Conjonction

Chapitre 4 : Approche

Par alex.bluebell

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Note de l’auteur : désolé pour l’attente. Ce chapitre a été difficile à écrire. Une sévère canicule a touché la France, on montait à 44 degrés et j’en ai beaucoup souffert. J’ai écrit vers 2h du matin quand l’air était un peu respirable et que mon cerveau se remettait difficilement en marche, mais j’étais très fatigué. Je voulais finir sur un dernier chapitre, mais ça devenait beaucoup trop long alors j’ai coupé en deux. Le dernier chapitre est en cours d’écriture. Vous trouverez sûrement la fin frustrante de ce chapitre mais promis, je ne voulais pas vous torturer ! 😊 J’espère que cela vous plaira 😊

 

*****


NB : En mécanique céleste, l’approche désigne la phase durant laquelle deux corps suivent une trajectoire qui les mène vers leur point de plus grande proximité.


*****


         Ils avaient marché en silence jusqu’à la voiture. Anthony gardait une main près du dos d’Asa, juste un effleurement. Sentir la chaleur du corps d’Asa, sans même le toucher, l’électrisait. Comme si, en le guidant ainsi, il s’assurait que les instants à venir allaient se produire – enfin !

Il ouvrit galamment la portière de la voiture et Asa s’installa sans dire un mot. En faisant le tour pour aller du côté du conducteur, Anthony ralentit. Il aurait aimé s’arrêter et prendre le temps de réfléchir un peu. Ce qui allait se passer allait tout changer. Il le savait – d’une certitude si évidente qu’elle faisait un peu mal. Mais il ne s’arrêta pas, il avançait presque malgré lui. Le désir de rejoindre Asa était plus fort que ses doutes.

 

Après s’être installé et refermé la portière, il resta immobile un long moment. Il avait une conscience aiguë de la proximité d’Asa. De son parfum d’eau de Cologne. De la chaleur qui irradiait de son corps. Il sentait sa raison fléchir, peu à peu, posant un genou à terre. Il rendait les armes. C’était une reddition lente mais inexorable.

Et là, il le ramènerait chez lui et… Un frisson le parcourut et il serra le volant entre ses doigts, dont les jointures blanchirent. Il n’arrivait même pas à nommer ce qu’il désirait faire avec Asa.

 

Et pourtant, il connaissait très bien cette partie. Le sexe n’était pas tabou pour lui, c’était un moyen commode et plutôt amusant de relâcher la tension. Rien qui n’avait de conséquence au lendemain. Mais avec Asa… C’était différent de tout ce qu’il avait vécu. Son estomac se noua douloureusement.

« Tu… enfin, il faut démarrer la voiture pour avancer… » plaisanta Asa d’une voix un peu faible.

Anthony se tourna vers lui. Le regard d’Asa allait et venait sur lui, comme un papillon qui virevolte. Il n’osait pas le regarder frontalement et Anthony se demanda pourquoi le libraire se tenait tant sur la réserve. Il ne savait pas vraiment ce qu’Asa avait en tête. Et il se disait qu’il devait en être de même pour lui. Il aurait aimé lui dire, lui parler mais… Les mots étaient coincés dans sa gorge et il ne savait pas s’il réussirait à les lui dire un jour.

 

Anthony secoua légèrement la tête pour essayer d’émerger de ses réflexions. Il démarra la Bentley et la voiture s’élança sur la route. Il y avait peu de trafic et il n’habitait pas très loin de la librairie.

Le silence n’était pas désagréable. Il y avait malgré tout une tension entre eux, comme des étincelles qui fusaient entre leurs deux corps. Il le regardait parfois, juste une seconde, et son cœur s’emballait dans sa poitrine. D’une façon qu’une partie de lui jugeait tout à fait déraisonnable. L’autre semblait vibrer comme si elle était calibrée sur une fréquence qui lui criait qu’il y avait une évidence – nue, grésillante, presque douloureuse, impossible à ignorer. Que pouvait-il y faire ? Son corps le trahissait, son esprit fléchissait et il ne pouvait plus se battre contre toutes les émotions et sensations qui l’envahissaient.

