sans encombre, en s’assurant que la marée humaine s’ouvre en deux sur leur chemin, comme par magie.

Eux-mêmes avançaient dans l’amas confus d’êtres mortels à la vitesse moyenne de progression d’un mollusque terrestre sur sol sec.

— Mais toi, qu’est-ce que tu fais là ? Tu n’es quand même pas venu pour cette stupide histoire de canapé, si ? demanda Crowley, tandis qu’ils observaient le groupe de secouristes saucissonner leur victime.

— Eh bien…

Le reste de sa phrase se perdit dans le brouhaha ambiant.

Cinq minutes plus tard, ils avaient parcouru moins de deux mètres.

Crowley commençait à montrer des signes d’impatience – il esquissa un geste de la main. Aziraphale lui agrippa le bras juste à temps.

— Tu ne peux pas faire apparaître la sortie comme ça !

— Pourquoi pas ? s’indigna le démon.

Vu la cohue, personne n’allait faire un scandale parce que des portes s’étaient soudain matérialisées…

Aziraphale tiqua et dit :

— Tout de même… La sortie ne peut pas être si loin.

Crowley lui renvoya un regard dubitatif, mais se laissa entraîner vers un salon d’exposition, où ils se réfugièrent le temps qu’un groupe d’humains très énervés les dépasse.

Seize minutes et trente-deux secondes supplémentaires furent nécessaires pour que la tempête humaine finisse par s’éclaircir.

Aziraphale profita même de ce répit pour admirer plusieurs présentations élégantes de modèles de salons. Alors qu’il arrivait au croisement entre un carré d’exposition au mobilier ancien et son contre-pied, aux meubles plus dans l’air du temps, il s'immobilisa.

— Crowley…

— Ouais je sais, on est paumés.

Aziraphale ne répondit pas. En fait, c’était pire que ça. Le bruit sourd et continu de l’essaim humain s’était tu. La sortie, quant à elle, était toujours hors de vue.

— Le magasin est désert à présent, fit l’ange, très à propos.

Où donc était passé tout le monde ?

— Ouais, répondit Crowley, j’ai remarqué.

Aziraphale regarda le démon décrire des arcs de cercle autour d’un salon témoin. Il repensa à la façon dont il l’avait empêché de faire apparaître une sortie, un instant plus tôt.

— Alors c’est ma faute ? s’exclama Crowley, lorsqu’il lui en fit part.

— Je n’ai pas dit ça.

L’ange fit la grimace, puis, d’un mouvement à peine agacé, fit apparaître une porte de nulle part.

— Je croyais qu’il ne fallait pas faire ça ! s’indigna Crowley.

Aziraphale l’ignora et poussa la porte.

La première chose qu’il constata fut l’absence de l’astre solaire. Or, ce dernier devrait être levé à présent…

— Qu’est-ce que…

L’ange s’arrêta net et demeura dans l’encadrement de la porte.

— C’est quoi ce truc ? fit Crowley derrière lui. Il avait abaissé ses lunettes et plissait les yeux vers une chose à la vague forme d’oiseau.

Aziraphale plissa les yeux à son tour.

— Un corbeau ?

L’oiseau s’envola.

— Pas très droit, ton corbeau, répondit Crowley, sans préciser sa pensée.

Ils s’avancèrent sur le parking. Vide, comme le reste du magasin. Du côté des bâtiments, tout semblait normal, à première vue. Ils traversèrent une rue vide, puis deux. Rien de notable.

— Qu’y a-t-il ? demanda Aziraphale à Crowley, qui lançait des coups d’œil en direction du ciel à intervalles réguliers.

— Le soleil.

L’ange le gratifia d’un regard interrogateur.

« C’est comme s’il y en avait pas. Pas comme s’il était juste absent pour la nuit. Comme s’il n’y avait pas de soleil du tout, tu vois ?

— Je crois, oui.

Ils poursuivirent en silence.

