L'Ecrin des illusions
Chapitre 19 : Parenthèse enneigée (partie 1)
8596 mots, Catégorie: T
Dernière mise à jour 06/03/2024 18:28
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Hazel avait perdu toute notion du temps, elle était restée sous sa couverture, sans en bouger, sans même répondre aux coups incessants donnés par son père contre la porte. Elle comptait bien rester au fond de son lit jusqu'à la reprise des cours ! Norbert quant à lui, avait ravagé l'antre de sa gardienne et s'était gavé des friandises dénichées au fond de sa valise. Pour faire passer ses crampes d'estomac, il avait croqué quelques pages du manuel de potions. Hazel resserra ses bras autour de la Chose. Rogue serait furieux et elle serait quitte pour récurer des fonds de chaudrons jusqu'à la fin de l'année scolaire !
Tout d'un coup, la serrure de la porte éclata en morceaux et la porte s'ouvrit sur une silhouette bien connue. Hazel rabattit sa couverture malodorante sur sa tête, bien décidée à ne pas quitter son cocon puant. Morgan pénétra dans la chambre, enferma Norbert dans la cage de Circé avant de se glisser aux côtés de la jeune fille. Le Niffleur s'égosillait à pure perte, tout en secouant les barreaux de la cage. Circé, perchée sur l'armoire, toisait la créature d'un œil railleur. Vaincu, le petit Niffleur s'enroula en boule et s'endormit.
- Ton père, commença Morgan, m'a appelé à la rescousse.
Morgan s'allongea sur le dos, mains croisées sous la nuque, yeux rivés au plafond. Hazel ne prononça pas un mot, se terrant dans un silence qu'elle jugeait salvateur.
- Je crois qu'il est temps de te raconter une histoire.
Hazel se boucha les oreilles. Elle en avait plus qu'assez, des adultes et de leurs sornettes ! Elle ne désirait qu'une chose : connaître la vérité et qu'on cesse de la bercer d'illusions ! Morgan pointa sa baguette contre sa gorge, amplifia le son de sa voix, obligeant Hazel à l'écouter malgré elle :
- Après être sortie de Poudlard, j'ai rejoint l'Ordre du Phénix, afin de lutter contre Tu-Sais-Qui. Je voulais être utile, je voulais garder un œil sur mon père qui avait aussi rejoint la résistance.
Sa voix se brisa sur un sanglot. Hazel, la tête toujours dissimulée sous la couverture, se tourna vers son ancienne nourrice. Même à travers l'épais tissu laineux, elle pouvait sentir toute la tension émanant du corps de son amie.
- Ce fut d'abord mon père, reprit Morgan dans un souffle précipité, puis l'homme que j'aimais, un Moldu...
Morgan fit face à Hazel.
- J'avais tout perdu et je n'avais qu'un désir : me venger du Mangemort ayant tué les deux hommes de ma vie, avant de les rejoindre. Dumbledore m'a alors chargé d'une mission : veiller sur une petite fille et sur son père.
Hazel abaissa la couverture avec lenteur, dévoilant son visage strié de larmes à sa nourrice. Morgan tendit la main vers elle et lui pinça le nez avec affection.
- Cette petite fille avait assisté aux terribles tortures infligées à sa mère. Elle était restée cachée dans un placard, toute une nuit. À l'aube, un jeune Mangemort qui avait assisté à toute cette scène, est revenu sur les lieux...
Hazel eut un frisson. Elle savait que ce souvenir aurait dû rejaillir dans son esprit, mais elle ne voyait qu'un écran noir.
- Un Mangemort ? osa-t-elle demander d'une voix enrouée. Qui ?
- Dumbledore seul sait, mais il a toujours refusé de me révéler son identité. Ce Mangemort t'a gardée avec lui, avant de te confier au directeur. Je ne connais pas la nature de leur échange. Quand je t'ai récupérée pour te ramener à Oliver, tu étais profondément endormie et tu souriais dans ton sommeil.
Les doigts de la sorcière effleurèrent avec tendresse les joues rebondies de sa petite protégée.
- Molly et moi-même avons tout expliqué à Oliver. Tu t'es réveillée vingt-quatre heures plus tard, sans te souvenir des quelques jours passés avec ta mère, cette mère que tu n'arrêtais pas de réclamer.
Le sourire de Morgan s'effaça, remplacé par un regard empli de larmes.
- Oliver te répétait qu'elle ne reviendrait pas, mais tu continuais de la chercher partout et tu pleurais chaque nuit... Une seule présence parvenait à te calmer : la Chose.
Hazel pressa sa fidèle peluche contre son cœur. Morgan jeta un regard au doudou élimé.
- C'est curieux, je viens de me rappeler d'un détail...
- Quoi donc ?
- Quand je t'ai récupérée, ta peluche avait la même odeur qu'aujourd'hui. C'est quoi ? Du chocolat ? De la praline ?
- De la noisette, expliqua Hazel. À Poudlard, j'ai pris une potion calmante qui avait le même goût.
