L'Ochimizu

Chapitre 8 : Annotation imprudente

Par Zihume

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Tsune reprit conscience les yeux tournés vers un plafond de bois.

Pendant un instant, elle ne sut pas où elle se trouvait.

L'air avait cette odeur lourde de plantes médicinales. Une couverture remontait jusqu'à sa taille.


Elle se redressa.

Des mèches blanches glissèrent sur ses épaules.

Tsune resta immobile, les yeux fixés sur cette couleur qui n'aurait pas dû être là.


— De retour parmi nous.


La voix de Kōdō venait de sa droite.

Elle tourna lentement la tête.

Il était assis près d'une table basse, les manches relevées, plusieurs fioles disposées devant lui. 

Il prit une coupe d'eau et la lui tendit.


— Bois.


Tsune la prit.

À la surface de l'eau, son reflet trembla.

Des yeux fauves.

Deux cornes claires, encore visibles sous ses cheveux pâles.


Elle fixa l'image une seconde de trop.

Kōdō suivit son regard.


— Ta forme d'oni s'est stabilisée plus longtemps que je ne l'aurais cru.


Il marqua une pause, comme s'il observait moins une femme qu'un phénomène rare.


— Cela faisait des années que je n'avais pas vu une femme oni conserver une forme aussi complète. Les cheveux, les cornes, la couleur des yeux... tout répond encore.


Ce n'était pas dit avec désir.

Ni avec tendresse.

Plutôt avec la satisfaction grave d'un médecin qui voit, même brièvement, ce qu'un corps aurait dû être.

Tsune but une gorgée.


Alors le souvenir lui revint d'un coup.

La ruelle. Le Rasetsu. La lame sous ses côtes.

Puis les bras de Hijikata. Sa voix basse. Le mouvement de sa course avant que tout ne disparaisse.


Elle porta aussitôt une main à son flanc.

Sous le kimono blanc et propre qu'elle portait maintenant, des bandages maintenaient son abdomen serré. Le tissu était sec.


— La blessure ?


— Refermée. Elle était profonde. Mortelle, sans intervention. Mais la chair a répondu au traitement.


Tsune releva les yeux vers lui.


— Vous m'avez fait boire l'Ochimizu.


— Non.


Il corrigea aussitôt.


— Pas l'Ochimizu tel qu'il est administré aux hommes. Une variante dérivée de nos travaux, adaptée à ton sang.


Tsune reposa lentement la coupe.

Son visage se durcit.


— Vous me l'avez donné pendant que j'étais inconsciente.


— Tu étais en train de mourir, Tsune.


Le silence resta suspendu entre eux.

Puis il poursuivit :


— Tu es venue à moi pour chercher un remède. Pour toi. Pour les femmes de ton sang.


Tsune détourna les yeux.


— Cette nuit, continua Kōdō, j'avais devant moi un corps qui allait s'éteindre et une possibilité de l'empêcher. Infime, peut-être. Risquée, certainement. Mais réelle.


Il baissa brièvement les yeux vers les fioles.


— Si j'avais attendu ton consentement, il n'y aurait plus personne à qui le demander.


Les doigts de Tsune se refermèrent sur le tissu de son kimono.


— Le traitement fonctionne ?


La satisfaction reparut dans les yeux de Kōdō.


— Mieux que je ne l'espérais. La réaction a été rapide. Ta forme d'oni s'est rétablie, et ta régénération a repris.


Tsune baissa les yeux vers ses côtes.


— Nous avons réussi.


— Non. Pas encore.


Elle se tut.


— Les effets seront temporaires, reprit Kōdō. Ta régénération n'est pas rétablie de façon durable. Cette forme non plus.


Il désigna d'un léger mouvement de la main ses cheveux blancs, ses cornes, ses yeux.


— Elle cédera probablement dans quelques heures.


Puis son regard se fit plus attentif.


— Mais tu as survécu à une blessure qui aurait dû te tuer.


Tsune ne répondit pas.

Kōdō aligna quelques fioles. Le silence dura plusieurs minutes avant qu'il ne reprenne, plus bas :


— Je n'ai pas l'intention d'informer le Rōshigumi de cette variante. Ce traitement concerne le sang oni, pas leurs hommes.


Il marqua une pause.


— Seulement, au vu de l'ampleur de ta blessure cette nuit, une guérison trop rapide soulèverait des questions. Tu devras feindre une convalescence. Plusieurs semaines, au moins.


Tsune le regarda en silence.

Puis elle inclina légèrement la tête.

Elle acceptait.


