Le Temps de la Nuit

Chapitre 18 : Strange's childrens

3336 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 06/12/2016 17:01

Son réveil se fit difficilement, troublé par ses visions ensommeillées, et la réalité vraie qui la submergeait petit à petit. Elle voulait crier mais aucun son n'eut la force de monter jusqu'à sa bouche. Elle se tourna sur son ventre pour se poser sur ses coudes. Elle tentait de respirer autant que possible, s'obligeant à ouvrir les yeux.


-        Salut, entendit-elle.


La voix était étrange, comme étouffée. Ses yeux se brouillaient encore. Elle gémit, frustrée de ne pas avoir possession de son propre être.


-        Qu'est-ce que vous m'avez encore fait ? Dit-elle avec difficulté.

-        Du calme, Beauté, on t'as juste endormie. T’étais incontrôlable.


Il croisa ses bras et posa sa tête dessus.


-        C'était vraiment un joli spectacle, complimenta-t-il avec vice.

-        Docteur Strange, appela-t-elle faiblement, vous êtes sur ma liste...

-        Te fatigue pas. Pour l'instant, on est enfermés, tu pourras rien faire Beauté. On est des petits rats de laboratoire.

-        Plus pour longtemps, on va sortir de là.


Il ricana.


-        Mets-toi debout, déjà.


Elle tenta de s'exécuter, mais rien ne répondait à ses attentes.


-        Je serais curieux de savoir ce qu'ils t'ont injecté. T'es plus tout à fait la même.


Elle ne répondit pas, et réitéra sa tentative avec un presque succès qui lui permit de se retenir à la vitrine qui la séparait de Jérôme. Elle regarda de l'autre côté. Le garçon était collé à la vitre, et la regardait tranquillement.


-        Ne tombe pas, fit-il semblant de s'inquiéter avec cruauté.

-        Encore dans une cage, j'en ai marre, maugréa-t-elle. Et ils nous ont séparés.


Le rouquin se mit à sa hauteur.


-        Ils ont dû avoir peur qu'on se rapproche d'un peu trop près. Mais Strange ne semble pas vouloir totalement nous séparer, fit-il remarquer en toquant contre la vitre.

-        Jérôme, qu'est-ce qui t'es arrivé ?


Il fronça les sourcils.


-        Ça, j'en sais trop rien. Il faudrait demander à Strange. J'en ai pas vraiment eu l'occasion. La première fois que je l'ai vu, j'ai essayé de l'étrangler. Et à la prochaine occasion, Strange meurt.

Ensuite je prendrai la ville. Gotham croulera sous la suprématie de ma grandeur !


-        Et de ta folie, ajouta négligemment Annie.

-        Aussi, c'est vrai. Nous aurons une ville à notre image ! S'exclama-t-il en se tournant de sorte à ce qu'il appuie son dos sur le mur.


Elle sourit discrètement en entendant le « nous ». Elle n'ajouta rien, et regarda le garçon en face d'elle.


-        Pingouin aussi s'est fait avoir par Strange.

-        Cet idiot boiteux ? Quoi de plus étonnant, ironisa-t-il.


Annie se laissa couler le long du mur. Elle se replia sur elle même, les jambes au plus proche de son corps, les bras les entourant. Elle remarqua que ses cheveux avaient poussés en les sentant lui chatouiller la nuque. Elle entendit des pas lointains, et se leva immédiatement dans un mouvement souple des jambes. Elle s'approcha de l'autre vitre, celle qui donnait sur un couloir vide. Jérôme, attiré par le mouvement, se redressa et se retourna. Il posa négligemment une main sur la vitre, pour soutenir sa paresse. Elle se mit devant la vitre, et attendit qu'on apparaisse. Elle semblait déjà les reconnaître. Le visage rond de Strange apparut, accompagné de son assistante. Jérôme adopta un air blasé en les voyant.


-        Ma chère Arlequin, salua Strange avec un sourire malsain. Vous nous avez donné du fil à retordre, comme on dit. Mais je suis... pleinement... satisfait du résultat, souffla-t-il lentement en l'observant. Comment vous sentez-vous ? Dites-moi...


Annie ne répondit pas, et se contenta de lever très légèrement le menton. Strange la regardait, étudiait son corps, son regard. Annie s'approcha de la vitre un peu plus, comme si plus rien ne séparait leurs deux corps.