 

Le goût d’Asa persistait sur ses lèvres et rendait toute réflexion vouée à l’échec. Parfois, leurs regards se croisaient et Anthony sentait son cœur rater un battement. Le désir, lui, fourmillait dans tout son corps, comme une brûlure tenace. Il mourait d’envie de filer dans une ruelle, de tirer le frein à main et d’attraper ces lèvres si tentantes… Alors, il serrait plus fort encore le volant entre ses mains et se mordait la langue pour garder la tête froide. Il désirait Asa, d’une manière absolument inattendue, différente et presque ingérable. Mais il était hors de question qu’il entraîne le tendre libraire dans les affres du plaisir coincés dans sa voiture entre deux poubelles.

 

Sa conduite devint plus sèche. Il était talonné par l’envie irrésistible de revoir Asa dans son appartement. Le revoir là, solaire dans son désordre, illuminant chaque objet de sa présence tendre… Le ramener chez lui, encore une fois… Il n’y avait pas que l’aspect érotique et sexuel. Anthony voulait qu’il éclaire son appartement de cette intimité qui se nouait entre eux.

Mais cette fois-ci, il savait qu’il n’y aurait rien de chaste. Son corps bouillonnait. Il sentait aussi chez Asa cette tension, cette attente qui noue la gorge et fait trembler les mains. Ses yeux bleus étaient ombrageux, remplis de nuances qu’Anthony n’avait qu’entre-aperçues jusque-là.

 

Le silence entre eux frissonnait, mais il n’y avait aucun mot qui aurait pu être juste à cet instant. Anthony sursauta lorsqu’il sentit la main d’Asa sur la sienne. Le sourire du libraire était doux, mais un peu troublé aussi. Lorsqu’il croisa son regard, il lut la tendresse, le désir, mais aussi une crainte, la pointe d’un non-dit qui flottait entre eux. Cela déstabilisa Anthony et sa conduite devint un peu plus rapide, au diapason de ses pensées qui fusaient dans son esprit. Il voulait Asa tout entier. Son corps, évidemment. Mais aussi sa présence, son être, son sourire timide et ses joues rougissantes. Sa lumière. Il voulait connaître tout de lui. Et ce que taisait Asa, lorsque leur proximité était trop intense, c’était qu’il désirait ardemment qu’il arrive à se confier à lui.

« Ce serait bien que l’on arrive en un seul morceau… » plaisanta faiblement Asa.

Anthony hocha nerveusement la tête et leva le pied de la pédale d’accélérateur. Il n’était définitivement pas fait pour conduire alors que trop de choses se pressaient en lui. Asa caressa doucement du pouce le dos de sa main et Anthony laissa échapper un soupir.

La douceur de ce geste l’apaisa, suffisamment pour qu’il reprenne ses esprits et se concentre pour les derniers mètres qui les séparaient de chez lui. Les pneus grincèrent quand il freina un peu trop brusquement pour se garer à sa place de parking.

 

Anthony resta figé, les mains crispées sur le volant. Il ne put retenir un souffle brisé entre ses lèvres. Quelque chose entre la frustration et le fléchissement face au désir qui le torturait.

Finalement, il tourna la tête vers Asa. Son cœur s’attendrit aussitôt en voyant l’air troublé qui se dessinait sur les traits de son visage. Ses yeux pétillaient, brûlaient même. Mais il y avait une certaine réserve, une légère inquiétude dans son sourire. Une brusque envie de le rassurer et de le protéger le saisit. Anthony attrapa délicatement sa main et Asa eut un léger sursaut.

« On n’est pas obligé, tu sais… » murmura doucement Anthony.

« Oh non, je… je le veux… » répondit Asa sans hésiter et en rougissant adorablement.

Anthony se sentait traversé violemment par une tendresse apaisante mais aussi par un désir ardent de capturer ses lèvres et de caresser ses joues rougies. Il inspira profondément.