Ou, du moins, elle comprenait qu'elle n'avait plus beaucoup d'espace pour refuser.

Kōdō prit alors un registre posé près de lui. Sa voix resta calme. Mais quelque chose, dans la pièce, se déplaça.


— J'ai relu tes notes.


Il ouvrit le registre à une page marquée.


— Tu avais indiqué que le dernier sujet s'était opposé au traitement.


Tsune revit l'homme dans sa cellule, les boulettes de riz entre ses mains tremblantes.

Kōdō posa deux doigts sur la page.


— Ce genre d'annotation est regrettable.


— Regrettable ?


— Oui. Elle fixe trop tôt une décision qui, en réalité, peut changer.


— Il avait refusé !


La voix de Tsune avait claqué plus fort qu'elle ne l'aurait voulu.

Kōdō ne parut pas surpris.

Il la regarda avec douceur.


— Tsune... je comprends ce que tu ressens.


Il referma à moitié le registre, sans le quitter des doigts.


— Mais les sujets sont rares. Très rares. Et ceux que l'on nous confie sont déjà condamnés.


Il parlait sans cruauté apparente.

C'était ce qui rendait ses mots si difficiles à repousser.


— Si leur corps peut nous permettre d'éviter d'autres morts, alors leur fin n'est pas seulement une punition. Elle devient utile.


Tsune sentit sa gorge se serrer.


— Utile...


— Oui.


Kōdō ne baissa pas les yeux.


— Le seppuku préserve l'honneur d'un homme. Mais l'honneur d'un condamné sauvera-t-il les femmes atteintes de ta maladie ?


Cette fois, Tsune détourna le regard.

Il avait touché juste.

Et il le savait.


— Tu comprends pourquoi ces notes doivent être corrigées.


Elle garda le silence.


— Sannan posera sûrement des questions. Hijikata aussi, peut-être.


Il marqua une pause.


— Je compte sur toi pour régler ce problème. Ne condamne pas des recherches entières pour une annotation imprudente.


Tsune ne répondit pas.

Kōdō referma le registre.


— Repose-toi.


Il se redressa, rassembla quelques fioles, puis quitta la pièce sans ajouter un mot.


Tsune resta seule.

Longtemps.


La couverture reposait sur ses jambes. Le registre, lui, était resté près du futon.

Elle ferma les yeux.

Elle ne dormit pas.


Quelques heures passèrent ainsi, dans une fatigue trop lourde pour permettre le sommeil.

Sa forme d'oni céda peu à peu. Les cornes disparurent les premières, puis l'éclat fauve de ses yeux, puis la blancheur de ses cheveux.

Lorsqu'elle rouvrit les yeux, elle avait repris apparence humaine.


Des voix s'élevèrent derrière la porte.

Tsune tourna légèrement la tête.


Kōdō parlait bas. Sannan lui répondit d'une voix calme, trop mesurée pour être rassurante.

Puis une troisième voix s'ajouta.

Traînante.

Presque amusée.


— On attend quoi pour avoir sa version ?


Le cœur de Tsune se serra.

Serizawa.

Une autre voix répondit aussitôt, plus sèche.


— Elle est gravement blessée.


Hijikata.


— Justement, reprit Serizawa. Si elle meurt avant d'avoir parlé, ça nous avancera beaucoup.


Un silence.

Kōdō intervint :


— Elle dort probablement encore. Il serait préférable de la laisser récupérer.


Tsune se redressa lentement, une main posée sur le futon.

Sannan parla à son tour.


— Nous devons au moins vérifier certains points rapidement.


Hijikata ne répondit pas tout de suite.

Quand sa voix revint, elle était plus basse.


— Faites court.


La porte s'ouvrit.

Serizawa entra le premier, comme s'il avait toujours eu le droit d'ouvrir cette pièce. Son regard tomba aussitôt sur Tsune, assise sur le futon, pâle, les cheveux noirs défaits sur ses épaules, une main posée près de son flanc.


Un sourire mince passa sur ses lèvres.


— Tu es réveillée. Voilà qui simplifie les choses.


Kōdō entra derrière lui.

Sannan s'inclina légèrement.


— Pardonnez cette intrusion, Shiranui. Je me réjouis de vous voir consciente.


— Sannan-san.


Hijikata resta un instant sur le seuil.

Son regard passa sur elle. Sur son visage. Sur ses cheveux détachés. Sur la main qu'elle gardait près de son flanc.

Puis il entra à son tour, mais ne s'approcha pas autant que les autres.


