Lutetia, sur le Pavé du Paris sorcier - Cycle 4 : La Laine et l'Etain par

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Univers Parallèle / Drame / Fantastique

13 Un diner d'exception entre les murs des alcôves - 2

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23 octobre 2010 – 20h27


Au commencement, tout demeura silencieux. La lumière entourait les voyageurs comme si elle s’en était allée avec eux, accompagnée d’une oppression discrète à la poitrine et d’un sentiment semblable à celui d’une Apparition de transplanage maîtrisée. Strinin inspira, puis Vératre à son tour.

Après quelques battements de leurs paupières, le brouillard se dissipa sur le bois vernis d’un plancher de chêne aux raccords impeccables, le long des lattes duquel couraient des incrustations d’argent. Sous leurs mains, l’orbe avait disparu. Et la pièce dans laquelle ils se trouvaient commença à se préciser comme un appareil photographique aurait fait le focus sur une image floue. Au bout des lattes, apparurent des murs lambrissés sur lesquels serpentaient des entrelacs sculptés. Des torches s’engouffraient dans quelques sillons et répandaient leur lumière jusque sous leurs souliers, tandis que des escaliers de bois entamaient leur ascension, se perdant parfois entre les balustrades de balcons suspendus.

Combien d’étage possédait cet édifice, exclusivement fait de poutres de chênes centenaires ? Partout, vibraient des lanternes faites d’une unique sphère de verre soufflé au cœur de laquelle se consumait une flamme élémentaire de Ka Feu.

Peu à peu, des voix devinrent distinctes au-dessus d’eux, quelque peu étouffées par le feutre de tapis et de fauteuils que l’on devinait entre les balustrades qui encerclaient le premier étage. Quelques bruits de verres que l’on plaçait sur des tables nappées se firent entendre. Et bientôt, des odeurs délicates cascadèrent le long des boiseries. On y reconnaissait des fruits rouges, des aromates fins et le fumé exquis d’une viande craquant sous la flamme d’un maître rôtisseur.

Levant les yeux au plafond qui s’étendait loin, très loin au-dessus de non moins de cinq niveaux de balcons, Striknin regarda la verrière qui laissait entrevoir un ciel nocturne d’hiver. Et au milieu de sa ferronnerie, sur un écu de bronze, un ciseau à bois d’or croisait un racloir d’argent.

— Le Grand Hôtel des Compagnons Ebénistes de l’Ordre du Devoir…, souffla-t-il tout en croisant les bras sur sa poitrine. Il a été détruit à la fin du XIXème…

— Monsieur, Madame, si vous voulez bien me suivre…, dit une voix semblant s’élever du plancher lui-même.

Et pourtant, il y avait là un elfe de maison vêtu de quelques restes de rideaux, les doigts usés par l’usage de la bédane et la peau aussi rugueuse qu’un bois râpé. Clopinant vers l’un des deux escaliers ouvragés, il murmura quelques paroles inaudibles, certainement pour lui-même. Vératre posa sur son aîné un regard d’incompréhension. Ils étaient dans un souvenir, elle l’avait bien compris. Mais dans ses souvenirs à elle, les elfes de maison ne l’interpelaient généralement pas.

Baissant la tête, Striknin considéra la créature. Les elfes ouvriers de corporations étaient devenus rares à Lutèce, dans les temps qui leurs étaient contemporains. Celui-ci était particulièrement miteux, mais la chose importait peu. D’un regard, il invita Vératre à suivre l'elfe qui s’engouffrait déjà dans l’escalier de bois qui grimpait vers les plateformes.

— Cet elfe est notre ancrage dans le souvenir du sujet, dit-il en se penchant vers la jeune islandaise avec un demi sourire.

Visiblement, parcourir les espaces mnémoniques d’autrui lui était confortable.

— Il appartient aux Alcôves. En le suivant, nous nous entremêlons à la mémoire de l’Ebéniste. Et une fois arrivés à notre table, nous serons servis comme si nous avions été présents ce jour-là. Ce n’est pas la table la plus chère, mais elle n’est pas très loin du cœur du souvenir.

Formidables rouages que ceux de la magie de l’âme. La Lune Noire, elle qui s’insinuait dans chaque parcelle de ce souvenir pour y intégrer des intrus, était à peine perceptible grâce à la virtuosité de ceux qui la mettaient en oeuvre. Elle pulsait doucement entre les sillons du bois, discrète et attirante, sans donner le malaise qui les avait un jour saisis dans l’échoppe de Landalphon de Nesle. Ici, elle n’était que lumière, sublime au point que l’on puisse chercher à se laisser ennivrer.

