Dollhouse
J’avais missionné Pansy de ramener un Blaise inconscient et grièvement blessé au manoir, où j’y avais également envoyé Granger au travers de notre carnet – et elle avait fait le nécessaire pour se libérer afin d’être à notre disposition en conséquence de leur monstrueuse connerie – pour s’occuper de lui. Theodore, Felix et moi - surtout pour éviter que notre nouvelle recrue ne note la présence d’une Sang de Bourbe membre de l’Ordre à mon domicile - étions partis ensemble à l’académie pour recueillir son récit sur les événements qui s’étaient déroulés à l’intérieur du Ministère de la Magie.
Bien entendu, Theo et moi avions feint la plus grande surprise quant à la tournure sanglante de la prise du Ministère qu’il nous relata, mais ce n’était pas cette partie-là de son histoire qui nous intriguait vraiment. Ce que nous voulions savoir c’était ce qui était arrivé à notre ami, et comment lui avait réussi à le sortir de là. À nos yeux, nous devions la vie de notre ami à cette étrange recrue, et étrange elle l’était d’autant plus maintenant que, malgré le fait qu’elle soit totalement incapable de se battre, elle ait réussi à trouver le moyen de sortir d’un Ministère parfaitement sous le contrôle de l’ennemi. Cela, c’était très étrange. Héroïque, certes, mais étrange. Alors nous l’avions écouté livrer son récit avec habilité, pour ma part depuis mon immense bureau en chêne brut au centre de la pièce, et Theodore trônant dans son dos comme un gardien de la vérité. Il nous expliqua la façon très opportune dont il avait réussi à trouver la chambre d’évacuation du Ministère, et comment ils étaient sortis par les égouts pour rejoindre la tamise, mais à aucun moment il n’expliqua comment il savait où se trouvait ladite chambre, et je me demandais s’il me pensait sincèrement si con que je croirais qu’il s’agissait d’une heureuse coïncidence. Parce qu’il avait ramené mon ami en vie, néanmoins, je me forçais à pratiquer l’exercice ardu de la patience.
- Ne te méprends pas Felix, commençai-je alors d’une impatience contenue, je te suis extrêmement reconnaissant d’avoir sorti mon ami et ton enseignant de cette situation critique, et tu recevras une récompense à la hauteur de tes efforts…
- … Je ne l’ai pas fait pour l’argent. Avec tout le respect que je vous dois, votre récompense m’est inutile autant qu’elle est insensée, se permit-il de me couper calmement. Je n’ai fait que mon devoir, déclara-t-il ensuite simplement.
J’inspirai profondément, tentant de calmer mon système nerveux qui demeurait dans un état de tension profond malgré le retour en vie de Blaise. Le soulagement de l’avoir retrouvé avait été intense, certes, mais il s’était néanmoins retrouvé dans une situation où sa vie avait été en danger. Cela n’aurait jamais dû arriver. Et c’était cet homme, ce petit homme étrange aux airs si fragiles et délicats qui avait réussi à sortir mon ami de là. Et cela, c’était louche.
Il y avait chez lui quelque chose de curieux, je l’avais toujours ressenti ainsi. Même en cet instant, alors qu’il se tenait devant moi avec une odeur nauséabonde qui le suivait partout, empestant mon bureau de la graisse pourrie des égouts londoniens, ses cheveux et ses vêtements tâchés de je ne voulais savoir quoi, il gardait malgré tout une aura royale. Une énergie sereine, calme, et trop étrangement mystérieuse. Bien trop mystérieuse pour qu’un simple sorcier français de Sang Pur connaisse ainsi le Ministère de la Magie anglais. Et pourtant, sans que je ne sache trop pourquoi et malgré à quel point tout cela me semblait louche, quelque chose à l’intérieur de moi continuait de me dire qu’il était digne de confiance, comme si quelque chose en moi reconnaissait quelque chose en lui.
- Arrêtons les formalités Felix, positionnai-je alors avec un soupir.
Je levai sur lui des yeux mortellement sérieux, du genre de ceux qui s’enfonçaient jusque dans votre âme pour en lire tous les secrets.
- Comment tu savais où trouver cette chambre ? exigeai-je fermement de lui.
Plus rien dans mon attitude à son égard ne demeurait du supérieur reconnaissant qu’il lui ait ramené son ami. Il ne restait que son supérieur à qui il devait de sérieux comptes, parce que j’avais beau retourner la situation dans mon esprit, aucune équation ne me donnait le résultat qu’il avait pourtant réussi à obtenir.
Il ne prit même pas quelques secondes pour réfléchir à sa réponse quand, comme quelqu’un qui lirait un script le ferait, il me livra sans la moindre tension apparente :
- Comme je l’ai expliqué à Monsieur Zabini, j’ai eu l’opportunité d’effectuer un stage au Ministère de la Magie lors de mes études à l’École de Beauxbâtons. Les membres du Ministère sont enclins à charger leurs stagiaires de ce genre de basses besognes, explicita-t-il simplement.
- Ça ne figurait pas dans ton dossier, l’accusai-je presque dans ce constat froid.
- Je n’avais pas réalisé qu’il me fallait reporter la moindre de mes maigres expériences de lycéen, argumenta-t-il à peine.
J’inspirai profondément devant sa résolution à, finalement, ne rien dire. Je pouvais sentir le sang bouillonner à l’intérieur de moi, comme une mer déchaînée dont les vagues ne cessaient de devenir plus violentes.
- Je ne passe pas exactement une bonne journée et ma patience n’est pas non plus réputée pour être à toute épreuve, donc je vais te le demander une fois Felix, et je te conseille de bien réfléchir avant de me répondre, l’avertis-je avec une tension que je ne cachais plus. Si je cherchais, qu’est-ce que je risquerai de découvrir sur toi, Felix Amaury Rosier de Beauxbâtons ? appuyai-je distinctement chacun de ses noms.
Cette fois, il prit les quelques secondes de réflexion que je lui offris. Il s’était retourné vers Theodore comme pour vérifier qu’il était bien digne de confiance, et mon frère ne fit rien d’autre que tilter très légèrement la tête sur le côté en fixant ses yeux. Felix n’avait pu rien faire d’autre que me faire face à nouveau.
- Pouvons-nous garder la conversation suivante pour nous ? demanda-t-il alors. Ce n’est que mon histoire, haussa-t-il lassement les épaules, mais elle m’appartient, et je suis plutôt du genre à me préférer discret.