— Je ne pensais pas que vous passeriez la nuit.


Ce n'était pas une formule douce mais, Tsune baissa les yeux comme si elle l'avait été.

Kōdō répondit à sa place :


— La lame a évité les organes vitaux. La perte de sang était impressionnante, mais la blessure pouvait être refermée.


Le mensonge était propre.

Médical.

Presque indiscutable.


Hijikata ne répondit pas.

Sannan, lui, avait déjà ouvert le registre.

Serizawa s'adossa près de la cloison, comme s'il n'était là que par ennui. Mais son regard ne quittait pas Tsune.

Kōdō resta debout près de la table basse. Patient.


Sannan posa le registre devant lui.


— Nous devons éclaircir ce qui s'est passé avec le condamné.


Il baissa les yeux vers la page.


— Vous avez noté ici que le sujet avait refusé le traitement.


L'encre était sèche.

Son écriture, nette, régulière.


Refus du traitement.


Près de la cloison, Serizawa laissa échapper un souffle amusé.


— Vous savez comment sont ces hommes. Ils disent non au début, puis ils regardent le flacon.


Son regard glissa vers elle.

Lentement.

Précisément.


— Celui-là n'a pas fait le difficile quand Niimi lui a tendu la fiole. N'est-ce pas, Shiranui ?


Tsune sentit le sang quitter son visage.

Pendant une seconde, elle revit le visage de l'homme derrière les barreaux. La façon dont il avait dit qu'il n'était pas courageux. La certitude calme avec laquelle il avait choisi le seppuku.


Sannan releva les yeux.


— Cette note est-elle exacte ?


La gorge de Tsune se serra.

À côté d'elle, Kōdō ne bougea pas.

Serizawa non plus.

Il n'en avait pas besoin. Son regard pesait sur elle comme une main refermée autour de sa gorge.

Tsune inclina légèrement la tête.


— Non.


Le mot sortit trop bas.

Elle poursuivit, plus doucement :


— Je vous prie de m'excuser. Je n'avais pas mis le registre à jour.


Kōdō baissa légèrement les yeux, comme si cette correction allait de soi.


Serizawa eut un sourire presque imperceptible.

Hijikata, lui, ne dit rien.

Sannan observa encore la page.


— Il avait donc changé d'avis ?


Tsune ne répondit pas tout de suite. Puis elle releva enfin le regard.


— J'imagine que lorsqu'on sent la mort approcher, l'honneur pèse moins lourd qu'une chance, même infime, de survivre.


Sa voix avait repris sa froideur habituelle.

Presque clinique.


Elle sentit alors le regard de Hijikata sur elle.

Elle aurait préféré qu'il soit dur.

Qu'il soupçonne quelque chose.

Mais non.


Il la regardait avec cette attention grave qu'il réservait aux paroles qu'il jugeait utiles.

Il la croyait.


Parce qu'elle avait déjà dénoncé Niimi.

Parce qu'elle avait déjà su reconnaître les dérives.

Parce que, cette fois encore, elle parlait comme quelqu'un qui disait la vérité sans chercher à plaire.


C'était pire.


Sannan la regarda encore un instant.


— Je vois.


Ses doigts restèrent posés sur la page.

Puis il referma lentement le registre.


---


Après cela, Kōdō exigea qu'elle reste à l'annexe. 

Officiellement, pour surveiller sa blessure. En réalité, Tsune savait qu'il observait surtout les effets du dérivé.


Lors des rares visites, elle feignit la faiblesse qu'on attendait d'elle, mais elle continua de travailler discrètement. Elle copia des notes, nettoya des fioles, vérifia les quantités de plantes restantes.


Puis, lorsque sa convalescence risqua de paraître moins crédible à force de la garder trop près des instruments, Kōdō déclara qu'elle pouvait rejoindre sa chambre. À condition de continuer à avoir l'air plus faible qu'elle ne l'était.


Tsune accepta.


Le troisième jour, Saitō s'arrêta devant sa porte ouverte.

Tsune était assise dans sa chambre, une couverture ramenée sur les genoux. La lumière du matin entrait doucement par la cloison entrouverte.


— Shiranui.


Saitō tenait un livre entre les mains. Il le posa près du seuil.


— Hijikata-san m'a demandé de vous remettre ceci.


Tsune baissa les yeux vers le volume. Elle tendit la main, prit le livre avec précaution.


Le Roman des Trois Royaumes.


Un bref silence passa.


— Il a dit que cela vous occuperait peut-être assez longtemps pour éviter que vous ne quittiez votre chambre avant d'y être autorisée.