Morgan se rapprocha de la jeune fille. Celle-ci se lova contre elle, la tête posée contre sa poitrine. Hazel frotta sa joue contre le tissu de la chemise bariolée de son amie et renifla le délicat parfum sucré, tellement plus rassurant que les odeurs chargées émanant des peaux de Jekyll ou de Mary ! La sorcière fit glisser ses doigts dans la frange poisseuse de sueur et tenta de lui redonner forme.
- Ton père voulait seulement te protéger, Hazel. Tu ne peux pas lui en vouloir d'avoir tenté de préserver ton enfance et ton intimité.
Morgan se saisit du visage de Hazel et la contempla avec attention.
- Tu es une Black et ton histoire aurait fait les choux gras de la presse magique ! Oliver et moi avons dû écarter bien des journalistes indélicats de l'Allée des cerisiers.
- Et cet homme, ce Mangemort, s'enquit Hazel. Qu'est-il devenu ?
- Je l'ignore. Peut-être a-t-il été tué par un Auror, emprisonné à Azkaban ou alors, Tu-Sais-Qui l'a assassiné. Les traîtres et les sensibles ne faisaient pas long feu dans ses rangs.
Hazel se recroquevilla contre Morgan. Elle ne connaîtrait probablement jamais l'identité de son « sauveur », mais elle espérait bien que, de là où il était, il recevrait le merci silencieux qu'elle lui adressa à cet instant.
Morgan et Hazel restèrent un long moment enlacées. La flamboyante sorcière se décida néanmoins à briser cet instant complice et bondit hors du lit. Hazel, toujours emmitouflée dans sa couverture malodorante se redressa sur un coude. Morgan ouvrit la fenêtre d'un geste vif, permettant à la pauvre Circé de se dégourdir les ailes. La petite chouette fit quelques vols planés avant de disparaître dans la brume londonienne. Le froid matinal vint piquer le visage de la jeune sorcière. Elle se mit à grelotter et resserra la couverture autour de son corps. Un grognement vint lui chatouiller l'estomac : elle devrait bien sortir pour se nourrir un tant soit peu ! Morgan résolut le problème à sa façon : elle pointa sa baguette vers Hazel et d'un sort exécuté avec habilité, lui fit quitter son nid. Hazel se retrouva étalée sur la moquette, enchevêtrée dans ses draps, la Chose posée sur son visage. Elle se débarrassa de la peluche, se releva et se retrouva face au carnage provoqué par Nobert : une grande partie de la tapisserie avait été déchirée à coups de griffes, le petit Niffleur avait fait un sort à son tapis et aux vêtements rangés dans son armoire. Il avait également redécoré la salle de bains à coups de dentifrice et de shampooing ; la valise, maculée de chocolat, avait été éventrée et les plumes déchiquetées gisaient à même le sol couvert d'encre et de parchemins rongés.
Morgan examinait les dégâts d'un œil critique. Elle se pencha et ramassa le pauvre manuel de potions amputé de plusieurs pages.
- Tu vas avoir de sérieux ennuis.
Le manuel de potions était le seul ayant subi les foudres de Norbert. Il avait épargné les autres livres, se contenant de les éparpiller aux quatre coins de la chambre. Hazel quitta sa couverture et se rapprocha du bienheureux endormi. Elle arrangea la mangeoire détachée par la petite créature.
- Ça ne sera pas la première fois, ni la dernière fois avec Rogue, murmura-t-elle en caressant le Niffleur.
- Hazel, voyons !
Elle se retourna vers son ancienne nourrice et esquissa une grimace que Rogue aurait sans doute désapprouvée ! Morgan, partagée entre l'amusement et l'agacement, mit fin à cette discussion. Elle leva sa baguette et d'un coup habile, rendit un aspect plus convenable à la chambre de sa protégée.
- Préparez-vous jeune fille, ordonna-t-elle en pointant sa baguette vers Hazel. Nous allons t'acheter un nouveau manuel de potions.
- Je n'ai pas envie de sortir, bougonna la jeune fille.
- Et louper le Chemin de Traverse à Noël ! Jamais de la vie ! Tu as dix minutes pour te préparer, pas une de plus !
Morgan s'éclipsa dans un courant d'air, sans oublier toutefois de réparer le verrou de la porte. Hazel se pencha vers la fenêtre et fut tentée d'enjamber le rebord, de descendre par la gouttière et de s'enfuir jusqu'à la gare. Elle referma la fenêtre, maudissant sa propre stupidité : comment pourrait-elle s'échapper, chargée de ses affaires, de la cage de Circé et de Norbert ? Son regard dévia jusqu'à sa baguette posée en évidence sur son bureau. Quant à user de la magie... elle risquait d'avoir de tels ennuis qu'à côté, toute une nuit passée dans le bureau de Rusard, suspendue par les pieds à une chaîne, serait une partie de plaisir ! S'avouant vaincue et comprenant que toute tentative de fuite était vouée à l'échec, Hazel se vêtit, réveilla Norbert et le glissa dans la poche de son manteau.
Elle descendit l'escalier sur la pointe des pieds et fut accueillie par une délicieuse odeur provenant de la cuisine. Son estomac la fit franchir le seuil de la pièce. Oliver s'activait devant les fourneaux, tout en écoutant une Morgan, perchée sur le plan de travail, commenter les informations moldues défilant sur le poste de télévision.
