Tsune rabattit sa capuche sur son front. Depuis la veille, elle ne pouvait plus sortir sans la porter.
Son dernier traitement n'avait pas produit les effets habituels. Ses cheveux avaient retrouvé leur couleur noire, ses yeux étaient redevenus gris, mais ses cornes n'avaient pas disparu.
La maladie progressait, les symptômes devenant probablement plus difficiles à contenir.
Elle resserra les pans de sa cape et poursuivit son chemin.
Au croisement suivant, elle aperçut deux soldats d'Aizu qui remontaient la rue.
Elle se glissa aussitôt derrière l'angle d'une maison.
Adossée au mur de bois, elle attendit qu'ils passent.
Plus de deux jours s'étaient écoulés depuis qu'elle avait confié les remèdes à Chizuru. Hijikata n'était pas venu.
Peut-être avait-il simplement refusé de la revoir.
Après leur dernière rencontre, elle aurait dû s'y attendre.
Un bruit de pas la tira de ses pensées.
- Hé, vous !
Tsune tourna la tête.
Un soldat venait de déboucher d'une ruelle voisine. Il s'était arrêté à quelques pas d'elle.
- Qu'est-ce que vous faites là ?
- Rien. Je cherchais mon chemin.
L'homme regarda la rue, puis revint vers elle.
- Pourquoi vous cachez-vous ?
- Je ne me cache pas.
- Alors retirez cette capuche.
Tsune ne bougea pas.
Le soldat fit un pas vers elle.
- Vous m'avez entendu ?
Elle recula.
- Arrêtez-vous !
Tsune se retourna et s'élança dans la ruelle.
Les appels du soldat retentirent derrière elle.
Elle accéléra, tourna entre deux maisons et déboucha dans une rue plus large.
Deux hommes arrivaient en sens inverse.
- Arrêtez-la !
Tsune voulut les contourner, mais l'un d'eux lui barra le passage.
- Ne bougez plus !
Le soldat lui saisit le bras.
Tsune tenta de se dégager, mais l'homme resserra sa prise.
Elle fit glisser la petite lame dissimulée dans sa manche et lui entailla l'avant-bras.
Le soldat poussa un cri et la lâcha.
Tsune le repoussa, se faufila entre les deux hommes et reprit sa course.
- Elle est armée !
Une détonation éclata derrière elle.
La balle frappa le montant d'une devanture, projetant des éclats de bois sur la chaussée. Un passant poussa un cri.
Tsune se précipita dans une boutique dont l'entrée était ouverte.
Un vieil homme se trouvait près du comptoir. Elle l'empoigna par le col de son kimono et l'entraîna derrière une étagère, contre le mur de l'entrée.
- Pas un bruit, souffla-t-elle.
Elle plaça sa lame contre sa gorge.
Le vieillard se raidit.
Une jeune femme qui balayait le sol s'immobilisa en les apercevant.
Tsune porta un doigt à ses lèvres, puis désigna le vieillard de sa lame.
Des pas précipités approchèrent.
- Hé ! Vous là !
Un soldat s'arrêta à l'entrée de la boutique.
- Une femme portant une cape occidentale vient de passer. Vous l'avez vue ?
La jeune femme regarda brièvement vers Tsune.
- Non, monsieur.
- Vous êtes certaine ?
- Oui. Personne n'est entré.
Le soldat jeta un coup d'œil à l'intérieur, puis se retourna.
- Cherchez dans la rue suivante !
Les pas s'éloignèrent.
Tsune attendit encore quelques secondes avant d'écarter sa lame. Le vieillard recula aussitôt, une main portée à sa gorge.
Elle le relâcha et se précipita vers l'arrière-boutique.
- Elle est là ! cria soudain la jeune femme. Elle est chez nous !
Tsune repoussa une porte coulissante, traversa une petite cour et franchit le portail qui donnait sur une ruelle.
Elle entendit les soldats entrer dans la boutique.
Sans ralentir, elle tourna derrière une maison, puis emprunta deux autres ruelles avant de se dissimuler derrière une palissade.
Elle tendit l'oreille.
Des voix retentissaient encore au loin.
Tsune attendit qu'elles s'éloignent, rangea sa lame sous sa manche et reprit prudemment sa marche.
Elle aurait dû quitter Wakamatsu dès qu'elle avait remis les remèdes à Chizuru.