De marche en marche, le pas des deux jeunes gens fut guidé jusqu’à l’étage. Le long de la rambarde, il les mena entre des fauteuils de pin ciselé, sur des tapis qui couvraient un plancher marqueté. Au-delà d’un rideau, ils passèrent une pièce de cocktail en rez-de-chaussée de bibliothèque, se poursuivant par une salle de banquet où des tables dressées accueillaient des convives sous de grands lustres de noisetier. La plupart d’entre eux étaient des hommes, vêtus du gilet à poches et de la ceinture à outils des ébénistes. Au bras de certains, une épouse saluait dignement l’une ou l’autre connaissance. C’était un dîner de Guilde, de ceux que les confréries de Lutèce avaient souvent menés pour célébrer l’accomplissement de l’un ou l’autre chef-d’oeuvre.

De l’avis de Vératre, Striknin devenait très fort. Elle n’avait même plus à formuler les questions qui lui brûlaient les lèvres : il y répondait directement. Elle attendit un instant en regardant autour d’elle, pour voir s’il anticiperait de nouveau le flot d’interrogations nouvelles qui venait s’ajouter, mais elle dut se rendre à l’évidence : aucun lien magique ne s’était encore créé entre leurs deux esprits. Ils devraient continuer à communiquer verbalement, mais peu importait : ça viendrait avec le temps, et avec le mariage.

— Est-ce qu’on pourra parler avec l’Ebéniste ?, demanda-t-elle. Et si on modifie le souvenir, est-ce que ça risque de modifier le présent ?

Une chose était certaine : elle avait trop discuté avec Datura avant les vacances d’été. Elle avait peut-être même échangé quelques chouettes avec le grand-père de Striknin depuis la rentrée, mais – ça – ça ne regardait pas le jeune homme. Ou plutôt si, mais justement.

— Nous sommes dans un souvenir, pas dans le passé, souffla ce dernier. Nous ne pourrons pas modifier les événements. Ces gens que tu vois autour de nous sont des projections, ils nous regarderont sans pour autant nous inclure dans leurs actions. Nous pourrons les écouter, nous pourrons partager leur dîner, mais ils agiront de la façon exacte qui fut la leur ce soir-là.

Datura, lui, aurait probablement proposé de les emmener directement au festin. Un souvenir était toujours déformé par la conscience de celui qui l’avait mémorisé. Ce qu’ils verraient porterait la marque indélébile de l’âme de Landalphon de Nesle : les éléments qui lui avaient semblé remarquables le seraient pour eux aussi, et ils ne remarqueraient sans doute même pas ce qu’il avait jugé insignifiant. Ce qui était certain, en revanche, était que ce jour-là avait marqué un tournant dans la vie de l’Ébéniste. Pour une raison qu’ils ignoraient encore.

Ralentissant sans perdre de vue leur guide, Striknin posa les yeux sur les gens du souvenir. Certains groupes éparses conversaient et s’installaient aux tablées, mais la majorité se massait encore au cocktail, autour d’un objet qu’il parvint à distinguer malgré la densité humaine.

Une porte, ancienne et usée, dressée et maintenue par des tasseaux. Elle était encerclée d’un cordon de velours, à la manière de ces statues protégées du public dans certains musées. Elle était antique, et ses gonds d’acier semblaient avoir tourné plus de fois sur eux même que ce que l’imagination pouvait se représenter.

— Je crois que je sais ce que nous fêtons, dit-il sans détacher les yeux de la pièce d’huisserie.

Sans doute, le repas sera bon.

— Ah ? Quoi donc ? D’ailleurs, on est en quelle année ?

Entre les convives, ils se frayèrent un chemin à la suite de l’elfe. Autour d’eux, les bruits étaient ceux des souliers sur les tapis feutrés, des verres entrechoqués et des conversations mondaines. Quelques pas les menèrent à une petite table pour deux personnes, juste à côté de la porte encerclée de son cordon de velours. A leur droite, s’étendait une tablée plus grande et d’allure plus officielle, à laquelle siégeait déjà un vieil homme barbu et un trentenaire soucieux.

Lorsque l’elfe les eut débarrassés de leurs manteaux, le regard bleu de Striknin glissa sur les deux hommes. Puis, avec un sourire, il tirait la chaise de Vératre pour l’inviter à prendre place.

— Nous sommes en avril 1897, dit-il en s’asseyant face à elle et en contemplant à nouveau l’objet.

1897… La société sorcière ne semblait pas avoir tellement changé, et ce fait marqua Vératre. Même Maelström Aeromys, le vieux professeur de sortilège de Pandimon, portait encore une barbe à cette mode. En tendant l’oreille, elle remarqua toutefois que des détails différaient. L'habillement portait de subtiles caractéristiques, jusque dans la façon de nouer les lavallières. La façon de parler était également différente : de par son lexique surtout. En 2010, Lutèce n’utilisait plus les termes de « journaille », de « glasse », de « messière ». L’hyperbolisation était constante, même sous les moustaches soignées des dignes compagnons : on usait à outrance d’adjectifs tels que « renversant », « ébouriffant », « esbrouffant » et « épatant ». Ces mots-là, en l’occurrence, étaient presque tous dirigés vers le travail qui avait été celui de l’un de ces artisans pour la réalisation de son chef-d’œuvre : la Porte qui avait remplacé celle, antique et dégondée, qui trônait à présent non loin d’eux comme un vestige.