« Viens, alors… »

 

 


         Anthony ne put s’empêcher de regarder le visage d’Asa lorsqu’il entra dans son séjour, guettant sa réaction. Quelques piles de livres avaient disparu, ainsi qu’une partie des tasses abandonnées depuis des jours. Anthony avait fait un brin de rangement après le départ d’Asa ce matin même. Sans trop savoir pourquoi, il n’avait pas vraiment prévu — pas consciemment, du moins — qu’il le ramènerait chez lui dès ce soir. Il n’avait pas pu se résoudre à faire un gros ménage. Il aimait ce petit chaos qui faisait son chez lui.

 

Asa observa le salon d’un œil attentif. Il avança dans le séjour et pénétra plus encore dans cet espace privé d’Anthony, avec respect et curiosité. Hier soir, il était tout endormi et n’avait pas pu découvrir le lieu. Ce soir, il semblait prendre son temps pour observer. Comme s’il cherchait, un peu difficilement, à garder ses esprits. À empêcher Anthony de s’approcher trop vite, ou peut-être à s’empêcher lui-même de réduire la distance entre eux.

Le rouquin le laissa faire, plongeant ses mains dans ses poches pour éviter de les tordre face à la légère anxiété qu’il ressentait. Il voulait tant qu’Asa se sente bien chez lui… Et ce désir était tout à fait nouveau pour lui. Il n’avait jamais éprouvé d’intérêt à ce que les hommes de passage soient à l’aise chez lui. En fait, c’était la première fois qu’il souhaitait qu’une personne se plaise dans l’intimité de son appartement.

 

Asa s’arrêta devant sa bibliothèque désordonnée et commença à regarder les livres, les mains dans le dos. Anthony remarqua qu’il serrait les poings. Sa tranquillité n’était donc qu’apparente. Lui aussi ressentait ce désir qui se nouait entre eux.

Le silence s’étirait. Il était chargé d’électricité, mais cela était étrangement délicieux. Comme le calme avant la tempête. Le désir qui attend, qui se retient tout en sachant qu’il explosera bientôt. Dans l’attente presque douloureuse de la délivrance.

Asa se tourna vers lui, le sourire un peu rêveur et amusé.

« Il n’y a que des livres d’astrophysique. Tu ne lis rien d’autre ? »

Anthony haussa des épaules et détourna le regard.

« Pas vraiment… Je… Les étoiles, les lois du cosmos… c’est ce qui m’inspire vraiment. Le reste, eh bien… c’est… ça ne m’intéresse pas vraiment… » expliqua-t-il, un peu gêné.

Asa lui adressa un beau sourire. Anthony sentit quelque chose se relâcher dans sa poitrine. Asa ne souriait pas par politesse. Il avait simplement l’air de comprendre — ou d’accepter, ce qui était peut-être plus bouleversant encore.

 

Asa finit finalement son observation du séjour et son regard se tourna vers la porte de la chambre. Il rougit instantanément et Anthony se demanda quelles pensées peu chastes le timide libraire avait pu avoir.

 

La porte était entre-ouverte, et dans la pénombre on distinguait malgré tout le lit aux draps défaits. Il revit alors Asa tout endormi dans son pyjama, avec ce t-shirt trop large pour lui de son université. Cette réminiscence était à la fois attendrissante et… excitante. Il fut saisi par la complexité de ce qu’il ressentait : son cœur se serrait de tendresse pour Asa, mais une brûlure sous sa peau ne laissait pas oublier son désir pour lui.

Il remarqua à peine qu’il avait rejoint Asa à grande enjambée, se rapprochant dangereusement de lui. Il le réalisa lorsqu’il fut assez près pour sentir son odeur enivrante et distinguer l’orage qui couvait dans ses yeux bleus.

 

Anthony posa lentement une main sur la joue rougissante du tendre libraire. Son pouce accrocha ses lèvres, c’était plus fort que lui. Il ficha son regard dans le sien, bouleversé par l’intensité de son regard. Il y lisait la force inébranlable du désir, mais aussi un trouble et une hésitation.

« Quelque chose ne va pas ? » demanda Anthony.

