Printemps 1868
Plus de trois ans s'étaient écoulés depuis l'été 1864.
Chōshū, qu'on avait cru vaincu, s'était relevé. Satsuma s'était rapproché de lui.
Le shogunat avait échoué à soumettre Chōshū, et son autorité s'était peu à peu effondrée.
Tokugawa Yoshinobu, le dernier shogun, avait rendu ses pouvoirs à la cour impériale et, à Toba-Fushimi, les armées du nouveau gouvernement avaient vaincu celles de l'ancien shogunat.
Le Shinsengumi avait quitté Kyoto.
À Edo, Kondō avait rassemblé de nouveaux hommes et pris la route de Kōfu.
Trop tard.
La ville était déjà tombée. Les désertions avaient réduit leurs rangs, et tous savaient, avant même le premier coup de feu, qu'ils affronteraient des ennemis bien plus nombreux.
Ce soir-là, le campement semblait presque vide.
Chizuru avait dix-neuf ans désormais. Ses cheveux étaient attachés haut sur sa tête ; elle portait une chemise claire, un pantalon sombre et une veste occidentale. Son sabre restait à sa hanche.
Elle guettait le chemin depuis des heures.
Harada et Shinpachi étaient encore au front. Les premiers hommes étaient revenus avant la nuit.
Pas tous.
Et pas indemnes.
Il n'avait pas fallu beaucoup de questions pour comprendre.
Ils avaient perdu.
Le camp s'était rempli de gestes rapides et de voix basses. On repliait les toiles, on rassemblait ce qu'on pouvait encore emporter. Kondō donnait des ordres près de l'une des tentes, avec Saitō à ses côtés.
Hijikata était absent. Parti chercher des renforts avant la bataille, il n'était toujours pas revenu.
Chizuru regardait le chemin s'effacer peu à peu dans l'ombre lorsqu'une silhouette y apparut enfin.
Seule.
— Hijikata-san…
Elle avança vers lui, et son soulagement se referma presque aussitôt sur autre chose.
Il portait lui aussi un uniforme occidental : une veste noire ajustée. Ses cheveux étaient coupés plus courts qu'autrefois.
Mais la veste était couverte de poussière, et le sang avait séché en de larges taches sur son flanc, et sur son bras, là où le tissu avait été profondément entaillé.
Il ne boitait pas.
Sa démarche restait parfaitement stable.
— Kondō ? demanda-t-il, sans un mot pour elle.
— Il est ici. Saitō-san prépare son départ.
— Son départ ?
Elle hésita.
— Nous avons perdu. Harada-san et Shinpachi-san couvrent encore la retraite.
Son visage ne changea presque pas.
Chizuru regarda derrière lui.
— Les hommes que vous étiez parti chercher…
— J'en avais trouvé quelques-uns, dit-il. Nous avons été attaqués sur le chemin du retour.
Il n'ajouta rien.
Chizuru regarda une dernière fois le chemin vide derrière lui.
— Vous êtes revenu seul ?
— Amène-moi à Kondō.
Il avait évité la question.
Elle ne la reposa pas.
— Par ici.
---
Kondō se figea en voyant le sang.
— Tu es blessé.
— Ce n'est rien.
Saitō, lui, n'avait pas quitté Kondō des yeux.
— Nous devons partir. Maintenant.
— Harada et Shinpachi sont encore au front, dit Kondō.
— Vous ne les aiderez pas en vous faisant arrêter.
Kondō ne répondit pas. Ses mains se refermèrent sur le fourreau de son sabre avec une tension qui ne lui ressemblait pas.
— La bataille est perdue, dit Hijikata. Nous ne pouvons pas rester ici.
— Je le sais, répondit Kondō, plus bas. Mais ce sont mes hommes qui se battent là-bas.
— Et s'ils meurent en te protégeant, ils se seront battus pour rien.
Un cri retentit à l'autre bout du camp.
— Ils arrivent !
Tout bascula d'un coup.
Des détonations claquèrent entre les arbres. Un homme s'effondra près des caisses. Des silhouettes en uniforme noir surgirent entre les troncs.
— À couvert !
Saitō dégaina.