Je lui avais accordé sa requête. Peu m’importait que qui que ce soit connaisse sa vie, tout ce que je voulais, c’étaient mes réponses. Alors enfin, il avait parlé, et les équations s’étaient résolues. Il avait une histoire intéressante en réalité, pas passionnante, mais intéressante. J’aimais d’ailleurs constater que je ne m’étais trompé sur rien de ce que j’avais déduit de lui, et ce depuis le tout début. Il me semblait que j’étais devenu particulièrement bon pour lire les gens. En tout cas, rien de ce qu’il m’avait dit ne représentait ni une menace, ni un appui particulièrement intéressant pour nous dans le futur, alors je n’avais fait rien de plus que cela - recueillir son histoire. Au moins, maintenant, tout cela avait du sens, et je pouvais cesser de le suspecter d’on ne savait vraiment trop quoi. Finalement, je l’avais remercié, et la mer s’était un peu calmée.
- Que tu en veuilles ou non, tu seras récompensé pour tes actions. Je sais corriger mes soldats lorsqu’il y en a besoin, et je sais aussi me montrer généreux lorsqu’ils surpassent mes attentes. Tu peux disposer, et va te doucher avant d’empester toute l’académie, conclus-je vers lui sans plus de cérémonie, et il ne fit rien de plus qu’acquiescer à mes mots avant de s’en aller.
Ensuite, en faisant particulièrement attention à rester extrêmement fidèle au discours de Rosier sur ce dont il avait été témoin à l’intérieur, j’avais rédigé un semblant de rapport pour Voldemort. Je lui avais signifié que je prenais soin de Blaise, qui était parvenu à sortir bien qu’avec d’importantes blessures, et que je me tenais à sa disposition lorsqu’il serait enclin à me recevoir. En envoyant mon rapport par magie, je levai les yeux vers mon frère. Il posait déjà un regard grave sur moi, chargé d’une tension presque palpable tant elle était électrique. Nous étions tous les deux conscients de ce qui suivrait pour moi.
- Quand il m’appellera, tu devras me laisser y aller seul, le prévins-je avec un sérieux létal.
Sur moi, l’expression des perles de ses yeux était grave, appuyée d’un léger froncement de sourcils douloureux qui voulait me résister.
- Ce n’est qu’un peu de torture, continuai-je avant de lui céder l’opportunité de négocier, et ça faisait partie de mon plan depuis le début.
Il n’y avait pas de place à la négociation. Je ne lui posai pas de question. C’était un ordre.
- On est trop près du but pour merder maintenant, donc quand il m’appellera, tu me laisseras y aller seul, lui exposai-je sereinement. J’emmènerai Ragnar dans le cas où je ne serai pas en état de transplaner ensuite, et quoi qu’il arrive, je veux que tu me promettes de ne pas intervenir, exigeai-je alors de lui.
Je le connaissais assez pour savoir ce dont il était capable lorsque l’un d’entre nous était en souffrance. Je le connaissais aussi assez pour savoir ce dont il était capable lorsque c’était moi qui étais en souffrance. Et je savais que lorsque j’y passerai, il ressentirait mon corps l’appeler à l’aide comme j’avais déjà senti le sien lorsqu’il avait passé tout ce temps dans la cage. Je savais mieux que quiconque à quel point lui aussi, il allait être torturé. Et je savais mieux que personne que rien que cela, rien que de ressentir cela – la personne que l’on aime le plus au monde être tant en souffrance que malgré elle son corps nous appelle – pouvait faire sombrer n’importe quel homme dans la folie, et conduire à des décisions impulsives aux conséquences désastreuses.
Devant ma détermination sans faille, et non sans passer quelques minutes supplémentaires dans le fond de mes yeux sans avoir besoin de prononcer le moindre mot, Theodore acquiesça finalement. Ce geste, à lui-même, m’attesta une nouvelle fois d’à quel point il m’estimait réellement. À quel point il me faisait confiance, non pas seulement dans le frère que j’étais pour lui, mais dans le Grand Intendant que j’étais pour mon armée. Dans l’homme que j’étais devenu, cet homme qui pouvait porter et supporter. Cela n’empêchait pas sa douleur. Je pouvais lire dans l’océan de son regard à quel point il avait déjà mal. Je pouvais voir dans le froncement de ses sourcils à quel point il voulait prendre ma place sous la baguette de Voldemort. Je pouvais lire dans la tension de sa mâchoire à quel point il avait mal de me laisser être puni en son âme et conscience, en demeurant impuissant. Mais c’était là qu’il se trompait. Lorsque j’irai le retrouver, je serai loin, très, très loin d’être impuissant. Parce que pendant qu’il me torturerait, persuadé de me punir justement et de me briser aussi physiquement que psychologiquement, moi, j’aurai gagné. Et lui ne ferait que suivre le script que j’avais écrit à la lettre.
Ce n’était qu’un peu de souffrance. Je pouvais encaisser, je n’avais même pas peur. Il me punirait, peut-être effleurerai-je même la cape sombre de la mort, mais il ne la laisserait pas m’emporter. Il avait encore trop besoin de moi, et quand bien même cette mission était un échec monumental pour lui, j’avais déjà plus que largement prouvé ma valeur. Personne d’autre que moi ne pouvait faire pour lui ce que j’étais en train de faire, et il le savait très bien désormais. Et moi, j’avais gagné. Mon plan à moi se déroulait finalement parfaitement bien. Blaise était en vie. Le Ministère avait tenu. Des centaines de Mangemorts étaient soit morts, soit emprisonnés, et dès que je serai remis sur pied de son petit caprice de gamin pourri-gâté, je pourrais continuer ma conquête de l’Angleterre. Alors non, je n’avais pas peur d’un peu de douleur. Même pas un tout petit peu. Tout se passait exactement comme je l’avais prévu, et chaque fois qu’il penserait lever sa baguette sur moi en me faisant mal, ce serait moi qui tirerai les ficelles de ma marionnette.
Theodore et moi ne nous étions pas éternisés à l’académie. Notre ami était en train de recevoir des soins d’urgence et autant lui que moi voulions pouvoir constater de son état, peu importait à quel point j’avais pleine confiance en les capacités de Granger pour s’occuper de lui. Je ne savais pas de combien de temps je disposai avant d’être appelé auprès de Voldemort, et je voulais que mon esprit soit en paix sur son état de santé lorsque le couperet tomberait.