Au détour d’une rue, Aziraphale s’immobilisa devant un salon de thé.

— C’est vraiment pas le moment, fit Crowley, sur un ton mi-amusé, mi-sérieux.

— Non, regarde… cette tuyauterie est une horreur.

— D’accord… ?

— Je veux dire, elle n’a pas de sens. Aucun humain n’aurait construit ça.

Sur la façade du salon, plusieurs tuyaux d'évacuation étaient agencés en dépit du bon sens – leurs extrémités ne débouchaient même pas sur la rue. Où donc devait se déverser l’eau de pluie ?

Crowley s’approcha pour examiner l’imbroglio de tuyaux.

Aziraphale jeta un regard au reste de la façade, puis à la rue. Plus il la regardait, moins elle faisait sens. Les anomalies des constructions humaines semblaient se révéler une à une, sous un œil attentif.

— Ce n’est pas que cette façade, souffla l’ange, soudain inquiet.

C’était peut-être même toute la ville. Ça expliquait même le corbeau de travers.

Crowley délaissa la tuyauterie biscornue.

— Viens mon ange, on retourne au magasin.

L’intérieur de l’IKEA n’avait pas changé d’un iota et il était toujours aussi désert.

Aziraphale jetait des coups d’œil à droite et à gauche. Il s’attendait à tout moment à ce qu’un détail anormal lui saute à la figure.

— Rien n’est bizarre ici, remarqua Crowley. « En fait, rien ne l’est à proximité du magasin ; la réalité ne semble se dégrader qu’à mesure qu’on s’éloigne du bâtiment.

— Peut-être, mais…

— Tu veux manger un truc ? demanda le démon, histoire de changer de sujet.

— Je croyais que ce n’était pas le moment, s’amusa Aziraphale.

Bien sûr, ils trouvèrent le restaurant vide de toute activité, humaine ou surnaturelle.

L’endroit était vaste et lumineux, dépourvu de murs ou de cloisons internes, et tout le mobilier – des tables carrées avec leur jeu de quatre chaises au comptoir central – se présentait dans le même blanc crème immaculé.

Aziraphale s’approcha du comptoir. Devant lui s’alignait un nombre excessif de bacs en métal remplis à ras bord des fameuses boulettes de viande. Il n’avait vu personne en cuisine, et pourtant, elles semblaient tout droit sorties du four, ce qui lui coupa quelque peu l’appétit. Si ces boulettes répondaient au même phénomène observé à l’extérieur, peut-être était-il plus sage de ne pas tenter de les consommer.

Il se tourna pour faire part de ses réflexions à Crowley, pour constater que celui-ci s’était déjà laissé couler sur la chaise la plus proche. Sur la table se trouvait une tarte verte disposée sur une assiette blanche, ainsi qu’une tasse de la même couleur.

— Le café a l’air à peu près buvable, mais je ne risquerais pas le thé, expliqua Crowley lorsqu’Aziraphale s’assit à son tour.

— Où l’as-tu trouvé ? demanda l’ange, les yeux fixés sur la tarte verte.

Crowley fit un geste de la main vers le comptoir des desserts, situé juste à côté des machines à café.

— C’est au citron, je crois.

La présence de la tarte paraissait certes moins étrange que celle des boulettes – au moins, elle ne semblait pas tout juste sortie du four – mais…

— Écoute, je ne pense pas que… commença Aziraphale.

— C’est juste du café, mon ange. Et une tarte. Au citron. Vert. Sûrement.

Et pour le prouver, il avala son café d’une traite.

Aziraphale grimaça. Tout de même, ils n’avaient toujours pas le début d’une explication à ce qui se passait ici. N’était-il pas plus prudent d’éviter d’interagir avec toute chose un tant soit peu anormale ?

Crowley reposa sa tasse sur la table, haussa les épaules et se contorsionna sur sa chaise, dans une position plus improbable encore que la précédente, mais tout de même détendue.