Si elle avait un instant regretté de ne pas être assise à la table de l’Ebéniste, la jeune islandaise semblait dorénavant satisfaite. En un sens, elle en aurait été agacée : elle avait des choses à dire à Striknin, et le Caveau des Oubliettes ne lui en avait pas donnée l’occasion. Ici, ils seraient à l’abri des oreilles indiscrètes. Cet endroit était tout bonnement parfait.

Striknin poursuivit :

— La Guilde des Ebénistes de Lutèce s’apprête à célébrer le remplacement de la Porte de Montebello par la Porte Noire. Nous sommes l’année où Adraste de Malebrumes et Nicodème Griffonblanc ont dressé les Illusions Nouvelles.

— La Porte Noire… Comme celle qui se trouve au bout de la rue du Chat-qui-Pêche ?

Striknin hocha la tête. La Porte Noire venait d’être scellée à la Rue du Chat qui pêche et l’on venait de retirer celle-ci. Cet ancien artefact qui avait protégé l’un des passages entre le monde sorcier et le monde moldu pendant près de deux siècles avait elle-même remplacé une porte encore plus sommaire, en son temps : celle des Bernardins. Au fil des siècles, les Puissants n’avaient cessé de chercher à renforcer les défenses de la ville.

A ce moment, un petit homme à larges moustaches et tablier blanc invita les convives à rallier leurs tables. Dans l’air, flottaient déjà des odeurs délicieuses sublimées par les arômes du vin que le sommelier débouchait non loin. Sur la table, trônaient plus de fourchettes et de couteaux que ceux dont la famille Filth elle-même faisait usage.

— Est-ce qu’elle fonctionne avec de la Lune Noire ?, demanda Vératre qui semblait - soudain - quelque peu mal à l’aise. Est-ce qu’elle deviendrait inutile, s’il n’y en avait plus ?

Ces questions étaient sans doute brutales, mais après tout, personne ne les entendait. Ils allaient pouvoir commencer à parler de choses sérieuses.

Les sourcils de Striknin se soulevèrent un court instant. Elle était bien singulière, cette amorce de conversation apéritive. Devant eux, une femme de service en tablier bleu venait de déposer deux verres de Lillet, alors présenté comme un breuvage dernier cri. Tout le monde semblait oublier qu’il faudrait encore deux ans à Vératre avant que la prohibition sorcière l’autorise à boire un verre sans remord. Mais la serveuse (qui n’était finalement qu’un souvenir elle aussi) n’avait pas à être blâmée pour cet écart, elle qui vivait encore dans une époque où des enfants de douze ans fumaient et déchargeaient des caisses sur les docks de la Seine. Au-dessus de précieux liquide, le jeune homme fronça un sourcil intrigué.

— Aucune des Portes n’est imprégnée de Lune Noire, dit-il en ne laissant aucun doute quant au fait qu’il s’était lui aussi intéressé de près à la façon dont avaient été conçues les défenses et protections de Lutèce.

Pour sonder la nature magique de ceux qui les passent, elles sont tissées des Kas naturels. D’une façon si fine et si intimement liée au bois que seul un ébéniste chevronné peut accomplir un tel ouvrage.

Il s’arrêta un instant et huma l’alcool d’importation girondine avec un air d’appréciation, puis y trempa les lèvres et pencha la tête de côté.

— Le reste des Illusions, en revanche… pâtirait grandement d’un délitement de la Lune Noire.

Ses yeux translatèrent sur Vératre. Quelque chose lui disait qu’elle était bien plus au courant que ce qu’il aurait escompté de ce qui occupait chaque souffle des Patriarches. Aussi demanda-t-il :

— Qu’est-ce qui te fait penser que ça pourrait arriver ?

Ce regard, la jeune fille le comprit tout à fait. En temps normal, elle aurait sans doute souri mystérieusement et l’aurait fait languir, mais en cet instant, le sujet était bien trop sérieux pour ça. Elle avait beaucoup réfléchi à la façon dont elle amènerait les choses et n’en avait pas trouvé de satisfaisante. Elle ne toucherait pas au Lillet. Le cherry avait été bien assez. Aussi se lança-t-elle :

— Si Zibeline n’est pas sacrifiée, il n’y aura plus de Lune Noire.

Cette parole était certes très crue, mais ce n’était pas fini, et ce n’était même pas le meilleur.

— Nous avons un an et demie pour réussir à en fabriquer et rendre sa mort inutile.