-        Curieuse, répondit-elle enfin. Curieuse de voir comment vous vous défendriez lorsque j'aurai votre visage entre mes mains, Docteur.


Elle colla presque son visage à la vitre, et lécha cette dernière avec langueur. Sans se voir, Strange et Jérôme sourirent en même temps. L'un, contenté de voir sa création se dresser devant lui avec arrogance, et l'autre satisfait de la folie de son amante.


-        Vous êtes tellement plus que ce que j'attendais, Arlequin.


Elle se recula de la vitre, et se plaça au milieu de la pièce.


-        Ta prestance... admira Strange en oubliant ses mots.


Annie tiqua au changement de pronom. Strange avait retiré toute distanciation entre lui et sa nouvelle création. Il se sentait vainqueur, comme devant chacune de ses expériences réussie.


-        Tu n'es pas la plus belle, reprit-il, ni la plus aboutie, mais tu as ta propre magnificence...

-        Nom d'un chien, t'as le droit à vachement de compliments, intervint Jérôme, sarcastique.

-        Oh, et mon clown, répondit Strange à cela, qu'as-tu à me reprocher, moi qui t'ai fait ?

-        J'ai rien qui m'arrive en tête comme ça, alors je dirais que je vous reproche la vie, vieux crétin à lunettes.

-        Je suis votre père désormais, dit Strange avec un calme reposant, il faut que vous le compreniez. Chacun d'entre vous êtes mes enfants.


Annie se tourna vers Jérôme, hilare. Celui-ci comprit immédiatement lorsqu'il croisa son regard.


-        Il ne doit pas savoir ce qu'on a fait à nos géniteurs précédents, se moqua-t-il.

-        On devrait le prévenir, ajouta-t-elle.


Strange observa ses deux créations avec curiosité.


-        La dernière fois que j'ai vu mon père, expliqua Annie, je lui ai offert plusieurs balles dans l'abdomen. Tu t'en souviens, Jay' ? Appela-t-elle.


Il fit semblant d'être un habitué du surnom.


-        Oh, bien sur, c'est le même jour ou j'avais fait accuser mon père de notre évasion d'Arkham. Jour de sa mort, d’ailleurs.

-        Une journée pleine de rebondissements, hein ?

-        Une merveilleuse journée, termina Jérôme avec un large sourire.


Les deux regardèrent alors Strange tout sourire, se refusant de détourner le regard. Le docteur n'eut rien à répondre, et se contenta de croiser ses mains dans son dos. Jérôme se colla un peu plus à la vitre pour guetter sa réaction, les deux mains à hauteur de sa tête, mais il ne se passa rien. Strange restait stoïque.


-        Vous êtes si parfaits, murmura-t-il, les yeux perdus dans le vide.


Il se détourna alors, suivit de Madame Peabody. Annie relâcha sa colonne vertébrale, sans pour autant quitter sa position.


-        Arlequin ? Demanda Jérôme, dont le surnom lui était inconnu.


Elle attendit quelques secondes avant de répondre, le temps de laisser les pas de Strange s'éloigner, et de finir de réfléchir. Elle ne savait pas s'ils avaient réussi à faire quelque chose, mais une chose en tout cas était arrivée.


-        Oui, répondit-elle. C'est Pingouin, expliqua-t-elle brièvement, sans lâcher des yeux l'endroit où était Strange quelques secondes plus tôt. C'est grâce lui que j'ai ce surnom.

-        Je comprends mieux les vêtements, dit-il en désignant les collants rouges et noirs.


Elle s'observa quelques instants.


-        Oui, c'est lorsque j'étais avec Jer...


Elle se souvint alors du club underground, et du tumulte déchaîné qui s'y trouvait.


-        Jeri, reprit-elle en levant les yeux vers Jérôme.


Elle se déplaça rapidement jusqu'à lui.


-        Jérôme, dit-elle avec sérieux, il y a des gens dehors qui croient encore en toi, et aux Maniax.

-        Qu'est-ce que tu racontes ?

-        Des meurtriers, des assassins, et je sais pas quoi encore, tous rassemblés dans un club underground à attendre le retour des Maniax. Ils n'y croyaient pas lorsqu'ils m'ont vue, et ils m'ont adoré.


Elle posa ses mains contre la vitre à son tour, juste à côté de celle de Jérôme.


-        Ils n'attendaient que toi pour nous adorer encore plus. Ces gens là étaient prêts à tout. Tu m'aurais vue, dit Annie avec une sorte de nostalgie, j'étais tellement ce que je voulais être.