Au lieu de cela, elle avait attendu.
Elle se souvenait encore de la dernière fois où Hijikata lui avait ordonné de partir. Il lui avait clairement fait comprendre qu'il ne souhaitait plus la revoir.
Pourquoi avait-elle imaginé qu'il en serait autrement cette fois ?
Tsune baissa les yeux.
Au prochain carrefour, elle prit la direction du Matsuya.
Elle se surprit tout de même à espérer qu'Hijikata serait venu pendant son absence.
---
La réunion touchait à sa fin lorsqu'on frappa à la porte.
Ōtori leva les yeux du rapport qu'il examinait.
- Entrez.
Un soldat apparut sur le seuil. Un bandage grossier entourait son avant-bras gauche.
- Pardonnez-moi de vous interrompre, Ōtori-sama. Nous avons repéré la femme que nous recherchons.
- Quelle femme ? demanda Hijikata.
Le soldat se tourna vers lui.
- Shiranui Tsune, monsieur.
Hijikata cessa de feuilleter les documents devant lui.
- Quoi ?
- Nous avons tenté de l'arrêter près du quartier des marchands. Elle a réussi à s'enfuir en me blessant au bras.
- Quand ?
- Il y a moins d'une heure.
Hijikata se tourna vers Shimada.
- Depuis quand la recherchez-vous ?
Celui-ci échangea un bref regard avec Ōtori.
- Son signalement nous est parvenu il y a quelques jours, répondit ce dernier.
Hijikata fronça les sourcils.
- Pourquoi ne m'a-t-on rien dit ?
Ōtori se tourna vers le soldat sans lui répondre.
- Faites soigner votre bras. Vous rédigerez ensuite un rapport détaillé de l'incident.
- Bien, monsieur.
Le soldat salua et quitta la pièce.
Hijikata attendit que la porte se soit refermée.
- Vous comptiez me prévenir quand ?
Ōtori posa le rapport devant lui.
- Nous avons estimé préférable de ne pas vous mêler à cette affaire pour le moment.
- Et pour quelle raison ?
- Shimada m'a fait part de certaines inquiétudes.
Hijikata tourna la tête vers lui.
- Shimada ?
Celui-ci inclina légèrement la tête.
- Pardonnez-moi, Hijikata-san. Lorsque son signalement nous est parvenu, je me suis souvenu de sa dernière visite au camp. Je craignais que cette affaire ne vous mette dans une position difficile.
Shimada hésita, mais poursuivit.
- Il y a quelques mois... vous l'avez reçue dans la tente de commandement, puis vous avez ordonné qu'on la raccompagne sans prévenir les autorités d'Aizu.
Ōtori releva aussitôt les yeux.
- Vous l'avez reçue dans votre tente de commandement ?
- Oui.
Ōtori posa le document qu'il tenait.
- Que venait-elle faire ?
- Elle apportait un remède contre les crises des Rasetsu.
- Un remède ?
- J'ai fait transmettre ses notes à Sannan pour qu'il les examine.
- Le remède a-t-il fonctionné ?
- Non.
- Vous pensez que ces recherches étaient authentiques ?
Hijikata fronça les sourcils.
- Oui.
Ōtori réfléchit quelques instants.
- Admettons qu'elle soit réellement venue vous apporter un remède pour aider le Shinsengumi. Vous a-t-elle expliqué comment elle s'était procuré cette nouvelle formule ?
- Elle m'a dit l'avoir trouvée.
- Où ?
- Je ne le lui ai pas demandé.
- Poursuit-elle elle-même les recherches de Kōdō ?
- Je l'ignore.
Ōtori croisa ses mains gantées devant lui.
- Pensez-vous que Satsuma mène également des recherches sur l'Ochimizu ?
Hijikata releva les yeux.
- Tsune ne travaille pas pour Satsuma. Elle a tué Kōdō pour mettre fin aux expériences sur les Rasetsu. Rien de plus.
- Nous connaissons cette version des faits. C'est celle qu'elle a donnée lors de son arrestation. Mais les autorités d'Aizu ne partagent pas votre conviction.
Hijikata serra les mâchoires.
- Elles n'ont aucune preuve qu'elle ait transmis quoi que ce soit à Satsuma.
- Elles ont néanmoins établi plusieurs faits troublants.