— Yukimura, reste près de Kondō-san.
Chizuru posa la main sur la garde de son sabre. Kondō avait déjà tiré le sien.
Un soldat surgit entre deux tentes.
Hijikata se plaça devant Kondō.
Puis quelque chose changea.
Le noir se retira de ses cheveux, qui devinrent d'un blanc presque luisant dans la pénombre.
Quand il releva la tête, ses yeux avaient viré au rouge.
Chizuru se figea.
— Toshizō… ? murmura Kondō.
Hijikata ne répondit pas.
Il avait déjà dégainé.
Le premier homme n'eut pas le temps d'achever son geste ; Hijikata était déjà sur lui.
Trois gestes.
Aucune hésitation. Aucune sauvagerie non plus. Seulement une précision plus tranchante qu'avant.
Kondō ne bougeait plus.
Son regard restait fixé sur les cheveux blancs, sur les yeux rouges, sur cette force qu'aucun homme ordinaire n'aurait dû posséder.
Hijikata se retourna vers lui après avoir tué plusieurs soldats.
— Kondō-san. Il faut partir.
Kondō resta immobile, visiblement troublé.
— Personne ne te reprochera cette défaite, dit Hijikata. Pas maintenant. Ce qu'on peut encore faire, c'est sortir vivants d'ici.
---
Ils s'arrêtèrent près d'un bâtiment abandonné, assez loin pour que les bruits du combat ne leur parviennent plus que par instants.
Quand Hijikata les rejoignit, ses cheveux étaient redevenus noirs.
C'était peut-être cela, le plus étrange.
Il avait exactement le même visage que quelques heures plus tôt.
Comme si rien n'avait eu lieu.
Le regard de Kondō glissa de Hijikata, vers le chemin qu'ils venaient d'emprunter.
— Qu'est-ce que j'ai fait ? dit-il.
Sa voix était plus basse.
— Hier, je recrutais de jeunes hommes. Aujourd'hui, je les ai envoyés au combat alors qu'ils me faisaient confiance. Ils sont morts.
Il resta un instant tourné vers le chemin.
Puis son regard revint vers Hijikata.
Vers les taches de sang séché sur sa veste.
Vers cette entaille, au flanc, qui n'existait déjà plus.
Il releva les yeux jusqu'à son visage.
— Et toi… mon ami le plus cher, je t'ai poussé à devenir un monstre.
— Kondō… qu'est-ce qui te prend ? Personne ne te tient responsable de ce qui s'est passé. Peu importe tes qualités de stratège : des sabres ne peuvent pas vaincre des armes à feu.
Il marqua une pause.
— Moi aussi, j'ai pris de mauvaises décisions à Toba-Fushimi. Gen et Yamazaki en sont morts.
Kondō détourna les yeux.
— Les défaites appartiennent au passé. On ne peut plus rien y changer. Ce qu'on peut faire, c'est gagner la prochaine fois.
Kondō ne répondit pas.
— Et je ne regrette pas d'être devenu un Rasetsu, ajouta Hijikata. Je suis plus fort. Plus rapide. Si cette force peut te protéger…
Un léger sourire passa sur les lèvres de Hijikata.
— Rien ne pourrait me rendre plus heureux.
---
Ils reprirent la route.
La nuit avait complètement recouvert la forêt.
Kondō et les autres avançaient déjà plus loin entre les arbres, accompagnés de Saitō.
Hijikata était resté en arrière.
Chizuru le vit ralentir et porter brièvement la main à la garde de son sabre.
— Continuez.
Saitō se retourna.
— Hijikata-san ?
— Ils nous suivent encore.
Comme pour lui donner raison, un bruit étouffé monta derrière eux.
Des branches brisées.
Puis des pas.
Hijikata dégaina.
Ses cheveux redevinrent blancs.
Kondō voulut protester, mais Hijikata lui adressa un regard qui coupa court à toute discussion.
— Pars.
Cette fois, Kondō obéit.
Chizuru fit quelques pas avec les autres.
Puis elle s'arrêta.
Saitō tourna la tête.
— Yukimura ?
Elle regarda Hijikata.