Hazel s'installa à table, prenant soin de se cacher derrière le paquet de céréales et découvrit un papier plié posé à côté de son bol. Elle le déplia, découvrant un dessin exécuté par son père : Norbert portant des petites cornes démoniaques. Hazel fut surprise par ce geste. Elle était persuadée que son père avait renoncé au dessin et avait jeté tout son matériel pour plaire à Mary, jugeant son passe-temps inutile. Ce dessin raviva bien des souvenirs : quand elle était petite, Oliver avait l'habitude de lui offrir des dessins à chaque étape importante de sa vie ou quand elle était chagrinée. Il ne lui avait pas donné de dessin lors de son départ pour Poudlard... la nostalgie laissa de nouveau place à un souffle de ressentiments. Elle chiffonna le dessin et le fourra dans sa poche, espérant bien que Norbert lui fasse subir le même que le manuel de potions ! S'il espérait l'acheter avec son gribouillage et une montagne de pancakes, il se trompait !
Alléché par l'odeur, Norbert sortit de sa poche et déroba une petite crêpe qu'il dévora par petits bouts, en poussant des cris ravis. Morgan pointa sa baguette vers la télévision pour l'éteindre. Oliver se retourna et Hazel fit mine de s'intéresser à ses ongles. Norbert continuait sa dégustation, sans se soucier de la tension régnant dans la cuisine.
- Où comptez-vous aller ? demanda Oliver d'une voix enrouée.
- Sur le Chemin de Traverse, expliqua Morgan avec précipitation. Hazel a besoin de nouvelles affaires et je pense qu'elle a envie de faire quelques emplettes.
La jeune sorcière se leva en faisant grincer sa chaise.
- On y va ?
- Mon chou, tu n'as rien mangé ! s'écria son ancienne nourrice. Tu...
- Je n'ai pas faim, répliqua la demoiselle en dardant son regard vers son père.
Elle attrapa Norbert et le fourra dans sa poche avant de quitter la cuisine. Elle entendit Morgan proposer à Oliver de les accompagner, mais ce dernier déclina l'offre, prétextant avoir du travail. Comme c'était étonnant, ironisa Hazel. Il avait du temps pour Mary, - d'ailleurs elle se demandait bien où était passée sa marâtre -, mais jamais pour elle ! Elle resserra son écharpe autour de son cou et sortit de la maison.
Une fois le portillon franchi, elle s'adossa contre la grille et observa les quelques passants s'aventurant dans la brume matinale. La veille, la neige était tombée en abondance et la rue terne avait revêtu son plus bel habit de fête. Hazel porta ses mains à ses lèvres, regrettant d'avoir oublié ses gants, elle souffla sur ses doigts engourdis pour les réchauffer. Oliver et Morgan arrivèrent à cet instant, Hazel fit mine de s'intéresser à la vieille dame promenant son immonde carlin. Son père, engoncé dans son costume élégant, s'approcha d'elle et lui tendit une paire de gants.
- Je pense que tu en auras besoin.
Hazel les lui arracha sans un remerciement. Oliver s'éloigna, tête basse. Morgan et lui échangèrent quelques paroles. La jeune sorcière jeta un regard au duo. Elle vit son amie tendre un papier au comptable avant de lui glisser quelques mots à l'oreille. Oliver secoua la tête, glissa le papier dans son attaché-case et partit. Hazel sentit son cœur se serrer à la vue de cette silhouette tassée, s'évanouissant dans le brouillard. La fillette sommeillant en elle avait envie de courir après ce père tant aimé pour se réfugier dans ses bras. Elle résista, serrant son poing dans sa poche. Son côté borné, lui prédisait Morgan, lui jouerait de bien vilains tours ! Hazel le savait, mais piquée dans son honneur, elle refusait cette fois-ci de rendre les armes, quitte à en souffrir...
Morgan revint vers elle, la mine déconfite.
- Les Moldus et le travail...
- Et toi ? demanda Hazel avec vivacité, afin d'oublier son père, tu es en vacances ?
La sorcière esquissa un sourire malicieux, dévoilant sa dentition imparfaite. Hazel avait appris, suite à la révélation concernant ses pouvoirs, que sa nourrice n'était pas seulement sa « nanny », mais qu'elle travaillait aussi au Ministère de la magie, au comité des inventions d'excuses à l'usage des Moldus. Un emploi plutôt tranquille, selon les propres mots de Morgan.
- Non, mais en cas de force majeure, j'ai le droit de quitter mon bureau. Petit privilège dû à Dumbledore.
- Dumbledore semble avoir le bras long, déclara Hazel en se frottant les mains.
- Dumbledore ferait un excellent ministre de la magie. J'ai toujours pensé qu'il en savait bien plus qu'il n'en laissait paraître...
Hazel acquiesça en silence. Lors de ses quelques rencontres avec le directeur de Poudlard, elle avait eu cette curieuse impression qu'il lisait en elle, devinant certaines de ses pensées les plus intimes. Maintenant qu'elle avait appris le rôle qu'il avait joué dans son passé, elle comprenait mieux cette sensation. Oserait-elle, un jour, lui demander l'identité de son « sauveur » ?
- Recule-toi, mon chou, fit Morgan en tirant sa baguette de sa poche.
