La veille au soir, j’avais échangé une missive avec Livie Wade, notre journaliste en tête. Elle m’avait informé de sa prise effective de contrôle sur la Gazette du Sorcier, comme cela avait été prévu, et je lui avais ordonné de faire paraître au petit matin un appel à recrutement sur motivation pour nos rangs en première page, bien entendu avec un texte si objectif qu’il ne laisserait que peu transparaître que nous étions à son initiative. Nous n’en étions plus au stade où nous recherchions le nombre parmi nos soldats, mais la qualité motivée d’initiative personnelle. Ce matin-là, donc, je constatais avec satisfaction de la finesse de son texte désormais dévoilé au reste de l’Angleterre en prenant mon café.
Appel à candidatures spontanées ;
Dans le cadre de l’expansion de leurs activités, il a été porté à notre connaissance que le Lord Grand Intendant du Seigneur des Ténèbres, représentant officiel des Forces des Ténèbres, offre une nouvelle campagne de recrutement destinée à renforcer les effectifs de son organisation.
Selon les informations dont nous disposons, cette campagne privilégierait désormais les candidatures spontanées plutôt que les méthodes de recrutement jusqu’alors attribuées aux Forces des Ténèbres. Les personnes partageant les idéaux défendus par ce mouvement peuvent ainsi présenter leur candidature afin de rejoindre ses rangs.
Les postulants sont invités à transmettre un curriculum vitae accompagné d’une lettre de motivation. Les profils retenus seront ensuite conviés à un entretien préalable -dont nous ne connaissons pas les conditions- avant d’intégrer les nouvelles classes préparatoires instaurées sous l’autorité du Lord Grand Intendant. Cette formation aura pour objectif de préparer les futurs Mangemorts aux fonctions qui leur seront confiées.
Selon plusieurs sources concordantes, cette nouvelle procédure témoignerait d’une volonté de professionnaliser davantage le fonctionnement des Forces des Ténèbres et de sélectionner des candidats animés par une réelle adhésion à leur vision de la société. Le contenu précis de la formation, lui, n’a pas été rendu public, néanmoins les responsables de cette campagne précisent que ces classes seraient dispensées par plusieurs membres expérimentés des Forces des Ténèbres, dans le but d’assurer une intégration progressive des nouvelles recrues.
Les candidatures devront être adressées, par voie magique sécurisée et intraçable, au « Lord Grand Intendant », avant que les documents ne soient détruits au moyen d’un sortilège de disparition, conformément aux consignes communiquées par l’organisation.
Informations pratiques :
- Postes concernés : selon les besoins des Forces des Ténèbres ainsi que des éventuelles compétences spécifiques des postulants.
- Conditions : être majeur et disposer d’une baguette enregistrée.
- Documents requis : document d’identité en cours de validité, curriculum vitae, lettre de motivation.
- Mode d’envoi : voie magique sécurisée.
- Date limite : aucune échéance communiquée à ce jour.
Conformément au Décret n°13-A relatif à la diffusion des communications d’intérêt public, la Gazette du Sorcier est tenue de reproduire les communiqués transmis par les autorités reconnues. La publication du présent avis ne saurait être interprétée comme une prise de position éditoriale.
Je reposai le journal sur la table, un large sourire adornant mon visage.
- Alors ? me demanda Theodore en tendant la main vers le papier.
Il était aussi matinal que moi, ou plutôt, il se rendait aussi matinal que moi. Les deux autres, pour leur part, dormaient encore à point fermé. Après tout, il était à peine 6heures du matin. Je savais que l’étincelle dans mes yeux lui offrait déjà la réponse que j’appuyais de mes mots :
- Elle est brillante, me satisfais-je vers lui. Le début de la propagande est clair sans être explicite, et elle arrive à présenter les choses avec une fausse objectivité qui sera certes dénoncée, mais qui passe. C’est parfait, conclu-je alors avec un sourire.
J’avais ensuite passé la majeure partie de ma matinée à superviser et valider les prochaines rixes des autres équipes, à peaufiner les derniers détails des classes préparatoires pendant que Theodore était parti tout terminer sur les lieux pour que nous puissions nous y installer en journée, puis j’avais échangé avec mes principaux généraux, spécifiquement Feign et Philps, sur leurs avancées dans leurs recherches sur les laboratoires moldus afin de coordonner et valider leurs attaques. Bien sûr, entre tout cela, trois tonnes de putains de rapports à Voldemort qui ne servaient à rien puisque c’était moi qui gérais tout. J’abattais tâche sur tâche, et entre chacune de ces occupations, les mêmes pensées en boucle pour me tenir compagnie : où était Granger en cet instant ? Que faisait-elle ? Était-elle en sécurité ? Était-elle encore en vie, ou bien ne savais-je juste pas encore qu’elle m’avait déjà été enlevée ?
En début d’après-midi, j’avais finalement commencé à prêter attention aux premières candidatures qui étaient déjà arrivées sur mon bureau. J’étais parvenu à mettre au point un sortilège parfaitement intraçable qui faisait apparaître les candidatures à mon bureau, là où elles s’empileraient bien sagement le temps que je puisse leur prêter un peu de ma très chère et distillée attention. Alors que je commençais à les voir s’empiler malgré le fait que le communiqué venait de paraître ce matin-même, j’en attrapais quelques-unes dans une tentative vaine de ne pas finir complètement débordé. Parmi la vingtaine que j’avais pris le généreux temps de découvrir, seules quatre avaient piqué mon intérêt. Nous n’étions plus dans le besoin d’un nombre conséquent de soldats, cela nous l’avions déjà. Désormais, nous cherchions la qualité ainsi qu’une adhérence totale à la politique que j’incarnais. Je ne retenais pas mon sourire en coin lorsque je répondais aux quatre premières candidatures intéressantes pour les convoquer à leurs entretiens dans le début de soirée. Merde, réalisai-je encore, j’aurais vraiment pu conquérir le monde si je l’avais voulu.
Après avoir averti mon conseil des premiers entretiens qui se tiendraient aujourd’hui, j’étais ensuite parti au Quartier Général où j’avais convoqué un premier groupe de Mangemorts disponibles afin d’apporter les modifications annoncées à leurs Marques. Les derniers événements avec Pansy nous avaient appris que même les moldus se prêtaient à des techniques d’interrogatoire dangereuses, et il était hors de question que mes soldats parlent sous mon commandement. Avec les nouvelles modifications que j’allais performer sur leurs Marques, ils mourraient sur le champ s’ils s’apprêtaient à parler à l’ennemi. Outre le nombre de soldats et leurs obligations diverses qui ne me permettaient pas de toutes les faire d’un coup, il fallait également prendre en compte l’énergie que cela me demandait en termes de magie noire. La Marque des Ténèbres était une entité presque propre, développée et transmise par le Seigneur des Ténèbres lui-même. Il me semblait inutile de développer à quel point c’était là une magie puissante, ni d’ailleurs à quel point cette magie était noire. Chaque modification me coûterait un effort important, et m’affaiblirait profondément ensuite. Pour cette raison et certainement pour une centaine d’autres, bien entendu, Theodore m’avait accompagné.
J’avais donc passé deux heures de mon après-midi à puiser en moi pour effectuer ces sorts sur les Mangemorts que j’avais convoqués, terminant avec Finnick Vain, une recrue d’une trentaine d’années aux cheveux roux qui m’avait toujours montré un grand respect. Au sein de la grotte vide, Vain s’avança pour clôturer cette cession, son avant-bras dénudé tendu face à moi.
- Lord Grand Intendant, m’adressa-t-il une révérence.
Je me rappelai que c’était lui, parmi les rangs, qui m’avait appelé ainsi pour la toute première fois lorsqu’il m’avait convoqué pour venir interroger le prisonnier de l’Ordre qu’ils avaient capturé quelques mois plus tôt. Sturgis, ou quelque chose comme ça. Il était mort de toute façon, son nom n’avait plus la moindre importance, il serait oublié comme tous les autres.
- Finnick, ça faisait un moment, lui rendis-je donc en reprenant un peu de forces avant de performer sur lui.
- Vous êtes très occupé mon Lord, s’abaissa-t-il encore devant moi, vous êtes en train de conquérir l’Angleterre après tout.
Au cœur de ses yeux bleus vivait une adoration qui ne semblait plus dirigée envers Voldemort. Non, son adoration vibrait pour moi, je pouvais la voir danser dans ses iris lorsqu’il me regardait, moi. Je lui souris. Il me plaisait bien, celui-là.
- Comment les rangs te traitent-ils ? ouvris-je la conversation en l’observant d’un œil attentif.
Plus j’avais d’yeux et d’oreilles de confiance au sein même des rangs, mieux c’était. Le détail crucial qui pouvait tout faire basculer était néanmoins d’accorder ce niveau de confiance à quelqu’un qui, finalement, n’en était pas digne.
- Je parviens à me faire respecter et à éviter les ennuis, mon Lord.
- Tu te rends régulièrement à la Maison de Joie ? creusai-je, cherchant à comprendre le genre de soldat qu’il était.
- Rarement, Monsieur, nia-t-il alors. J’ai intégré les rangs parce que je crois en votre vision et celle du Seigneur des Ténèbres, mais les festivités de ce genre ne sont que peu ma tasse de thé.
J’avais accusé sa réponse en acquiesçant, et j’avais placé une simple phrase à l’allure désuète pour lui rappeler de ne pas hésiter à m’informer s’il entendait quoi que ce soit d’alarmant dans les rangs. Ce n’était rien d’officiel, c’était une porte d’entrée. Une nouvelle petite souris dans l’enclos des serpents. Une fois que j’avais réussi à puiser en moi la magie noire nécessaire pour modifier sa Marque, Theodore et moi étions rentrés au manoir sur les dos de Ragnar et Sekhmet. J’avais anticipé qu’il ne me resterait plus assez de forces pour transplaner jusqu’au manoir, et en cela il fallait reconnaître que des dragons était un avantage de taille. Le vent froid de ce mois de mars frappait mon visage fatigué quand les mêmes pensées, accompagnées de sensations familières d’angoisse, revinrent me hanter comme une chanson coincée en boucle dans mon esprit : où était Granger en cet instant ? Que faisait-elle ? Était-elle en sécurité ? Était-elle encore en vie, ou bien ne savais-je juste pas encore qu’elle m’avait déjà été enlevée ?
Entre la modification de certaines Marques et les premiers entretiens suivant l’appel à candidatures, j’avais effectué une sieste au manoir pour reprendre des forces. La vie que nous menions ne laissait que peu de place à la fatigue, et pourtant, elle était bel et bien là. Elle nous suivait partout, comme une sombre partenaire de vie dont on ne savait se défaire. Elle était sur nos visages et les maquillages ombragés sous nos yeux, elle était sur les grains ternes de notre peau, et elle vivait dans les émotions que nous contrôlions parfois étrangement peu. Associée à l’utilisation de la magie noire, cette fatigue devenait une entité propre, marchant à nos côtés à chaque heure du jour et de la nuit, peu importait à quel point nous nous efforcions d’ignorer sa présence.
Lorsque j’avais ouvert les yeux, un parchemin était posé sur mon deuxième oreiller. Je battais lassement des cils en saisissant le petit bout de papier, et adaptait ma vision pour en déceler l’écriture atroce de mon frère :
« On est partis à l’académie, tout sera prêt à ton arrivée. Prends ton temps, je gère. »
Je m’étirai dans le lit, un sourire sur le visage. Au moins, je pouvais compter sur lui. Cette demi-heure de sommeil avait été teintée d’images cauchemardesques représentant une Granger que je ne parvenais même plus à reconnaître tant il ne restait rien d’elle, étalée en des amas de chair et de sang sur le champ de bataille qui me revenaient maintenant. Je me rappelai qu’elle m’avait promis qu’elle ne s’engagerait pas sur un combat avant la rixe que nous avions prévu ensemble le lendemain soir, et je m’accrochai à ce maigre espoir qu’elle soit jusqu’alors en parfaite sécurité. D’une eau aussi froide que possible pour laver hors de moi la chaleur bouillonnante de ces angoisses débordantes, j’avais retrouvé ce qu’il restait de mes esprits pour me préparer à enchaîner ma deuxième journée, et derrière-moi, l’ombre de ma fatigue suivit sans me lâcher.