Il ajouta, après un silence :


— Je suis soulagé de vous voir rétablie.


Tsune regarda la couverture, puis Saitō.


— J'ai hâte de reprendre les patrouilles. Je supporte mal de rester enfermée.


Saitō baissa les yeux vers le livre.


— Hijikata-san a donc eu raison de vous le prêter.


— Remerciez-le pour cette attention.


— Je le ferai. Et je lui dirai aussi qu'elle était nécessaire.


Tsune ne répondit pas.

Saitō s'inclina à peine, puis repartit.

Tsune resta un moment le livre posé sur les genoux, sans l'ouvrir.


Plus tard dans la journée, elle s'était installée sur la terrasse de bois devant sa chambre. La couverture couvrait encore ses jambes, mais l'air extérieur lui semblait moins étouffant que celui de la pièce. Ses cheveux, laissés détachés, tombaient sur ses épaules et dans son dos.

Le livre était ouvert près d'elle lorsqu'un pas s'arrêta sur la galerie.


Kondō hésita, comme s'il craignait de déranger, puis son regard tomba sur l'ouvrage.

Son visage s'éclaira légèrement.


— Ah. Les Trois Royaumes.


Tsune releva les yeux.


— Vous connaissez ?


— C'est mon livre préféré.


Il eut un sourire presque embarrassé.


— Toshi vous l'a prêté ?


— Oui.


Kondō resta silencieux une seconde. Son sourire devint plus doux.

Il s'assit sur le bord de la galerie, à une distance respectueuse.


— Il était inquiet pour vous, l'autre nuit.


Un bref sourire passa sur les lèvres de Kondō.


— Il a donné des ordres plus sèchement que d'habitude, il n'a presque pas parlé, et apparemment, il a refusé de quitter l'annexe tant qu'on ne lui avait pas dit si vous respiriez encore.


Tsune resta immobile, le livre ouvert devant elle.


— Je ne pensais pas lui avoir causé autant de soucis.


— Ce n'est probablement pas ainsi qu'il le formulerait.


— Non, sans doute.


Kondō sourit faiblement, puis son expression se fit plus grave.


— Shiranui. Je tenais à vous présenter mes excuses.


Tsune resta silencieuse.


— C'est moi qui ai accepté que vous participiez aux patrouilles. L'autre nuit... ce n'était pas raisonnable de vous avoir exposée à une telle situation.


Elle referma lentement le livre.


— Je comprends votre inquiétude.


Elle posa une main sur le livre fermé.


— Mais, je vis dans cette enceinte et j'ai accepté de rejoindre le Rōshigumi. Il me semble plus honnête d'en assumer toutes les conséquences.


Kondō baissa légèrement les yeux.


— Vous dites cela après avoir failli mourir.


— Oui.


La réponse vint sans hésitation.

Il la regarda de nouveau.

Tsune soutint son regard avec calme.

Un silence.

Puis Kondō eut un sourire.

Il se leva.


— Reposez-vous encore, Shiranui. Lorsque Kōdō-sensei vous jugera assez rétablie, nous reparlerons des patrouilles.


Tsune inclina la tête.


— Entendu.


Kondō s'éloigna sur la galerie.

Tsune resta seule, le livre fermé sur ses genoux.


---


Quelques jours plus tard, Tsune recommença à venir aux repas.

Heisuke s'en réjouit bruyamment, Saitō ne fit qu'observer qu'elle tenait mieux debout que la veille.

Ce soir-là, pourtant, la place de Hijikata resta vide.


Lorsqu'elle demanda s'il ne venait pas, Saitō répondit seulement :


— Il travaille.


Heisuke ajouta, la bouche pleine :


— Et il ne prend même pas le temps de manger en ce moment. Je ne sais pas comment il fait.


Plus tard, après être retournée chercher le livre dans sa chambre, Tsune prit le plateau qu'on avait mis de côté et traversa la galerie jusqu'à la chambre de Hijikata.

Elle s'arrêta devant la porte.


— Hijikata-san.


À l'intérieur, un silence.

Puis sa voix répondit :


— Entrez.


Tsune fit coulisser la porte.

Hijikata était assis devant sa table basse, les cheveux attachés, le dos droit malgré la fatigue visible dans ses épaules. Plusieurs feuilles étaient étalées devant lui. Une lampe brûlait près de l'encrier.


Il leva les yeux vers elle.

Son regard passa d'abord sur le plateau.

Puis sur le livre.