Entourée des pires pour le meilleur, tu aurais adoré. La musique, la violence, la fumée des cigarettes, la transpiration heureuse.

-        Pourquoi t'es partie, alors ?


La jeune femme ricana doucement.


-        Gordon, répondit-elle. Toujours là pour gâcher les meilleurs moments. Je voulais forcément les quitter, mais pas comme ça, tu comprends bien.

-        Je suis heureux d'avoir fait de toi ce que tu es, sourit-il en la regardant.


Elle réfléchit alors, et comprit qu'en effet elle en était là par sa cause. Elle perdit ses pensées dans les pupilles éclatantes de Jérôme en face d'elle sans le voir. Elle passa en revue les derniers mois qui avaient composés sa vie. Ses phalanges se rétractèrent sur la vitre lorsqu'elle aperçu le corps de Jérôme, lorsqu'elle sentit l'arme tordre son poignet en crachant sa balle sur Arnold. Elle frissonna en sentant les coups assénés par Victor, l'homme de main de Pingouin.


-        T'oublierais pas de me remercier ? Dit Jérôme en lui coupant le fil de ses pensées.

-        Te remercier ?


Elle ne savait même pas si elle devait en effet lui montrer sa gratitude, ou si elle devait le haïr pour lui avoir montré sa vraie nature. Elle l'avait tout ce temps adoré à sa manière, elle lui avait été fidèle et dévouée, sans savoir pourquoi. Du bout d'un doigt, elle traça les lignes du visage du rouquin à travers le verre.


-        Je devrais plutôt te péter la gueule, soupira-t-elle.

-        Ça me déplairait pas non plus, répondit-il.


Ils restèrent l'un en face de l'autre, jusqu'à ce qu'un homme ouvre la cellule d'Annie. Ils vinrent, et lui attachèrent les mains dans des menottes qui n'étaient pas en métal, mais dans un matériau qu'elle ne connaissait pas. Elle n'avait aucune raison de vouloir rester avec Jérôme, alors elle les laissa l'emmener sans résistance.

Ils ne croisèrent personne, et marchaient dans un silence étourdissant. Elle remarquait qu'elle ne faisait aucun bruit en marchant, que ses pieds touchaient à peine le sol avec souplesse. Ils la laissèrent dans une pièce sombre et grande, libre de ses mains. Elle avança lentement à l'intérieur pour la découvrir. On aurait pu croire à un ancien entrepôt désaffecté. Dans une étrange coïncidence, il ressemblait un peu à celui où elle avait rencontré les Maniax.


Elle prit le temps d'observer chaque coin, les voyant assez clairement alors que sa vision aurait du être dérangée par les ténèbres.

Dissimulé dans ces dernières, se trouvait le professeur Strange, appuyé à un poste d'observation. Annie fit semblant de ne pas le voir. Elle attendait la suite, ayant pris connaissance avec une certaine précision de l'endroit où elle se trouvait. Une porte sembla s'ouvrir, et on dû faire entrer quelqu'un de l'autre côté de la géante pièce. Annie continuait cependant à déambuler, comme si de rien n'était. Elle entendit des pas très léger s'arrêter derrière elle.


-        Quel monstre le professeur Strange a envoyé ? Demanda-t-elle alors que sa voix résonnait contre le vide.

-        La seule immondice aujourd'hui, c'est toi, répondit une voix féminine dans son dos.


Annie tourna avec souplesse sur ses talons, et découvrit en effet une jeune femme qui se tenait devant elle, enroulée d'épais vêtements, et munie d'une étrange et arrogante machine.


-        Et j'imagine qu'on t'a donné l'ordre de me tuer ? Ou du moins, de me faire très très mal ?

-        C'est un peu l'idée, oui, dit-elle en faisant quelques pas de côté, comme si elle évaluait la menace. Je suis déçue, je pensais qu'on m'aurait donné un adversaire de ma taille.

-        Je pensais exactement la même chose, sourit Annie.


Annie se concentra sur la jeune femme en face d'elle, et oublia le vide, et les autres sensations qui lui parvenaient. Il ne lui suffisait plus de les ignorer, comme elle s'était obligée de le faire depuis qu'elle s'était réveillée, mais il lui fallait complètement les oublier.

Elle vit sa nouvelle ennemie brandir une sorte de tuyau.


