L'Ochimizu

Chapitre 4 : Sous-surveillance

Par Zihume

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Harada était assis au sol, une jambe repliée, l'autre étendue devant lui. Sa lance reposait contre le mur, à portée de main.

Saitō avait retiré le haut de son kimono et se tenait debout devant Tsune, le bras droit légèrement tendu.

Elle examinait son coude.

Elle portait le vêtement masculin vert pâle qu'on lui avait donné la veille. La coupe était sobre, correcte, mais ne suffisait pas à effacer la finesse de ses traits.

Harada la regardait avec une curiosité à peine dissimulée.


— C'est pour te cacher qu'on t'a habillée comme ça ? Avec un visage pareil, je ne suis pas sûr que ce soit très efficace.


Les doigts de Tsune s'arrêtèrent une fraction de seconde sur le bras de Saitō.

Son visage se ferma.

Saitō tourna à peine la tête vers Harada.


— Harada.


Le ton était bas, pas vraiment menaçant, mais suffisant pour faire comprendre qu'il serait préférable d'arrêter là.

Harada leva les deux mains, faussement innocent.


— Je dis seulement que le déguisement n'est pas très convaincant.


— Je ne vous ai pas demandé votre avis, dit Tsune.


Elle appuya un peu plus fermement autour du coude de Saitō.

Saitō ne réagit presque pas. Seule une légère tension passa dans sa mâchoire.


— Ce n'est pas grand-chose, dit Tsune. La peau est ouverte, et le choc a dû être violent, mais l'os n'a pas l'air cassé.


— Je m'en doutais, répondit Saitō. Rien qui nécessite cette auscultation.


Elle nettoya la plaie du coude. Le linge se teinta d'un rouge clair.

Saitō regardait droit devant lui, silencieux.

Puis le regard de Tsune remonta vers son épaule.

Près de la base du cou, un demi-cercle sombre marquait sa peau. Les dents n'avaient pas traversé la chair, mais elles avaient pressé assez fort pour laisser des bleus profonds.


— Il a essayé de vous mordre ?


Saitō baissa les yeux vers son épaule.


— Oui. Il cherchait du sang.


Harada perdit son sourire.


— Cette chose a bondi sur nous avec une énergie incroyable. Saitō l'a bloquée, mais elle a essayé de lui planter les dents dans l'épaule. Vous savez ce que c'était ?


La main de Tsune s'immobilisa à peine.

Saitō parla avant elle.


— Harada.


— Quoi ?


— Si les commandants jugent nécessaire de nous l'expliquer, ils le feront.


Harada le fixa une seconde, puis soupira.


— Tu es vraiment impossible.


Saitō baissa les yeux vers le bandage que Tsune achevait de poser.

La porte coulissa.

Hijikata entra.

Son regard passa d'abord sur Harada, puis sur Saitō, torse nu, le bras droit bandé.


— Alors ? demanda Hijikata.


Tsune referma lentement la boîte de soins.


— Son bras a pris un mauvais choc. Mais rien d'alarmant.


— Il valait mieux vérifier. Pas de patrouille cette après-midi, Saitō.


Saitō ramena son vêtement sur son épaule.


— Je peux toujours tenir mon arme.


— C'est un ordre.


— Entendu.


Hijikata tourna les yeux vers Harada.


— Et toi ?


— Quelques bleus. Rien de sérieux.


— Tant mieux. Sannan vous attend tous les deux. Il veut entendre précisément ce qui s'est passé hier.


Harada échangea un bref regard avec Saitō.


— Compris.


Saitō se redressa, récupéra son sabre et s'inclina légèrement. Harada prit sa lance, jeta un dernier regard vers Tsune, puis suivit Saitō hors de l'annexe.

La porte se referma.


Tsune resta près de la table basse, les linges tachés de sang entre les mains.

Hijikata resta debout, les bras croisés dans ses manches. Son regard était dur.


— Vous saviez pour l'Ochimizu.


— Oui. C'est un traitement prometteur.


Il fit un pas vers elle.


— Prometteur ? Il a transformé l'un de mes hommes en monstre.


— Vous alliez l'exécuter.


— Il avait trahi le règlement. Il devait mourir par seppuku, selon nos lois, avec ce qui lui restait d'honneur.


