Nom d'une plume !
Chapitre 1 : Nom d'une plume !
1716 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 17/03/2026 16:29
Cette fanfiction participe au défi d'écriture du forum de Fanfictions.fr : « Self-Insert » (juin 2017)
Catégorie deuxième chance
Combiné au défi :
« Un beau jour, votre personnage vous demande pourquoi et comment vous avez choisi votre pseudo. »
La sonnerie du téléphone écorche la nuit. C’est le fixe, car j’ai bien sûr coupé le portable en me couchant. Peut-être même que je ne l’ai pas allumé de la journée, c’est bien dans mes habitudes. Quoi qu’il en soit, ce n’est jamais bon signe, un appel la nuit.
En panique, je m’extrais de la couette pour décrocher et me réinstalle dans mon lit. Je tomberai de moins haut en cas de mauvaise nouvelle.
06.66.66.66.66
Le numéro s'affiche sur l'écran, parfaitement inconnu, quoique me rappelant vaguement quelque chose. Je décroche pour mettre fin à cette sonnerie agaçante qui me vrille le cerveau. Quelques secondes auront suffi pour comprendre de qui proviennent tous ces six.
Évidemment. J'aurais dû m'en douter. Non content de fourrer son nez dans mes écrits [1], voilà que ce démon se permet de me téléphoner directement, et en pleine nuit, s’il vous plaît. Mon réveil indique pas loin de trois heures du matin.
J'émerge à grand-peine d’un sommeil délicieux et je réponds en râlant :
– Oui, Crowley. Je t'écoute, mais fais vite. Tu veux me raconter quelque chose d'éblouissant que tu viens de faire ? Ton ange t'a contrarié ? Quelque chose te défrise dans ma dernière fic ?
– Du calme, Blue. Je peux t'appeler Blue ? Tout le monde le fait, on dirait. Alors pourquoi pas moi, hein ? Ne sors pas tes griffes tout de suite.
– Viens-en au fait. Que je puisse retrouver les bras de Morphée, par pitié.
– Voilà. Je dormais pas, contrairement à ce que tu pourrais penser. C'est bien de vos idées à vous les fanfiqueurs, de me faire roupiller quotidiennement autant de temps. Je sais bien que j'étais un serpent à l'origine, et que les reptiles sont réputés pour...
– Crowley ?
– Oui ?
– Pourquoi tu m'appelles ? Ne me dis pas que tu me réveilles, à trois heures du matin, pour te plaindre d'insomnie ou me parler du comportement des serpents dans leur milieu naturel ?
– J'y arrive. Désolé pour le dérangement, mais je ruminais dans mon lit, et je me suis demandé d'où ça venait ce pseudo, TheBlueOne ?
Je pousse un soupir exaspéré, qu'il a certainement entendu.
Bon sang, ce démon est vraiment un sacré fouineur ! Pas étonnant qu’il se soit attiré de sérieux ennuis avec la hiérarchie du paradis, à force de poser des questions !
J’ai une soudaine envie de le faire enrager, pour le punir de m’avoir réveillée :
– T’as qu’à poser ta question en bonne et due forme, à la plume sur du papier à lettres, et la glisser dans la boîte à suggestions.
– Non, sérieusement ?
On ne se débarrasse pas du déchu sur un claquement de doigts, je devrais le savoir...
– Mais enfin, tu étais aux premières loges, non ? Tu as la mémoire courte, pour une entité non-humaine, je trouve !
– Moi ? Où ? Quand ? Comment ?
– L'Ancien Testament. Le livre de Job. L'incendie de sa maison. Ses trois enfants dans la cave. Le permis signé par Dieu et Satan.
– Je vois pas le rapport… Y’avait des chèvres et des corbeaux, là-bas, mais pas bleus. Aucun humain, aucun animal bleu. Pour ce
qui est de la côte de bœuf dégustée par Aziraphale, elle était pas « bleue » mais « bien cuite », c’est moi qui te le dis.
– Rappelle-toi. Tu as tout de suite détesté les deux aînés de Job, Ennon et Kezia, qui se la pétaient grave parce que Papa était le chouchou de Dieu. À la première occasion, tu les as transformés en lézards, au grand amusement de la petite dernière.
– J'ai fait ça, moi ?
Derrière le ton faussement offusqué, je devine le haussement de sourcil familier et le rictus amusé.
– Ne fais pas l'innocent. Tu t'en souviens parfaitement, j'en mettrais ma main au feu.
– Tu préfères pas ta tête à couper ? Je pourrais stopper le temps pour t’arranger le coup, comme pour la guillotine, à la Bastille... Mais pour le feu, j'ai bien peur de rien pouvoir faire pour toi. J’ai aucun moyen de le contrer. C’est mon élément naturel, tu comprends...
– Ne digresse pas. Et alors, la petite Jemima t'a demandé : « Can I be a blue one ? » Ce à quoi tu as obtempéré d'un claquement de doigts, à sa deuxième demande, trop content de lui rabattre son caquet à elle aussi, parce que tu savais bien qu’elle n’allait pas lâcher le morceau, la petite entêtée. Les gosses, ça te connaît, hein ? Dans le fond, c'était gentil de ta p...