Il était désormais 18heures, et les quatre premiers entretiens des candidatures que j’avais retenues commenceraient dans une petite demi-heure. Lorsque j’étais descendu dans la salle à manger pour me servir une énième tasse de café dans un manoir dénaturement silencieux, un bol de porridge assorti de fruits frais m’attendait au centre de la table. À côté de celui-ci, un nouveau petit bout de parchemin qui portait l’écriture de Theodore :
« Mange. »
Je souriais, une émotion aussi chaude que profonde m’enveloppant de toute sa tendresse, et j’engloutissais ma bouillie comme un bon soldat. Enfin, je transplanais sans plus tarder pour rejoindre le reste de ma famille déjà sur place.
Pour le développement de ces classes préparatoires, alias la couverture parfaite qui me permettait désormais de mettre ma famille en relative sécurité, nous avions réquisitionné une ancienne abbaye laissée à l’abandon depuis au moins une ou deux décennies dans une campagne londonienne excentrée. Bien entendu, nous avions dans un premier temps mit en place toutes les protections nécessaires, à l’image de celles qui protégeaient toutes les écoles de magie à l’international, pour dissimuler jusqu’à sa présence physique à un œil moldu. Il nous avait également fallu recruter des elfes de maison, ce qui n’avait pas été très compliqué grâce aux contacts de Mint. Le temps de mettre tout cela en place et d’aménager à minima un lieu relativement habitable avec mes amis, nous y recevions enfin des invités pour la première fois depuis que j’avais fait naître cette idée dans mon cerveau, et que nos mains magiques l’avaient rendue réalité.
Cette idée était née après la nuit de la disparition de Pansy, et tout ce qu’elle avait entraînée. Lorsque j’y pensais, il me semblait que chaque tournant décisif dans cette guerre dépendait de ce qui arrivait à Pansy. Avec les responsabilités désormais officielles qui étaient les miennes, d’avantage de missions me revenaient. Je n’avais plus le temps de les accompagner sur le terrain tous les soirs, et il n’était pas supportable pour moi de les y savoir sans être à leurs côtés. Avec une cohérence parfaite du fait que nous avions désormais d’autres missions à mener, y compris pour les autres membres de notre escouade originale comme Feign et Philps, et de par le fait que notre nombre croissant de recrues nécessitait désormais plus de qualité que de quantité, j’avais profité de ce contexte pour premièrement offrir de la sécurité ainsi que de la tranquillité à ma famille qui, je le considérai, avait assez trimé, et deuxièmement offrir un peu de temps, d’espace et de répit à l’Ordre. Bien sûr, les autres équipes continuaient les rixes régulières, mais la plus destructrice d’entre elles ne reprendrait du service qu’exceptionnellement. Le fait que cette académie servirait nos intérêts plus tard dans cette guerre n’était que la cerise sur le gâteau.
Depuis l’extérieur, l’abbaye était cachée entre deux vallées, noyée dans la brume en ce début de soirée de mars. Une large partie de la toiture s’était effondrée avec les années, laissant la pluie et le vent circuler librement dans certaines ailes du bâtiment. Dehors, le cloître était envahi par la végétation. Le lierre recouvrait presque intégralement certaines façades, s’infiltrant jusque dans les fissures des pierres. Ici et là, des statues décapitées pour veiller sur les jardins abandonnés. Loin d’un monument à l’aura religieuse, cette abbaye avait désormais l’air d’une institution austère qui avait embrassé sa propre décrépitude. Le lieu parfait pour moi, en somme.
Au niveau de sa superficie, notre académie ne devait pas faire bien plus d’un quart de Poudlard, et ce n’était de toute façon ni notre référence, ni notre objectif. Je traversais les anciens cloîtres, désormais nos couloirs principaux pour rejoindre la salle où se tenait les entretiens. De longues galeries voûtées s’étendaient sous des arches gothiques, donnant une atmosphère sombre, presque horrifique au chemin que j’empruntai-là. Je souriais, c’était parfait. Le dallage sous mes pieds était irrégulier, tantôt lissé, tantôt affaissé avec les siècles. L’humidité ambiante imprégnait les murs d’une odeur de pierre froide que je trouvais presque charmante, ajoutant à l’ambiance sombre de cette nouvelle école. Dans mes oreilles, seul le bruit de mes pas résonnait sur les dalles de granit, chaque son dans ce lieu anciennement religieux semblant s’étirer jusqu’aux confins des enfers.
Je passais devant les anciennes salles capitulaires que nous avions reconverties en salles de « cours ». Peu de fenêtres existaient encore, mais nous avions protégé l’intérieur de quelques sortilèges contre les météos les plus arides. Nous n’avions pas pour projet de leur offrir du luxe, bien au contraire. C’étaient les classes préparatoires, pas un camp de vacances, ni une éducation pour laquelle ils payaient d’ailleurs. C’était un investissement que nous faisions en eux, pour lequel ils seraient – certes, de façon dérisoire comparé aux Mangemorts, mais tout de même – payés, logés, et nourris durant leur formation. Pour l’exprimer autrement, ils étaient ici pour en chier. Même leurs dortoirs, dans les anciennes cellules des moines de l’époque, étaient aussi étroits qu’austères, avec rien de plus que des petits lits de bois durs comme de la pierre, et bien entendu, aucune décoration pour faire passer la pilule.
Finalement, nous avions fait l’effort de transformer l’ancienne nef de l’abbaye en une bibliothèque, si par miracle il se trouvait que je parvenais à recruter autre chose que des idiots décérébrés. Theodore, Pansy, Blaise et moi avions pris quelques heures pour transformer les voûtes en des rayonnages de livres qui disparaissaient parfois dans la pénombre. Cet espace n’était pas encore rempli de livres, nous n’en avions pas à ce point, mais les archives Malefoy ainsi que celles de nombreux Mangemorts déjà établis avaient effectués des dons généreux sur des ouvrages depuis longtemps interdits qui soutenaient notre cause et nous apprenaient bien des choses sur la magie noire. Moi-même, en vérité, je prévoyais de m’y perdre quelques heures pour flâner parmi toutes ces connaissances oubliées.
L’ancien réfectoire des moines avait conservé sa fonction première en tant que salle à manger. La longue salle voûtée aux murs de pierre brute était traversée par deux rangées de piliers massifs qui soutenaient des plafonds en ogive. Parfois, les anciennes fenêtres gothiques laissaient pénétrer un peu de lumière, et le reste du temps quelques chandeliers magiques éclairaient la pièce d’une lueur vacillante. À l’image de Poudlard, de longues tables de chêne occupaient presque toute la longueur bien moins impressionnante de la salle, assortis de bancs aussi inconfortables que solides. Juste derrière le réfectoire se trouvaient les anciennes cuisines de l’abbaye, désormais occupées par une ribambelle d’elfes de maison.
Nous avions tout pensé de façon aussi minimaliste et austère que possible. Ils ne seraient pas là pour se la couler douce, moins encore pour dormir dans des lits aussi moelleux que confortables, et d’autant moins pour manger des repas de sorciers étoilés. S’ils ne parvenaient pas à passer leurs classes préparatoires, ils ne redoubleraient pas, ils mourraient. Nous n’étions pas une innocente petite école pédagogue. C’étaient les classes préparatoires pour devenir des Mangemorts solides.
Les voix de mes amis voyageaient dans les murmures du vent dans l’antre de ces couloirs aérés, et je réduisais l’espace qui nous séparait pour les rejoindre enfin. Devant l’arche gothique qui servait de « porte », mes quatre candidats du jour étaient alignés. Je passai devant eux en ignorant leurs révérences, et saluai mon conseil qui s’était installé sur une ligne de bureaux donnant face à un espace vide qui serait bientôt une salle de « classe ». Tout au bout de la lignée, sur la droite, Cyprus Maxwell, à ses côtés Blaise, ensuite un espace vide qui serait le mien, puis Pansy et enfin Theodore en bout. Leurs attentions se tournèrent vers moi lorsque je pénétrais la salle, mais je pouvais lire sur les visages de ma famille qu’ils étaient déjà en train de se chamailler avec Maxwell, dont je n’avais d’ailleurs réquisitionné la présence que pour donner l’impression que je ne montais pas ce projet exclusivement avec mes proches.
- Ah ! s’exclama l’intru de mon arrivée. Sa Majesté nous béni enfin de sa présence !
- Maxwell, ça ne faisait pas assez longtemps, le saluai-je en retour.
J’arpentais l’espace de la salle pour rejoindre l’alignement de bureaux qu’ils avaient établi et m’installer entre Blaise et Pansy. À ma place, je posai les CV et lettres de motivations des candidats retenus pour ce premier tour devant moi, et fut ravi de constater qu’ils avaient également tous apporter les copies que je leur avais fait parvenir avec eux. Tous, sauf Maxwell bien sûr.
- J’aime beaucoup la vibe de cet endroit Malefoy, tu t’es assombri avec le temps, j’pensais pas qu’t’avais tout ça en toi chef, m’adressa-t-il avec ce putain de sourire dérangeant qui lui était si caractéristique.
Sérieusement, c’était comme si ses lèvres pouvaient s’étaler jusqu’à ses oreilles tout en rentrant dans ses joues fines et creusées.
J’avais renoncé à me battre avec Cyprus pour le forcer à me vouvoyer, je savais que c’était peine perdue. Nous faisions partie de la même équipe sur nos rixes, et ainsi avions passé beaucoup (trop) de temps ensemble avant que je ne sois fait Grand Intendant. Si j’exigeai maintenant de lui qu’il me témoigne le respect qui me revenait de droit, l’enfoiré ne ferait que l’utiliser pour se foutre de ma gueule, et il faudrait que je le tue alors qu’il m’était – malheureusement – particulièrement utile. Tant qu’il ne se montrait pas irrespectueux devant le reste des rangs, je n’en avais rien à foutre de sa vieille gueule de pervers dégénéré.
- Ravi que tu te sentes chez toi dans un lieu glauque et délabré Maxwell, balayai-je sa réflexion d’un ton maussade. Vous avez eu le temps de jeter un œil aux candidatures ? enchaînai-je sans lui laisser l’opportunité de rétorquer.
- Ouais, confirma Pansy en revoyant les documents devant elle, c’est pas mal sauf la bichette Rosier là, j’comprends pas pourquoi t’as sélectionné son dossier ?
En tournant les yeux directement vers elle, j’étais à nouveau confronté aux hématomes impressionnants qui maquillaient son visage. Je les détestais.
- Vraiment ? levai-je un sourcil surprit vers elle. C’est celui en qui j’ai le plus d’espoir, lui appris-je en m’installant confortablement.
- C’est bien ton genre, confirma Blaise avec un sourire en coin vers moi, un p’tit côté rat de bibliothèque, taquina-t-il en imitant désormais des dents de rongeur.
Je lui souriais malgré la présence de Maxwell, et Pansy pouffa de la référence aux dents de lapin que j’avais fait pousser à Granger il y avait des années de cela. Ce n’était pas comme s’il pouvait faire le lien, de toute façon. Surtout, je souriais à Blaise parce que lui avait très bien compris en lisant le dossier du garçon en question. Bien trop souvent, nous oublions que Zabini me collait aux basques niveau performances académiques. Peu importait à quel point cela ne se voyait pas, ce mec était une vraie tronche digne de ce nom.
- Bien, commençons, annonçai-je tandis que Theodore faisait entrer le premier candidat dans la salle.