— Allez-y. Je reste avec lui.
Hijikata fronça aussitôt les sourcils.
— Certainement pas.
Mais les premières silhouettes apparaissaient déjà au bout du chemin.
Il n'eut pas le temps d'insister.
Chizuru tira son sabre.
Les hommes du nouveau gouvernement arrivèrent presque aussitôt.
Hijikata se jeta à leur rencontre.
Chizuru eut du mal à suivre ses mouvements.
Il ne semblait pas seulement plus fort.
Il était trop rapide.
Chizuru repoussa un homme venu jusqu'à elle.
Lorsqu'elle releva les yeux, le combat était terminé.
Le dernier soldat s'effondra à quelques pas du chemin.
Le silence revint brutalement.
Hijikata resta immobile un instant, le sabre abaissé.
Puis le blanc de ses cheveux commença à s'assombrir.
Le rouge de ses yeux disparut avec eux.
Il rengaina.
— On y va.
Chizuru le suivit.
Pendant plusieurs minutes, ils marchèrent sans parler.
Elle observait malgré elle sa silhouette devant elle.
— Hijikata-san…
Il ralentit légèrement.
— C'est arrivé quand vous êtes parti chercher des recrues ?
Elle n'eut pas besoin de préciser.
Hijikata resta silencieux quelques pas.
— Sur le chemin du retour. J'avais perdu trop de sang. J'aurais probablement survécu. Mais je n'aurais jamais rejoint le camp à temps.
Sa voix resta parfaitement calme.
— Kondō avait besoin de renforts. Je n'allais pas attendre que mon corps décide quand j'aurais le droit de repartir.
Chizuru sentit quelque chose se serrer dans sa poitrine.
C'était donc cela.
Il n'avait pas choisi entre devenir Rasetsu et mourir.
Il avait choisi entre s'arrêter et continuer.
— Vous vous rendez compte du prix à payer ? Vous auriez pu devenir fou.
— Ce n'est pas arrivé.
Il marqua une courte pause.
— Pour l'instant. Et Kondō est en vie. Le Shinsengumi ne serait plus rien sans lui.
— Vous n'auriez pas dû…
Hijikata s'arrêta.
— Pourquoi est-ce que ça t'inquiète autant ?
Chizuru resta muette.
Hijikata la considéra quelques secondes.
— Tu aurais dû partir avec Kondō.
— Je ne voulais pas vous laisser seul.
— Je sais me défendre.
— Ce n'est pas…
Elle s'interrompit.
Hijikata attendit.
Chizuru baissa légèrement les yeux.
Cela faisait des années maintenant.
Depuis Kyoto, peut-être avant même qu'elle eût compris ce qui lui arrivait.
Elle avait appris à reconnaître sa voix au milieu de celles des autres. À savoir, rien qu'à sa façon de rentrer dans une pièce, s'il était épuisé ou irrité. À chercher sa silhouette lorsque les hommes revenaient d'une mission.
Elle connaissait depuis longtemps le nom de ce sentiment.
Elle n'avait simplement jamais trouvé le courage de le lui avouer.
— Parce que…
Hijikata attendit.
Chizuru releva les yeux vers lui.
Les mots lui vinrent avec une facilité terrifiante.
Parce que je vous aime.
Elle les retint.
Ses doigts se resserrèrent autour du fourreau de son sabre.
— Parce que vous êtes notre vice-commissaire maintenant. Je ne pouvais pas vous laisser derrière.
Le regard de Hijikata s'attarda sur elle une seconde de trop, non pas comme s'il cherchait à comprendre ce qu'elle n'avait pas dit, mais comme s'il redoutait de l'avoir deviné.
Chizuru sentit son visage chauffer.
Puis il détourna les yeux.
— Ce n'est pas une raison pour ignorer un ordre.
Elle resta interdite.
Il avait repris sa marche.
Chizuru le regarda s'éloigner de quelques pas avant de le suivre.
Elle ne savait pas s'il n'avait réellement pas compris.
Ou s'il avait simplement décidé de ne pas comprendre.
Elle n'eut pas le temps d'y réfléchir davantage.
Un bruit sec claqua quelque part entre les arbres.