Ōtori reprit le rapport posé devant lui.
- Après son départ du Shinsengumi, elle a été aperçue à plusieurs reprises en compagnie d'hommes de Satsuma. Les renseignements recueillis par Aizu ont également confirmé son mariage avec Kazama Chikage, un homme influent lié à ce domaine.
- Je suis au courant.
- Cet homme est venu la libérer lorsqu'elle a été arrêtée par le Shinsengumi, n'est-ce pas ?
Hijikata ne répondit pas immédiatement.
- Oui.
- Vous comprendrez qu'il soit difficile, dans ces conditions, d'écarter l'hypothèse qu'elle travaille pour Satsuma.
- Elle n'est pas une espionne.
- Vous semblez en être convaincu.
- Je le suis.
Ōtori le considéra quelques instants.
- Si je résume. Vous ignorez l'origine de ses recherches, ainsi que ses activités depuis son départ du Shinsengumi. Vous l'avez néanmoins reçue dans une tente où se trouvaient vos rapports et vos cartes militaires, avant de lui permettre de repartir librement.
- Je suis resté avec elle. Elle n'a touché à aucun de mes documents.
- Je veux bien vous croire. Mais vous avez tout de même pris un risque considérable.
- Elle était venue nous aider. Je n'allais pas la livrer à Aizu pour ça.
Ōtori resta silencieux.
- Pardonnez-moi cette question, Hijikata, mais quels liens entreteniez-vous exactement avec cette femme ?
Shimada demeura immobile.
- Elle portait notre uniforme et participait parfois aux patrouilles du Shinsengumi.
- Je le sais. Mais cela ne suffit pas à expliquer la confiance que vous semblez lui accorder.
Hijikata soutint son regard.
Ōtori reprit, plus lentement :
- Vos relations dépassaient-elles le cadre de ses fonctions ?
Hijikata ne répondit pas immédiatement.
Il revit Kondō, assis face à lui dans leur ancienne chambre.
Tu ne répéteras rien de ce que tu viens de me dire. À personne.
Il se souvenait de sa colère lorsqu'il avait voulu assumer lui-même sa faute.
Je déciderai moi-même qui doit savoir quoi et ce qui sera transmis à Aizu.
Hijikata baissa brièvement les yeux.
Kondō était mort.
Il ne pouvait plus compter sur lui pour dissimuler ses décisions.
- Nous avons été amants, répondit-il enfin.
Shimada se raidit légèrement.
Ōtori, lui, demeura silencieux.
- Pendant qu'elle travaillait auprès du Shinsengumi ?
- Oui.
- Et Kondō était au courant ?
- Oui.
Ōtori baissa les yeux vers les documents devant lui.
- Je vois.
Il laissa passer quelques secondes.
- Cela explique certaines choses.
Hijikata le fixa.
- Vous pensez qu'elle s'est servie de moi ?
Ōtori ne répondit pas immédiatement.
- Je pense que c'est une possibilité que nous devons envisager.
- Vous vous trompez. Tsune n'est pas une espionne.
- Peut-être. Mais considérez la situation de mon point de vue.
Il désigna les documents devant lui.
- Une femme mariée à un homme de Satsuma rejoint le Shinsengumi. Elle gagne votre confiance, entretient une liaison avec vous et finit par s'emparer de recherches confidentielles avant de disparaître. Son époux intervient pour la soustraire à vos hommes, et elle est ensuite aperçue en sa compagnie et auprès de nos adversaires.
- Tsune n'a jamais eu besoin de me séduire pour accéder aux recherches de Kōdō. Elle travaillait déjà avec lui.
- Pendant votre liaison, lui arrivait-il d'avoir accès à des informations confidentielles concernant Aizu ou le Shinsengumi ?
- Elle travaillait avec nous.
- Vous éludez ma question. Lui avez-vous communiqué des renseignements confidentiels ?
Hijikata ne répondit pas.
- Prenons Serizawa Kamo, par exemple. Lui aviez-vous parlé des instructions reçues d'Aizu à son sujet ?
- Elle n'a jamais transmis nos renseignements à Satsuma !
Sa voix avait monté.
Shimada releva les yeux.
Ōtori, lui, demeura impassible.
- Sur quoi repose cette certitude ?
Hijikata ouvrit la bouche, puis se ravisa.
Son regard descendit vers les documents étalés devant lui.