La nuit avait enveloppé le manoir dans une ambiance sombre lorsque nous étions rentrés. Dans le salon, Granger aidait Mint à nettoyer le canapé qui semblait avoir servi de table d’opération, et ni Blaise, ni Pansy n’étaient dans la pièce. Ma sorcière se retourna vers nous dès qu’elle nous entendit arriver, les manches de son gilet noir atrocement moulant pour le combat retroussées sur ses avant-bras. Elle jetait des compresses blanches tâchées de sang en nombre tandis que Mint nettoyait les traces de sang par la magie sur le canapé où je supposai qu’elle l’avait soigné, et mon abdomen se serra en témoignant de la quantité de liquide rougeâtre perdue par mon ami.
- Il ira bien, m’apprit-elle sans attendre de moi que je pose la question. Il a fallu que je l’ouvre pour accéder à la plaie et la soigner de l’intérieur, puis que je le referme, mais il ira bien. Mint lui a donné plusieurs potions pour qu’il se remette vite sur pieds, continua-t-elle sans s’arrêter dans sa tâche de nettoyage. Il dort dans sa chambre, et Pansy est avec lui, adressa-t-elle finalement dans la direction de Theodore.
Ce dernier acquiesça vers elle.
- Merci, Granger, la salua-t-il avec un hochement de tête reconnaissant avant de quitter le salon pour retrouver nos amis à l’étage.
Je m’installai dans un des fauteuils du salon avec un soupir de fatigue avant de renvoyer mon elfe de maison en cheffe.
- Ça ira bien Mint, merci.
Elle ne tenta pas d’argumenter sur le fait qu’elle n’avait pas tout à fait terminé sa tâche, et disparut en un claquement de doigt magique.
Je regardai Granger tandis qu’elle terminait de jeter les compresses ensanglantées. Je voyais pour la première fois de cette journée la façon dont le jeans marron qu’elle portait moulait la finesse de ses jambes et la courbe de ses hanches. Je constatais d’à quel point ce gilet de compression traçait la forme de sa poitrine, ainsi que la finesse de son abdomen. Je reconnaissais les tresses qu’elle avait déjà portées sur sa première entrée en scène, lors de cette rixe programmée pour elle. Merde, ce qu’elle était belle. En moi, quelque chose se serra de savoir qu’autant de personnes l’avait vue dans des vêtements qui moulaient tant son corps pour le combat, sans savoir que ce corps m’appartenait, à moi. J’inspirai profondément, et la regardais terminer de nettoyer alors qu’elle avait soigné mon ami, parce qu’elle était une femme capable de faire une telle chose, et reprenait le cours de mes pensées là où je les avais laissées avant que son corps ne me distraie.
- Je vais avoir besoin d’un nom, en vins-je directement au fait.
La tonalité de ma voix n’était ni agressive, ni pressante. Elle était calme, posée. Simplement factuelle. Elle termina de jeter les bouts de tissu ensanglantés en évitant de me faire face, son regard bas et son dos face à moi, et elle ne me répondit rien. J’inspirai profondément.
- Granger, la sommai-je plus bas.
Lorsqu’elle se retourna enfin pour me faire face, ses traits étaient fermés et ses yeux mouillés de larmes qu’elle n’autorisait pas encore à couler. Mon cœur se serra, parce que je savais qu’elle allait encore avoir mal. Mais cette fois, ce n’était pas moi le responsable.
- Pourquoi faire ? chuchota-t-elle alors tout bas. Zabini va bien, il va s’en remettre sans la moindre séquelle, tenta-t-elle de plaider comme si c’était un tribunal.
- Peu importe, positionnai-je simplement.
Je ne me sentais responsable de rien de son conflit interne, et moins encore de sa douleur. Ce n’était ni de ma faute, ni de mon fait. Elle ne pouvait s’en prendre qu’à la personne qui avait décidé de rompre notre contrat par excès de gourmandise. Moi, j’étais innocent.
- Donne-moi son nom, Granger, répétai-je platement.
Ses sourcils se froncèrent plus encore sur son front, et les rivières dans ses yeux menacèrent de déborder. J’inspirai profondément. Ce n’était pas ma faute.
- Non, tu vas le tuer, murmura-t-elle en demeurant debout devant le canapé.
- Oui, confirmai-je calmement, je vais le tuer.
Je la regardai faire non de la tête, et une nouvelle fois, j’inspirai profondément. J’espérai ne pas avoir à aller chercher l’information en elle sans son consentement, parce que s’il fallait en arriver là, je le ferai. Ils avaient eu l’indécence très, très stupide de me manquer de respect. Ils avaient insulté mon autorité et avaient craché à la gueule du trop généreux cadeau que je leur avais fait tandis qu’ils étaient parfaitement incapables de nous donner d’eux-mêmes un coup qui nous ferait réellement mal. Un tel affront ne pouvait pas rester impuni, ni pour ce qu’il s’était passé dans le Ministère, et moins encore pour que cette alliance puisse continuer. Et ce fait demeurait même lorsque je voyais les yeux de la femme que j’aimais remplis de larmes.
- On s’est mis d’accord pour faire alliance, trouvais-je la patience d’exposer calmement pour elle.
Le timbre de ma voix était bas et le rythme de ma diction lent. Je ne voulais pas la brusquer, mais je lui montrais malgré tout mon déterminisme grave.
- Je vous ai offert probablement le plus gros coup que vous allez faire dans toute cette guerre sur un plateau d’argent, et malgré ça vous n’avez pas respecté vos engagements, lui rappelai-je simplement les faits.
Je n’étais même pas en colère en vérité. Ces sous-fifres-là n’avaient pas le pouvoir de me mettre en colère. J’étais simplement déçu. Un cadeau pareil, et malgré cela ils mordaient quand même la main généreuse qui les nourrissait en temps de famine. C’était simplement ridicule, et proprement décevant. D’une médiocrité affligeante.
- Je dois pouvoir vous faire confiance, continuai-je d’expliquer platement, sinon je ne vais plus rien vous donner. En tout cas, rien de significatif. Donc pour le bien de cette alliance, et en accord avec les termes de notre contrat qui implique que je te donne des miens, ce que j’ai fait, lui fis-je remarquer, et toi des tiens, je te demande de me donner le nom de celui qui n’a pas respecté ses engagements.
Une larme perla sur sa joue, et je savais que j’avais gagné. J’avais raison, et elle le savait très bien. Je ne pouvais pas laisser passer cela, parce que cela détruirait l’intégralité de notre alliance. Soit je ne leur donnerai plus rien, soit ils me considéreraient comme faible et exploitable, ce qui mettrait les miens en danger, et ce n’était pas une option. Il n’y avait pas d’autre solution, et elle le savait aussi bien que moi. C’était pour cela qu’elle était aussi triste. Elle savait qu’il n’existait aucun argument qui pourrait me faire changer d’avis, et autant qu’elle le détestait, elle savait que je faisais la seule chose qu’il était pertinent de faire dans cette situation.