Hazel s'exécuta. Morgan, après s'être assurée que nul Moldu ne se trouvait dans les parages, agita sa baguette en l'air, celle-ci émit une petite lumière violette. Un klaxon se fit entendre et une paire de phare se dessina dans le brouillard. La voiture débarqua dans un crissement de pneus aigu et s'arrêta sur le trottoir. Le taxi n'avait pas la couleur habituelle des taxis londoniens, mais possédait une belle couleur violette et la carrosserie était ornée d'un magnifique Abraxan argenté aux ailes déployées. La portière côté passager s'ouvrit, laissant échapper un chant de Noël de l'habitacle.
- Taximagic à votre service ! C'est pas vrai... Morgan Prewett ! s'écria la conductrice, une jolie femme noire.
- Bonjour Bessie, répondit Morgan en s'engouffrant dans le taxi.
Hazel se glissa sur la banquette arrière et eut la surprise de voir que le taxi offrait un espace plus que spacieux et confortable ! Elle pouvait même allonger ses jambes sans toucher le siège de Morgan. La dénommée Bessie abaissa son pare-soleil, recouvert d'étranges boutons colorés.
- La demoiselle a faim ? A soif ?
- Euh, oui... répondit Hazel en répondant aux désirs de son ventre gargouillant.
Bessie pianota quelques notes sur son étrange objet. Une petite mélodie se fit entendre et un plateau sortit du dossier du siège passager, présentant un verre de lait chaud et une assiette de pâtisseries à la jeune fille affamée. Le véhicule démarra et le chant de Noël se fit plus ténu.
Tout en se gavant de gâteaux, Hazel suivait la conversation des deux femmes. Bessie, une amie d'enfance de Morgan, était la propriétaire de la compagnie de taxis magiques. Sa petite entreprise ne connaissait pas la crise et, bien au contraire, rencontrait un succès florissant.
- Comme quoi, s'esclaffa la jeune femme, même une Poufsouffle est capable de réaliser de belles choses ! J'ai dix employés à mon service et je viens d'embaucher un nouveau conducteur, un petit jeune prometteur, bien qu'un peu téméraire...
- Et ton autre projet ?
Hazel porta ses doigts à sa bouche et se mit à lécher le sucre collant à sa peau.
- Pour l'instant, c'est top secret ! Mais je compte bien développer ce nouveau concept d'ici quelques mois.
Elle jeta un regard amical au rétroviseur.
- Que penserais-tu de voyager en bus magique ?
- Ça serait génial, s'écria Hazel. Je déteste le balai volant !
Bessie esquissa une grimace compatissante.
- Moi de même. Tu es dans quelle maison, Hazel ?
- Gryffondor.
Bessie jeta un regard étonné à sa meilleure amie. Elle s'attendait sans doute, au vu de l'héritage maternel, qu'Hazel appartienne à une toute autre maison. Elle reprit contenance et reporta son attention sur la jeune sorcière :
- McGonagall enseigne toujours ? Et Binns ? Ses cours étaient à mourir d'ennui !
Hazel éclata de rire et confirma que les cours d'histoire, dispensés par le seul professeur fantôme de l'école, étaient toujours aussi mortels ; en revanche, quand elle nomma le maître des potions, elle vit le visage de Bessie se crisper.
- Dumbledore a vraiment nommé Severus Rogue, professeur ?!
- Rogue enseigne depuis deux ans, je crois...
- Severus Rogue... ce type doit être un modèle de bienveillance, ironisa Bessie. A-t-il réussi à mettre au point une potion pour dégraisser ses cheveux et blanchir ses dents ?
- Bessie, soupira une Morgan amusée.
- Quel odieux bonhomme ! Tu te rappelles comment il se pavanait avec Malefoy et toute la clique ? J'étais bien contente quand James Potter lui rabattait son caquet ! Tu te souviens de son surnom ? Servilus, cela lui allait comme un gant à lui et à son gros nez fouineur !
Les deux femmes échangèrent un regard complice et se mirent à pouffer de rire, telles deux adolescentes en train de jouer un mauvais tour à un enseignant. En voyant Morgan sourire, Hazel pouvait imaginer l'adolescente qu'elle fut et qu'elle n'avait jamais cessé d'être : espiègle, sympathique et dépourvue de toute méchanceté. Les deux amies se lancèrent dans une longue évocation de leurs meilleurs coups à Poudlard et de leurs maladresses dans certains cours. Hazel se lova sur la banquette arrière, bercée par leurs paroles, tandis que le taxi se faufilait sans difficulté entre les files de voitures embouteillées.
- Ah, soupira Bessie en évitant un poids-lourd de justesse, c'était la bonne époque ! Les cours, les copains... Sans compter que notre salle commune se trouvait juste à côté des cuisines ! Certains elfes de maison nous offraient de la nourriture en plus !
- Oui, déclara Morgan avec nostalgie, c'était le bon temps...