Si elle avait narré tout ceci à Eal par chouettes après la rentrée - documents qui avaient ensuite péri par le feu - elle avait attendu anxieusement de pouvoir le délivrer de vive voix à Striknin. A présent, son coeur battait. Mais elle leva une main, pour bien rassurer le jeune homme.

— Au pire, j’ai un plan B, mais ce sera moins pratique.

Striknin toussa. Moins pratique que de synthétiser ce que personne n’avait réussi à reproduire depuis mille ans ? L’alternative ne le rassurerait certainement pas. Par Merlin, il était heureux qu’elle eut attendu d’être à couvert pour lâcher ceci. L’ancien préfet riva les yeux sur la jeune fille avec un plissement infime de paupières. Etait-il vraiment en train d’entendre tout ça ? Eal l’avait prévenu. Mais effectivement, la chose était bien pire que ce qu’ils auraient tous pû supposer. Il souleva un doigt de la table.

— Minute, Vératre, ralentit, lui dit-il alors que son expression s’était faite basse. Qu’est-ce que tu as dit ? Quel rapport entre Zibeline et la Lune Noire ?

Que le Ka interdit fut vouée à s’étioler, il le savait depuis son Intronisation, et nombreux avaient en réalité été les théoriciens en arcanes mélanosélènes à avoir étudié son temps de dégradation potentiel. Aliaume de Malebrumes avait été le premier d’entre eux et tous étaient catégoriques : la Lune Noire se dissipait en approximativement mille révolutions de la Terre autour du Soleil. Aux alentours de leur ère, c’était un fait. Un fait qui devenait très concret. Les autres éléments étaient inépuisables pour une simple et bonne raison : ils étaient naturels et fabriqués en continu par les astres.

Même si Vératre avait pour l’instant prononcé peu de mots, elle se sentait déjà incroyablement libérée de pouvoir enfin partager son secret avec lui. Le dire à Eal n'était pas pareil. Le rapport ? Il était simple, aussi répondit-elle tout de suite :

— Zibeline… et toi aussi d’ailleurs… vous avez un ancêtre qui a pour ainsi dire... inventé la Lune Noire. C’est toi qui m’a parlé de lui pour la première fois aux Archives.

Effectivement, il y avait un rapport. Un rapport historique, et généalogique. La Lune Noire était le chef d’œuvre du prime-Mage Alcide Daphylacte Béronthe de Malebrumes, dit Aldabéron. Leur lointain ancêtre, lui qui avait découvert l’existence des Kas naturels et qui avait réussi à produire la Lune Noire à partir du Ka Lune. Nul n’en savait plus pour une raison pure et simple : aucune trace n’existait du procédé par lequel il était parvenu à ses fins. Sa folie l’avait poussé à des actes terribles.

Striknin ne vit même pas l’employée déposer devant-eux les ravissantes mises-en-bouche à la crème de potiron et aux cèpes. Il se contenta de fixer Vératre et de laisser les recoins de sa conscience retourner l’information. Elle poursuivit :

— Il serait en réalité… toujours capable d’en générer, car il est toujours plus ou moins vivant, dans les sous-sols de Pandimon. Les Fondateurs de l’école... ont enfermé son âme dans une gargouille.

Elle avança sa chaise.

— Pour le maintenir en vie... la famille de Malebrumes procède au sacrifice des jeunes filles dont on a lu les noms aux Archives. Comme Zibeline. Ils lui donnent leur… leur essence vitale. C’est pour ça qu’il est si important de la garder en vie.

Au-dessus de sa mise-en-bouche, sans même saisir la cuillère qui l’accompagnait, le jeune Filth turbinait. Cette part obscure de l’histoire ancienne de la lignée du Solstice d’Hiver, il la connaissait pour avoir grandi dans ses louanges. Ce contexte faisait la fierté des siens, eux qui nourrissaient une immense vanité pour aucune autre gloire que celle d’être né des descendants d’Aldabéron et d’Aralfin. Peu d’entre eux prouvaient qu’ils en étaient dignes. Mais ils s’en targuaient néanmoins.

— Vératre..., tenta-t-il de dire, le plus gravement du monde. Mais sa camarade n’entendait pas s’arrêter en si bonne voix.

— Si on génère nous-même de la Lune Noire, le coupa-t-elle avant qu’il n’essaye de briser son élan, ils n’auront plus besoin de faire appel à cet ancêtre, et donc Zibeline ne sera pas sacrifiée !

Tout était si simple, à ses yeux. Elle ouvrit les mains et ajouta :

— Et voilà. Bon appétit.

Elle attaqua la mise en bouche, et en fut ravie. L’Euphorie planait peut-être encore. Striknin, lui, daigna lui aussi l’entamer, mais avec un entrain bien moindre qui n’était que le contre-coup de cette avalanche, ainsi que des nouvelles idées abracadabrantes de sa camarade. Son grand-père - avant-même qu’elle ne lui rende un jour visite le jour de la funeste punition de son père - lui avait laissé entendre que de ses absurdes élucubrations, naîtrait le salut de Lutèce. Pouvait-il y croire ? Sérieusement ? En tout cas, il répondrait de façon rationnelle.