Cassian Hawke, se présenta-t-il. C’était un sorcier de vingt-six ans qui n’avait pour lui d’intéressant que son lieu de travail. Hawke était membre du staff de la sécurité à Gringotts, et comme sa présence l’attestait, il était avide de thune. Hormis ses gros bras et l’accès à Gringotts, il n’y avait rien d’autre de particulièrement intéressant chez lui, mais c’était suffisant. Sa seule motivation de nous rejoindre était l’idée de pouvoir palper du Gallion, et en toute sincérité, je n’en avais rien à foutre. Si je décidais que je voulais Gringotts, nous avions maintenant une porte d’entrée. C’était tout ce qui comptait.
Son entretien fut bref et succinct, il n’y avait pas grand-chose à lui demander puisque nous étions tous assez stratèges pour reconnaître son intérêt dans nos rangs. Je concluais en effectuant sur lui un ultime test de légilimencie pour vérifier qu’il ne travaillait pas pour le camp adverse secrètement, et ne trouvait dans son esprit rien de plus qu’une recherche désespérée de cul et d’argent. Typique.
J’avais lancé un sort d’isolation pour garder notre brève délibération pour nous tandis qu’il demeurait dans la pièce afin de conclure son entretien, et sur une approbation unanime, je lui avais annoncé son entrée imminente à l’académie de Mangemorts.
Nous avions ensuite enchaîné avec le candidat suivant, Oliver Langley, un homme de trente-et-un an, actuellement en « recherche d’emploi » parce qu’il « souhaite un changement de vie ». Bien des mots pour dire que c’était un branleur fini.
- Je vois que tu as obtenu des résultats exceptionnels en duel magique lors de ta scolarité, qu’as-tu fait de ces prédispositions ? le questionnai-je sur l’unique point qui m’avait intéressé chez lui.
- On s’tutoie ici ? Sympô ! me sourit largement le parfait idiot.
Maxwell pouffa sur ma droite. Je ne souriais pas.
- Non, on ne se tutoie pas, tranchai-je froidement.
Pansy s’affala dans sa chaise de bois, et tourna un visage las vers moi.
- Autant boucler maintenant, non ?
- Nan mais attendez, on s’est mal comprit, tenta Langley en levant des mains innocentes vers nous.
Je levai des yeux ennuyés vers lui.
- Je t’ai posé une question Oliver, rappelai-je sur un ton désormais blasé.
Oui, Pansy avait raison, comme souvent.
- Eh bah c’est po exactement comme si qu’on n’avait po trop l’droit de s’battre comme ça dans l’monde actuel, mais presque, donc pour ainsi dire j’en ai po fait grand-chose non p’us, injuria-t-il nos oreilles de son atroce accent campagnard.
Une moue de dégoût sur les lèvres, je tournais le regard vers mon frère. Il me regardait déjà, attendant mon signal. D’un léger hochement de tête, il s’exécuta immédiatement. Theodore se leva, saisi sa baguette en un quart de seconde, et lança un Avada silencieux avant même que Langley puisse tenter vainement de négocier quoi que ce soit. Sous nos regards ennuyés, son corps tomba sur les pierres de granit dans un bruit de craquement. Vu le bruit, il me semblait probable qu’il se soit éclaté le crâne sur le sol. Super, songeai-je avec un soupir, il allait en plus tâcher le sol. Je soupirai de la perte de temps pendant que Theodore attrapait une cheville du cadavre, et le traînait d’une main jusque dans le couloir où nos deux derniers candidats attendaient leur tour, un chemin de sang frais traçant là où son crâne ouvert était emmené. Il laissa le corps là, et revint prendre place à nos côtés.
- Psst, appela Blaise en se penchant sur le bureau vers Pansy qui était à ma gauche.
Elle se pencha vers lui à son tour.
- Demande-moi ce que j’ai fait de mes exceptionnelles prédispositions au lit, chuchota-t-il vers elle.
Son sourire plein de connerie était déjà large sur son visage. Pansy le voyait venir à des kilomètres à la ronde, et elle trancha vers lui avec une moue dédaigneuse :
- Abruti, on fait un truc sérieux là.
- Aller ! la pressa-t-il avec en train.
Elle soupira et ses yeux d’émeraude se levèrent vers le ciel, mais elle accorda sa volonté à son ami sur un ton ronchonneur. Je me demandai si je les gênai, assit entre eux comme si je n’existai pas.
- Qu’est-ce que t’as fait de tes médiocres prédispositions au lit, Zabini ?
Son immense sourire collé à ses lèvres, son torse si penché vers moi pour atteindre Pansy sur le bureau qu’il me réchauffait de son corps, il répliqua en bombant le torse et en mimant de façon exagérée le vieil accent paysan de notre mort :
- Eh bah c’est pô exactement comme si qu’on n’avait pô trop d’choix dans l’contexte actuel, mais presque, donc pour ainsi dire j’en fais pô grand-chose non p’us !
Presque malgré elle, Pansy pouffa de rire, et Blaise était satisfait de lui.
- Qu’est-ce que t’es con, pesta-t-elle avec un sourire qu’elle ne pouvait pas retenir.
Et Theodore et moi sourions tous deux de la bêtise éternelle de notre ami, tandis que personne ne prêtait la moindre attention à la malheureuse présence de Maxwell parmi nous.
- Suivant, élevai-je alors la voix vers le couloir.
Ce fut au tour de l’unique femme du jour de faire son entrée. Isolde Graves, jeune sorcière de 24 ans qui avait un don naturel pour la Legilimancie qui m’intéressait particulièrement. Elle se présenta à nous vêtue telle une sorcière gothique : longue robe noire à plusieurs couches de dentelles qui s’entre-mêlaient les unes aux autres, plusieurs rangées de colliers qui s’étalaient sur son cou, plongeant dans le décolleté un peu trop généreux qu’elle nous offrait-là. Sa peau pâle était assortie d’yeux d’un gris foncé, et si ses cheveux étaient noirs, les mèches qui encadraient son visage, elles, étaient blanches. Dès que l’on posait sur elle, l’on pouvait voir qu’elle était plutôt du genre particulière. Elle expliqua qu’elle travaillait actuellement dans une boutique sur le chemin de Traverse qui vendait des bijoux et artéfacts ésotériques, et à vrai dire elle avait parfaitement la gueule de l’emploi.
- Tu précises que ton talent pour la Legilimancie est plutôt naturel que travaillé, qu’est-ce que tu peux nous dire à ce sujet ? la questionnai-je une fois qu’elle avait terminé de se présenter.
- Que c’est plutôt une sensibilité que j’ai toujours eue, et que je n’ai jamais vraiment choisie, commença-t-elle à expliquer sans sembler nerveuse du tout pour quelqu’un qui venait de voir un cadavre arriver à ses pieds dans le couloir. Ce n’est pas vraiment le genre de Legilimancie où je peux avoir accès aux pensées des personnes, ma sensibilité est axée sur les émotions.
- Tu peux lire les émotions des autres ? la questionna alors un Theodore intrigué.
Les yeux bleus-gris de la sorcière tracèrent une ligne droite jusqu’à trouver Theodore, et là, son regard s’immobilisa comme s’il avait trouvé quelque chose d’intéressant.
- Oui, répondit-elle simplement. Je peux déceler facilement le moindre mensonge, la peur, ou l’hésitation par exemple, mais je ne suis pas limitée à ça. En me concentrant sur quelqu’un, je peux presque ressentir les émotions brutes qu’il ressent, mais je ne peux que les interpréter, nuança-t-elle alors, je n’ai pas accès aux pensées ni à l’histoire qui les accompagnent.
- Ça reste intéressant et peu commun, commentai-je alors avec satisfaction.
Dans le cadre de nos interrogatoires, cela pourrait se révéler être utile. J’étais le seul Légilimens de mon niveau, et elle n’avait pas ma spécialisation, mais pouvoir m’appuyer sur quelqu’un d’autre sur certaines missions nécessitant d’éclaircir les intentions de certaines personnes serait sans doute un atout. En ayant de plus en plus de responsabilités, je pouvais de moins en moins me rendre disponible pour tout faire.
La sorcière acquiesça à mes mots, signe qu’elle les avait bien entendus, mais ses yeux ne lâchèrent plus Theodore depuis qu’ils l’avaient trouvé.
- Oh Gothica, tu regardes qui comme ça ? remarqua alors une Pansy peu patiente devant le regard curieux qu’Isolde posait sur Theodore.
- Désolée, cligna-t-elle des yeux comme pour se déconnecter de lui.
Elle déposa ensuite son regard intriguant sur Pansy.
- C’est juste que ses émotions sont…, hésita-t-elle en se hasardant à le regarder une nouvelle fois. Intéressantes, trancha-t-elle finalement.
- Fais attention aux miennes ma belle, prévint alors une Pansy dont la tension grandissait, j’te jure qu’elles vont sacrément t’intéresser aussi.
- La furie du siècle celle-là, chuchota un Blaise au sourire pincé devant l’agacement de sa meilleure amie.
- Ouais, je peux voir ça, constata Isolde en la regardant. Désolée, s’excusa-t-elle encore, je n’avais pas réalisé que c’était inapproprié.
- Non tu crois ? positionna insolemment Pansy en se tournant ensuite vers Theodore. Pourquoi j’dois toujours m’imposer et dire à tout l’monde que t’es à moi ? C’est censé être le taffe du mec putain, pesta-t-elle avec énervement.
Theodore lui sourit tendrement, sa main chaleureuse trouvant la cuisse fine de Pansy pour en prendre pleine possession tandis que Blaise ponctuait d’une voix qu’il voulait féminine :
- Parce qu’il est trop joliiii, chanta-t-il presque.
- Eh ben que ce soit bien clair, continua une Pansy colérique vers la pauvre sorcière, celui-là c’est ma pute à moi, ok ? C’est pas vrai, pesta-t-elle encore dans sa barbe.
À sa gauche, Theodore baissa son visage vers elle, mais leva ses grands yeux inquisiteurs dans sa direction, un sourire en coin menaçant d’étirer ses lèvres. Pansy tourna le visage vers lui, témoignant des sourcils de mon frère qui s’étaient dressés sur son front.
- Quoi, t’as quelque chose à dire ? lui lança-t-elle alors sur un ton aussi défensif qu’offensif.
Alors que son sourire s’élargissait sur ses joues, Theodore laissa sa langue venir recouvrir ses lèvres en une caresse languissante, et alors qu’il fermait les yeux pour faire non de la tête, tous ici présents, Pansy la première, savaient que cette histoire-là serait réglée entre eux dans l’intimité.
- Je…, tenta la jeune sorcière.
- Putain d’veinard le salaud, pesta Maxwell en coupant Isolde dans son propos.
- Oh ta gueule Maxwell, s’impatienta Blaise en ajoutant de l’huile sur le feu.
Je soupirai et massai mes tempes.
- On sait tous les deux que je dis tout haut ce que tu penses aussi tout bas, se permit d’ajouter la roue inutile de notre carrosse déjà complet.
- J’arrive pas à croire que ce soit moi, de toutes les personnes possibles, qui doive t’apprendre que c’est pas parce que t’es un mec que t’as forcément envie d’baiser toutes les nanas qu’tu côtoies, pesta Zabini avec dépit vers Cyprus.
- Ouais mais putain, quelle nana, se languit le con avec un regard vers Pansy.
- Ne me force pas à me lever Maxwell, avertit soudain la voix dangereuse de Theodore.
J’étalai mes bras sur le bureau devant moi :
- Tout le monde se calme et on se reconcentre sur Miss Graves ici présente s’il-vous-plaît, les redirigeai-je alors.
Face à nous, elle nous regardait tous avec des gros yeux.
- Intense, murmura-t-elle plus pour elle-même que pour nous.
- Est-ce que tu peux lire les émotions de chaque personne présente dans la pièce individuellement ou est-ce que ton don n’est pas aussi précis et c’est plutôt un mélange des personnes dans les environs ? la questionnai-je encore sur cette particularité intéressante qui m’intriguait.