Comme les secondes passèrent sans que le démon ne se change en abomination – ou pire, en oiseau de travers – Aziraphale attrapa une cuillère.

Quelque trente-deux minutes plus tard, alors qu’ils s’apprêtaient à quitter le restaurant, quelque chose bougea du côté des cuisines.

— Tu as vu ça ? demanda Aziraphale, à qui le mouvement n’avait pas échappé.

— Quoi donc ?

— On aurait dit une silhouette humaine.

Crowley se précipita vers la cuisine et en fit le tour, mais la pièce était vide – enfin, à l’exception de ces maudites boulettes de viande.

Plusieurs minutes passèrent encore avant qu’ils ne se retrouvent à nouveau devant la porte d’entrée du magasin.

Cette fois, à l’ouverture, une lumière rose leur brûla la rétine. Les bâtiments étincelaient sous l’étrange soleil rosé d’une façon parfaite, comme si on les avait façonnés dans ce but précis.

Perché au-dessus de la ville, un monorail s’étendait d’est en ouest. Toutes les cinq minutes, une navette le parcourait à une vitesse folle.

La ville, tout comme la précédente, était déserte. Et rose.

En fait, tout était rose : le soleil, les bâtiments, la route, les arbres…

Aziraphale se pressa de refermer la porte.

Lorsqu’il l’ouvrit à nouveau, il se figea. Un seul pas, et il se trouverait à l’intérieur de sa librairie. Vide, du sol au plafond.

— Non, fit-il, avant de claquer la porte.

Il prit une profonde inspiration avant la prochaine tentative.

— On devrait peut-être… commença Crowley, immobile derrière lui.

Trop tard : la porte s’ouvrit sur un espace noir de vide, à l’exception de petites créatures bleues tachetées et touffues, qui flottaient à leur aise. Elles portaient de mini-combinaisons pseudo-spatiales, dépourvues de casque.

— Elles sont adorables ! s’exclama Aziraphale, avant de tendre le bras pour en caresser une. Il retira sa main aussi sec. « Elle m’a mordu !

Quoique becqueter aurait été plus approprié.

— Il fallait que tu les touches ! grogna Crowley, en gesticulant pour se débarrasser de la bestiole.

— Ça va laisser une marque ! se plaignit Aziraphale.

Le démon lui prit la main.

— Nah, conclut-il, après avoir examiné la «marque » comme s’il était soudain expert en morsure – becquetage – de petites bestioles bizarres, bleues tachetées et touffues, flottant dans l’espace.

« Bon, ça suffit, reprit Crowley en fermant la porte, j’ai l’impression que c’est pire à chaque fois.

— Tu as une meilleure idée, peut-être ?

— Peut-être.

— Oh ? Je t’écoute.

— On sait qu’on était quelque part du côté des modèles de salon quand ça a commencé, fit Crowley, très concentré.

Aziraphale acquiesça.

— Et nous en avons établi la cause, ajouta l’ange.

— Ouais, ouais, sûr. La cause. Et c’est ?

— Quand tu as essayé de faire apparaître une sortie.

— Oh ? fit-il, même si son expression était plus proche de « voyez-vous ça ».

— Oui, ensuite, j’ai fait apparaître une sortie, l’ignora Aziraphale. « Elle nous a menés dans le Londres biscornu. Ensuite, à chaque fois que nous avons ouvert la porte de nouveau…

— …On est tombés sur des choses encore plus biscornues.

— Exactement.

— Bon. Alors, c’est simple, on retourne sur nos pas.

— Comment ça ?

Pour démontrer, Crowley claqua des doigts. Une deuxième porte se matérialisa à côté de la première. Lorsqu’il l’ouvrit, les petites bestioles – bizarres, bleues tachetées et touffues, flottant dans l’espace – avaient disparu et la librairie vide était réapparue.

Aziraphale grimaça à cette vue sinistre et dit :

— Comment...