-        Je voudrais savoir qui va mourir aujourd'hui, interpella l'inconnue.

-        T'auras qu'à m'appeler Arlequin. Et si on s'aime bien, ce sera seulement Arley.

-        Je t'aime bien, Arley. Moi, c'est Firefly, se présenta-t-elle en plissant un œil invisible derrière ses grosses lunettes noires, mais j'ai pas de surnom à te proposer.


À cela, ladite Firefly enclencha le mécanisme de son arme, et une énorme langue de feu en sortit subitement, menaçant tout ce qui se trouvait à sa portée. Annie se propulsa dans la foulée, et s'éloigna de la flamme rapidement. Cette dernière la suivit sur plusieurs mètres. Elle se jeta contre une caisse, s'élança avec son pied contre le mur, et continua son ascension en balançant son corps jusqu'à un fin grillage qui était soutenu au plafond par des chaînes. Elle se hissa dessus. Firefly dû la chercher du regard quelques secondes. Annie plia ses jambes pour la regarder.


-        C'est plutôt gênant comme situation, non ? Questionna-t-elle. Si tu me tues pas ce soir, qu'est-ce que tu vas faire ?

Firefly envoya une nouvelle arrivée de flamme, lorsqu'Annie bascula sur la grille, se balançant dans le vide, pour se laisser tomber sur un tas de caisses un peu plus loin. Elle les descendit rapidement, comme si elle avait toujours dû faire cela.

La lumière des flammes s'éteignit subitement, et plus aucun son ne se fit entendre. Annie attendait patiemment, protégée par les caisses. Elle regretta fortement son semi-automatique. Elle sentait son cœur battre dans sa poitrine, et le sang en faire le tour, rapidement, comme jamais cela ne lui était arrivé. Ou alors, comme jamais elle ne l'avait senti. Les deux notions étaient finalement pareilles.

Elle se tenait accroupie contre une caisse, le bout des doigts posés sur le sol, le dos le plus droit possible. On distinguait à peine si elle respirait.

Elle sentait, sans trop avoir comment, que la personne de l'autre côté bougeait. Elle ne pouvait cependant pas dire exactement dans quelle direction. Elle se leva à moitié, et se faufila discrètement entre les caisses. Elle aperçu l'autre ombre, qui attendait de pouvoir utiliser à nouveau son arme destructive. Elle sourit en comprenant qu'elle avait l'avantage. Elle se glissa lentement derrière elle avec agilité.


Mais elle ne tenta rien, et se contenta de la regarder faire.


Mais, rapidement ennuyée, elle l'interpella. Firefly se retourna brusquement, et Annie lui coupa le souffle en lui assénant un coup de pied dans l'estomac. Firefly enclencha son mécanisme, et avant que la flamme n'atteigne le visage d'Annie, cette dernière détourna l'arme pour que les flammes se dirigent au plafond. Mais le feu lécha ses côtes droites en brûlant son vêtement. L'odeur fade du tissu carbonisé envahit leurs narines. Annie retint un râle de douleur, et elle lui arracha le tuyau des mains. Un craquement lui fit comprendre qu'elle avait rompu quelque chose. Elle lança le tuyau au sol. Annie se recula, en lui faisant comprendre qu'elle en avait fini, et que rien d'autre ne pourrait arriver.


Elle se tourna, en retenant sa peau à vif, pour regarder Strange qui se croyait encore invisible. Elle serra les dents avec force au point ou elle ne sentit plus ses mâchoires. Les derniers jours ajoutés à cette blessure dévorante, Annie se sentait épuisée. Elle fit tout pour ne pas voir la brûlure, mélangée à une peau ensanglantée. Si les sensations lui parvenaient plus purs, la douleur la traversait avec véhémence. Elle se laissa tomber sur ses genoux, en maintenant toujours sa blessure.


On entra dans la pièce, et Firefly fut menée à l'extérieur. Annie quant à elle fut prise en charge rapidement par les infirmiers. Ils lui soulagèrent la blessure, et la laissèrent avec un bandage autour de la taille pour la retourner dans sa cellule.


Là, elle se dirigea directement vers la vitrine qui la séparait de Jérôme, et s'allongea sur le sol, sans parler. Jérôme n'était pas là. Elle s'endormit rapidement, sans qu'elle ne l'eut voulu, repliée sur elle-même, le sommeil lui faisant oublier la douleur et le reste des sensations qui lui emplissaient l'esprit.

 

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