En démarrant de Theodore, Isolde posa ses yeux sur lui l’espace de trois secondes tout au plus avant de déclarer :
- Rage meurtrière difficilement contenue sous une surface pourtant étrangement lisse, jugea-t-elle devant l’impassibilité apparente de mon frère.
- Prend note Maxwell, commenta Pansy en pestant.
Ses yeux continuèrent leur route sur cette dernière, et deux secondes plus tard, elle concluait :
- Impatience, et un fond léger de colère à côté de celle de son partenaire.
Je rencontrai son regard d’un bleu gris saisissant, et la profondeur de celui-ci. Immédiatement, je sentis quelque chose en moi se tordre d’être analysé, comme si j’avais quelque chose à cacher. Quelque chose à protéger. Curieux, je décidais de dresser un mur de légilimancie autour de moi comme je ne l’avais plus fait depuis longtemps, ne serait-ce que pour tester lequel de nos deux arts battait l’autre. Elle plissa ses yeux, et l’excitation de la compétition monta en moi en des picotements impatients. Cinq secondes plus tard, un sourire en coin adornait mon visage.
- Vous êtes un légilimens, déclara-t-elle alors. Je n’ai accès à rien.
- Continue, lui souris-je avec satisfaction.
Bien entendu, j’avais gagné. Son regard perçant continua sa trajectoire jusqu’à Blaise. Ce dernier haussa ses sourcils joueurs vers elle, et il ne lui fallut qu’une seconde pour déclarer :
- Celui-là est excité.
Les lèvres de Blaise s’étalèrent sur ses joues pour lui dévoiler ses dents.
- Blaise, soupirai-je alors en cachant mon visage derrière mes mains.
- Eh, c’est toi qui lui as demandé d’analyser nos émotions, j’ai pas un bouton off comme toi, se défendit-il faussement innocemment.
Avec un léger froncement de sourcils plus désolé qu’autre chose, la jeune sorcière posa doucement :
- J’aime les femmes.
Zabini pinça les lèvres d’approbation et acquiesça pour appuyer son geste.
- Cette information ne nous concerne pas, tentai-je désespérément de recadrer cet « entretien ».
- Non, mais on respecte un frère d’arme, ponctua Blaise avec une révérence respectueuse vers la sorcière.
Une nouvelle fois, je soupirai. Ces p’tits cons ne pouvaient jamais faire preuve d’un peu de putain de sérieux.
- Bon Isolde, y-a-t-il d’autres limites à ton don qu’on n’a pas encore abordé ? terminai-je à la hâte avant que ça ne reparte en vrille.
- Le fait que je supporte difficilement la foule et que j’ai besoin de solitude pour me reposer, mais à part ça, c’est tout.
J’acquiesçai vers elle, et nous adhérions à l’unanimité à son ajout dans les rangs. Il était clair et net pour n’importe qui avec un minimum de jugeote qu’un don pareil était un atout pour n’importe qui dans un conflit politique pareil, et c’était nous qui l’avions. Comme pour son prédécesseur, je m’étais permis une recherche approfondie dans son esprit parfaitement rangé, et j’avais supposé que ses capacités en légilimancie l’avaient forcée à bien contrôler ses propres émotions pour pouvoir analyser celles des autres, sans risquer de projeter les siennes. Quand bien même j’avais poussé les recherches en elle, je n'avais rien trouvé de louche ou bien de compromettant, et à son tour, elle avait été recrutée dans l’académie des Mangemorts.
Enfin, trépignai-je alors, une jambe sautillant d’anticipation. C’était enfin le tour de celui que j’attendais avec le plus d’impatience.
- Felix Rosier, appelai-je d’une voix que je portais jusqu’au couloir.
Un souffle de vent frais accompagna l’entrée de ce jeune homme dans la salle, comme les frissons qui nous parcouraient l’échine annonçant l’arrivée d’un Détraqueur. Ensuite, sa présence sombre s’introduisit à nous, son corps intégralement vêtu de noir comme s’il faisait déjà parti des nôtres. Droit sans pour autant se montrer rigide, il stationna-là, au centre de la pièce faite de pierres de granit qui contrastaient avec sa sombreur. Ses mains glissées dans les poches de son pantalon à pinces gardaient derrière-elles le reste de son long manteau à la couleur de la nuit, et sous celui-ci, rien d’autre qu’un simple t-shirt noir qui ne le moulait ni ne laissait trop d’imagination sur ce qu’il y avait dessous. C’était-là un corps grand et fin qui donnait l’impression d’une présence presque spectrale. Je prêtai attention aux tissus de ses vêtements, plus parce qu’il imposait une aura étrange que parce que j’étais intéressé par ses habits, et seul un autre héritier pouvait reconnaître à quel point cet accoutrement d’apparence si simple, porté si modestement, était en réalité hors de prix pour la populace.
Je remontai les yeux vers lui, retenant un sourire en coin qui lui aurait bien trop donné confiance. Il fallait tout de même qu’il gagne son entrée dans l’académie, quand bien même le peu de doutes que j’avais encore à son égard s’étaient dissipés avec l’aura qui l’avait accompagné jusqu’à nous. Il était très particulier, en réalité, presque même étrange. Il possédait ce genre de beauté bizarre qui ne se hurlait pas, qui n’attirait pas le regard, et pourtant qui finissait par l’accaparer néanmoins. Il ne me semblait pas que c’était particulièrement ses traits, mais après tout je n’étais pas un fin observateur des hommes. Il avait un visage très fin, dessiné de longues lignes délicates plutôt que d’angles marqués. Sa peau pale contrastait avec le noir corbeau de ses cheveux qui retombaient en quelques mèches libres sur son visage, désordonnés sans pour autant sembler négligés. Il avait l’air jeune, et pourtant il semblait porter avec lui une expérience dont nous avions besoin. Ses yeux me semblaient marrons de là où il se tenait, mais peut-être avaient-ils une teinte de vert en eux, je n’en étais pas certain. Dans le fond de ce regard, pas le moindre sourire, ni sur son visage d’ailleurs. C’étaient là des yeux qui observaient beaucoup, et qui ne livraient que peu de choses d’eux. Une ombre discrète soulignait la fatigue chronique de cet homme à l’air d’un garçon, témoin des nuits que je savais qu’il passait à s’instruire.
Je plissais les yeux sur lui comme si j’essayais de le lire tant ce qu’il dégageait était paradoxal. Il y avait chez lui quelque chose de sombre, pourtant je ne décelais rien de menaçant, pire encore, il me semblait même presque fragile. Il laissait l’impression d’une personne qui portait en elle mille et un secrets capables de condamner des vies et qu’il emporterait jusqu’à la tombe, et en même temps il se dégageait de lui quelque chose de presque juvénile, comme précieux, qui se briserait en mille morceaux si l’on le laissait glisser entre ses doigts. De la même façon, ses yeux exprimaient un mélange de mélancolie, comme celle des personnes dont les nuits étaient tourmentées des fantômes de leur passé, et à la fois il vibrait en eux une force sombre qui pouvait – je n’en avais pas le moindre doute – renverser des montagnes et quoi que ce soit d’assez téméraire pour se tenir sur son chemin. Intéressant, songeai-je avant même qu’il n’ait prononcé le moindre mot.
- Tu peux te présenter, Felix ? l’invitai-je alors avec un ton détaché qui cherchait à lui cacher à quel point je plaçai des espoirs en lui.
Ses lèvres pleines et rosées comme si elles venaient d’être embrassées s’entre-ouvrirent légèrement, et d’une voix qui ne laissait rien transparaître d’appréhension, il s’exécuta platement :
- Felix Rosier, Sang Pur, dix-sept ans, étudiant à l’école de sorcellerie de Beauxbâtons jusqu’à ce soir.
Maxwell pouffa, et toutes nos attentions se tournèrent vers lui.
- Beauxbâtons ? répéta-t-il avec un sourire qui venait creuser ses joues tant il était large. C’est quoi, les œuvres caritatives ici ? se tourna ensuite Cyprus vers moi. C’est une blague ?
J’ignorai sa remarque, et reportai plutôt mon attention sur Rosier pour inspecter sa réaction. Il n’y en avait aucune. Il semblait parfaitement impassible.
- Il a pas tort, renchérit néanmoins Blaise à ma droite avec un sourire taquin vers notre candidat. Tu vas t’faire bouffer tout cru, qu’est-ce que tu viens foutre ici ?
- Et puis elle est pas bien épaisse non plus la crevette, ajouta Pansy avec une moue presque désolée vers lui.
C’était vrai, il était plutôt fin. Rien chez lui ne disait « guerrier ».
- Je crois que ce que mes collègues essayent de dire c’est que Beauxbâtons n’est pas exactement réputée pour ses enseignements en magie noire, tentai-je alors vers lui.
Il fut bref, mais il y eut un micromouvement du coin de sa bouche gauche, comme s’il avait cherché à se relever en un sourire satisfait.
- Sauf erreur de ma part, amena-t-il habilement, Poudlard non plus.
Il me reconnaissait donc, cela était certain. Ce n’était pas une grande surprise, nous nous présentions aux candidats sans Masques puisqu’ils étaient soit admis, soit tués. Pour les anglais qui s’intéressaient à Voldemort, le nom Malefoy le suivait de près. Lui, il vivait en France depuis des années, mais je supposai qu’il ne s’était jamais vraiment coupé de son pays d’origine.
- Touché, reconnu Pansy tandis que tous les autres accusaient le coup de sa répartie.
Theodore, lui, l’observait avec sérieux comme s’il n’entendait rien de tout ce charabia. Felix sembla le repérer, lui aussi.
- Tu sais combattre en duel ? l’interrogea alors un Maxwell qui semblait s’être totalement désintéressé de lui.
- Pas particulièrement, non, lui répondit tout aussi platement Rosier.
- Tu sais t’battre au moins ? questionna alors Pansy.
- Je ne dirais pas ça non plus, continua honnêtement le jeune sorcier.
- C’est-à-dire qu’en p’tite robe en soie ça doit pas être évident, tenta de taquiner Blaise avec un sourire mesquin.
J’observai notre future recrue. Il ne semblait rien perdre ni de son calme, ni de sa confiance. Ou peut-être n’en avait-il simplement rien à foutre de rien, je n’étais pas certain.
Maxwell pouffa à la remarque de Zabini, et sans la moindre émotion sur le visage, Rosier répliqua simplement :
- Elles sont en fait très pratiques pour être libre de ses mouvements.
Pansy retint difficilement un rire, et le sourire sur le visage de Blaise s’élargit un peu plus du constat qu’il ne pouvait pas le piquer aussi facilement qu’il en avait l’habitude avec les autres. Je me concentrai sur la façon dont Rosier gérait ses émotions, et je ne constatais toujours rien de débordant.
- Alors là j’aimerais bien voir ça, roucoula la voix de Blaise qui cherchait à déstabiliser son adversaire.
- Est-ce qu’ils vous apprennent à chevaucher des balais du genre bien raides à Beauxbâtons ? enchaîna un Maxwell qui riait tout seul comme un con.
Toutes les attentions teintées de dégoût s’étaient tournées vers lui, et pourtant ce fut la voix calme et posée de Felix qui rétorqua, impassible :
- Non, malheureusement. Il faut apprendre tout seul comme un grand. Je pourrai vous donner des conseils, assuma-t-il avec une assurance calme, si telle était la motivation derrière votre question.
La bouche de Pansy s’ouvrit grand, et une mouche aurait pu venir s’y engouffrer avec aisance.
- Oh il me plaît, déclara-t-elle alors vers nous avec un entrain qu’elle ne cachait pas.
- Répète un peu, pédale ? s’énerva soudainement Maxwell en se relevant de sa chaise.
D’une unique mais ferme main sur son épaule, Blaise le rassit à sa place.
- Non mais sérieusement, grogna Cyprus dans ma direction, c’est quoi le projet, il faut une pute aux rangs ou quoi ?