Bessie approuva son amie et régala Hazel de quelques anecdotes sur sa scolarité, elle confessa même son petit faible, en cinquième année, pour un certain Sirius Black. Elle n'était pas la seule à avoir succombé aux charmes de l'inaccessible Gryffondor et elle avait fait partie d'une cohorte de cœurs brisés quand sa lettre d'amour, la trentième d'une longue série, était demeurée sans réponse ! Bessie ponctua son aveu d'un rire moqueur envers elle-même, adolescente énamourée. Hazel n'avait aucun mal à imaginer toutes ces personnes : Morgan, Bessie, Sirius, Lily et James Potter comme des adolescents insouciants. Rogue, en revanche... il n'y avait aucune étincelle de jeunesse en lui, à croire qu'il était né adulte, déjà vêtu de son sinistre manteau noir. Haï par ses pairs lors de son adolescence, haï par ses élèves à l'heure actuelle, Hazel en viendrait presque à avoir pitié du triste sire ! Délaissant Bessie, Morgan et leurs souvenirs, la jeune sorcière laissa vagabonder ses pensées jusqu'aux cachots. Elle se souvint alors de cette tristesse lue sur son visage lorsqu'elle avait osé effleurer son Patronus. D'après Jonathan, certains Patronus pouvaient refléter les sentiments de leur créateur et en touchant celui de Rogue, Hazel aurait pu avoir accès à ses émotions. Quels secrets, cet indicible chagrin dissimulait-il ? Misty taquinait Hazel sur son intérêt pour Rogue, décrétant que son directeur de maison serait sans doute stupéfait d'être l'objet d'une telle fascination ! Hazel répondait par un grand éclat de rire pour masquer sa propre confusion et ses propres interrogations qui ne cessaient de la tarauder sur le lien mystérieux tissé entre elle et Rogue.
La voiture s'engagea dans une petite rue étroite. Hazel chassa ses questionnements de son esprit et appuya sa joue contre la vitre. Les piétons moldus emmitouflés dans leurs manteaux ne prêtaient aucune attention au taxi violet. Une vieille femme se retourna néanmoins, quand le taxi la frôla. Bessie ralentit à l'intersection, Hazel put observer les passants se promenant sous les flocons matinaux : un jeune couple, se tenant par la main, parcouraient la rue d'un air confiant, une jeune mère tirait par la main, un petit garçon aux longs cheveux noirs tandis qu'un livreur, chargé de paquets, virevoltait parmi la foule devenant de plus en plus dense. La morosité de Hazel s'envola et elle se décida à profiter de cette journée !
La voiture s'arrêta en douceur devant un pub bien connu. Hazel sourit en reconnaissant la devanture miteuse abritant Le Chaudron baveur. Elle descendit du taxi et se plaça près de Morgan, saluant Bessie par la portière restée ouverte, quand un autre taxi, tout aussi rutilant, lancé à toute vitesse, s'immobilisa en renversant une poubelle. La portière passagère s'ouvrit sur un Oliver au teint verdâtre. Il tituba sur quelques mètres avant de vomir dans la poubelle. Son attaché-case s'envola par la fenêtre et atterrit dans une flaque boueuse. Une voix juvénile se fit alors entendre :
- Ça f'ra dix Mornilles !
Morgan se tourna vers Bessie, paya la course avant de rejoindre le deuxième véhicule. Hazel salua la conductrice qui démarra dans une trombe enneigée et en donnant des coups de klaxon.
Hazel s'approcha de son père. Celui-ci épongeait son front moite de sueur à l'aide de sa cravate. Il fut saisi d'un nouveau haut-le-cœur et acheva de rendre son petit-déjeuner.
- Pa' ? s'enquit une Hazel plus qu'inquiète. Ça va ?
Elle posa sa main sur l'épaule tremblante et la massa avec affection. Oliver parut touché par ce simple geste. Il releva la tête de la poubelle et tenta de lui adresser son sourire le plus brave.
- Le voyage fut un peu rude, confessa Oliver en tentant de reprendre son souffle.
Le taxi repartit en trombe, arrachant un réverbère sur son passage, avant de s'engouffrer dans une ruelle étroite.
- La nouvelle recrue de Bessie ne manque pas d'allure, déclara Morgan en les rejoignant. Vous venez finalement avec nous, Oliver ?
- Et bien, si Hazel...
Il laissa sa phrase en suspens, guettant la réponse de son enfant. Hazel se mit à gratter le crâne de Norbert pour se donner du courage. Elle redressa le menton, osant fixer son père dans les yeux.
- Oui.
Oliver sourit.
- Mais ça ne veut pas dire que je t'ai pardonné.
Le sourire d'Oliver s'effaça. Hazel tourna les talons et entra dans le pub. Oliver, perdu, ne comprenant plus sa petite fille chérie, ne savait comment réagir. Morgan lui pressa l'épaule avec douceur.
- Tout finira par s'arranger.
- Je l'espère...
Morgan ramassa l'attaché-case humide et couvert de boue. Les documents qu'il contenait étaient mouillés et inexploitables.
- Voulez-vous que je vous le garde ?