— Si Alcide de Malebrumes a véritablement été gardé en stase, alors ce secret-là a été jalousement gardé pendant presque mille ans.

Il songeait à ceux qui l’entouraient. La branche Filth n’avait rien conservé de cette mémoire. La famille des Étouffes non plus. Combien d’entre eux s’étrangleraient de rage en apprenant qu’ils avaient été écartés des cachoteries des Patriarches ?

— Si tel est le cas, Vératre, le chercher, c’est courir à ta perte.

Il comprenait de mieux en mieux. Oui, ça avait du sens. Un sens terrible pour le devenir de Zibeline. Vératre, elle, haussa les épaules en achevant sa mise en bouche. Cet apéritif remplissait bien son office : elle avait doublement faim.

— Le Patriarche a quand même de l’espoir, dit-elle en râclant son ramequin. Si on m’avait enfermée plusieurs siècles, je ne sais pas si j’aurais accordé mon aide.

Striknin acheva lui aussi et eut un regard éloquent.

— Je crois effectivement qu’il faut trouver une solution n’impliquant pas de le libérer. Fabriquer de la Lune Noire a été l’œuvre de sa vie. Il a mis au point un dispositif complexe pour la générer, une sorte de machine, c’est ce que nous pensons. Mais il n’y a plus aucune trace des plans.

Malgré la teneur de la conversation, le goût délicat de la courge mêlée à des échalotes fines avait conquis son palais. Le goût du cèpe venait en second, avec des notes de bois et de mousses. Tout en réfléchissant, Striknin eut un mouvement de tête qui signifiait que cette entrée en matière laissait deviner pourquoi Landalphon de Nesle avait apprécié ce repas. Si tout le reste était du même acabit, alors ils ne seraient pas déçus.

Vératre souffla :

— Une machine...

A ses oreilles, ceci sonnait comme une bonne nouvelle. Construire une machine était loin d’être impossible. Striknin hocha la tête.

— Personne ne sait comment elle fonctionnait, mais certains historiens de la Magie pensent qu’il utilisait des gens. Des gens qu’il enlevait en se faisant passer pour le tribunal de l’Inquisition, et qu’il ne libérait jamais.

Ce n’était pas là un secret familial. N’importe quel ouvrage d’Histoire de la France Sorcière ou de Magie élémentaire en faisait mention.

— A cette époque, la division entre sorciers et moldus était proche. Nous n’avions pas encore dressé les Illusions qui empêchent les profanes de voir nos villes. Et leur Église venait de donner à quiconque le droit d’enfermer, torturer et brûler les gens de Magie.

Que Vératre eut un jour lu « Une histoire de Pandimon », son ancien Préfet en doutait fort.

— Il y avait un refuge, dans le Gévaudan. Un château où s’exilaient les intellectuels sorciers persécutés. On les appelait les Daemons. Aijin Aralfin, Arthur Ederion et Eva Dilensaë étaient des leurs.

De ça, Vératre aurait sans doute eu écho, ne serait-ce que pas les gravures du Grand Escalier. Si elle y avait un jour posé les yeux.

— Pour des raison qu’on ne comprend pas bien, vers la fin de sa Synthèse, Aldabéron a raflé une trentaine d'enfants sorciers nés de familles moldues. Beaucoup de livres d’Histoire occultent cet aspect. Les Dameons croyaient partir une nouvelle fois en croisade contre une loge de l’Inquisition, mais ils ont découvert ce que faisait Aldabéron et ses disciples. Ces gamins ont été les premiers élèves de Pandimon, Aldabéron a été défait de la main des Fondateurs.

Vératre ne fut pas du tout horrifiée en entendant que ce mage avait enlevé des enfants sang-de-bourbe. Ses valeurs évoluaient petit à petit, mais son éducation « à l’islandaise » ressortait, parfois. Mais tant qu’on en était à parler de valeurs… Elle regarda Striknin et prit le soin de chercher des paroles adéquates :

— Du point de vue éthique… Est-ce que ça te dérangerait, toi, de fabriquer de la Lune Noire ?

La serveuse poussa jusqu’à eux un chariot porteur de belles assiettes et d’un vaste panier de petits pains. Les délivrant de leurs verreries à amuse-bouche vides, elle les remplaça par une pièce de faïence où un suprême de volaille à la royale était entouré de la plus délicate des bisques d’écrevisse.

— Avant de déterminer si c’est éthique ou pas, il faut commencer par savoir comment fonctionnait ce disp...

— Datura !

Vératre venait de se dresser, droite comme i, et tremblait presque sous le coup d’un eurêka.

— Il faut qu’on demande à ton grand-père de nous envoyer à l’époque d’Aldabéron ! Pour observer la machine et en construire une nouvelle !