- Je la connais.
Ōtori le considéra quelques instants.
- Je crois que c'est précisément là que réside le problème.
Un silence suivit.
Ōtori se tourna vers Shimada.
- Vous avez bien fait de m'exprimer vos inquiétudes. Je comprends pourquoi vous souhaitiez que Hijikata ne soit pas mêlé à cette affaire.
Shimada inclina légèrement la tête, sans répondre.
Ōtori reporta son attention sur Hijikata.
- Je ne remets aucunement en cause vos compétences militaires. Mais dans les circonstances présentes, je préfère que vous restiez à l'écart des recherches concernant Shiranui Tsune.
- Que comptez-vous faire d'elle ?
- La faire arrêter et interroger.
- Vous allez la faire torturer.
Ōtori ne répondit pas.
Hijikata le fixa, attendant qu'il démente.
Mais Ōtori garda le silence.
- Elle n'a rien à avouer.
Sa voix s'était durcie.
- Vous comptez la faire souffrir jusqu'à ce qu'elle vous donne les réponses que vous voulez entendre ?
Shimada baissa les yeux.
Ōtori soutint son regard.
- Hijikata, je comprends que cette situation soit pénible pour vous. Et j'en suis navré.
- Elle n'est pas une menace pour Aizu !
Ōtori reprit les documents posés devant lui.
- Revenons à notre réunion, dit finalement Ōtori. Nous avions encore plusieurs positions à examiner.
Hijikata examina les rapports et répondit aux questions militaires qu'on lui adressa. Il parvint à suivre les discussions, mais dès qu'un silence s'installait, ses pensées revenaient à Tsune.
Quelque part dans Wakamatsu, les soldats d'Aizu continuaient de la rechercher.
Et il ignorait où elle se trouvait.
Lorsque Ōtori leva enfin la séance, Hijikata rassembla ses documents sans attendre.
Il venait de sortir dans le couloir lorsqu'une voix l'interpella.
- Hijikata-san !
Chizuru s'avançait vers lui.
- Est-ce que je pourrais vous parler un instant ?
- Pas maintenant, Chizuru.
Il poursuivit son chemin, mais elle le suivit.
- S'il vous plaît. C'est important.
Hijikata s'arrêta.
Il n'avait pas oublié ce qui s'était passé entre eux la veille. Ni le sang qu'elle lui avait donné, ni le rapprochement qui avait suivi.
Depuis, il n'avait pas trouvé l'occasion de lui parler. Et avec Tsune recherchée par les hommes d'Aizu, il se sentait moins que jamais capable d'aborder ce sujet.
- Je n'ai pas le temps, Chizuru.
- Ce ne sera pas long.
Elle jeta un regard vers les officiers qui sortaient à leur tour de la salle, puis se rapprocha et lui prit doucement la manche.
- Venez, je vous en prie. Je ne peux pas vous en parler ici.
Hijikata fronça les sourcils.
Elle tira légèrement sur le tissu.
Il hésita, puis céda.
Chizuru le conduisit jusqu'à sa chambre. Il n'y était encore jamais entré.
Elle attendit qu'il ait franchi le seuil pour refermer la porte derrière eux.
Hijikata resta debout près de l'entrée.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- J'ai quelque chose pour vous.
Elle écarta sa veste rouge et en sortit plusieurs petits sachets de papier enveloppés dans un morceau de tissu.
Hijikata les regarda sans comprendre.
- Attendez. Il y a autre chose.
Chizuru s'agenouilla près de ses affaires. Elle ouvrit un petit coffre, écarta quelques vêtements pliés et en retira une liasse de feuillets.
Il la suivit des yeux tandis qu'elle revenait vers la table basse.
- Voilà.
Elle disposa les documents à côté des sachets.
Hijikata s'accroupit devant la table.
Les feuillets étaient couverts de notes serrées.
Il reconnut aussitôt l'écriture.
Son regard remonta vers Chizuru.
- Où as-tu trouvé tout ça ?
Elle hésita.
- Ce sont des remèdes contre les crises des Rasetsu.
Hijikata fronça les sourcils.
- Qui te les a donnés ?
- Shiranui-san.
Il demeura immobile.
- Tsune ?
Chizuru acquiesça.
- Elle m'a demandé de vous les remettre. Elle a dit que sans ce traitement, votre état risquait de s'aggraver.