Crowley referma la porte juste pour la rouvrir ; comme avant, la librairie laissa place au monde rose. Puis, au Londres biscornu, le tout premier dans lequel ils avaient mis les pieds.

Plus qu’un et ils seraient de retour dans le monde normal.

— Attends ! fit soudain Aziraphale.

— Quoi ?

— La silhouette sombre… celle que nous avons aperçue tout à l'heure. Elle a dû entrer dans le magasin depuis un de ces… mondes ?

— Et ?

— On ne peut pas la « ramener » avec nous !

— Ngh… vraiment ?

— Crowley !

— Ok, ok.

Au bout de quarante-neuf minutes de fouille intensive dans le labyrinthe de mobilier de haute qualité – à prix abordables – qui faisait la fierté de l’enseigne suédoise IKEA, Crowley entre-aperçut enfin quelque chose bouger.

— Hé ! fit-il à l’attention de la silhouette, avant de courir dans sa direction.

— Crowley !

— Elle a piqué quelque chose ! cria-t-il, par-dessus son épaule.

Aziraphale fit la grimace et s’élança à sa suite, mais le temps qu’il atteigne la porte, le démon était déjà hors de vue.

Il s’arrêta, quelque peu à bout de souffle.

— Oh, au diabl… ceci.

Il déploya ses ailes.

Vue d’en haut, la ville semblait tout à fait normale : le bon vieux Londres familier – à la différence près de l’absence totale de vie. Et de la silhouette sombre, facile à repérer dans la ville immobile, suivie du démon qui lui courait après.

Bien, tout ce qui lui restait à faire, c’était d’attraper la silhouette en plein vol. Facile, non ?

Plus vite dit que fait : Aziraphale piqua vers le sol un peu trop vite et faillit manquer la silhouette lorsqu’il arriva à sa portée, mais, alors qu’il l’effleurait à peine, elle disparut.

Un objet métallique tomba sur le sol avec un bruit sourd.

— Mon ange !

Crowley arriva à sa hauteur et fixa les ailes blanches comme s’il les voyait pour la première fois. S’il y avait pensé plus tôt...

Aziraphale se pencha pour ramasser l’objet. Pas de doute, il s’agissait d’un moule à gaufres.

Le démon fronça les sourcils et prit un air incrédule.

— C’est ça que cette chose a chapardé en cuisine ? Qu’est-ce qu’elle comptait faire avec ?

— Des gaufres ?

Crowley renifla, puis ricana et répondit :

— Et comment elle s’y serait prise pour faire ses gaufres exactement ?

— Eh bien, j’imagine que cela demeurera un mystère, comme le reste de cette aventure.

— Quelle aventure ? C’était juste une sortie tout à fait normale dans un bon vieil IKEA ordinaire.

— Par pitié, dis-moi que tu n’as pas gardé le moule à gaufres.

Une vingtaine d’années après leur mystérieuse aventure, Crowley avait eu vent d’histoires concernant le maintenant regretté magasin de Londres, ce pourquoi il se trouvait, en cette fin d’après-midi, assis avec l’ange autour d’un thé, dans l’arrière-boutique de sa librairie.

— Pourquoi ? Il est tout à fait normal et remplit très bien sa fonction, expliqua Aziraphale, qui contemplait les gaufres posées sur la table devant lui avec un regard plein d’affection.

— Ngh, fit Crowley. « Et puis, c’est pas un peu du vol ?

— Bien sûr que non ! Je suis allé le payer, figure-toi, je l’ai donc acquis de façon tout à fait légitime, affirma l’ange.

— Hm.

— Mais dis-moi plutôt ce que tu n’as pas voulu me révéler au téléphone ?

Crowley lui raconta comment l’enseigne, dans ses dernières années de vie, fut transformée pour accueillir une gigantesque boîte de nuit et comment, ce n’était définitivement pas – mais alors pas du tout – une idée à lui.

Comme quoi, il existait une justice en ce monde, même en dehors du divin… et du malin.

Laisser un commentaire ?