Il s’était exprimé à voix basse, comme si un son trop fort pouvait briser la bulle qui s’était formée autour d’eux. Asa détourna les yeux en se mordant les lèvres.

« Je veux que tu saches que je ne te jugerai pas, Asa. Je… Tu peux me faire confiance. »

« Je te fais confiance, répondit Asa aussitôt, mais… Ce n’est pas forcément facile à dire… »

Le regard d’Asa était toujours un peu fuyant, alors Anthony recula pour lui laisser un peu d’espace.

« Viens… » lui dit-il doucement en lui montrant le canapé. « Tu veux boire quelque chose ? Un thé ? »

« Je ne dirai pas non à quelque chose d’un peu plus fort… »

Asa s’installa un peu maladroitement. Le silence était maintenant un peu tendu. Anthony s’inquiétait de ce qu’Asa pouvait bien taire. Son malaise lui serrait la poitrine. Plus que son désir, à cet instant, il voulait qu’Asa se sente en sécurité auprès de lui. Il lui servit donc un whisky avec de la glace en espérant que cela l’aide à se détendre.

Il le rejoignit sur le canapé, mais garda une légère distance, refusant de céder à son désir de le prendre dans ses bras.

 

Asa grimaça lorsqu’il but la première gorgée de son whisky et Anthony ne put s’empêcher de sourire. Il se doutait bien qu’Asa n’avait pas l’habitude de boire. Le fait qu’il en ait besoin pour se confier lui serra un peu le cœur.

Ils burent en silence. Anthony savait qu’Asa avait besoin d’un peu de temps pour parler. Et ce courage liquide — même s’il y trempait les lèvres plus qu’il ne le buvait vraiment — pouvait peut-être l’aider.

Finalement, Asa inspira un grand coup et ses mains se crispèrent sur son verre.

« Je ne sais pas trop comment te dire ça… Tu… eh bien, j’ai bien compris que tu es à l’aise avec ça… Enfin tu vois ce que je veux dire… Et moi… Je… Enfin, j’ai un peu honte mais… je ne connais pas trop… ça. » balbutia-t-il en regardant fixement devant lui.

Anthony prit le temps de réfléchir, démêlant avec précaution les sous-entendus d’Asa. Il n’était pas sûr de tout à fait comprendre et il ne voulait pas se tromper au risque de le mettre plus mal à l’aise encore. Il se mordilla les lèvres, hésitant sur les mots qui pourraient mettre Asa le plus à l’aise possible.

« Quand tu parles de ça… C’est… Enfin… tu veux dire « ça » ? » demanda-t-il prudemment.

Asa rougit et baissa les yeux vers son verre comme s’il pouvait se noyer dans les quelques larmes de whisky et disparaître.

« Oui, « ça » … » murmura-t-il difficilement.

« Juste, je veux être bien sûr… ça, c’est… le sexe ? » demanda-t-il de sa voix la plus douce.

Anthony n’avait pas imaginé que le libraire puisse rougir encore plus. Sa gêne était si palpable qu’Anthony n’avait pas le cœur à plaisanter. Il se racla la gorge alors qu’il cherchait les mots les plus justes.

« Je n’attends pas de toi… Enfin, je n’ai pas d’attentes particulières, tu sais. Je veux juste… être avec toi… Être… le plus proche de toi possible. » souffla-t-il.

Asa leva enfin les yeux vers lui et le cœur d’Anthony se fissura un peu devant la vulnérabilité qu’il lisait dans son regard. Il ne put s’empêcher de se rapprocher et de le guider doucement contre son torse.

Il enfouit son visage dans ses cheveux et inspira profondément son parfum si enivrant.

« Je sais que toi… Enfin, tu as de l’expérience… Et… J’ai… peur que tu sois déçu… » murmura Asa.

Anthony caressa doucement les cheveux du libraire. Il sentait ses propres défenses se remettre en place, par réflexe. Une partie de lui voulait détourner le regard, plaisanter, esquiver. Une autre savait qu’il ne pouvait pas laisser Asa seul dans cette vulnérabilité.