Morgan ne se séparait jamais de son sac en tapisserie fleurie, capable de contenir bien des objets en dépit de sa taille ! Oliver observa sa serviette quelques secondes avant de se rapprocher de la sorcière, près, trop près... La pauvre Morgan sentit ses joues s'enflammer et elle se mit à bredouiller des suites de phrases sans queue ni tête. Oliver, un brin rougissant, détacha l'attaché-case des doigts de Morgan et avec lenteur, le plaça dans la poubelle. Ils se regardèrent, gênés, tels deux enfants pris en faute, avant de se décider à entrer dans le pub. Morgan voulut le laisser passer, Oliver voulut faire preuve de galanterie et tous deux se retrouvèrent coincés dans l' encadrure de la porte. Morgan se dégagea, sa poitrine frôla le torse d'Evans père. un même trouble les saisit et sans l'intervention d'un client pressé, désireux d'entrer, ils n'auraient jamais osé se détacher l'un de l'autre ! Incommodés, ils pénétrèrent dans le pub bruyant et retrouvèrent Hazel, patientant près de la porte menant à la petite cour intérieure. La jeune sorcière leur jeta un regard suspicieux, mais ne pipa mot : elle ne souhaitait pas se mêler des affaires des adultes, trop compliquées à comprendre !
Ils sortirent dans la courette et Morgan répéta l'opération exécutée quelques mois plus tôt. Sous le regard ébahi d'Oliver Evans, le chemin de Traverse se dévoila. En cette belle journée hivernale, la foule était dense et bariolée ; tout en marchant aux côtés des deux sorcières, Oliver ne cessait de jeter des coups d'œil curieux aux nombreux chapeaux pointus et autres capes colorées l'entourant. Hazel surveillant son père toute en discrétion : il observait tout, sans manifester aucune crainte, ni mouvement de dégoût. Un homme élégant, portant une canne splendide, les bouscula sans s'excuser. Il conversait ou plutôt houspillait une étrange créature aux longues oreilles.
- Dépêche-toi Dobby ! Nous devons trouver un quarantième cadeau pour Drago !
La pauvre créature obéit tant bien que mal, croulant sous le poids des paquets qu'il tenait entre les bras. Hazel eut pitié du pauvre elfe de maison marchant avec difficulté dans la neige épaisse, peinant à adapter son allure à celle de son maître.
- C'est incroyable, chuchota Oliver qui ne parvenait pas à quitter le duo du regard.
Craignant d'être impoli, il s'arracha à sa contemplation et suivit les deux femmes dans la première boutique désignée par Morgan : une boutique de confection nommée De fil en aiguille.
La petite boutique était pleine à craquer et Hazel eut bien du mal à se faufiler parmi les clients se disputant des manteaux et autres pulls chauds. Pour faire plaisir à Morgan, elle s'acheta un pull et s'aventura au fond de la boutique, beaucoup plus calme. Une paire d'aiguilles tricotaient une longue écharpe aux couleurs chamarrées. Hazel voulait offrir un cadeau à son ancienne nourrice et hésitait entre une écharpe et un foulard. Elle se pencha vers un bac et en tira une belle étole bleu nuit décorée d'étoiles représentant les différentes constellations. Le dessin des étoiles ne cessait de varier et Hazel trouvait que celle-ci siérait à merveille à Morgan. La jeune sorcière se mit à fouiner dans la pile de vêtements en solde et dénicha une paire de gants noirs, simples mais confortables. Prise d'une impulsion, Hazel prit les gants et les dissimula sous le foulard posé sur son bras. Alors qu'elle s'apprêtait à passer en caisse, un rire familier lui fit tourner la tête. Morgan s'amusait à passer de multiples étoles, dont une de renard bien vivant, autour du cou du pauvre Oliver. Le visage de celui-ci paraissait rajeuni et les soucis hantant ses yeux avaient disparu. Ses lunettes posées en équilibre sur son nez empâté lui conféraient un air ridicule. Hazel ne put réprimer un sourire quand elle vit Oliver, se prenant au jeu, passer une écharpe à pompons fredonnant des chants de Noël autour du cou de Morgan. La jeune sorcière remarqua alors le pull porté par son père : le vêtement, d'un vert hideux, représentait un elfe de maison arborant un bonnet rouge et doré. Hazel sentit une bouffée de tendresse l'envahir : c'est ainsi qu'elle l'aimait, son escogriffe de père, quand il ne se souciait pas de son apparence et profitait de son existence sans se poser de questions. Oliver releva la tête et adressa un signe de la main à sa fille. Hazel se contenta d'un vague signe de tête avant de se retourner vers la vendeuse. Elle paya ses achats et rejoignit Morgan, qui avait réussi à convaincre Oliver de la laisser lui offrir l'affreux pull.