- C’est donnant-donnant Granger, tu le savais, appuyai-je finalement tandis que ses yeux attristés recevaient la véracité de mon discours avec gravité.
Elle me scruta un instant en silence, et je la laissais faire calmement. Aussi bien elle que moi savions que j’avais raison. Il ne lui restait qu’à commencer son deuil, prendre une profonde inspiration, et me livrer le nom du malade qui avait pensé pouvoir s’en sortir en me trahissant, moi. Et finalement, je regardai ces lèvres que j’aimais tant s’ouvrir pour moi, tremblantes de douleur, et je savais que son cœur se déchirait dans sa poitrine quand elle fit ce qui était juste :
- Edwin Wilson.
Une ultime fois, j’inspirai profondément, et j’acquiesçai vers elle sans un mot. Je savais ce que cela lui coûtait, quand bien même je ne pouvais pas le comprendre, je n’avais qu’à le respecter. Parce que je la respectai - elle, ses sentiments, ses principes et sa douleur - je ne la remerciais pas. Je me doutais que cela ne ferait qu’accentuer sa douleur. J’accueillais simplement ce qu’elle me devait avec la gravité adéquate, et je ne m’excusai pas non plus, parce que je n’étais pas désolé. Je la respectais trop pour lui mentir dans un instant aussi critique que cela. Je faisais ce qui était juste, et elle également, faisait ce qui était juste. Je n’étais désolé de rien, parce que ce n’était pas de ma faute.
Par contre, je la regardai, cette grande femme. Elle se tenait debout devant moi, quelques traces du sang de mon ami qu’elle avait sauvé tâchant encore ses mains. Ses jambes fines étaient moulées dans un jeans qui n’avait pas été découpé par l’attaque du Ministère, parce que personne ne pouvait la toucher. Ses bras étaient dévoilés dans son gilet de compression noir, lui aussi intact, parce que personne ne pouvait la toucher. Et elle était là, juste devant moi, après avoir sauvé la vie de mon ami à qui son camp avait fait défaut, et elle supportait tout. Elle supportait la guerre. Elle supportait la mort. Elle supportait les blessures. Et elle supportait l’ampleur de la tâche qu’elle s’était donnée. Elle demeurait debout en m’offrant ce qui me revenait de droit : le nom de celui qui m’avait trahi. Le nom du pauvre fou qui avait cru pouvoir mettre l’une de mes vies en danger. Elle savait ce qui allait lui arriver. Elle avait déjà tant traversé de la guerre. Elle avait déjà tant porté. Et elle demeurait là, encore debout. Depuis mon fauteuil, je l’admirai. Elle était magnifique. Magnifique, et au moins dix fois plus forte que je ne l’avais anticipé. Lorsque tout serait fini, j’espérais que le monde entier saurait à quel point Hermione Granger était une héroïne de guerre, parce que s’il restait un quelconque monde pour nous juger à la fin de tout cela, elle en serait l’unique raison.
Dans un mouvement long qu’elle observa avec attention, je me levai de mon fauteuil pour réduire la distance entre nous. Elle regarda mon corps approcher avec une terrible ambivalence qui troublait l’or de ses iris. Dans les portes de son âme tandis que je rendais chacun de mes pas aussi étiré que possible, je pouvais lire l’amour qu’elle avait pour moi. Je pouvais lire le désir, la façon dont le simple fait que je la surplombe en m’approchant d’elle la rendait fébrile. Je pouvais lire à quel point elle attendait impatiemment un touché, une caresse, un baiser, n’importe quoi que j’aie à lui donner. Pourtant, juste derrière toute cette beauté, derrière la douce pureté de cet amour qui brillait dans ses yeux, je pouvais aussi lire l’horreur. Quand elle voyait qui j’étais, quand quelque chose lui rappelait que je n’étais pas simplement son Drago Malefoy à elle, mais aussi le Grand Intendant du Seigneur des Ténèbres. Quand elle était confrontée à la main de fer avec laquelle je dirigeai cette armée qui était devenue mienne. Quand elle me livrait un nom et qu’elle n’osait même pas se demander ce que j’allais faire avec la vie de cette personne tant elle était consciente que « tuer » n’était pas la totale étendue de ce que je m’apprêtai à ordonner. Et cette question qui animait toujours son regard sans qu’elle ne s’autorise jamais à me la poser tant elle était lourde de danger. Cette question qu’elle ne s’autorisait jamais à se poser à elle-même, tant elle risquait d’être lourde de conséquences si enfin elle savait. Cette seule et unique question à laquelle la brillante Hermione Granger refusait catégoriquement de chercher une réponse. Cette question qui restait en suspend dans son cœur, et qui se demandait chaque fois qu’elle me regardait qui était vraiment cet homme dont elle était éperdument amoureuse.
- Retourne auprès des tiens, chuchotai-je avec autant de tendresse que je le pouvais.
Je caressai son front du bout de mes lèvres, et les portes de son âme se fermèrent sous ce contact pour faire taire l’abominable question. Elle ne voulait pas connaître la réponse.
- Merci de t’être occupée de mon ami, murmurai-je contre sa peau.
J’inspirai son odeur, et me délectait de la façon dont ses sous-tons sucrés apaisaient les tensions de mon corps. Un instant, je fermai les yeux, moi aussi. Je laissai mes lèvres être réchauffées de la peau de son front, et mon nez se remplir de sa douceur. Contre moi, je pouvais sentir la chaleur qui émanait d’elle, parce que c’était toujours ainsi. Lorsque j’étais froid, elle était chaude. Lorsque j’étais tension, elle était douceur. Et dès que ma peau rencontrait la sienne, les murs de glace qui protégeaient mon cœur fondaient pour se révéler à elle dans toute la vulnérabilité de ce que j’étais. Et juste comme cela, elle l’avait, sa réponse. C’était cela, ce que j’étais. Aussi fort que faible pour elle. Une ultime fois j’inspirai son odeur, cherchant à l’enfermer quelque part à l’intérieur de moi pour la garder juste là lorsque Voldemort poserait les mains sur moi, et enfin, avec un pincement au cœur en ce faisant, je m’éloignai d’elle.
La douceur timide de sa main se renferma sur mon poignet pour me retenir dans un geste désespéré, et je me retournais pour faire face aux larmes qui illuminaient ses yeux d’une lueur dorée éthérée. Cette fois, je ne lisais plus que de la peur peinée dans son regard, et tandis qu’elle ne se défaisait pas de la prise qu’elle avait sur moi, j’attendais sa requête.