« Asa… Je ne suis pas sûr de savoir comment te dire ce que… enfin ce que je ressens vraiment. Je te remercie de t’être confié. Et me concernant… eh bien… Oui, je suis à l’aise avec… « ça », j’ai de l’expérience, je ne vais pas te le cacher ni te mentir. Mais… tout ça, jusque-là, c’était plus… un jeu. C’était… enfin, ce n’était pas sérieux pour moi… »

Anthony se tut, se sentant un peu à court de mots pour s’exprimer. Il lui était si peu naturel de parler ainsi à quelqu’un, de choses aussi intimes et personnelles. Il inspira profondément, se donnant du courage.

« Je n’ai jamais eu besoin de réfléchir à tout ça. Asa… je suis quelqu’un de très solitaire. Je fréquente mes collègues, on parle du travail et puis… c’est tout. Et ça me va. Enfin… ça m’allait jusque-là. Et maintenant… Avec ce que je ressens pour toi… c’est nouveau pour moi de réfléchir à ma vie. Je veux dire… si elle m’apporte vraiment le bonheur que je croyais. Tu… tu étais inattendu, Asa. »

Il le sentit se blottir encore contre lui, posant une main sur son cœur. Comme s’il cherchait à se connecter plus profondément avec lui. Anthony lui était reconnaissant de ne pas l’interrompre. Il lui était difficile de parler et, s’il s’arrêtait, il craignait de ne plus pouvoir continuer.

Anthony caressa doucement les cheveux d’Asa et respira son parfum, qui l’apaisait.

« J’ai de l’expérience en sexualité, oui. Mais pas comme ça… Pas comme je veux le vivre avec toi, Asa. Tu n’es pas un jeu, tu n’es pas un passe-temps ou une manière de défouler des pulsions. »

Asa se tendit légèrement dans son étreinte. Anthony le serra doucement, pour le rassurer.

« Tu es… Je ne sais pas comment dire… Avec toi, c’est différent de tout ce que j’ai pu vivre jusque-là. Je ne sais pas trop quoi faire de tout ça, de tout ce que je ressens… Ça me fait peur mais… je ne veux surtout pas arrêter. Je ne peux plus arrêter, Asa… »

Sa voix finit dans un murmure, comme si cette confession était le dernier aveu qu’il pouvait faire et se montrer totalement à nu.



*****



Asa sentait le cœur d’Anthony battre trop vite sous sa paume.

Il resta immobile un instant, presque surpris par ce rythme précipité. Anthony le tenait contre lui avec douceur, ses doigts glissant encore dans ses cheveux, mais son corps demeurait tendu. Comme si chaque mot qu’il venait de prononcer lui avait coûté quelque chose.

Alors Asa comprit que ce n’était pas seulement une réponse destinée à le rassurer. Anthony s’était livré.

Pas entièrement, peut-être. Pas sans détour, pas sans maladresse. Mais assez pour qu’Asa sente, contre sa joue, tout ce que ces aveux avaient ouvert entre eux. Il avait cru être le seul à arriver avec sa peur, son inexpérience, son trouble trop visible. Il découvrait qu’Anthony aussi avançait sans savoir exactement comment faire.

Cette pensée le bouleversa plus qu’il ne l’aurait cru.

Il frotta doucement son nez contre le coton de la chemise d’Anthony, respirant son parfum familier, cette chaleur qui commençait à lui sembler presque nécessaire. Un sourire lui échappa malgré lui, timide, dissimulé contre son torse. Il ne savait pas encore quoi faire de tout ce qu’Anthony venait de lui donner. Mais il savait qu’il ne voulait pas reculer.

« Alors… peut-être qu’on peut découvrir ensemble ? » souffla-t-il.

Asa entendit Anthony retenir sa respiration un instant, les muscles se crispant plus encore. Puis, son corps se relâcha et un soupir, dans lequel Asa sentit du soulagement, s'échappa de ses lèvres.