– Je suis PAS gentil, hurle-t-il soudain. Je suis un DÉMON je te rappelle !
– Tu as entièrement raison, je l'admets. Transformer ces trois enfants en lézards, ce n’était pas ce qu'on peut appeler “gentil”, même si le petit bleu était très joli.
– C’était pas très sympa de ma part non plus de tenter Aziraphale avec ce vin et cette côte de bœuf rôtie, je dois l’admettre, fait-il, soudain radouci. Bien sûr, il a refusé de boire mais il a pas dit non pour la viande. Je m’attendais pas à un tel accueil ! Par les papilles de Satan, comment qu’il s’est engouffré dans le péché de gourmandise, l’angelot ! Et c’était juste le début ! Comme qui dirait une entrée !
– Une entrée en matière, oui. Plus qu’une découverte, une révélation. C’est un beau cadeau que tu lui as fait là.
– Ouais. Des milliers d'années. Des millions de repas superflus, dégustés par pur plaisir, quel spectacle, hein ? À chaque fois j’en suis tout retourné. Un cadeau du Ciel (ou de l’Enfer, le résultat est le même), pour moi aussi.
Un long silence s'ensuit.
– Tu es content ? Tu connais le fin mot de l'histoire, à présent ?
– Ngk... Y'a un truc qui colle pas.
– Mais si. Ça colle parfaitement, Crowley. Je n'allais tout de même pas prendre comme pseudo le nom d'un ange ! Personne n'est totalement un ange, parmi les humains. Tu sais ça aussi bien que moi, et même mieux. Et le nom d’un démon, tu me diras ? J’étais pas chaude non plus. Encore moins, pour tout t’avouer. Je ne dis pas ça pour toi, mais quand même, un pseudo démonique, pas vraiment mon truc. Bon, je peux me rendormir, maintenant ?
– Nan, attends ! La gamine, elle a bien dit « A blue one » ? Mais toi tu t'appelles « The blue one », non ? J'ai raison ou j'ai raison ?
Malgré moi, je souris dans l'obscurité. Puis je finis par admettre :
– OK, je suis démasquée. Rien ne t’échappe, pas vrai ? J'ai piqué ça à Aziraphale, voilà.
– Quoi ? T'as volé un truc à mon… à l'angelot ?
– Tu ne l'as pas vu ni entendu, mais moi, si. C'était épique ! Tu te souviens qu'il est arrivé sur la base aérienne de Tadfield dans l'enveloppe corporelle de Madame Tracy ?
– Tout à fait. Même que le gamin, Adam, il a dit que c'était pas normal qu'ils soient deux dans un corps, et il leur a rendu à chacun leur corporation individuelle.
– Voilà. Eh bien avant de partir, quand tout ce petit monde était chez elle, Madame Tracy et Aziraphale, en transit dans son corps, ont échangé quelques mots. Le Sergent Shadwell, qui entendait de l’autre côté de la porte tantôt la voix de l'une, tantôt celle de l'autre, s'est précipité pour défendre sa Jézabel en détresse, qu'il croyait possédée par un démon.
– Ah, Shadwell, ce vieux chasseur de sorcières ! Toujours à côté de la plaque ! Elle était possédée par un ange, nigaud !
– Donc pour la faire courte, il reconnaît la voix du libraire et se précipite dans la pièce en cherchant cet intrus. « Qui donc ? » demande Mme Tracy. « Some southern pansy » [2], répond Shadwell. « Qui vous faisait des propositions malhonnêtes. J'ai reconnu sa voix. Il disait qu’il fallait être… hum… extrêmement souple… » C'est à ce moment-là qu'Aziraphale a donné l'estocade, s'exprimant d'une voix de baryton par la bouche de Mme Tracy : « Not just “a” southern pansy, Sergeant. “THE” southern pansy ».
Le déchu éclate de rire au bout du fil (enfin... du fil...)
– Bien joué, la fanfiqueuse ! Et sinon, ça va les chevilles ?
– Crowley. Rien n'est sérieux là-dedans. Depuis le temps que tu es perché sur mon épaule, tu le sais bien : en vrai, je ne suis pas du genre à frimer. Mais j'ai le droit de m'amuser un peu non ? Je l'ai bien mérité, je trouve. La vie ne m’a pas fait de cadeau. L’humour, c’est ma bouée en quelque sorte. Simplement pour ne pas couler trop tôt…
Le démon reprend tout doucement la parole après un silence entendu :
– Je sais. Tout à fait d'accord. Bonne nuit, Blue. Et, hem… merci.
– Bonne nuit, Crowley, dors bien. À demain.
J’ai à peine reposé le téléphone qu’il sonne de nouveau. Incorrigible fouineur…
– Mmh ? je grommelle.
– Mais pourquoi t’as pas choisi un pseudo avec une autre référence, avant ça, dans un autre fandom ?
– C’est qu’avant vous, j’écrivais pas, Crowley.
Notes
[1] Voir « Prête-moi ta plume »
[2] En version française : une tantouze sudiste