— Vous êtes autorisée à sortir de votre chambre ?


— Oui, et à reprendre les repas en salle commune.


Tsune entra et posa le plateau près de lui.


— Je me permets de vous apporter ceci. Apparemment, vous n'avez encore rien mangé.


Hijikata regarda le repas sans y toucher.


— Qui vous a dit ça ?


— Heisuke.


— Tōdō parle trop.


— Il s'inquiète. Et il n'est pas le seul.


Hijikata eut un léger mouvement des yeux vers le livre.


— Vous l'avez terminé ?


Tsune posa Le Roman des Trois Royaumes sur le bord de la table.


— Oui. Kondō-san a de bons goûts.


Un pli presque imperceptible passa au coin de sa bouche.


— Il serait ravi de vous l'entendre dire.


Hijikata prit le livre, le posa sur une pile de documents, puis ramena son attention vers la feuille devant lui.

Tsune regarda l'encre fraîche.


— Vous travaillez encore ?


— Je rédige une lettre pour Aizu.


Tsune resta immobile.


— À propos de l'Ochimizu ?


— Non.


La réponse fut sèche.

Il trempa de nouveau son pinceau dans l'encre.


— À propos de Serizawa.


Le nom suffit à changer l'air de la pièce.

Tsune baissa les yeux vers la feuille.


— L'affaire des sumō ?


— Entre autres.


Hijikata posa le pinceau.


— Le shogunat est contrarié. Aizu aussi. Des hommes du Rōshigumi censés maintenir l'ordre dans la capitale qui se battent avec des sumō.


— Serizawa n'a pas sa place au sein du Rōshigumi.


La phrase était sortie sans éclat.

Juste.

Froide.

Hijikata leva les yeux vers elle.


— C'est plus simple à dire qu'à écrire.


— Puis-je lire ?


Il resta silencieux.

Il la fixa encore un instant, comme s'il cherchait la limite exacte entre l'imprudence et l'utilité. Tsune soutint son regard.

Puis il tourna une feuille vers elle.


— Une page.


Tsune s'agenouilla lentement de l'autre côté de la table.

Hijikata ne retira pas tout à fait sa main du document. Ses doigts restèrent près du bord, comme s'il pouvait reprendre la feuille à tout moment.

Elle lut en silence, puis releva les yeux.


— Vous prenez trop de réserve.


Le regard de Hijikata se durcit légèrement.


— Serizawa reste commandant. Il a des hommes, des appuis, un nom. Je ne peux pas l'attaquer directement comme un rōnin de passage.


— Il n'est pas un grand seigneur.


La voix de Tsune resta calme.


— Il vient d'une famille de samouraïs de province. Il peut impressionner des hommes qui ont besoin de lui, faire peser son rang dans cette enceinte, obliger Kondō-san à temporiser. Mais Aizu n'aura que faire de cette posture si vous leur montrez clairement combien il nuit à ce qu'ils attendent du Rōshigumi.


Hijikata la regarda sans répondre.

Tsune posa un doigt près d'une ligne, sans toucher l'encre. Elle poursuivit.


— Aizu vous soutient parce qu'ils ont besoin d'une force capable de maintenir l'ordre à Kyoto. Si Serizawa-san transforme cette force en menace publique, il ne vous embarrasse pas seulement. Il vous rend moins nécessaires.


Hijikata ne dit rien.

Mais son regard ne quittait plus son visage.

Tsune comprit qu'elle avait touché juste.

Peut-être trop.


Elle baissa les yeux.


— Pardonnez-moi. Je parle trop pour quelqu'un qui n'a lu qu'une page.


— Oui.


La réponse fut immédiate.

Puis Hijikata prit une feuille vierge et la posa devant elle.


— Écrivez.


Tsune releva la tête.


— Quoi ?


— Ce que vous mettriez à ma place.


Elle regarda la feuille.

Puis lui.


— Vous êtes sûr ?


— Je ne l'enverrai pas telle quelle. Mais je peux m'en inspirer.


Hijikata repoussa légèrement l'encrier vers elle.

La lampe vacilla entre eux. Dehors, les voix du repas s'étaient éloignées. La chambre semblait plus étroite, tout à coup, non par malaise, mais parce qu'il venait de lui laisser une place dans un espace qui n'aurait pas dû s'ouvrir.

Une place limitée.

Révocable.

Mais réelle.


Elle prit le pinceau.

Hijikata ne dit rien.

Dans le silence, il n'y eut plus que le froissement du papier et cette confiance encore sans nom qu'il venait de lui accorder.





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