Elle était là, la solution ! Aller sur place pour récolter les informations requises à la fabrication de la machine ! Comment les dérober ? Elle verrait ça une fois sur place.

Fabriquer une nouvelle machine, Striknin ne l’avait même pas effleuré tant cette idée lui avait initialement paru peu parcimonieuse. Mais pourquoi partir du néant lorsque quelque chose avait déjà été fait et s’était montré fonctionnel ? Retourner voir à la source. Ça, c’était brillant. Probablement dramatiquement dangereux et - effectivement non éthique - mais brillant.

— C’est peut-être... une idée qui se tient... dit-il avec les sourcils toujours froncés, mais cette fois-ci avec concentration.

D’un geste, il saisit sa cuillère à soupe et s’intéressa de plus près à la bisque d’écrevisses.

— Il faut une vie pour devenir versé dans la Marche du Temps, mon grand-père en est la preuve fossile...

Vératre cligna des yeux face à lui. Ainsi, il ne refusait pas en bloc son idée ? Etait-ce une pointe d’adhésion qu’elle percevait dans sa voix ? L’Euphorie agita en elle une joie sans faille, sans doute relayée par les Kas autour d’elle. Striknin, en réalité, réfléchissait dorénavant à toute vitesse.

— Je suis d’accord, dit-il, pour penser que – si le Patriarche trouvait fortuitement sur son bureau les plans d’un tel dispositif – il pourrait peut-être envisager de se passer de l’aide de son aïeul pour la mise en œuvre. Si d’aventure un moyen apparaissait pour sauver à la fois son Monde et sa Lignée, il réfléchirait peut-être en conséquence.

C’était la vérité. Même si Zibeline n’était pas le successeur historiquement espéré pour les Ombres, elle était tout ce qui restait de la lignée du Solstice d’Hiver. Au fond, quel aurait été le problème à la laisser prendre la suite de son père ? Ce patriarcat millénaire n’avait pas de sens. La jeune Aralfine avait toutes les qualité nécessaires, y compris un niveau d’abstraction et réflexion hors normes à treize ans. Il était sans doute temps que les temps changent.

— Tu... tu penses que c’est faisable alors, souffla Vératre en posant sa cuillère sur ses lèvres, extatique.

Avait-il déjà l’une ou l’autre idée permettant de maximiser leurs espoirs de revenir vivants d’un tel périple ? C’était plus que probable car, dans le cas contraire, il aurait déjà renoncé à cette entreprise. D’un coup, Vératre trouvait ces perspectives follement romantiques, ce que le jeune Filth perçut peut-être, car il posa sur elle des yeux emplis de raison.

— Il y a un certain nombre de détails à régler, dit-t-il avec un mouvement des yeux qui laissait assez entendre qu’ils n’étaient pas des moindres.

— Est-ce que ton grand-père acceptera de nous aider ?

— C’est possible...

C’était plus que possible. Datura Filth en savait plus que quiconque sur ce qui allait advenir. En toute vraisemblance, il connaissait déjà l’issue qui serait celle de Zibeline, et celle de la Ville. Il était celui qui lui avait dit d’accompagner les divagations de sa camarade, et avait insisté sur l’importance de ses plans. Striknin avait le sentiment de toucher du doigt le point - fixe dans le Temps - qui dénouerait tout le reste. Il goûta au supère de volaille.

— Oui, c’est même plus que probable.

La subtilité du met se mariait étonnamment bien avec la crème de crustacé des rivières. C’était délicieux, même s’il avait pleinement conscience de ne pas l’apprécier autant que si son esprit y avait été entièrement porté.

— Nous aurons le temps d’en reparler, Vératre, souffla-t-il enfin.

Il avait besoin d’un délai, lui aussi, pour digérer et envisager le tout. D’un œil, il surveillait la table toute proche où les convives s’étaient à présent installés et avaient tout comme eux attaqué leur dîner. Le vieil homme barbu parlait à voix basse à celui qui était assis à côté de lui et dont l’air semblait terriblement préoccupé malgré l’atmosphère festive de cette soirée d’exception. Striknin réalisait qu’il portait l’expression miroir de la sienne, et tenta de se détendre.

— Tu devrais profiter des espoirs fournis par ces projets suicidaires pour apprécier le dîner. Je ne sais pas si tu as remarqué, mais il y a de la noix de caroube râpée sur la bisque. C’est vraiment bon.

Effectivement, Vératre avait totalement occulté de son esprit la présence des autres convives, ceux de la grande table, mais aussi tous les autres. Son esprit avait largement chauffé, en ce début de repas, et il avait bien fait, puisqu’ils avaient dorénavant un plan plus solide qu’à leur arrivée !