Un sourire pâle passa sur la bouche de Tsune.

L'honneur.

Comme si ce mot pouvait rendre la mort plus propre.

Hijikata le vit.


— Cela vous amuse ?


— Non.


Elle baissa les yeux vers les linges, puis les replia.

Un long silence passa. Elle sentait toujours son regard sur elle. Elle dit, finalement, sans le regarder :


— Sur la route de Tama. Quand je vous ai dit que le remède était pour ma sœur.


Hijikata ne bougea plus.


— Vous m'avez dit de rentrer. Et de chercher encore.


Tsune releva lentement les yeux vers lui.


— Ma sœur est morte. Le traitement n'était pas prêt. Il ne l'est toujours pas. Mais lorsqu'il le sera, il pourra sauver des vies.


Hijikata resta silencieux. Son visage ne s'adoucit pas. Pourtant, quelque chose s'était arrêté en lui. Lorsqu'il parla enfin, sa voix était plus basse.


— Un incident comme celui d'hier ne doit pas se reproduire.


— J'y veillerai.


Hijikata la regarda encore une seconde. Puis il se détourna.

Sans ajouter un mot, il ouvrit la porte coulissante et sortit.


---


Les semaines passèrent sans que l'incident soit nommé autrement qu'à demi-mot.

Kōdō poursuivait ses travaux dans l'annexe. Sannan venait régulièrement consulter les registres. Niimi, lui, y entrait plus souvent qu'il ne le devrait.


Peu à peu, Tsune apprit à passer parmi les hommes du Rōshigumi sans provoquer chaque fois le même silence.

Ses vêtements masculins suffisaient rarement à tromper tout à fait, mais elle devint tout de même une présence admise.

Pas familière.

Admise seulement.


Okita Sōji, lui, l'avait remarquée dès les premiers jours.

Il ne la fixait jamais longtemps. Il n'en avait pas besoin. Un regard en passant, un sourire léger au détour d'un couloir, une remarque lancée comme une plaisanterie suffisaient à lui donner l'impression qu'il avait déjà vu plus qu'elle ne souhaitait montrer.


Ce soir-là, la cour était presque vide.

Quelques hommes terminaient leur entraînement, essoufflés, tandis que Kondō observait, les bras croisés dans ses manches.

Okita tenait une épée de bois à la main.


— Vous savez tenir une arme, Shiranui ?


Tsune s'arrêta.

Elle revenait de l'annexe, les manches encore imprégnées de l'odeur des plantes et des remèdes.

Kondō tourna légèrement la tête vers eux.


— Sōji.


— Je ne fais que poser une question, Kondō.


Tsune baissa les yeux vers le bâton qu'il tenait.


— Je n'ai pas rejoint le Rōshigumi pour combattre.


Elle reprit sa marche.

Okita bougea alors.

Assez vite pour que son intention ne puisse pas être prise pour une plaisanterie.

Tsune pivota avant même d'avoir réfléchi. Sa main descendit à sa taille.

Le choc claqua contre le fourreau de sa lame, qu'elle avait dégagé de sa ceinture d'un geste sec pour arrêter le coup.

Le silence tomba aussitôt dans la cour.

Le mouvement n'avait duré qu'un instant.

Mais il suffisait.

Tsune resta immobile, la main refermée sur le fourreau, le regard fixé sur Okita.

Il souriait toujours.

Mais ses yeux s'étaient faits plus attentifs.


— Vous avez de bons réflexes.


La voix de Kondō coupa l'air.


— Sōji. Ça suffit.


Cette fois, le ton n'avait plus rien d'un simple avertissement.

Okita abaissa son bâton.


— Pardon, Kondō-san. Ma main a glissé.


Tsune relâcha lentement la pression sur son fourreau.

Elle salua Kondō, plus brièvement qu'elle ne l'aurait voulu, puis reprit le chemin de l'annexe.

Okita l'observa s'éloigner, méfiant.


La nuit tombait maintenant pour de bon.

Une faible lumière filtrait encore entre les cloisons du bâtiment.

Tsune ralentit.

La porte n'était pas entièrement fermée. Elle allait s'annoncer lorsqu'elle reconnut la voix de Kōdō.