Hijikata regarda de nouveau les sachets.
Il en prit un entre ses doigts, le retourna, puis le reposa près des notes.
- Quand t'a-t-elle donné tout ça ?
Chizuru baissa la tête.
- Il y a trois jours. Quand vous m'avez laissée au salon de thé.
Hijikata releva les yeux.
- Elle est venue me trouver après votre départ, poursuivit-elle.
Il ne répondit pas.
Trois jours.
Tsune était donc à Wakamatsu depuis tout ce temps.
- Elle m'a aussi donné son adresse, ajouta Chizuru. Elle loge à l'auberge Matsuya. Elle m'a demandé de vous dire où la trouver, au cas où vous accepteriez de la revoir.
- Le Matsuya...
Hijikata fronça les sourcils.
- Près de la rue des marchands, au nord du château ?
- Oui.
Il connaissait l'endroit.
Tsune avait donc trouvé refuge à quelques rues de là. Elle était restée dans la ville, malgré les risques, en espérant qu'il viendrait la retrouver.
Il baissa les yeux vers les feuillets.
Le papier froissa légèrement sous ses doigts.
- Je suis désolée, Hijikata-san. J'aurais dû vous en parler plus tôt.
Il ne répondit pas.
La veille, Chizuru avait hésité à plusieurs reprises avant de lui donner son sang.
Il se souvenait aussi de la question qu'elle lui avait posée ensuite.
Est-ce que vous aimeriez la revoir ?
Il avait cru qu'elle cherchait à savoir ce qu'il éprouvait encore pour Tsune.
Mais elle connaissait son adresse. Elle savait qu'il aurait pu la retrouver.
Hijikata regarda les sachets.
Il revit le moment où il avait porté ses lèvres au cou de Chizuru.
Elle possédait déjà ces remèdes.
Il rassembla les feuillets, les replia soigneusement et les glissa avec les sachets à l'intérieur de sa veste.
Puis il se releva lentement.
Chizuru leva les yeux vers lui, mais il ne dit rien.
Il se dirigea vers la porte.
- Hijikata-san !
Il s'arrêta, la main sur le montant.
Des pas précipités retentirent derrière lui.
Avant qu'il ait pu se retourner, Chizuru passa les bras autour de sa taille et se serra contre son dos.
Hijikata se raidit.
- Chizuru...
Elle agrippait le tissu de son uniforme, le visage enfoui contre son épaule.
- J'avais peur pour vous.
Sa voix tremblait.
- Je savais que vous chercheriez à la retrouver. Et avec votre blessure, les soldats d'Aizu... Je ne voulais pas qu'il vous arrive quelque chose.
Hijikata baissa les yeux vers les mains crispées sur sa veste.
- J'aurais dû vous en parler, reprit-elle. Je le savais, mais je n'osais pas. Je ne savais pas quoi faire...
Elle resserra légèrement son étreinte.
- Je suis vraiment désolée.
Sa voix se brisa.
Hijikata sentit son front s'appuyer contre son dos. Elle essaya encore de parler, mais ses mots se perdirent dans un sanglot.
Il demeura immobile.
- Je vous aime, Hijikata-san.
Les mots lui parvinrent à travers le tissu de son uniforme.
Hijikata ferma les yeux.
La veille encore, il avait failli l'embrasser. Il se souvenait de sa joue sous sa main, de la façon dont il s'était rapprochée d'elle.
Chizuru pleurait toujours contre son dos.
Il ne trouva rien à lui répondre.
Un long silence passa.
Au-dehors, des pas résonnèrent dans le couloir, puis s'éloignèrent.
- Ne parle à personne de ta rencontre avec Tsune, dit-il enfin. Pas même à Shimada.
Chizuru ne répondit pas.
Hijikata baissa les yeux vers ses mains.
Il posa doucement la sienne sur l'une d'elles et l'écarta de son uniforme.
Chizuru relâcha aussitôt son étreinte. Il la sentit reculer et se redresser derrière lui.
Il garda les yeux fixés sur la porte.
- Tu as compris, Chizuru ?
Quelques secondes passèrent.
- Oui...
Sa voix était encore entrecoupée de sanglots.
Hijikata attendit un instant, sans se retourner.
Puis il ouvrit la porte, sortit dans le couloir et la referma doucement derrière lui.