Elle plissa les yeux et porta son attention sur le barbu. D’un coup de poignet, ce dernier déboucha une bouteille de son propre cru, juste après avoir refusé le vin de l’établissement. A ses côtés, l’homme aux sourcils bas avait gardé son air concerné. Elle pencha la tête, cherchant à lire l’étiquette de la bouteille. « Porto + E, 1890 »… E comme Euphorie ? Là, sur l’étiquette blanche, glissait une main pâle portant une chevalière qu’elle avait déjà vue. Alors, l’oncle Paulonium n’avait rien inventé et avait simplement su faire un usage particulièrement lucratif de son héritage...

— Cette chevalière... dit-elle tandis que Striknin comprenait ce qu’elle avait remarqué.

Elle s’était sentie coupable, lorsque le jeune Filth avait confié à la créature de kabbale ce bijou, au jour de leur Serment. Mais elle se sentait aussi honorée qu’il ait fait ce sacrifice pour se lier à elle, d’autant que de cet Inviolable, étaient nés des projets bien plus grands qu’une simple confidence. Elle demanda :

— Tu regrettes ?

Striknin avait fixé un moment cette bague. Sans insistance, simplement avec l’air de celui qui retrouvait quelque chose après bien des années. Il n’avait pas douté un seul instant du fait que Vératre la reconnaîtrait, même s’il savait dans quelle opacité se perdaient les souvenir qu’elle avait de cette nuit-là.

— Non, répondit-il alors que son aïeul se servait dorénavant copieusement son vis à vis en belle liqueur pourpre.

Son visage était dur et aurait pu sembler sévère si ses yeux n’avaient pas été pleins d’une amabilité sincère envers celui qui semblait bien terne, à ses côtés. Ce dernier lui adressa quelques mots inaudibles mais ne refusa pas le verre qu’il lui tendit.

— Ce n’est ni dans l’or ni dans l’argent que se trace une Lignée. Ce qu’il y a à construire aujourd’hui a plus d’intérêt à mes yeux que n’importe quel héritage.

Vératre acquiesça. Les Hallow avaient tendance à se transmettre directement les lingots d’or : c’était plus concret que les bijoux. Elle se demandait quelle était la valeur ajoutée.

— Cette chevalière, elle avait un pouvoir spécial ?

— Absolument aucun. Si ce n’est d’avoir été forgée par Nikotin Filth et transmise successivement à Argon, Belpren, Amanitus, If, Coatl, Cyanide, Cétamol, Datura, Arsenik et moi-même, du père au fils aîné au jour de ses dix-huit ans.

Ce n’était pas une broutille. Vératre savait quelle importance pouvaient prendre ces héritages familiaux à Lutèce. Elle se tut un instant : il n’avait pas eu le loisir de profiter de son héritage bien longtemps... Mais le pire – elle le réalisait – était qu’il n’aurait pas la joie de léguer lui-même la chevalière à son premier fils (à leur premier fils !). Tout en mangeant, elle regardait à présent autour d’elle, et ajouta, bien plus bas :

— Et au fait, l’Ebéniste, il est où ?

Elle cherchait plus ou moins une entité monstrueuse, mais n’avait finalement pas beaucoup d’indices quant à sa réelle apparence. Striknin releva le nez.

— Landalphon de Nesle est l’homme au complet gris et aux petites lunettes. Celui qui a l’air soucieux. Ceci dit, avec ce que Coatl est en train de lui verser, je doute qu’il demeure aussi terne bien longtemps. Coatl est l'homme à la très longue barbe.

Non seulement la nourriture était réellement délicieuse, mais ses saveurs ne tarderaient pas à être exacerbées par l’Euphorie, sur les papilles de cet homme qui deviendrait un jour le plus terribles des Anamorphes des temps modernes occidentaux.

— Je me demande, d’ailleurs, pourquoi il semble si concerné, alors que cette soirée le célèbre. Après tout, c’est lui qui l’a fabriquée, cette Porte Noire que tous acclament.

Ainsi, c’était lui ? Ce petit homme soucieux, presque nerveux ? C’était lui qui terrifiait les enfants du monde entier ? Qui avait commis ces crimes, en tant qu’Anamorphe ? Vératre n’avait pas encore réagi, mais l’information avait fini par faire son chemin.

— Alors c’est lui qui a enchanté la Porte Noire...

Elle réalisait à présent que tous les noms de la liste du menu avaient un point commun. A priori, ils étaient tous intimement liés à Lutèce, d’une façon ou d’une autre. Et elle commençait à bien mieux comprendre pourquoi l’Ebéniste figurait parmi eux.

Alors que la femme de service revenait vers leur table pour vérifier s’ils avaient terminé, le jeune Filth hocha la tête et regarda à nouveau vers l’homme qui buvait à présent derrière ses petites lunettes.