Hijikata s'immobilisa.
Chizuru aussi.
Leurs mains atteignirent leurs sabres presque au même instant.
— À terre !
La détonation éclata.
Chizuru sentit un choc brutal traverser son bras.
Pendant une seconde, elle ne comprit pas.
Puis la douleur arriva.
Son sabre tomba à terre.
— Ah—
Du sang apparut presque aussitôt sur sa manche.
La balle avait traversé son biceps.
Hijikata se retourna.
— Chizuru !
Une seconde détonation retentit.
Il jeta un regard vers les silhouettes qui apparaissaient plus loin.
— Ils sont trop nombreux.
Il attrapa le bras valide de Chizuru et la tira brusquement vers lui.
— Viens !
Chizuru trébucha mais parvint à suivre.
Ils quittèrent le chemin en courant, les branches fouettant leurs vêtements. Une balle frappa un tronc derrière eux.
Hijikata ne lâcha pas son poignet.
Quelques mètres plus loin, il aperçut un renfoncement entre de gros rochers et l'entraîna derrière.
Ils s'y jetèrent au moment où un nouveau coup de feu traversait la forêt.
Chizuru se retrouva le dos contre la pierre, le souffle court.
Hijikata s'était accroupi devant elle, sabre à la main, les yeux fixés sur le chemin.
Des pas approchèrent.
Chizuru retint sa respiration.
Une première silhouette passa entre les arbres.
Puis deux autres.
Elle aperçut le canon d'un fusil entre les branches.
Les hommes ralentirent.
Hijikata ne bougea pas.
Sa main resta posée sur la garde de son sabre.
Quelques secondes plus tard, les pas reprirent et s'éloignèrent progressivement entre les arbres.
Hijikata attendit encore.
Seulement lorsqu'il ne les entendit plus, il relâcha légèrement ses épaules.
Puis il se tourna vers Chizuru.
— Montre-moi ton bras.
— Ce n'est rien.
— Chizuru.
Elle se tut.
Hijikata s'approcha et posa son sabre près de lui. Il prit doucement son bras blessé et examina la manche déjà largement tachée de sang.
— La balle est ressortie ?
— Je crois.
Il repoussa le tissu avec précaution, remontant sa manche jusqu'au-dessus du biceps.
Les deux ouvertures laissées par la balle apparurent de part et d'autre de son bras.
Hijikata les observa quelques secondes.
— Elle a traversé.
Chizuru acquiesça.
— Ce n'est pas grave. Ça va guérir.
Une faible lueur dorée commençait déjà à apparaître autour des bords de la plaie.
— Regardez, ça commence déjà à—
Elle s'interrompit.
Hijikata ne regardait plus la blessure de la même façon.
Son regard s'était arrêté sur le sang qui coulait abondamment le long de son bras découvert.
Sa mâchoire se contracta.
Ses doigts se resserrèrent une seconde autour de son bras.
Puis il inspira brusquement.
— Hijikata-san ?
Il la lâcha aussitôt.
Il recula.
Un pas.
Puis un autre.
— Reste là.
Chizuru ne bougea pas.
Hijikata continua de s'éloigner jusqu'à l'autre extrémité du renfoncement.
Son souffle se coupa.
Une crispation passa sur son visage.
Puis ses jambes cédèrent.
Il bascula à genoux.
— Hijikata-san !
Cette fois, Chizuru se précipita vers lui.
Il gardait la tête basse. Ses doigts s'étaient enfoncés dans la terre humide et ses bras tremblaient légèrement sous son propre poids.
Sa respiration était courte, difficile.
Chizuru ralentit en arrivant devant lui.
Elle posa sa main valide sur l'épaule de Hijikata.
Sous sa paume, tout son corps se tendit.
Ses cheveux blanchirent.
Chizuru retint son souffle.
Quand il releva enfin la tête, ses yeux avaient viré au rouge et une fine sueur brillait à sa tempe malgré le froid de la nuit.
Chizuru comprit.
Mais trop tard.
Le regard de Hijikata était déjà descendu vers son bras.
La peau découverte.
Le sang encore frais.