— Sannan-san n'a toujours pas donné son aval pour tester la nouvelle formule.


Il y avait dans sa voix une fatigue sèche.


— Il n'est pas médecin, répondit Niimi. Il ne devrait pas se permettre de juger votre travail.


Tsune resta immobile.

La nouvelle formule.

Kōdō avait seulement dilué le composé dans une décoction claire pour tenter d'en ralentir l'absorption. Ce n'était pas une avancée réelle. Pas de quoi risquer un nouvel essai sur un corps humain.

Sannan avait raison.


— À ce rythme, reprit Kōdō, nous ne saurons jamais si l'ajustement change quoi que ce soit.


Un silence suivit.

Puis Niimi parla plus bas :


— Sannan n'a pas besoin de tout savoir.


Tsune sentit ses doigts se serrer dans sa manche.


— Serizawa-san et moi pouvons vous obtenir d'autres hommes. Vous n'aurez pas besoin d'ajouter leurs noms au registre.


Kōdō ne répondit pas tout de suite.

Ce silence-là troubla Tsune plus que la phrase elle-même.


— Sannan a été nommé pour superviser les essais, dit enfin Kōdō.


— Les essais officiels.


La distinction resta suspendue dans l'air.

Kōdō aurait dû refuser.

Tout de suite.

Mais il demanda seulement :


— Et si cela venait à se savoir ?


— Cela ne se saura pas.


Le silence revint.

Cette fois, Tsune recula d'un pas.

Elle n'avait pas besoin d'en entendre davantage.



Elle trouva Tōdō Heisuke au détour du couloir qui menait au bâtiment principal.

Il marchait en mordillant une tige de roseau séché, les mains dans les manches.


— Heisuke, tu as vu Sannan ?


Il ôta la tige de ses lèvres.


— Il est en patrouille avec Kondō. C'est urgent ?


— Oui.


Heisuke la regarda mieux. Son expression perdit ce qu'elle avait de distrait.


— Va voir Hijikata. Troisième chambre en partant du fond.


Tsune s'inclina brièvement.


— Merci.


Elle repartit avant qu'il ait pu ajouter quoi que ce soit.

La chambre de Hijikata était encore éclairée.

Tsune s'agenouilla devant la porte.


— Hijikata.


— Qu'y a-t-il ?


— Je dois vous parler.


Un silence.


— Si cela concerne les recherches, voyez Sannan.


— Il est en patrouille avec Kondō.


— Alors voyez Niimi.


Tsune baissa légèrement les yeux.


— Cela le concerne.


Le silence se prolongea.

Puis la voix de Hijikata retomba, plus basse.


— Entrez.


Tsune fit coulisser la porte.

Hijikata était agenouillé devant un bureau bas, le pinceau encore entre les doigts. Ses cheveux, habituellement soigneusement relevés, étaient détachés. Des rapports s'étalaient devant lui.

Tsune s'arrêta une fraction de seconde.

Son regard glissa malgré elle sur les longues mèches noires qui tombaient sur ses épaules, puis sur la ligne de sa nuque inclinée vers les papiers.

Elle eut l'impression de surprendre quelque chose qu'elle n'aurait pas dû voir.


Hijikata leva les yeux.

Ses iris violets se posèrent sur elle.

Froids.

Tranchants.

La gêne disparut aussitôt.


— Parlez, dit-il.


Tsune entra pour de bon et s'agenouilla face à lui.


— J'ai surpris une discussion entre Kōdō et Niimi.


Hijikata ne dit rien.


— Niimi veut procéder à de nouveaux essais sans attendre l'autorisation de Sannan.


Hijikata posa lentement son pinceau.


— Personne d'autre n'est au courant ?


— Non.


— Retournez à l'annexe. Continuez comme si vous n'aviez rien entendu.


Il marqua une courte pause.


— Je m'occupe du reste.


Tsune s'inclina.


— Entendu.


Elle se leva.


Sa main était déjà posée sur la porte lorsque la voix de Hijikata l'arrêta.


— Shiranui.


Elle se retourna à demi.

Il ne la regardait plus. Ses yeux étaient revenus aux papiers étalés devant lui.


— Vous avez bien fait de venir.


Tsune inclina la tête.

Puis elle referma la porte derrière elle.





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