Blaise se laissa finalement s’avachir dans sa chaise de bois avec un soupir avant de tourner lassement le visage vers moi, une main tendue vers notre candidat quand il m’exposa sa propre conclusion :
- Il va crever en dix secondes, ton p’tit prince.
- À moins que je ne m’abuse, reprit Rosier avant que je n’aie le temps de répondre, il me semblait que c’était justement le but de ces classes préparatoires, qui, comme leur nom l’indiquent, sont censées nous préparer au terrain, appuya-t-il très légèrement, mais suffisamment, ce terme pour marquer-là un sarcasme limite insolent.
Les sourcils dressés sur son front et sa lèvre inférieure coincée sous ses dents, Blaise tourna vers lui un visage qui accusait son attitude presque culottée pour quelqu’un qui jouait sa vie à notre bon vouloir. Pansy, à ma gauche, pouffa avec autant de sidération que d’admiration.
- Effectivement, lui confirmai-je alors que ses yeux me trouvaient comme ancrage. Ce qui m’intéresse chez toi c’est pas tes qualités inexistantes en combat, déclarai-je alors, c’est ta passion pour la magie noire. Ton dossier de candidature m’a intrigué sur l’étendue de tes connaissances en malédictions anciennes, sans parler de la bibliographie d’ouvrages interdits que tu m’as fait parvenir comme référence, détaillai-je pour lui en reprenant son dossier sous mes yeux. Mais surtout, fis-je traîner ma réflexion, ce qui m’intéresse particulièrement c’est le projet de recherche que Beauxbâtons t’as refusé. Tu peux développer un peu ton idée ?
Quelque chose dans ses yeux s’illumina d’une lueur d’espoir, et je savais d’ores et déjà qu’il rentrerait dans mes rangs.
- Je voudrais étudier en profondeur les coûts d’une pratique prolongée de magie noire pour les sorciers et explorer les facteurs de maintien pour apprendre à compenser ses conséquences, commença-t-il en retenant toute l’étendue de son propos.
- Soi pas timide, encouragea Blaise à côté de moi avec un sourire, on peut suivre.
Comme si Rosier n’attendait que cela, il laissa le bout rosé de sa langue humidifier la fente de ses lèvres pulpeuses, et avec une discrète inspiration, il reprit alors, le rythme de ses mots légèrement accéléré traduisant sa passion pour le sujet :
- Je veux étudier les conséquences biologiques, psychiques et magiques d’une pratique prolongée de magie noire et explorer les facteurs à la fois internes et externes de maintien pour développer un modèle de compensation de ces altérations, respira-t-il à peine. L’objectif final serait de comprendre ce qu’elle nous coûte quand on la pratique et trouver les facteurs qui permettent de limiter les dégâts pour ensuite apprendre à domestiquer sa pratique pour qu’elle arrête de nous détruire sur le long terme. En clair, simplifia-t-il encore pour nous, je veux apprendre comment développer un usage le moins dangereux possible mais toujours aussi efficace de la magie noire.
Je souriais. Bingo.
- Comment tu t’y prendrais ? l’enquis-je dans un intérêt sincère.
- Il faudrait déjà que j’aie un accès à une bibliographie sur le sujet, et cette partie est déjà compliquée, admit-il avec un haussement de sourcils. En partant de l’hypothèse que j’ai de la documentation sous la main, continua-t-il néanmoins, il va d’abord me falloir répertorier les différents coûts connus pour les sorciers sur les trois niveaux que j’ai évoqués. Ensuite, il faudrait que je puisse chercher pourquoi elle a ces coûts là à partir de la documentation théorique existante pour pouvoir formuler mes hypothèses sur le fond de ce fonctionnement. La dernière partie sur les pistes de compensation serait développée directement à partir de ces hypothèses-là, et pourrait, par exemple, avança-t-il prudemment, être vérifiée à même les rangs de votre armée. Si vous me laissiez creuser cette recherche, si je me plante, vous ne gagnez rien, mais vous ne perdez rien non plus, commença-t-il à négocier son sujet. Par contre, si vous m’offrez le temps, l’espace et les ressources de faire cette recherche et que je ne me plante pas, vous pouvez apprendre à toute votre armée à bien utiliser la magie noire sans qu’elle ne les consume à terme de l’intérieur, termina-t-il avec qualité.
- C’est quoi ces conneries, pesta le demeuré de Maxwell, on va très bien ma belle.
- C’est une très bonne idée, parla enfin Theodore à l’autre bout de la table.
Je tournais les yeux vers mon frère avec un sourire. Son regard céruléen prenait au sérieux le sorcier qui se tenait devant nous.
- Oui, confirmai-je à mon tour, c’est une excellente idée. Je comprends que Beauxbâtons n’ait pas voulu donner sa chance à ton projet, mais pourquoi rentrer dans les rangs juste pour une thèse quand tu pourrais simplement postuler à Durmstrang avec un projet pareil ? grattai-je les dernières informations que je connaissais déjà.
Il était tout ce que j’attendais de lui, je voulais juste voir sur son visage et entendre dans sa voix comment il me dirait ce qu’il avait déjà fait passer dans sa lettre de motivation.
- Parce que je ne cherche pas à intégrer votre parti uniquement pour pouvoir mener cette recherche, posa-t-il platement. N’importe quelle personne qui prête le moindre intérêt aux études sérieuses se rendrait compte d’elle-même que les Sang Pur sont supérieurs en termes de capacités magiques aux autres, c’est tout simplement biologique, avança-t-il froidement les faits. Le système actuel emprisonne l’Angleterre dans un fonctionnement institutionnel aussi hypocrite que médiocre, et même si je suis peu friand de sang et de violence, il me semble évident qu’il ne reste plus beaucoup de voies de recours pour renverser ce système.
Un unique sourcil se dressa sur mon front, et je soulignai :
- Tu as le culot de nous dire que tu n’es pas pour le sang et la violence ?
Il haussa simplement les épaules, et la désinvolture assumée de son attitude s’appuya encore un peu plus sous son geste.
- Je n’ai aucun intérêt à vous mentir, admit-il aussi simplement que cela. Je n’ai aucune expérience en combat et je suis tout au plus médiocre en duel magique. Je ne me présente pas à vous pour vendre quelque chose que je ne suis pas, et je ne vais pas vous dire que j’ai envie d’exterminer des sangs impurs juste pour vous faire plaisir, assuma-t-il avec une platitude factuelle qui était si inhabituelle qu’elle en était presque déstabilisante. Ma motivation intrinsèque est plus dans le renversement de ce système catastrophique qui renie tout de la magie noire et de sa puissance pour la laisser mourir juste parce qu’il a trop peur de ne pas réussir à la dompter plutôt que dans une idéologie suprémaciste, même si, nuança-t-il sa phrase à rallonge, comme je l’ai dit, les Sangs Purs sont factuellement supérieurs.
Une nouvelle fois, il haussa les épaules.
- Si les choses étaient équilibrées, j’en aurai rien à faire qu’il y ait des sangs impurs au pouvoir, mais plus ça va plus le monde magique s’affaiblit sous couvert de tolérance et d’une supposée évolution qui, au fond, ne fait que nous faire régresser, conclut-il aussi simplement et efficacement que cela.
Dans ma vision périphérique, je vis Pansy se pencher sur ma gauche.
- Putain on dirait toi, pointa-t-elle à voix basse vers moi.
Une nouvelle fois, je ne cherchais pas à retenir le sourire qui dessina mes lèvres. Oui, il me semblait qu’il y avait dans mes rangs un siège en or qui portait le nom de Felix Rosier.
- Je te présente Cyprus Maxwell, commençai-je en tendant la main vers l’homme en question, Blaise Zabini, Pansy Parkinson, et Theodore Nott, désignai-je en bout de table. Ils feront tous parti de tes professeurs dans les mois à venir. Et je suis Drago Malefoy, m’introduisis-je officiellement, ton Grand Intendant. Bienvenue à l’Académie de Mangemorts, Felix Rosier.
Dès que nous nous étions retrouvés seuls, les mêmes pensées anxiogènes revinrent me tourmenter comme si elles m’avaient attendu, tapies dans l’ombre pendant tout ce temps. Où était Granger en cet instant ? Qu’était-elle en train de faire ? Était-elle en sécurité ? Était-elle seulement encore en vie, ou bien ne savais-je simplement pas encore qu’elle m’avait déjà été enlevée ?
J’étais rentré sur cette angoisse qui ne parvenait pas à me quitter. Je ne savais même pas comment elle vivait, ni avec quelles ressources. Dormait-elle dans un lit confortable ? Avait-elle de quoi manger suffisamment ? Quelqu’un cuisinait-il pour elle, où était-elle obligée d’ajouter cela à sa charge mentale déjà énorme dans cette Guerre dans laquelle elle s’était attribué un rôle qui la dépassait ? Avait-elle assez d’argent pour acheter des produits de qualité ? Et si ce n’était pas le cas, serait-elle suffisamment en forme pour son entrée sur le terrain demain ? Son corps aurait-il assez de forces pour les efforts qu’il devrait fournir sans fléchir ? Et avec ces pensées, une seule possibilité : celle de l’action. Oui, je pouvais au moins faire cela pour elle. Pire encore, je voulais faire ça pour elle. Ma famille l’avait acceptée. Je pouvais faire ça pour elle. Un sourire aux lèvres, j’étais monté jusqu’à ma chambre pour me saisir de mon carnet de correspondance.
« Viens manger à la maison, je confinerai les 3 autres à l’étage. On n’est pas obligés de parler, on n’est obligé de rien faire. Viens juste manger à la maison s’il te plaît, dès que tu le peux, l’heure n’est pas un problème, je t’attendrai. »
J’avais emporté le carnet avec moi dans la cuisine, et je l’avais laissé sur le comptoir tandis que j’interrompais une Mint occupée avec ses propres préparatifs :
- Bonsoir Mint, notai-je sa présence d’un sourire.
- Maître Drago, me salua-t-elle chaleureusement, puis-je vous aider ?
- Non justement, tu peux vaquer à tes occupations ailleurs, je vais m’occuper de la cuisine ce soir.
- Maître ? questionna-t-elle devant ma requête inhabituelle.
- Je veux cuisiner moi-même ce soir, explicitai-je alors, et je saurai me débrouiller, ne t’inquiète pas.
Avec réserve, elle m’avait finalement cédé sa cuisine, gardant silencieusement pour elle les préoccupations que je ne foute pas le feu au manoir.
Un sourire idiot aux lèvres que je ne parvenais pas à effacer – et d’ailleurs je ne m’y essayai même pas – je me saisissais du livre de recettes de ma mère. Il n’était pas très épais puisque Mint et ses subordonnés cuisinaient toujours pour nous, mais parfois, en de très rares occasions, elle aimait nous faire plaisir en cuisinant pour nous, et c’était là toujours des moments particuliers. Il y avait quelque chose de chaleureux, de plus intime dans le fait de manger quelque chose qui avait été préparé par quelqu’un que l’on aimait non pas avec l’intention simple de nous nourrir, mais avec celle de se donner du mal pour nous faire plaisir, aussi simplement soit-il. Pour ma part, en tout cas, j’avais toujours chéri ces instants-là.
Je m’arrêtai sur la page d’un gratin dauphinois. Alors que j’en lisais les ingrédients, je songeai à quel point ce plat était riche, même carrément outrageusement gras pour être honnête, et il me semblait que c’était parfait. Elle aurait besoin de forces, de beaucoup de forces pour le lendemain, et puis elle avait déjà perdu assez de poids comme ça. Il ne manquerait qu’une bonne source de protéines à ajouter à tous ces féculents baignés dans le gras de la crème fraiche, et je songeai que je pourrais profiter de l’utilisation du four pour faire cuire un rôti de bœuf pour l’accompagner. Oui, souriais-je alors, ce serait parfait.