- Qu’est-ce qu’il va t’arriver ? murmura-t-elle si bas que je ne l’entendis presque pas.
Je ne pus retenir le sourire de mon cœur de s’étaler sur mes lèvres. Sur elle, mon regard prit un degré de douceur indécent. Il me semblait inhumain à quel point elle pouvait être attendrissante lorsqu’elle s’inquiétait pour moi de la sorte. De la main qu’elle m’avait laissée libre, je l’encerclai pour attirer son corps contre le mien, et tandis que mes lèvres s’étalaient en un sourire sur mes joues, je réceptionnais sa chaleur contre moi. Elle encercla ses bras autour de ma taille, et elle me serra de toutes ses forces restantes tandis que je m’attendrissais d’elle. Être si inquiète pour moi à propos d’un peu de douleur physique me semblait être d’une innocence adorable, et j’espérai qu’elle ne comprendrait jamais à quel point j’avais été si réduit au néant durant les mois où elle n’avait pas été là qu’il ne restait pas la moindre once de peur en moi. Sur le haut de son crâne je déposai un nouveau baiser, et contre mon torse je sentis une de ses larmes mouiller le tissu de mon vêtement. Je souriais, et quelque part, au fond de mon cœur, quelque chose se demanda si elle pleurerait pour moi si elle avait enfin la réponse à sa question. Je chassai la pensée en la serrant plus fort contre moi.
- Ne t’en fais pas pour moi, chuchotai-je en contenant l’étendue de ses peurs entre mes bras.
Éventuellement, elle était parvenue à s’en aller, consciente qu’elle ne pourrait de toute façon rien faire pour empêcher ce qu’il m’arriverait ensuite. Je lui aurai bien rappelé qu’elle avait décidé que cela serait notre juste punition pour les événements de la nuit où Pansy avait été kidnappée, mais elle n’était pas comme mes amis, et je savais qu’une telle plaisanterie n’aurait fait que lui faire plus mal au cœur encore, alors je n’avais rien dit. Son cœur avait assez mal ainsi.
J’avais finalement rejoint mes amis dans la chambre de Blaise. Pansy était à son chevet, assise aux pieds de son lit, et comme à son habitude, Theodore siégeait grand et fort derrière-elle. Tout propre et parfaitement bordé dans ses draps, Blaise semblait dormir paisiblement. Je regardai la façon dont son poitrail surélevait le drap blanc qui le recouvrait à intervalle régulier, et je me calais sur son rythme de respiration profond pour l’imiter.
Je ne pouvais mettre en mots la gratitude que je ressentais envers Rosier en cet instant. S’il n’avait pas été là, et s’il n’avait pas décidé de sortir notre ami de là, il serait plus que probablement décédé des suites de sa blessure. Il existait un univers parallèle dans lequel, en cet instant, nous n’étions pas à son chevet en train de panser nos âmes, mais autour de son cercueil à pleurer sa mort. Il était notre soleil. De bien de façons différentes, il était notre lumière à tous. Il était le seul d’entre-nous qui portait assez de lumière en lui pour tous nous éclairer en temps de noirceur, peu importait à quel point la nuit devenait profonde et sombre. Blaise brillait toujours d’un éclat étincelant. Il n’était pas que notre ami, il était notre oxygène. Et je ne laisserai personne nous priver de notre oxygène.
Je songeai à tout ce qu’il avait subi pour moi, pour nous, au travers de ces derniers mois. Je me rappelai le regarder se tordre dans les bras de Theodore pendant qu’il voyait sa mère être tuée devant ses yeux. Je me rappelai le voir complètement apathique, comme mort à l’intérieur, les semaines suivantes. Je me rappelai l’espoir qu’il avait eu en Daphné, et qu’elle le lui avait volé. Je me rappelai l’effroyable son de ses hurlements, dans cette abominable cathédrale. Je me rappelai la sensation frappante de sa baffe, et la colère brûlante dans ses yeux. Je me rappelai son visage qui pendait lassement sur son torse tandis qu’il était cloué à cette Croix pendant que je le torturais. Et je le regardai, dans ces draps blancs se reposer comme le guerrier méritant qu’il était, et je ne pouvais retenir l’intense vague de gratitude qui bouleversait mon corps. Parce que Blaise n’était pas simplement lumineux, il était également d’une endurance qui dépassait l’entendement. Nous étions les trois enfoirés les plus chanceux de la terre qu’il ait décidé de nous accorder à nous, et à nous seulement, toute l’étendue de sa loyauté.
Alors je le regardai, l’un des cinq derniers fils de ma raison, et je laissai mon corps s’apaiser de pouvoir l’observer, en vie.
- Il est vraiment increvable notre champion hein, chuchotai-je alors avec un sourire.
- T’as intérêt à couvrir la tarlouze d’or, ponctua une Pansy aux yeux encore mouillés de soulagement.
Je me sentis sourire. La tarlouze en question était loin d’en avoir besoin, moins encore d’en avoir quelque chose à foutre.
- C’est fait, confirmai-je avec tendresse vers elle.
Quand enfin Pansy tourna le visage vers moi, la profondeur de son regard ne laissait plus que place à la mort, et j’étais heureux de savoir que je n’étais pas le destinataire de cette haine meurtrière.
- Qui est responsable de ça ? exigea-t-elle froidement de moi.
J’acquiesçai gravement vers elle.
- Edwin Wilson, livrai-je alors notre dû.
Je tournais les yeux vers Blaise, lui qui n’aurait jamais dû entrer. Lui qui n’aurait jamais dû subir plus de douleur que ce qu’il avait déjà trop enduré pour moi.
- Je veux que sa tête soit tranchée et je veux qu’elle soit envoyée dans un putain d’beau paquet cadeau au QG de l’Ordre, ordonnai-je tandis que la rage tordait mes boyaux.
Soudain, mon avant-bras me brûla.
- Je dois y aller, leur annonçai-je alors. Prenez le temps dont vous avez besoin pour respirer, mais dans deux jours maximums je veux que ce soit fait.
La mort dans les yeux, Pansy acquiesça avec la noirceur d’un démon maléfique dans l’âme, et je savais que le travail serait magnifiquement bien exécuté.
- Je m’en occupe, promit-elle avec toute l’étendue de sa sombreur.