 

Anthony le repoussa doucement et leurs regards se croisèrent. Asa fut bouleversé par ce qu’il y lut. Il y avait tant de vulnérabilité, et pourtant aussi une sorte d’apaisement, dans ses yeux chocolat. Un coin de son cœur se mordilla devant cette tendresse qu’il ressentait, ce moment de confession qui les avait tous les deux soulagés d’un poids. Ce quelque chose qui les retenait encore dans leur désir et qui venait enfin de se libérer.

Anthony caressa avec douceur la joue d’Asa, puis ses doigts glissèrent sur ses lèvres un instant.

« Je crois que je ne sais déjà plus me passer de toi… » murmura-t-il.

Sa voix était un peu brisée par toute l’émotion que cet aveu contenait. Anthony esquissa un sourire un peu timide et Asa comprit qu’il avait encore peur de l’intensité de ce qu’il ressentait.

Alors, Asa s’approcha pour effleurer délicatement les lèvres d’Anthony. Il l’entendit retenir son souffle, et il l’embrassa avec douceur. Les mots n’étaient plus assez forts pour exprimer tout ce qu’il ressentait. Asa ne voyait que les gestes capables de transmettre toute son émotion.

 

Anthony enfouit une main dans la chevelure d’Asa, la caressant à un rythme hypnotique. Asa sentait son corps se réchauffer. Chaque fibre de son être s’éveillait et l’enjoignait à demander plus de ce baiser qui restait trop tendre à son goût. Il entrouvrit les lèvres, buvant le souffle d’Anthony et approfondit le baiser.

Il agrippa sa taille. Ses gestes lui échappaient déjà, relevant moins d’une décision que d’un besoin. Il voulait sentir Anthony le plus proche de lui possible. Peu à peu, il gagnait en confiance et son baiser se faisait plus intense. La main d’Anthony se crispa dans sa chevelure puis ses doigts tirèrent doucement sur ses cheveux pour basculer sa tête. Suffisamment pour dégager son cou. Il rompit le baiser pour enfouir son visage dans le creux de son cou et embrasser la peau fine où son pouls battait bien trop vite.

C’était vertigineux. Ce mot était le seul qui venait à la tête d’Asa, noyé dans les brumes du plaisir qui montait. Inexorablement, telle une marée qui submerge tout. Il se surprit à laisser échapper un gémissement de plaisir. Anthony se redressa et capta son regard. Asa fut profondément bouleversé par l’intensité de son regard. Il y lisait un désir qui dévorait la prunelle de ses yeux. Il gardait pourtant cette douceur tendre qui rassurait Asa. Un sourire s’esquissait sur ses lèvres, un peu canaille. Mais Asa y puisa un réconfort qui se mêlait au plaisir qui se bousculait en lui.

« Tu te sens bien ? » murmura Anthony.

Asa hocha la tête en déglutissant.

« Je ne me suis jamais senti aussi bien… » avoua-t-il, la voix rauque.

Le sourire d’Anthony s’agrandit, devenant même coquin. Cette vision fit frissonner Asa. Anthony s’approcha lentement et embrassa doucement ses lèvres. Il le taquinait par une lenteur exagérée qui arracha à Asa un soupir de frustration. Il joignit ses mains sur sa nuque, l’enjoignant à plus d’ardeur.

Il n’avait jamais ressenti ça. Un tel désir, qui dévorait tout comme un brasier incontrôlable. Car Asa perdait totalement ce contrôle qui l’avait toujours caractérisé dans ses relations. Il lâchait totalement prise, il se laissait porter par la fièvre qui s’emparait de lui. Une part de lui restait malgré tout attentive. Il gardait une peur de mal faire, de ne pas s’y prendre correctement. D’être trop enthousiaste ou pas assez. Tout cela était nouveau pour lui.

 

Anthony dut sentir quelque chose changer en lui, car il ralentit aussitôt. Ses lèvres quittèrent les siennes sans vraiment s’éloigner, son souffle encore chaud contre sa bouche.

Asa rouvrit les yeux, inquiet malgré lui.

« Trop ? » demanda Anthony.