Je me surprenais à chantonner comme un abruti tandis que je commençai à éplucher mes pommes de terre, et fut surprit en plein délit par mes trois amis qui visiblement m’avaient cherché dans tout le manoir. Blaise hurla de rire en me voyant dans mon tablier de cuisine, mes manches retroussées et mon sourire idiot pour saupoudrer les notes fausses que je chantonnais :
- Putain, qu’est-ce qu’il nous fait encore celui-là ? s’amusa sans plus tarder un Blaise dont le sourire gentiment moqueur ne m’échappait pas.
Je ne trouvais même pas en moi ce qu’il m’aurait fallu pour effacer mon propre sourire béat, et même si je l’avais pu, je ne l’aurais pas fait. Ils avaient accepté que je l’aimais, ça ne m’était plus interdit.
- Je cuisine pour Granger, assumai-je alors avec confiance.
Les gros yeux de Blaise sur moi accusèrent la nouvelle avant qu’il se mette à hurler de rire à nouveau. Le bras de mon frère autour des épaules de Pansy, il me regardait avec des yeux pétillants qui chantaient mille et un chants de célébration, mais lui non plus ne pouvait me cacher le coin moqueur de ses lèvres. Mon cœur, lui, ne pouvait se lasser de la vague de chaleur qu’il ressentait chaque fois qu’il avait la chance de témoigner de son amour qui lui avait été rendu.
- Merde mais c’est que t’es un vrai romantique toi hein, taquina Pansy avec de la chaleur dans les yeux.
Je ne doutais pas que je devais leur offrir un spectacle fort amusant, à chantonner dans mon tablier dans la cuisine. Après tout, ils avaient dernièrement bien plus l’habitude de voir me voir tâché de sang qu’en train d’éplucher joyeusement des pommes de terre.
- Narcissa nous a bien éduqués, pointa Theo avec tendresse en déposant un baiser sur le crâne de Pansy sous lui.
De l’autre côté de l’îlot de cuisine que j’occupais, Blaise et Pansy se stationnèrent là en spectateurs intéressés. Derrière notre reine, Theodore trôna en l’encerclant de ses bras, ses propres yeux céruléens désormais concentrées sur l’action de mes mains comme si c’était là le spectacle du siècle.
- J’savais déjà que Theo c’était l’canard du siècle, mais alors toi tu m’surprends Drago, se moqua encore un Blaise plus célibataire que les religieuses recluses.
- Prends des notes Zabini, une femme ça se chérit, le piqua son amie.
- Loin de moi que cette malédiction, recula Blaise avec une moue écœurée.
- Oh tu s’rais mignonne dans un p’tit tablier, taquina Pansy en pinçant les poignées d’amour inexistantes de son meilleur acolyte.
Blaise tapota sa main pour s’en défaire et je m’entendis rire tandis que je continuais d’éplucher mes patates une à une.
- Avec une p’tite charlotte aussi, renchérit Pansy en pinçant maintenant ses joues.
- La paix, créature démoniaque ! se défendit faiblement notre anti-amour préféré.
Avec moi, Theodore ri de nos amis, et une nouvelle vague de chaleur traversa mon corps d’un amour qu’il me semblait n’avoir plus ressenti depuis bien trop de temps.
- Et nous, tu nous fais quoi ? me questionna ensuite une Pansy dont les yeux d’émeraude encore maquillés d’hématomes s’étaient à nouveau concentrés sur moi.
- Vous, vous vous démerdez.
- Ah ouais, c’est comme ça ici ! s’offusqua-t-elle faussement.
- Bah c’est-à-dire que nous on couche pas avec lui, ponctua alors Blaise.
Il m’adressa un clin d’œil séducteur quand je levai les yeux vers lui.
- Ça peut s’arranger mon salaud, m’adressa-t-il d’une voix qu’il voulait suave.
- T’aurais pas l’endurance Zabini, chuchotai-je vers lui, un sourire dans les yeux.
Il leva ses mains au ciel avant de les faire claquer sur ses cuisses de dépit.
- Mais toute ma vie on me sous-estime ici ! se plaignit-il alors. J’suis un coup d’enfer j’vous signale !
D’une main forte que Theodore retira d’autour de Pansy pour la poser sur l’épaule de Blaise, il effectua là une pression rassurante :
- Personne n’en doute Blaise, murmura-t-il presque de sa voix mielleuse aux sous-tons sucrés.
D’abord la bouche entre-ouverte, une centaine d’idées de répartie y mourant juste là, Zabini reçut la décharge électrique de la paume de mon frère avant de retirer cette main de son épaule de façon théâtrale, effectuant un mouvement de recul exagéré.
- Allume pas un feu que t’éteindras jamais toi, j’suis trop sensible en c’moment ! rétorqua-t-il d’une voix qui porta dans toute la cuisine.
Nous rions tous, et Blaise ronchonnait faussement dans son coin pendant que j’épluchais les pommes de terre qui fourniraient à Granger la force dont elle aurait besoin.
- Bon, fais voir un éplucheur, tu m’fais d’la peine, déclara Pansy en se défaisant de l’embrassade de Theodore pour grimper sur le comptoir de cuisine sur lequel elle s’assit devant mes pommes de terre et moi en tailleur.
- Je gère, lui assurai-je avec confiance.
- File-m’en un j’te dis, insista-t-elle avec l’impatience qui la caractérisait.
Je lui en tendais un du tiroir à couverts, et réalisai seulement lorsqu’elle commença à éplucher une patate à quel point je ne gérais pas aussi bien que cela. Elle épluchait les siennes au moins cinq fois plus rapidement que moi.
Theodore passa derrière moi, et il alluma le four.
- Le gratin n’est pas encore prêt, lui rappelai-je alors.
D’une petite pression chaleureuse sur mon épaule et avec un sourire pour lequel la plus grosse guerre de notre siècle se tenait actuellement, il m’expliqua :
- Ça doit d’abord préchauffer, un four.
- T’as pressé de l’ail ? questionna Blaise en se penchant sur le plan de travail où Pansy et moi épluchions les patates.
Je levai des yeux que je savais idiots vers lui. Il acquiesça en pinçant les lèvres devant mon air abruti.
- Je vais presser de l’ail, déclara-t-il alors.
À côté de moi, juste là où je pouvais sentir son odeur de musc sur ma droite, Theodore tira une planche de bois, et avec un large couteau de cuisine il commença à couper les pommes de terre que Pansy et moi épluchions. Je regardai mes amis autour de moi, et je combattais les larmes qui montaient à mes yeux. À la place, je souriais bêtement.
- J’espère qu’elle va aimer, m’entendis-je chuchoter tout bas.
- Elle a plutôt intérêt, ponctua une des plus précieuses femmes de ma vie.
Nous rions. Blaise et Pansy me charrièrent gentiment, ils se moquèrent de mes connaissances inexistantes en cuisine en bon enfant roi que j’étais, et je trouvais comme ancrage les yeux brillants d’amour de mon frère pour m’attester que cet instant si simple, et pourtant si chargé d’émotion était bien réel. Et avant que je ne le réalise vraiment, mes amis et moi étions tous ensemble en train de préparer un gratin pour Granger.
Ils me laissèrent l’honneur d’enfourner notre gratin préparé dans l’amour et les rires, et Theodore inséra ensuite le rôti de bœuf à sa suite. Le sourire sur les lèvres pendant que Blaise et Pansy continuaient de raconter des conneries derrière-moi, je lavai finalement mes mains. Cette fois, je ne me blessai pas la peau. Dans la cuisine, les voix de mes amis résonnaient comme une chanson nostalgique. Lorsque je me retournais, je vérifiais si l’encre de mon message dans mon carnet avait bien disparue, signe qu’elle l’avait lu. Mon cœur se pinça, et mon sourire s’effaça dans la nuit. Je demeurai inerte devant sa plume, et je ne remarquai même pas que la musique de mes amis avait cessée avec moi. Une vague de tristesse monta en moi, vertigineuse tant elle n’avait pas été attendue, accompagnée de mon ancienne amie, cette bonne vieille angoisse.
- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda Theodore à côté de moi.
Je pinçai mes lèvres, incapable de décoller mes yeux de la page maintenant vide de mon carnet. À l’intérieur de mon poitrail, mon cœur me faisait mal, et je retenais les larmes soudaines et inattendues qui étaient venues brouiller ma vue.
- Elle ne viendra pas, m’entendis-je leur apprendre à voix basse.
Il y eu un flottement, un de ces silences embarrassés qui ne savait pas comment réagir à une nouvelle qui n’avait pas été anticipée. Ce n’était pourtant rien, tentai-je de me raisonner. Ce n’était vraiment rien. Je lui avais demandé de venir manger chez moi, et elle avait refusé. C’était tout. Ce n’était pas si profond que cela. Et pourtant à l’intérieur de moi, mon cœur saignait, et avec la douleur sourde qui l’accompagnait, la peur montait. Celle que je l’avais peut-être déjà perdue, après tout. Pas de la façon dont je redoutais, non, plutôt de celle que j’avais espéré tout ce temps, et que je redoutais aujourd’hui. Que peut-être, finalement, j’avais perdu son amour.
Je fixai cette page vide, écrasé par le silence de son absence. Et si c’était trop tard pour les petits plats concoctés avec amour ? Et si c’était déjà trop tard pour espérer pouvoir prendre soin d’elle à hauteur de ce que je pouvais me permettre ? Si je l’avais déjà trop abîmée, elle et ses sentiments pour moi ? Si finalement, après tout le mal que je lui avais fait, j’avais déjà épuisé toutes les réserves de patience, toutes celles de bienveillance, toutes celles d’amour qu’elle avait pour moi ? J’avalai difficilement ma salive, inerte devant cette page vide, et mon cœur saignait. Soudain, le bruit d’un bouchon de vin que l’on ouvrait me força à relever mes yeux embués.
Autour de moi, les regards pleins de compassion de mes amis me transmettaient une tendresse douce qui contrastait avec la douleur froide qui tranchait mon cœur.
- On va quand même pas déguster notre gratin sans une bonne bouteille de rouge, déclara Blaise d’une voix empreinte de douceur.
Je regardais mes amis. Sur tous leurs visages, des sourires qui portaient en eux la promesse silencieuse d’un soutien chaleureux. Une larme perla sur ma joue, et je leur souriais en retour.
Nous nous étions installés dans la salle à manger, la table remplie de verres de vin qui se vidaient avec une allure normale qui donnait l’illusion que nos vies étaient lambdas et n’avaient pas besoin d’être fuies dans des litres d’alcool. Entre nous, des discussions légères qui ne ressemblaient pas à notre quotidien flottaient naturellement, comme elles l’avaient fait pendant tant d’années avant que tout ne s’écroule. Sur les visages de mes amis, des sourires pleins et des yeux emplis de vie qui ne laissaient pas deviner ce qui se tenait réellement derrière ces masques. Je me demandais vaguement si nous étions finalement tous tant accoutumés à cette violence qui rythmait nos nuits qu’elle ne nous affectait même plus, ou si nous étions tous dans un déni temporaire qui apaisaient nos cœurs, mais je ne me noyai même pas dans cette réflexion tant c’était naturel. Moi-même, j’en profitais. Moi-même, je participais naturellement à nos conversations.