Je rencontrai le regard de mon frère. Le léger froncement de ses sourcils m’apprenait l’inquiétude qui brûlait en lui, et je lui souriais, à lui aussi. Ils étaient adorables, tous, à être si inquiets pour moi. La seule et unique raison pour laquelle mon cœur était pincé en cet instant était que je savais que le corps de Theodore le torturerait de venir me sauver, lorsque malgré moi le mien l’appellerait. Sur mes lèvres, une goutte de l’immense amour que j’éprouvais pour lui s’étala en un sourire, et je posai une main rassurante sur son épaule musclée. Dans un lien qui ne parvenait à se séparer entre ses yeux céruléens, dans lesquels dansait mon univers, et les miens, je lui promettais l’éternité. Dehors, la nuit continuait de nous engloutir, et il n’existait en moi pas la moindre peur de m’y aventurer seul.
- Je te verrai demain, lui promis-je pour la toute première fois de ma vie plus pour lui que pour moi.
Avec ces mots, les tourments émotionnels de son regard s’évanouirent pour que l’amour vienne faire briller l’océan de ses yeux, et je savais que ma promesse avait apaisé ses inquiétudes. Mon cœur se réchauffa, et j’ancrais cette image dans mon esprit pour m’accompagner dans les heures qui m’attendaient.
- Et tous les jours d’après, chuchota-t-il avec une chaleur dans la voix qui m’était réservée.
Je donnais à son épaule une ultime pression que je voulais rassurante, et derrière-moi, je laissai ce frère qui avait peur que je ne rentre pas avec un sourire attendri.
Il ne restait aucune partie de moi qui avait peur. Lorsque je fendais l’air vers ma destinée, il n’existait aucune cellule dans mon corps qui appréhendait la douleur. Lorsque j’abandonnais Ragnar au bas de la grotte de mon Quartier Général, il n’y avait pas la moindre pensée anxiogène qu’il me fallait contrôler. Pas le moindre mur de légilimencie qu’il me fallait faire l’effort de dresser. Il n’existait rien, plus rien de moi qui avait peur de ce qu’il pourrait me faire à moi. Il avait déjà tout fait. Il ne pouvait plus me toucher. Il n’existait rien de plus anecdotique au monde pour moi que la douleur physique à présent. Il m’avait forcé à détruire mon esprit. Il fallait être fou, et ce n’était pas moi qui l’étais, pour penser qu’une quelconque douleur physique pouvait désormais m’atteindre dans un contexte pareil.
Alors, je retenais presque un sourire lorsque je franchissais l’ambiance froide et sombre de la grotte jusqu’à lui. Nagini n’était pas là, mais en son centre, à côté d’un Voldemort aux traits plus colériques encore que d’ordinaire, se tenait Hector Nott. Je me retenais de soupirer qu’il ne soit pas mort. Il m’importerait de savoir comment il était sorti du Ministère, lui aussi. Sur moi, leurs deux paires d’yeux étaient gluées. Le regard d’un banal marron du géniteur de mon frère avait une lueur de contentement en lui, et je m’empêchais de lui sourire. Il était ravi de penser que j’allais passer un sale quart d’heure. Il n’avait pas idée, lui non plus, de ce qu’il se passait vraiment en ces lieux. Aucun d’eux, en fait, alors qu’ils me regardaient arriver, moi le jeune hériter Malefoy qui n’avait aucune expérience de la Guerre et qui était au moins 30 ans plus jeune qu’eux. Moi, le jeune fils Malefoy qu’ils pensaient si peu de temps auparavant totalement incapable. Moi, le jeune Malefoy qu’ils pensaient mener du bout de leurs baguettes branlantes. Ils n’avaient pas idée. Aucun d’eux, ni l’un, ni l’autre. Ils n’avaient pas la moindre idée d’à quel point ils étaient en train de remplir le rôle exact que je leur avais donné dans la pièce de théâtre pour laquelle ils faisaient de magnifiques marionnettes.
Alors, moi aussi, je remplissais mon rôle, et je m’inclinais face à mon Maître.
- Laisse-nous, Hector, ordonna la voix froide et sifflante du Seigneur des Ténèbres.
Tandis que je demeurais courbé en une révérence faussement respectueuse devant Voldemort, j’autorisai mon visage à dévier sur le côté, jusqu’à croiser le regard de Nott que j’étais venu chercher. Là, je savais que quelque chose de malveillant brillait dans cet œil unique que je lui dévoilai en le regardant s’éloigner. Gentil petit toutou qu’il était. Je savais qu’il l’avait vue, cette lueur mauvaise qui n’aurait jamais dû subsister en moi à un instant pareil. J’aurais dû avoir peur, semblait-il. J’aurais dû me sentir impuissant, paraissait-il. En lieu et place de cela, je laissai le coin de ma bouche se soulever à peine, juste assez pour semer le doute dans son esprit sur ce qu’il venait de voir, et son regard s’attarda sur moi un instant de trop. Puis, parce qu’il ne pouvait de toute façon rien se permettre de dire, il détourna les yeux, et nous laissa seuls.
Voldemort m’ordonna de me redresser, et là, il m’offrit tout un discours que j’aurais probablement pu exécuter dix fois mieux que lui. Il me demanda comment un tel fiasco avait été possible, et j’avais répondu ce que j’avais prévu : il devait y avoir une taupe, c’était impossible autrement. Bien entendu, il me réprimanda. J’aurais dû la voir venir, cette taupe. J’aurais dû l’anticiper, la trouver, la réprimander. Il me rappela que j’avais la responsabilité de ses soldats, les siens, comme s’il les avait recrutés, formés et conduits lui-même au combat. Il me rappela que je lui devais des résultats, comme si mes victoires portaient son nom. Il me rappela, enfin, que le sort des miens reposait entre ses mains, comme si elles pouvaient encore les toucher.
Il essaya de se montrer intimidant, songeant probablement qu’il était proprement terrorisant. Il l’était, en vérité. Seulement, je n’avais plus peur de lui, et c’était bien là le plus jouissif de tout cela. Ce n’était pas qu’il était devenu moins effrayant. C’était que j’étais devenu tellement plus puissant, tellement plus fin, tellement plus stratège que lui qu’il ne m’effrayait quasiment plus. En tout cas, pas lorsque c’était moi qu’il menaçait. Et cela, c’était cent fois plus bandant que l’idée qu’il aurait pu, lui, perdre de sa grandeur. Non. Il n’avait rien perdu. C’était moi qui m’étais élevé plus haut que la peur qu’il m’inspirait. Il n’était pas devenu plus petit. C’était moiqui étais devenu plus grand.