— Seul un ébéniste tel que lui pouvait créer une pièce comme celle-ci. Les Kas imprégnés dans le bois se mêlent à ceux de celui qui y pose les mains pour sonder si son corps est sillonné par les Kas ou non. S’il est sorcier ou pas. La Porte... sonde la Crase, c’est-à-dire la carte d’identité magique de la personne. S’il s’agit d’un sorcier, le mécanisme qui la verrouille se débloque. C’est un artefact d’une finesse inédite. Elle est extrêmement sécurisée, même si rien n’est inviolable.

Les protections de Lutèce comptaient parmi les secrets les mieux gardés de la Ville. Striknin fronça à nouveau les sourcils, prêtant oreille à ce qui se disait à la table d’honneur avec un air concentré. Est-ce qu’il était en train d’écouter en toute impunité, se cachant dans la sécurité offerte par leur intrusion dans un souvenir ? Levant un doigt, il fit signe à Vératre de ne pas faire de bruit. De sa voix grave, son bisaïeul incitait Landalphon à finir son verre et manger.

— Vous songerez à ça demain, mon ami, disait-il. Je ne crois pas qu’il y ait à craindre. Adraste nous a placés derrière les meilleures murailles, vous y avez percé une porte imprenable. Elle vous protègeront autant que nous tous.

D’un trait, le barbu venait de se reservir copieusement en Porto d’Euphorie. Vératre aussi, écoutait. Avidement. C’était très agréable que de pouvoir espionner sans même avoir à se faire discret, mais elle fronça également quelque peu ses sourcils clairs. L’Anamorphe se pensait menacé.

— Le protéger ? De quelque chose du dehors ? Est-ce qu-il parle... de cette Rose-Croix qui reforge des armures en Orichalque ? Qui est cet Adraste ? Un Patriarche ?

D’un coup, elle était de nouveau soucieuse. Imaginer l’Ebéniste effrayé par des moldus était pour le moins étonnant. Ironie du sort, ce n’était même pas un moldu qui avait fini par le tuer, puisque c’était un Auror. Sa propre sorte s’était retournée contre lui après l’avoir exploité dans son agonie…

— Il est possible que ce que nous nommons à présent Nouvelle Inquisition lorgne sur les Portes depuis un bon moment, souffla Striknin sans quitter des yeux les deux hommes. Adraste est le père de Valère, lui-même arrière-grand-père d’Orsino et quadrisaïeul de Coriolan. Celui qui a dressé les Illusions Modernes lors de la Rénovation. Comme je te l’ai dit, rien n’est inviolable. Les Portes sont la seule faiblesse de ces chef-d’œuvre, leur seul point de non hermétisme complet.

Mais déjà, la conversation reprenait, et ils n’en perdraient pas une miette.

— Il reste à faire, pour parachever ces protections, répondit de Nesle tout en buvant de son porto. Poser cette porte sur ses gonds ne suffit pas, malgré cette fête, et ce qui reste à sceller devra l’être au-delà des Murs.

Peu à peu, les lampées d’Euphorie semblaient faire effet. Deux gorgées avaient suffi, et moins d’une minute. Le nectar distillé par Coatl surpassait sans doute celui vendu par Paulonium.

— Je ne les crains pas, finit-il par dire, prouvant que son air soucieux n’était pas le reflet d’une peur mais bel et bien de l’analyse de la situation. J’ai des moyens de m’opposer à eux, autant que j’en ai de disparaître si d’aventure ils parvenaient à passer mes barrières.

— Vous serez une cible pour eux à chaque fois que vous irez consolider l’autre côté, concéda Coatl Filth. Mais vous l’avez dit vous-même : huit ou dix mois suffiront à finaliser complètement les scellés. Vous êtes immense dans votre art. Je ne parle pas d'Ebénisterie. Vous réussirez.

Il remit à niveau son verre, contre lequel il trinqua.

Silencieux, Vératre et Striknin comprenaient, dorénavant. Pourquoi Landalphon de Nesle avait cherché à grimper dans les cercles d’Anamorphose, pourquoi il s’était bâti un tel refuge de Lune Noire. Semblable à un havre où nul ne l'aurait trouvé, quelque part face à l’océan. Il était un homme traqué par ceux qui voulaient voir disparaître la magie, et ce parce que la Porte qui était son chef-d’oeuvre était un point stratégique.

— Coatl, souffla de Nesle. Si un jour la Lune Noire décroît comme vous le supposez, tous les autres Kas seront destabilisés. Pour plusieurs années. Si ça se produit...

Il tourna la tête vers l’ancienne porte, toujours admirée par les convives attablés.

— La Porte Noire ne nous protègera pas plus que celle-ci.

La stabilité des champs magiques était un prérequis absolu au fonctionnement de cet artefact.

Les sourcils de Vératre se soulevèrent haut, beaucoup plus haut sous son front blond. Et dans le parfum délicat des ris de veau qui s’en venaient sur des plateaux d’argent, Striknin lui souffla :

— Je crois que nous avons plusieurs bonnes raisons de parler à mon grand-père de nos plans.


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