Je regardais la façon dont Pansy était assise sur sa chaise, une jambe repliée contre sa poitrine et l’autre sous ses fesses, et je souriais d’à quel point il me semblait qu’elle ne s’asseyait jamais normalement. Il n’y avait que les hématomes effrayants dispersés partout sur son visage qui trahissaient sa vie. Je regardais la façon dont Theodore à côté d’elle ne pouvait s’empêcher d’avoir un bras ancré sur le dossier la chaise de sa bien-aimée, comme s’il ne pouvait pas supporter de ne pas être en contact avec elle à chaque instant de chaque moment, et je souriais du naturel qu’ils avaient retrouvé après tant de douleur. Seule la façon dont il fixait ici et là la poitrine de Pansy, comme pour se rassurer qu’elle respirait encore, trahissait le fait qu’il savait ce que cela faisait que de la perdre vraiment. Je regardais la façon dont Blaise sirotait normalement un verre de rouge, et l’inspiration incroyable avec laquelle il trouvait toujours des nouvelles conneries à raconter, comme un puit joyeux qui ne trouvait jamais de fond, et je souriais de la façon dont son rire chaleureux remplissait notre espace de vie. Seule la façon dont ses yeux étaient gonflés de cernes trahissait les tourments de ses nuits laissés par sa vie. Mais je la regardais, cette famille qui était la mienne, et je souriais de l’amour dont ils me recouvraient dans un instant où ils me savaient tous vulnérables. Silencieusement, sans ne dire en mots que c’était bel et bien ce qu’ils faisaient parce qu’ils connaissaient la tristesse que je n’exprimais pas, mais toujours inébranlablement présents pour moi. La vie était si simple, quand elle était remplie d’eux. D’eux, tels qu’ils étaient vraiment. D’eux, quand ils n’étaient pas détruits par la vie que nous avions désormais. Et une nouvelle fois, je priais les Dieux de nous offrir cette vie-là pour notre avenir. Il ne manquait qu’elle, et j’aurai eu là le tableau parfait de tout ce que j’attendais de cette vie. Je ne demandais rien de plus. Rien de plus que ma famille, une bonne bouteille de vin, la femme que j’aimais à mes côtés, l’âme apaisée de mon frère, et la mélodie de nos rires qui se mélangeaient comme musique à nos oreilles.
- Putain, vous savez ce qu’on devrait faire ? réfléchit soudain Blaise avec la bouche pleine de gratin.
Contre toute attente, il était bon.
- Voilà encore l’idée du siècle qui vient de naître, le charia une Pansy qui mangeait un plat que, quelques semaines plus tôt, elle n’aurait jamais touché du bout de sa baguette.
- Non Blaise, Pansy n’est pas une bonne balle de Quidditch, taquinai-je à mon tour tandis que j’avalais ma propre bouchée.
À ma gauche, Theodore riait la bouche pleine tandis que Blaise agitait vers nous sa fourchette vide.
- Allez-y foutez-vous de ma gueule, n’empêche que sans moi vos vies seraient complètement merdiques !
Nous rions, mais nous savions tous parfaitement bien qu’il avait raison.
- Aller ma biche, encouragea Pansy, on t’écoute.
- On devrait prévoir notre voyage de vacances, une fois que tout sera fini, avança-t-il sérieusement.
Il y eut un léger flottement, quelques secondes durant lesquelles nous nous demandions tous s’il était cohérent de supposer que nous serions un jour tous libres et en vie pour mener à terme un tel projet. Finalement, nous décidions insidieusement de partir de cette hypothèse-là, au moins pour ce soir. Pansy pinça des lèvres en approuvant :
- Pour une fois, c’est pas une idée trop conne.
- J’arrête pas de dire que vous me sous-estimez ici, se plaignit-il en remplissant son gosier d’une nouvelle bouchée généreuse.
- On lui a pas encore demandé ce qu’il prévoyait de faire pendant le voyage, ajouta un Theodore taquin.
- Minimum se taper une nuit en prison à l’étranger, renchérissais-je joyeusement, sinon ça compte pas comme des vacances.
- Ça coule tellement de source que je n’ai pas songé pertinent de le préciser, plaisanta – je l’espérai – notre ami à l’esprit inépuisable.
Entre nous, les bruits de fourchettes qui trouvaient des assiettes qui se vidaient avec appétit baignait la pièce d’une atmosphère familiale.
- Tu voudrais partir où ? le questionna alors Pansy.
- C’est l’problème, faut trouver quelque part qui met tout l’monde d’accord, nuança alors Zabini. J’considère qu’on mérite de faire la fête quelque part de libre, quelque part de déjanté, s’emporta-t-il avec un grand geste, mais en même temps on mérite du luxe, on n’est pas des putes de bas étage ici.
- Laisse-moi deviner…, soupira Pansy, Paris ?
- Évidemment Paris, baby ! s’exclama-t-il avec entrain.
- T’es tellement basique comme pétasse, pesta sa meilleure amie.
- French kiss, oulala, ma chérie ! exagéra-t-il avec un accent français en envoyant des baisers à Pansy du bout de ses lèvres grasses de gratin.
Pansy tourna vers moi des yeux dépassés.
- Faut que quelqu’un lui trouve une meuf, supplia-t-elle presque avec dégoût, j’le supporte plus.
- Ça me plairait Paris, songeai-je alors.
- Ah ! s’enthousiasma Blaise de trouver un soutien en moi.
- Le vin, le pain, commençai-je à énumérer, les promenades sur la Seine, un dîner aux pieds de la Tour Eiffel, me perdis-je dans mes songes.
- Ouais il pense plus du tout à un voyage avec nous là, ponctua Pansy vers son acolyte.
Blaise claqua des doigts sous mon nez pour me tirer d’un avenir rêvé avec une brune aux cheveux aussi indomptables qu’elle.
- Tu voulais pas aller au Japon ? trancha d’une douceur inhumaine la voix de Theodore bassement adressée à Pansy.
Elle finit de prendre sa gorgée de vin avant d’acquiescer vers lui.
- Si, j’adorerais, confirma-t-elle avec une tonalité de voix mielleuse avec laquelle elle ne nous parlait jamais, à nous autres pauvres mortels.
- Qu’est-ce tu veux aller foutre là-bas ? questionna un Blaise presque accusateur.
Les sourcils de Pansy se dressèrent sur son front, et il ne restait sur elle plus rien de la douceur qu’elle n’offrait toujours qu’à Theodore.
- Bah c’est carrément stylé ducon, lui renvoya-t-elle avec la même attitude hautaine.
Parce que personne ne nous regardait, mais je doutais que la présence d’une – ou plusieurs – autres tierces personnes aurait changé quoi que ce soit, Blaise étira les coins de ses yeux pour se donner un air asiatique quand il imita atrocement :
- Konnichiwaaaaa !
Non impressionnée, Pansy lui renvoya sans perdre sa moue de dégoût :
- T’es au courant qu’c’est carrément raciste ?
Blaise se mit à hurler de rire.
- Dit l’exterminatrice de moldus la plus efficace des rangs, putain !
Même Pansy ne put garder sa mine sérieuse devant la noirceur de l’humour de son ami, et elle pouffa malgré elle.
- Non mais l’culot, l’autre ! renchéri Blaise tandis que nous rions tous. Bon elle, elle a épuisé son quottât de bon goût quand elle est tombée love du psychopathe. Vous, vous voulez aller où ? nous adressa-t-il ensuite.
- J’vais t’niquer Zabini, menaça une Pansy au regard faussement noir.
Blaise pinça sa lèvre inférieure avec envie vers elle.
- Putain, d’puis l’temps qu’j’attends ça, roucoula-t-il en sa direction.
Ce qui devait arriver arriva. Pansy piqua la tranche de rôti dans son assiette, et la lança du bout de sa fourchette en plein dans la figure de Blaise. Celui-ci l’ayant attendu, il avait la gueule joyeusement ouverte, et il ne se laissa pas intimider par le morceau de viande qui dégoulinait de son nez vers sa bouche quand indécemment il en mâcha le morceau qu’il avait pu attraper entre ses dents, un regard qu’il voulait séducteur fixé sur elle. Ce soir-là, personne ne finit par savoir où Theodore et moi rêvions de voyager.
Quelques jets de nourriture plus tard, nous nous étions installés dans le salon avec une nouvelle bouteille de vin pour compagnie. Nous étions tous les quatre assis autour de la table basse, nos verres en main et de larges sourires aux lèvres tandis que nous jouions une partie de Hearts, un jeu de cartes psychologique qui consistait à éviter de prendre les mauvaises cartes, le principe étant donc de terminer la partie avec le moins de points possibles, la Dame de Pique étant la carte qui rapportait le plus de pénalités. Nous étions tous minutieusement concentrés, il ne restait que deux plis à faire, les scores étaient serrés et la Dame de Pique n’était pas encore sortie. J’avais amassé 8 points, Blaise en avait pris 12, Pansy 4, et Theodore aucun. C’était à Theo d’ouvrir le jeu, toutes nos attentions intensément tournées sur la table basse pour voir la carte qu’il allait sortir. C’était un jeu de calcul, il ne fallait jamais oublier quelles cartes étaient tombées, du jeu de qui, ni celles qu’il restait en jeu pour espérer déduire qui avait quoi, et ainsi gagner. Ses doigts se saisirent d’une des deux cartes qu’il lui restait, et je le regardai lentement la poser sur la table basse. As de Pique. Le visage bas vers la table basse, je relevai lentement les yeux vers lui. Il me regardait déjà, et je pouvais voir le coin de ses lèvres qu’il retenait de se relever. Petit enfoiré, pensai-je alors. Pansy laissa son bras prendre de l’élan derrière elle avant de poser en faisant trembler la table sa carte, la Dame de Pique. Elle se permit un rire machiavélique de victoire pendant que nous positions nos cartes, et je soupirai. Theodore remporta le pli, puisqu’il avait l’As, et récupéra ainsi la Dame de Pique, ou la pire carte du jeu. Il venait de céder volontairement la victoire à Pansy. À son tour, Blaise leva les yeux vers lui. Lui aussi, il avait parfaitement compté :
- Attends, tu viens vraiment de faire ça là ? appuya-t-il vers mon frère qui laissa son dos rencontrer le dos du canapé.
- Faire quoi ? feignit-il l’innocence avec un petit sourire en coin satisfait qui ne mentait pas.
Le visage de Blaise bascula en arrière et il éclata de rire tandis que j’avançai la main vers mon frère :
- Vas-y montre ta dernière carte, l’invitai-je alors.
Theodore haussa les épaules :
- Ça sert à rien, Pansy a gagné, y a plus de cœurs en jeu.
- Exactement ouais enfoiré, t’avais très bien calculé ! l’accusa Blaise en élevant la voix.
- Non mais j’ai gagné, c’est tout ! Y a pas à être mauvais joueurs comme ça ! tenta de s’offenser faussement Pansy.
Elle savait très bien, elle aussi.
- T’as gagné de rien du tout, il t’a cédé la victoire exprès, le salaud ! rétorqua Blaise en essayant de grimper par-dessus une Pansy qui le repoussait afin d’atteindre un Theo fort relaxé.
- Vous… voyez comment vous êtes ?! pesta Pansy sous l’effort d’utiliser ses jambes et ses bras pour repousser Blaise physiquement. Juste parce que j’suis une femme j’peux pas gagner toute seule ?!
Autant Blaise que moi hurlions de rire sous son accusation ridicule, et je continuais de tendre la main vers mon frère pendant que Zabini se battait avec Pansy.
- Si t’as rien à cacher, montre ta carte ! insistai-je vers Theo.
Il souriait avec une sérénité satisfaite. Blaise hurla de douleur, en train de grimper à quatre pattes sur une Pansy recroquevillée sur elle-même pour utiliser ses jambes pour repousser son torse, lui mordant les avant-bras au passage. Elle avait beau être forte, Blaise l’était beaucoup plus.
- Mais elle va me lâcher la sale Pixie de Cornouailles là ?! s’exclama Zabini en continuant de progresser, des marques de dents décorant désormais ses bras.
Il s’écrasa sur Pansy de tout son long sous un hurlement protestataire de celle-ci, et d’un geste rapide, il tendit la main vers la carte de Theodore qu’il parvint à chiper pendant que celui-ci riait joyeusement. Sous lui, Pansy essayait de dégager ses bras pour lui retirer la carte, mais il l’écrasait de trop de poids pour qu’elle y parvienne. Je me levai, impatient de connaître le fin mot de l’histoire quand bien même nous savions déjà tous. Blaise eut un hurlement de vainqueur lorsqu’il put enfin voir la carte, et il la leva haut vers moi.