Enfin, il m’accorda mon dû. Il m’annonça qu’il allait procéder à ma punition, parce qu’évidement il ne pouvait garder un tel échec impuni. Je pouvais presque sentir mes doigts tirer sur la ficelle accrochée à son poignet lorsqu’enfin il leva sa baguette sur mon corps. Je brûlais d’impatience, tel un enfant sur le point de recevoir un cadeau, et je me retenais de sourire. Je pouvais sentir mon cœur battre violemment dans mon poitrail d’une excitation débordante, et ma seule préoccupation était qu’il ne puisse pas lire dans mes yeux à quel point j’attendais que ce maléfice me frappe avec une anticipation délicieuse. Je me demandais ce qu’il me réservait. Une lumière orangée alluma cette baguette, et enfin, enfin, elle m’atteignit en plein poitrail. D’abord, ce fut mes doigts qui se crispèrent violemment, mes poings se serrant avec une force inouïe. Ensuite, mes épaules remontèrent brutalement, l’intégralité de mes muscles à la base de ma nuque contractés douloureusement. Mes mâchoires se serrèrent et je manquais de peu de mordre ma langue. Il allait donc opter pour des déchirures musculaires et quelques os cassés, constatai-je presque avec déception. Je me retenais de rire. C’était ridicule.
J’avais détruit des centaines de ses soldats. J’avais anéanti une énorme partie de son armée. Je l’avais affaibli bien plus qu’il ne pouvait réellement l’imaginer, et il allait simplement me froisser quelques muscles. Mon dos se cambra, mes muscles douloureusement contractés. Ma respira se bloqua, mon thorax refusant de m’obéir quand je tentais d’inspirer à nouveau. Je le regardais. Droit dans les yeux, je le regardais comme si je cherchais à me repentir. Sa lèvre supérieure, si tant était que l’on pouvait appeler cela une lèvre, était retroussée sur ce qu’il lui restait de dents noires en signe de rage. Dans le rouge de ses yeux, je pouvais lire toute l’étendue de son mécontentement. Et il m’assaillait de son sortilège, mon abdomen se contractant douloureusement m’obligeant à me replier sur moi-même. Et il pensait me faire mal. Sur moi, il pensait que sa rage retentissait. Dans mon corps, il pensait que son poison s’imprégnait de mes tissus. Dans mon esprit, il pensait que j’avais mal. Il ne se rendait pas compte. Non, il ne se rendait vraiment pas compte. Il pensait me mutiler. Il pensait me faire mal. Il pensait me faire peur. Il pensait me punir. Il ne se rendait même pas compte qu’il me récompensait. Parce que je pouvais le regarder, juste là devant moi, le plus grand mage noir de tous les temps, et me délecter d’à quel point c’était ma pute. Il était persuadé, absolument persuadé d’être en train de me détruire. Il ne faisait que jouer le rôle que je lui avais donné dans ma pièce de théâtre. Ma marionnette, c’était cela, ce qu’il était. C’était mon armée, mon Angleterre, mon monde. Si je décidais de le faire gagner, il gagnerait. Si je décidais de le faire perdre, il perdrait. Et moi, j’avais déjà gagné. Il était là, baguette tendue sur mon corps, persuadé de me détruire intérieurement, ignorant jusqu’au fait que j’aurais pu bander en cet instant tant c’était délicieux. Il ne se rendait même pas compte d’à quel point je lui avais baisé la gueule. Il pensait que j’étais désolé, effrayé, que je me repentais de mes péchés. Et moi, je le contrôlais. Comme une marionnette, comme une petite pute de merde, je le contrôlais. Et il se croyait surpuissant, sa baguette sur moi et mon corps tombant sur le sol. Il se sentait supérieur de me faire m’écrouler par terre, parfaitement inconscient d’à quel point j’étais en train de lui défoncer la gueule.
Il ne pouvait pas me toucher. Il ne pouvait pas me contrôler. C’était moi, qui était aux commandes. Parce que j’avais défoncé son armée, et il me foulait quelques muscles. J’avais mené droit vers la mort des centaines de ses soldats, et il me donnait l’équivalent d’une petite tape sur le dos de la main. L’espace de quelques secondes il cessa son maléfice, et mon corps trembla légèrement sur le sol. Je regardais le plafond de ce Quartier Général que j’avais construit. Je me rappelais ma rencontre avec ma propre force intérieure. Merde, réalisai-je alors qu’il reprenait son sortilège sur mon enveloppe corporelle, j’avais vraiment construit la quasi-intégralité de sa puissance actuelle. Je sentais ma respiration courte et hachée qui tentait de remplir mes poumons dans le répit qu’il m’offrait, et je m’empêchais d’afficher un sourire béat au ciel. Ensuite, il recommença.
Mon dos se cambra à nouveau. Mon corps commença à trembler de façon absolument incontrôlable. Mes muscles se faisaient plus qu’extrêmement douloureux. Mais ce n’était pas assez. Ce n’était pas assez. J’avais besoin de plus. Je voulais plus. Parce que plus il me faisait mal, plus je constatais de sa rage, et plus je gagnais. Je voulais tout sentir. Je voulais sentir la façon dont les muscles de mes côtes commençaient à se briser, petit à petit. Je voulais sentir les contractions abominables de mon dos, les positions inhumaines dans lesquelles il forçait mon corps à se tordre. Je voulais entendre mes cris raisonner dans l’antre que j’avais construite comme une putain de mélodie du bonheur. Sentir sa rage. Je voulais sentir sa rage, la sentir retourner mes entrailles, brûler ma gorge, déchirer mes os et saccager chacun de mes muscles. Je voulais sentir à quel point je lui avais foutu la haine, sentir à quel point il était en colère, je voulais sentir à quel point il était désespéré pour moi. Parce que c’était cela, ce qu’il était. Complètement désespéré pour moi. Il était intégralement dépendant de ma bonne volonté. Dépendant du fait que je décide de le faire gagner, ou bien de le faire perdre. Aujourd’hui, il avait perdu, et c’était mon choix, à moi. Ma décision, à moi. Ma victoire, à moi. Alors vas-y, fils de pute. Je forçais mes paupières à s’ouvrir pour que je puisse le regarder depuis le sol.
