Septième ciel

Chapitre 1 : Septième ciel

Chapitre final

985 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 16/02/2026 22:17

Les contrepèteries, ces expressions de la langue française, humoristiques, souvent coquines, mais toujours délicieuses, que l'on obtient en échangeant certains sons ou syllabes d'une phrase.

Le défi : écrire un texte prenant pour thème une contrepèterie. Le premier énoncé sera la toute première phrase. Sa contrepèterie en sera la conclusion.


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– Les voyages en hôtel ? C'est ça, ton péché mignon, Aziraphale ?


L'ange et le démon étaient tranquillement installés dans le salon douillet de leur cottage, avec une bonne tasse de thé pour l'un et un verre de Talisker pour l'autre. Un feu brûlait dans la cheminée. Comme souvent, ils échafaudaient des projets d’avenir. Entourés des précieux livres de l'ange, ramenés de la librairie de Soho, et des plantes de Crowley, rapportées de son appartement à Mayfair, ils coulaient dans les South Downs des jours paisibles et heureux, savourant enfin le plaisir d'être deux, sans plus de souci d'Apocalypse, ou autre Plan Ineffable. Leurs patrons avaient – enfin ! – accepté de leur foutre la paix, et ils accueillaient chaque nouveau jour de bonheur partagé avec gratitude et félicité.


– Eh bien, oui, à la vérité. J'aime les hôtels, répondit le libraire. Ce sont généralement des endroits très cosy, où tout est pensé pour ton confort, des fauteuils au lit et du bar à l’espace bibliothèque. Si tant est que l'établissement dispose d'un restaurant qui sert des crêpes décentes, me voilà au troisième ciel.

– Au septième, l'angelot.

– Non, non, au troisième à l'origine, je t'assure. Saint Paul, deuxième épître aux Corinthiens, je cite : « Je connais un homme qui a été ravi jusqu'au troisième ciel ».

– Et qu'est-ce que ça veut dire, au juste ?

– Vois-tu, dans l'antiquité, les hommes pensaient que les planètes tournaient autour de la Terre. À chacune correspondait un ciel, selon la distance qui la séparait de la nôtre.

– Comme une sorte de... plafond ?

– Exactement. Donc techniquement, le troisième correspond à l'orbite de Vénus.

– Vénus... La déesse de l'amour ?

– Tout à fait, fit l'ange dont les pommettes prirent soudain une ravissante teinte rose. Plus tard, l'expression a dévié vers la planète connue la plus éloignée de la Terre, donc la plus près du Tout-Puissant, Saturne. Le septième ciel.

– Ngk ! Par tous les diables, ça se tient ! Et les autres planètes ? Je suppose qu'elles ont leur ciel aussi ? Bon sang, je devrais pourtant le savoir, c'est moi qui les ai fabriquées !

– Le premier ciel est pour la Lune, le deuxième pour Mercure, le quatrième pour le Soleil, puis viennent Mars, Jupiter et Saturne.

– Quoi ? Mais Uranus et Neptune alors ? Passés à la trappe ? Et même Pluton, même si elle n'est plus classée dans les planètes ?

Aziraphale lui sourit avec indulgence :

– Tu as fait un travail magnifique, Crowley, en créant toutes ces galaxies, nébuleuses et systèmes stellaires. Mais pour certains éléments, les humains ne les ont découverts que bien plus tard, au XVIIIe ou XIXe siècle. C'est le cas pour Uranus et Neptune. Ou même au XXe en ce qui concerne Pluton.

– Tu es décidément un puits de science ! Quoi qu'il en soit, on part visiter le monde, si tu veux. L'Europe, l'Amérique, où tu voudras. Des hôtels, y'en a partout sur notre belle planète ! Et on a l’éternité devant nous ! affirma Crowley avec enthousiasme.

– Oh ! Ce sera tickety-boo ! Le Royaume Uni me suffira, dans un premier temps. Je connais mal l’Écosse, encore. Tout comme le Pays de Galles et l'Irlande.

– T'as raison. Pas besoin d'aller jusqu'à Alpha du Centaure pour être dépaysé...

– J'aimerais bien visiter le Parc National de Clwydian Range & Dee Valley, au Pays de Galles. Il y a là-bas des paysages magnifiques, à ce qu'il paraît. Et puis Bwlchgwyn, qui est tout près. Une charmante petite bourgade. On a dit longtemps que c'était le village le plus élevé du pays.

– Bwlch... Quoi ? Tu peux répéter ?

– Bwlchgwyn.

– Alors, que ce soit bien clair, mon ange.

Crowley s'était rapproché d'Aziraphale, pour lui murmurer à l'oreille :

– La Bentley nous emmènera volontiers au neuvième ciel, je veux dire à Bwlchmachin, là.

Le libraire avait distinctement rougi. Le déchu s'écarta, un sourire aux lèvres, avant de poursuivre :

– Mais tout de même, je veux t’entendre admettre que ces Gallois ont le chic pour pondre des noms imprononçables !

– Oh ! Tu sais, il suffit d'un peu d'habitude. Et puis j'ai toujours été doué en langues.

– Je demande à voir, fit le démon, tentateur, avec une tout autre idée en tête.

L'ange ne se laissa pas démonter. Pas encore. Il poursuivit :

– J'ai d'ailleurs appris le français avec un illustre professeur, Mr Rossignol, et j'en ai gardé des souvenirs intacts. « Où est la plume de la jardinière de ma tante ? »

– T'as pas de tante, je te rappelle, elle n'a donc ni jardinier ni jardinière, ni même un pot de fleurs, et encore moins de plume. Et puis cette phrase veut rien dire.

– Mais tu m'as compris. C'est l'essentiel.

– Uniquement parce que ça fait deux cent cinquante ans que tu me bassines avec la plume de ta tante imaginaire.


Quelques minutes plus tard, Crowley, qui ne savait rien refuser à son ange, capitula :

– Eh bien c'est d'accord. Nous irons voir ton Parc National et ton petit village au nom à coucher dehors. Ce qui sera sûrement le cas s'il n'y a pas d'hôtel là-bas. En route pour Bwlchbidule !

Aziraphale sourit, en lui lançant un regard de connivence :

– Je veux bien reconnaître que tu as raison. Quand ils ont inventé ce nom, ils ont dû prendre les voyelles en otage...






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