- HA ! hurla-t-il avec satisfaction. Roi de carreau, enfoiré !
D’excitation de la compétition que Blaise et moi avions gagné, je balançai avec force la carte qu’il me restait sur la table basse, renversant une partie du jeu au passage.
- Je le savais, sale tricheur ! accusai-je d’un doigt mon frère qui riait joyeusement à côté de Blaise et Pansy qui se battaient juste à côté de lui.
- « Uuuh, juste parce que j’suis une femme j’peux pas gagner toute seule ?! », imita Blaise avec une voix exagérément féminine qui ne ressemblait pas du tout à celle de notre amie, pouffiasse va ! l’insulta-t-il ensuite avec la force de sa voix masculine.
Sous lui, Pansy se débattait inutilement.
- Ça s’appelle choisir un homme capable ducon, prends des putains d’notes ! lui cracha-t-elle au visage pendant qu’il bloquait ses membres agités.
- « Ça s’appelle choisir un homme capable, gniagniagnia », imita encore exagérément Blaise avant de s’acharner sur le corps de Pansy pour lui faire des guilis.
Pansy se mit à gigoter dans tous les sens, hurlant de rire pendant que Blaise continuait de la taquiner, et à côté d’eux, Theodore et moi rions en cœur, et je me demandais quand avait été la dernière fois que notre salon avait été baigné d’autant de rires pleins.
Il ne restait qu’un quart de la bouteille de vin et les échos de notre amitié dans l’espace chaleureux du salon quand une silhouette que je n’attendais plus s’ajouta à la vision de mon rêve éveillé. Le silence tomba, et mon cœur sauta dans mon poitrail tandis que je la regardais. Elle se tenait là, dans l’entrée de mon salon, son manteau long et son foulard habituel recouvrant ses cheveux. Sur son visage, des yeux fatigués qui me regardaient avec appréhension, presque même avec timidité. Je me figeai, moi aussi, et je ne pouvais rien faire d’autre que la regarder pendant que mon cœur chantait d’un rythme soutenu les appréhensions silencieuses qui l’effrayait. Et soudain, je réalisai. Elle était là. Elle était là, me répétai-je encore. Elle était venue. Elle ne m’avait pas encore abandonné dans toute cette noirceur. Non, elle était venue pour moi. Et avec cette réalisation, une vague de chaleur remonta dans tout mon corps pour m’encercler de sa douceur, et je retenais des larmes à mes yeux.
- Tu es venue, chuchotai-je alors.
Je chuchotai comme si j’avais peur que parler trop fort risquerait de la faire fuir. Elle avait l’air fragile, et je savais que notre situation était précaire. Je savais qu’elle avait toujours mal, je savais qu’elle avait toujours besoin de preuves, et je savais qu’elle voyait peut-être encore trop de sang sur moi lorsqu’elle me regardait en cet instant. Et pourtant, au fond de ses yeux silencieux, je pouvais lire dans le voile de larmes qui me dissimulait l’or de ses iris qu’elle avait besoin de moi ce soir, elle aussi. J’inspirai profondément par le nez, cherchant à apaiser ce corps qui s’emballait de sa présence soudaine.
Mes amis que j’avais oubliés eurent la délicatesse d’aller se coucher, et je ne prêtai pas la moindre attention ni à ce qu’ils avaient dit, ni au fait qu’ils étaient partis. Je ne la regardai qu’elle, ces cernes qui se creusaient sous ses yeux, et l’émotion brute qui vivait en eux. Elle m’avait l’air si fragile en cet instant. Je l’étais tout autant.
- Je t’ai dit que je ne venais pas manger, murmura-t-elle tout bas à son tour. Mais je peux rester dormir un peu, si tu veux.
Mon visage se contrit sous l’émotion que je tentais de retenir alors que je la regardais, là dans mon salon. Une nouvelle fois, j’inspirai profondément. Je ne savais décrire l’immense gratitude que je ressentais pour la femme qui se tenait devant moi, à l’autre bout de mon salon. Je savais tout le mal que cette vie lui faisait, tout le mal que ma vie lui faisait. Je savais la souffrance et la douleur engendrée par le simple fait qu’elle aimait la personne que j’étais, cette même personne qui terrassait sauvagement toutes les personnes qu’elle s’évertuait à défendre. Je savais le paradoxe abominable que je lui imposai d’être amoureuse de la personne qui piétinait l’intégralité de ses valeurs comme si elles n’étaient rien. Je savais l’horreur pour elle que de me voir moi, l’homme dont elle réchauffait les draps, recouvert du sang des personnes qu’elle défendait. Je savais le lourd poids de son amour pour moi, et je la regardais, cette femme qui se dressait dans la nuit pour moi, et je voyais sa fragilité.
Je voyais toute la souffrance dans les larmes qui menaçaient son regard d’ambre. Je voyais toute la fatigue dans les cernes qui dessinaient des cercles sombres sous ses yeux qui d’ordinaire pétillaient. Je voyais sa fragilité, la précarité de l’amour terrifiant et abîmé qu’elle ressentait pour moi dans la façon dont elle me regardait comme si j’étais à la fois son poison et son antidote, incertaine de savoir lequel des deux elle s’apprêtait à goûter cette nuit. Et pourtant, je voyais aussi toute sa force. Dans les larmes qui voilaient son regard sur moi, je voyais toute la profondeur de son amour pour moi qui l’avait encore conduite ici, malgré toutes les bonnes raisons qu’elle aurait eu de ne pas venir. Dans les cernes sous ses yeux, je voyais toute sa détermination sans fin de ne jamais se reposer tant qu’elle n'aurait pas atteint les objectifs démentiels qu’elle se fixait toujours, et qu’elle atteignait toujours. Alors je la regardais, et j’étais traversé par une gratitude si immense qu’elle en était vertigineuse. Parce qu’elle était là, encore. Après tout ce qu’elle avait vu, tout ce qu’elle avait entendu, après tout ce qu’elle avait su. Après le sang, après le feu, après la violence. Je la regardai, et elle était là. Elle était encore là. Une unique larme perla sur ma joue.
- Toi Granger, est-ce que tu veux rester dormir avec moi ?
Ma voix n’était qu’un murmure dans la nuit. Une prière chuchotée si bas qu’elle la caressait presque, trop timide pour s’imposer avec confiance entre nous.
Elle me regarda, elle aussi. Une larme perla sur sa joue, à elle aussi. L’instant semblait si fragile, presque fébrile, chargé d’implications que ni elle, ni moi ne comprenions vraiment. L’un comme l’autre, nous étions fragiles pour l’autre, déjà presque cassés, largement trop abîmés. Mais nous étions encore là, l’un devant l’autre. Dans la précarité de chaque phrase prononcée, tout se préférait désormais un murmure suppliant, et là où le moindre mot portait le poids de plusieurs vies, le silence s’imposa en maître entre nous. Lentement, presque timidement, elle acquiesça, et je retenais de nouvelles larmes de soulagement.
Avec une délicatesse presque fébrile, comme si j’avais peur de l’effrayer du moindre mouvement brusque, je me relevai du canapé. Avec une langueur terrible, j’approchai lentement d’elle. À chaque nouveau pas que je faisais vers elle, son visage devenait de plus en clair devant moi. Son regard se releva de cette façon que j’aimais tant pour continuer de me suivre, haut devant elle. Dans ses yeux, le tourment des émotions terribles que je procurais chez elle. Sur son front, ces sourcils fins qui cherchaient timidement à se rejoindre. Elle ne bougea pas, et je faisais chaque pas plus long jusqu’à elle. Chaque fois que je réduisais l’espace entre nous, mon cœur battait un peu plus fort dans mon poitrail, comme s’il prenait peur d’être brisé encore une fois, parce qu’il savait parfaitement qu’elle détenait ce pouvoir sur moi. Peu m’importait.
Elle pouvait le briser, ce cœur. Je la regardai, la façon dont elle levait les yeux vers moi. La délicatesse de ses traits, la finesse du grain de sa peau, la profondeur de la bonté abominable qui vivait dans l’or de son regard. Oui, elle pouvait le briser. Il lui appartenait, de toute façon. D’un dernier pas que je m’autorisai jusqu’à elle, je la rejoignais dans l’entrée de la pièce et elle fut forcée de relever le visage vers moi. Dans mon poitrail, mon cœur chantait à tue-tête la mélodie terrible de son amour effrayant. Ma main gauche ne parvint à se retenir de se relever vers elle avec une lenteur que j’étirai, lui offrant la possibilité de se retirer. Dans une incapacité totale de se quitter, nos regards demeurèrent scellés, comme terrorisés de ce qu’il risquerait de se passer si par malheur ils étaient séparés. Comme si la raison risquait de les rattraper, et nous éloigner. Elle ne recula pas. Avec une hâte retenue, j’autorisai cette main à épouser la forme de sa joue. Comme si je touchais-là la plus fine porcelaine qui puisse être, et au fond il me semblait bien que c’était le cas, j’effleurai sa peau avec une douceur infinie. Mes lèvres s’entre-ouvrèrent et un filet d’air pénétra mes poumons pour les remplir. Je ne parvenais pas à me rappeler quand était la dernière fois que j’avais pu la toucher. Soudain, le poids de son visage dans la paume de ma main qu’elle appuya, et avec ce geste, elle ferma les yeux. Elle aussi, elle respira pleinement pour la première fois depuis trop de temps, et à l’intérieur de moi, un feu d’artifice magique explosa. Je ne l’avais pas encore cassée. Elle m’aimait encore.
Mon bras droit l’encercla avec une lenteur alanguie, et avec douceur, je l’attirai contre moi. Dans mes bras, je l’enfermai là. Autour de ma taille, ses propres petits bras me serrèrent. Contre mon corps, la chaleur du sien. La douceur de sa poitrine, et les battements aussi effrénés de son cœur que les miens. Dans mon nez, les effluves de son odeur sucrée. Dans mes mains, la douceur de ses cheveux que je déshabillai de ce foulard superflu. Contre mon cœur, son visage que j’appuyai-là. Mes yeux se fermèrent. Chacune de mes cellules trouva le contact des siennes pour se remplir de sa magie. Mon cœur épousa le sien, et dans mes bras, son corps trembla. Elle pleura. Je la serrai contre moi, et inspirai profondément son odeur pour apaiser les maux de mon cœur. Silencieusement, je priai les Dieux de ne jamais me l’enlever. Une nouvelle larme perla sur ma joue.
La douceur de cette nuit-là ne trouva d’égal dans aucun des plus beaux souvenirs que je partageais avec elle. Nos corps ne se déshabillèrent jamais pour parler le langage de l’amour qu’ils connaissaient déjà par cœur, ils firent pire. Nos corps se déshabillèrent dans un silence parfait où plus aucun mot ne trouvait le moindre intérêt à être prononcé, et dans l’embrassade de mes bras où elle se blottit pour y trouver la chaleur d’un amour effrayant, nos cœurs mandèrent leurs maux anciens. Perdus quelque part entre les affreuses douleurs du passé et les inquiétudes anxieuses du futur, nous nous accrochions à la douceur que l’instant présent offrait. Chacun baigné dans l’essence même de l’autre, noyés dans l’enivrante chaleur de sa présence, nous nous abandonnions à la certitude infiniment réconfortante, si fragile fut-elle, que chacun de nos cœurs continuait à battre pour l’autre. Loin des pensées des vies que nous avions condamnées hier, et plus loin encore des peurs que nous combattrions dans des camps opposés demain, je la serrai contre moi et je laissai mon cœur, mon corps, et mon esprit enfin trouver du repos.
Elle était là. Elle était en train de dormir, bien au chaud entre mes bras. Elle était en parfaite sécurité, auprès de moi. Elle respirait profondément, animée par un souffle de vie. Et tout contre moi, personne ne pouvait me l’enlever.