Je voulais le regarder. Je voulais le voir. Je voulais voir la rage tordre ses traits. Je voulais goûter sa jouissance de me torturer, de me punir, de penser m’humilier. Je voulais pouvoir le regarder exécuter le script que j’avais écrit pour lui et ne surtout pas manquer la moindre miette du spectacle. Et je voulais tout sentir. Je voulais qu’il me fasse sentir à quel point il avait perdu. À chaque fois qu’il me faisait un peu plus mal, je pouvais goûter un peu plus de son désespoir. Un peu plus de sa colère. Un peu plus de son impuissance. Alors donne m’en plus, enfoiré. Je voulais qu’il me fasse sentir à quel point il avait perdu, parce que c’était le cas. Il avait perdu. J’avais gagné. Je l’avais baisé, et le meilleur dans tout cela c’était qu’il ne le savait même pas. Et moi, je devais attendre. Je ne pouvais pas encore laisser l’immense rire qui cherchait à exploser dans mon poitrail sortir de moi. Je ne pouvais pas encore hurler ma joie et la laisser l’écraser complètement contre lui. Je ne pouvais pas lui montrer à quel point il était le figurant le plus pitoyable de l’histoire la plus incroyable jamais écrite. Je ne pouvais pas encore lui rire à la gueule, parce que j’avais gagné. Il avait besoin de moi, peu importait à quel point je l’avais foutu dans la merde. Peu importait à quel point j’avais foutu un sale coup à son armée, il allait quand même me reprendre, parce qu’il savait très bien que personne ne pouvait faire ce travail monstre comme moi je le faisais. Parce qu’il ne pouvait pas se passer de moi, parce que personne d’autre n’était comme moi.
Alors il pensait me faire me contorsionner sur le sol de mon Quartier Général, mais c’était moi qui tenais sa baguette. Il pensait me faire mal, mais je ne pouvais me satisfaire de ce qu’il me donnait. Je la sentais pulser sous ma peau, cette abominable douleur. Je la sentais retourner mes muscles, les déchirer, les lacérer, et je m’en délectais. Je sentais mon dos se tordre sur le sol, je pouvais entendre les os de mes côtes se broyer et les organes alentour se déchirer, et je m’extasiais de chaque sensation qu’il m’offrait. Je sentais mon crâne frapper contre le sol des tremblements incontrôlables de mon corps, et je m’enivrais de la sensation abominable de cette souffrance que j’avais provoquée. Dans chaque cellule abîmée de mon corps, je me grisais du constat jouissif que c’était moi qui contrôlais tout. Plus il me faisait mal, plus je savais que je lui faisais du mal. Et j’en voulais plus.
Je voulais sentir sa rage me déchirer le corps. Je voulais que chacun de mes muscles se blesse, que plus aucun air ne parvienne jusqu’à mes poumons tant il contractait mon thorax. Je voulais sentir chaque disque de ma colonne vertébrale se briser et ne plus rien contrôler des positions abominables dans lesquelles il me mettrait. Je voulais goûter toute l’étendue de sa rage, de cette rage que j’avais provoquée chez lui. Parce que je pouvais le toucher. Parce que je pouvais le mettre dans un tel état. Parce que je contrôlais son armée plus qu’il ne le savait vraiment. Parce qu’à chaque fois qu’il pensait me contrôler et me faire mal, il ne se doutait pas d’à quel point mon corps réclamait plus tant j’étais en train de le réduire en cendres.
Et je le sentais, ce corps qui se brisait. Je pouvais sentir chaque craquement d’os, et les cris qui sortaient de moi étaient semblables à des orgasmes. J’ouvrais les yeux, et je les laissais observer le plafond de mon Quartier Général. Cette pierre que j’avais fait bâtir moi-même. Je sentais chacun de mes muscles être lacéré de l’intérieur, et chaque fois que la douleur était plus intense, je m’élevais encore un peu plus au-dessus de lui. À l’intérieur de moi, j’hurlais de rire. À l’intérieur de moi, je jouissais de toute cette souffrance. J’avais faim. J’avais tellement faim. Bientôt, plus le moindre filet d’air ne parviendrait jusqu’à mes poumons, et il serait contraint d’arrêter pour ne pas me tuer. Et il le ferait. Comme le gentil garçon qu’il était, il allait arrêter. Parce qu’il ne pouvait plus se passer de moi. J’avais construit toute la puissance qu’il avait aujourd’hui. J’en étais le cerveau, le moteur et l’exécuteur. Il ne pouvait plusse passer de moi. Je lui étais indispensable.
Alors je regardais ce plafond sombre de pierre, tremblant sur le sol tandis qu’il détruisait tout ce qu’il restait encore de fonctionnel dans mon corps, et je riais comme un détraqué dans mon for intérieur. Non, je ne riais pas. J’hurlais de rire. À pleine voix, à pleine gorge, à m’en déchirer les poumons et tout ce qu’il restait d’encore intact en moi. Parce que j’avais gagné. Alors que j’hurlais sur le sol, je savais. Je savais déjà. J’avais gagné.
Avec ce constat enivrant, je me sentis m’élever. Au-dessus de lui, au-dessus de la douleur, au-dessus de tout. Dans une sensation orgasmique de jouissance absolue, je me sentis m’élever hors de mon corps, hors du temps, hors du présent. J’étais plus qu’un corps. Je transcendais le monde des vivants, celui du matériel. Je m’élevais à un rang plus haut, comme si les Dieux me tendaient les bras pour m’accueillir parmi eux. Je m’élevais à un rang plus grand, dans une lumière céleste qui m’illuminait, me reconnaissant comme l’homme divin que j’étais. Je m’élevais à un rang plus puissant, parce qu’alors qu’il détruisait mon corps physique, ma grandeur astrale s’élevait au-dessus de lui pour le dominer de l’être que j’étais. Il n’existait rien que mon corps ne pouvait supporter, parce que ma seule et unique limite avait toujours été mon esprit. Et lui, ce brillant esprit qui était le mien, il n’avait plus de limite.
Une expérience spirituelle, voilà ce qu’il m’offrait à son insu. J’étais devenu plus qu’un garçon, plus qu’un homme, plus qu’un soldat, plus encore qu’un général. Je m’étais élevé au rang d’Être Suprême. J’étais au-dessus de tout. J’étais l’intelligence qui ordonnait son univers, le mien, celui de tous nos voisins. Je créais l’ordre et je provoquais le désordre. Je donnais la vie et j’offrais la mort. Je jugeais le bon et j’exécutai le mal. Dans mon plan plus grand, plus large, plus omniscient, je contrôlais tout. Et aujourd’hui, alors qu’il détruisait ce qu’il restait de mon faible corps brisé et tremblant à ses pieds, Voldemort lui-même servait mes intérêts, inconscient d’à quel point il m’avait permis de transcender l’impuissance jusqu’à l’omnipotence absolue.