Asa secoua la tête, presque trop vite.

« Non. Non, c’est juste… je ne sais pas si je fais bien. »

Le regard d’Anthony s’adoucit.

« Asa… tu n’as pas à faire bien. Tu as juste à être là. Avec moi. »

Asa fut surpris par l’intensité du soulagement qui réchauffa son cœur. Il n’avait pas eu conscience à quel point il était inquiet. Un sourire se dessina sur ses lèvres et il attira Anthony vers lui pour embrasser à nouveau ses lèvres qui savaient si bien lui faire perdre le contrôle.

 

Il sursauta légèrement lorsqu’il sentit une main se faufiler sous sa chemise puis expira profondément au contact de la paume chaude d’Anthony sur la peau tendre de son flanc. Il sentit une légère hésitation face à sa réaction instinctive, mais Asa l’embrassa plus fortement encore pour montrer qu’il aimait ça. La main d’Anthony entama une caresse tout d’abord tendre, puis la tension monta de plus en plus vite et les caresses se firent plus impatientes et exigeantes.

Asa sentait qu’Anthony restait un peu sur la retenue. Il était ému par son respect et sa patience. Mais… ce n’était plus ce qu’il voulait désormais. Pris d’une pulsion, il lui mordilla la lèvre inférieure. Anthony poussa un soupir de plaisir et ce son attisa le désir d’Asa. Son corps bouillonnait, toutes ses réserves et ses peurs disparaissaient. Il découvrait des désirs, des envies et des pulsions qui l’auraient laissé rougissant dans d’autres circonstances. Mais là, il n’avait pas honte, il s’en réjouissait même.

 

Alors, Asa écouta ce dont il avait vraiment envie. Sans rompre leur baiser, il se déplaça un peu maladroitement pour s’assoir sur les genoux d’Anthony. Lorsqu’il fut installé, Anthony laissa échapper un son étranglé, presque involontaire. Asa se figea une seconde, bouleversé par ce qu’il venait d’entendre. Il n’aurait jamais cru pouvoir provoquer cela chez lui — ce relâchement, cette perte de contrôle, cette façon de le désirer sans plus réussir à le dissimuler.

Enhardi par son audace, Asa attrapa le visage d’Anthony entre ses mains pour approfondir plus encore leur baiser. Il fut surpris lorsqu’il sentit les mains sur ses hanches, dans un geste pour le ralentir. Il relâcha ses lèvres et croisa le regard brûlant d’Anthony.

« Asa… si tu continues comme ça, je ne vais plus pouvoir être raisonnable… » souffla-t-il, et cela sonnait comme une supplique.

« Je ne veux pas que tu sois raisonnable… » répondit Asa.

Il n’avait pas hésité une seconde, et il sut alors à quel point cela était vrai. Anthony le regarda intensément, comme pour s’assurer qu’il disait vrai. Asa savait qu’il pouvait tout lire sur son visage : la confiance immense qu’il plaçait en lui, le plaisir qui le traversait, et cette envie nouvelle qui ne lui faisait presque plus peur.

« Alors, si c’est ce que tu veux… » murmura-t-il d’un ton presque taquin.

La sensualité contenue dans le ton d’Anthony fit fondre Asa. Anthony l’embrassa à nouveau, plus profondément cette fois, et Asa sentit aussitôt que quelque chose avait changé. Ce n’était plus seulement une promesse ni une retenue patiente. C’était un désir assumé, presque tranquille dans son intensité.

Pourtant, au lieu de l’attirer davantage contre lui, Anthony s’arrêta. Son front se posa contre celui d’Asa, son souffle encore irrégulier.

« Cela dit, si je dois cesser d’être raisonnable, j’aimerais autant ne pas le faire à moitié suspendu à mon canapé. »

Asa resta interdit une seconde, puis un rire lui échappa, fragile et brûlant à la fois.

Anthony sourit contre ses lèvres. La gorge d’Asa se serra. Il hocha la tête, incapable de sourire autrement qu’avec tout son visage.

« Alors… emmène-moi. »




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