***
Hazel abandonna Morgan et Oliver, pouffant et conspirant comme deux compères s'apprêtant à commettre un tour pendable, devant Fleury & Bott. Elle les vit s'éloigner en se donnant des coups de coude amicaux et en bavardant avec animation. Cela lui rappelait leurs promenades dans la forêt quand ils vivaient encore dans l'Allée des Cerisiers. Refusant de se laisser gagner par la mélancolie, Hazel franchit le seuil de la librairie. Celle-ci était noire de monde et les rayonnages étaient pris d'assaut ! Les livres voltigeaient avec nervosité hors des rayonnages, se cognant quelquefois contre des lecteurs adossés contre les murs ou assis par terre, plongés en pleine lecture. En se dirigeant vers l'allée consacrée aux potions, Hazel remarqua la femme, l'invitée du jour, trônant au milieu de la boutique. Vêtue d'une robe collante et criarde, elle était assise sur un haut tabouret et pointait la foule de ses admirateurs de son petit escarpin pointu. Un chignon de bouclettes blondes et de longs ongles manucurés avec soin complétaient ce drôle de tableau. Elle répondait aux questions des lecteurs avides, en ponctuant chacune de ses interventions par une petite noue mi-moqueuse, mi-séductrice. Une plume prenait des notes sur un petit calepin lévitant près de son visage. Une plume à Papote, devina Hazel. Rain Stoker en avait fait brièvement usage lors du dernier cours de potions, avant que l'objet ne finisse plongé dans un chaudron par les bons soins de Rogue. Hazel prit son manuel et s'avança jusqu'à l'étal présentant divers articles de papeterie. Elle se décida pour un carnet à croquis en cuir et une plume à vérificateur d'orthographe pour son père.
En repassant devant la table où étaient exposés les ouvrages de l'invitée du jour, le regard de Hazel fut attiré par un livre et surtout, par le visage boudeur en couverture. Elle s'approcha et eut un mouvement de surprise : le menton de l'homme lui rappelait fortement le sien ! Elle déchiffra le titre s'étalant en lettres argentées : Le Mystère Black : grandeur et décadence d'une famille aux multiples secrets. Piquée par la curiosité, elle se joignit à la troupe des lecteurs et parvint à se placer face à l'auteur. Celle-ci répondait à une question posée par un admirateur :
- Mon auteur favori ? Mis à part moi-même, je dirais Gilderoy Lockhart. Il est au récit d'aventures, ce que je suis à l'enquête journalistique : talent, professionnalisme et honnêteté. J'ai dévoré son Entretien avec des vampires. Quel courage ! J'ai particulièrement apprécié le passage où il raconte son combat, armé seulement d'une gousse d'ail, contre une horde de vampires sanguinaires.
- Mrs. Skeeter, s'enquit un autre admirateur, avez-vous une idée pour votre prochain livre ?
La plume à Papote s'immobilisa, Skeeter humecta ses lèvres tartinées d'un épais rouge à lèvres rose pâle et répondit d'un ton se voulant mystérieux :
- J'aimerais écrire une biographie exhaustive, totale, partiale et sincère sur ce bon vieux Albus Dumbledore. Le sujet me passionne depuis tant d' années ! L'Ordre du Phénix, sa lutte contre Vous-Savez-Qui, son lien si particulier avec Grindelwald, les petits secrets de son adolescence, ses petites bêtises d'enfance... Avec moi, vous saurez tout, absolument tout sur Dumbledore !
D'autres questions se succédèrent à une allure folle, la pauvre plume à Papote gribouillait avec frénésie, manquant de peu d'enflammer le papier ! Rita Skeeter mit finalement fin à l'entretien et convia ses lecteurs à se procurer l'un de ses nombreux ouvrages pour une dédicace. Ses fidèles se ruèrent sur son dernier livre, Christopher Chant : L'imposture d'un génie ou le génie d'un imposteur ? , laissant Hazel seule, face à l'ouvrage consacré à une partie de sa famille. Elle ouvrit la première page, parcourant la table des matières. Skeeter était remontée jusqu'au XIXe siècle et évoquait des personnes disparues telles que Phineas Nigellus Black ou Cygnus Black et s'était arrêtée à un certain Regulus Black. Parmi le long défilé de prénoms, Hazel vit celui de son grand-père Alphard, de sa mère et de Sirius Black. Elle fut fortement intriguée par un prénom et un nom, coincés entre ceux de Sirius Black et de Dahlia Black, un mystérieux intrus portant le nom d'Altaïr Hyde. Que faisait donc un Hyde parmi les Black ? Ce nom, elle ignorait pourquoi, l'attirait de façon irrésistible. Elle s'apprêtait à ouvrir la page consacrée à cet homme, quand une main aux longs ongles vernis s'abattit sur son poignet.
- Un livre consulté est un livre acheté, jeune demoiselle.
Hazel retira sa main et se retourna vers la journaliste. Celle-ci croisa les bras sur sa poitrine généreuse. Son carnet noirci de notes lévitait près de sa figure inquisitrice et la plume à Popote tendait sa pointe dorée vers Hazel. Skeeter se pencha vers elle et l'observa avec attention, ses petits yeux de myope pétillant de curiosité derrière ses imposantes lunettes à écailles.
- À qui ai-je donc l'honneur ? s'enquit-elle d'une voix sucrée.
La plume magique inscrivit quelques mots sur le carnet. Hazel déglutit avec difficulté.
- Je... bredouilla Hazel, je comptais acheter votre livre...
- Je n'en doutais pas une seconde, répondit Skeeter en plaquant un sourire hypocrite sur son visage fardé avec élégance.
Ses yeux glissèrent sur Hazel avant de s'arrêter sur le livre. Hazel se mit à observer le bout de ses souliers.
- À quel nom dois-je mettre la dédicace ?
- Ha... Judy Abbott, répondit Hazel avec précipitation, donnant le premier nom lui venant à l'esprit, en l'occurrence, celui de sa camarade de dortoir.