Sa main se referma brusquement autour de l'avant-bras de Chizuru.
Elle eut un mouvement de recul.
— Hijikata-san !
La bouche de Hijikata se posa contre son biceps.
Chizuru se figea.
Une peur brève et brutale lui traversa le ventre.
Pendant un instant, elle ne reconnut plus l'homme agenouillé devant elle.
Presque aussitôt, pourtant, la tension qui raidissait le corps de Hijikata commença à céder.
Sa respiration ralentit.
Ses doigts desserrèrent légèrement leur prise.
Puis il s'arrêta.
Il éloigna brusquement la tête.
— Je…
Il lâcha son bras.
Chizuru resta devant lui.
Sa main valide était toujours posée sur son épaule.
Elle regarda ses cheveux blancs, puis ses yeux encore rouges.
Sa respiration était déjà moins difficile.
Après seulement quelques secondes.
Il n'avait pas besoin de lui expliquer ce qui venait de se passer.
— Ça vous a aidé.
Hijikata ne répondit pas.
Chizuru retira enfin sa main de son épaule. Mais au lieu de rabattre sa manche, elle la remonta davantage, dégageant complètement son bras jusqu'au-dessus de l'épaule.
Hijikata releva les yeux.
— Qu'est-ce que tu fais ?
— La blessure va se refermer.
— Chizuru.
— Vous en avez encore besoin.
Son regard descendit vers la plaie.
Elle aussi la regarda.
Le sang continuait à couler.
— Tu sais ce que tu me proposes ?
Chizuru sentit son cœur battre un peu plus vite.
— Oui.
Hijikata, toujours à genoux, leva lentement une main vers son bras. Ses doigts entourèrent doucement son avant-bras tandis que l'autre soutenait son coude. Dans cette position, la blessure de son biceps se trouvait presque à hauteur de son visage.
Il attendit encore.
Chizuru pouvait partir.
Il le lui laissait comprendre.
Elle resta.
Alors seulement, il approcha son visage de son bras.
C'est à cet instant que Chizuru commença réellement à se sentir troublée.
Les cheveux blancs de Hijikata retombaient autour de son visage lorsqu'il inclina la tête.
Chizuru le regarda faire.
Elle aurait préféré ne pas penser, à cet instant précis, qu'il était beau.
Sa bouche se posa de nouveau contre son biceps.
Chizuru ferma les yeux, gênée.
Aussitôt, les sensations devinrent plus précises.
Son souffle chaud contre sa peau.
Ses doigts autour de son bras.
Le passage de sa langue autour de la plaie.
Son cœur accéléra.
Il avait faim. Son corps réclamait du sang.
Ce n'était pas une caresse.
Mais son propre corps semblait incapable de s'en tenir à cette distinction.
— Je suis désolé, murmura-t-il.
Le mot vibra presque contre sa peau.
Chizuru rouvrit les yeux.
Ses cheveux blancs retombaient autour de son visage incliné. Il ne leva pas les yeux vers elle.
Ses gestes restaient mesurés.
Il prenait seulement ce qui coulait encore.
Chizuru sentit ses joues chauffer davantage.
Elle referma les yeux.
Peu à peu, la douleur laissée par la balle disparut. Un faible halo doré parcourait déjà la blessure.
Hijikata s'arrêta avant que la blessure soit complètement refermée.
— Ça suffit.
Chizuru ouvrit les yeux.
Il éloigna la tête et relâcha lentement son bras.
Sa respiration était redevenue régulière.
Ses cheveux commencèrent à retrouver leur couleur sombre. Le rouge de ses yeux s'effaça avec eux.
Chizuru abaissa le regard vers son bras.
Les deux plaies se réduisaient déjà à de fines marques rosées.
— Si cela recommence…
Hijikata releva les yeux vers elle.
Elle hésita.
— Vous pourrez me demander.
Il la fixa quelques secondes.
— Ne dis pas de choses pareilles.
Hijikata se releva, reprit son sabre et jeta un regard vers les arbres.
— On doit rejoindre les autres.
Puis, après une courte pause :
— Reste près de moi.
Chizuru rabattit enfin sa manche.
Elle le suivit.