La plume à Papote frôla la joue de Hazel avant d'esquisser une vague signature sur la page de garde. Rita Skeeter ferma le livre et le tendit à la jeune sorcière.
- Bonne lecture, Miss Abbott, en souhaitant que cette lecture vous soit agréable et profitable.
La journaliste s'en retourna à ses autres admirateurs, se dandinant dans sa robe trop serrée et titubant sur ses talons trop hauts.
- Judy Abbott, hein ? se moqua une voix bien connue de Hazel.
La jeune sorcière, son livre pressé contre son cœur, se retourna et se retrouva nez à nez avec Rain Stoker. La Serpentarde la dévisageait avec malice, se pourléchant presque les babines : elle n'avait jamais vraiment digéré l'éclatement du trio qu'elle formait avec Misty et Seren, mais se méfiait trop de ses deux anciens compères pour oser tenter quoi que ce soit à l'encontre de Hazel, qu'elle jugeait responsable de cet abandon amical.
- Je me demande comment réagirait cette fouineuse de Rita Skeeter si elle apprenait que la fille de Dahlia Black se trouvait dans les parages !
- Rain, s'il te plaît...
Hazel n'avait nullement envie d'attirer l'attention, et surtout celle de la journaliste, sur sa présence. Son instinct lui conseillait de ne pas se laisser attraper par les griffes de Skeeter.
La Serpentarde se hissa sur la pointe des pieds et mit ses mains en porte-voix :
- Ça serait amusant, tu ne crois pas ?
Hazel voulut l'empêcher d'agir mais un homme se plaça derrière Rain et posa une main autoritaire contre sa bouche, lui coupant le sifflet.
- Tu n'en feras rien, Rain.
Hazel piqua un fard et balbutia quelques mots de remerciements à l'égard de son sauveur. Celui-ci se contenta d'un clin d'œil amical, qui la fit se sentir bien bête ! Le jeune homme accompagnant Rain était d'une beauté à faire chavirer le cœur d'une gargouille ! D'une taille impressionnante, il possédait de très beaux traits indiens et une abondante chevelure noire. Ses jambes, démesurées, faisaient penser à celles d'un agile et élégant faucheux.
- De quoi tu te mêles, grogna Rain en écartant la main du jeune homme. T'as pas d'autres cadeaux à acheter à ta petite amie secrète ?
Le visage du jeune homme vira au cramoisi. Hazel aperçut le panier débordant de livres, qu'il portait autour du poignet. Elle fut attirée par un petit livre, à la couverture rougeoyante, orné de magnifiques lettres dorées. Un tel ouvrage devait valoir un joli petit paquet de Gallions ! Le jeune homme toussota pour masquer sa gêne et offrit son plus beau sourire à Hazel.
- Qui êtes-vous ?
- La fausse Judy Abbott, intervint Rain, bien décidée à ne pas se laisser piquer la vedette, ou plutôt la seule et unique Hazel Evans.
Hazel vit une pointe de déception, puis la confusion se peindre sur le visage du jeune sorcier.
- Judy Abbott, je ne comprends pas...
- Je suis sûre que Evans a une explication, renchérit Rain en roulant des yeux, usurpation d'identité, ça peut te coûter cher !
Hazel resserra son étreinte autour du livre. Le jeune homme se pencha vers elle et déchiffra le titre de l'ouvrage.
- Oh, je vois... Vous ne vouliez pas attirer l'attention de Skeeter, ce que je peux comprendre... mais si je puis me permettre un conseil.
Il jeta un regard par - dessus son épaule, en direction de Skeeter entourée d'une foule d'admirateurs.
- Si j'étais vous, je n'accorderais pas grand crédit à ce qui doit être un ramassis d'informations erronées et de mensonges. Skeeter est tout, sauf fiable.
- Tu sais quoi, Jervis ? Tu devrais continuer tes emplettes et nous laisser Evans et moi, si tu ne veux pas que Skeeter te mette à nouveau le grappin dessus et ne publie un nouvel article sur le « célibataire le plus convoité du monde magique anglais ».
Le jeune homme lança un regard à Skeeter et après avoir salué Hazel, repartit dans la librairie. En le voyant se diriger vers un obscur rayonnage, Hazel soupçonna qu'il désirait surtout se cacher de la plume à Papote de Rita Skeeter.
- Crétin, grommela Rain avant de reporter son attention sur Hazel. Je te préviens Evans, ne compte pas faire ami-ami avec mon idiot de demi-frère. Jervis est peut-être un idiot, mais dans la famille, nous n'aimons ni les Sangs-de-bourbe, ni les Sangs mêlés et encore moins les orphelins dépourvus de pedigree et de richesse. Contrairement à Wilde et Doyle, je n'ai aucune envie de copiner avec de bien piètres personnages !
Rain se rapprocha de Hazel, moqueuse. Par réflexe, la jeune fille se recula, le livre serré contre elle. Rain agita son index droit et le pointa vers l'ouvrage de Skeeter.
- Tu veux savoir des choses sur les Black, suffit de me demander, mais je ne suis pas sûre que mes histoires te plairont.
À cet instant, Nobert jaillit de la proche de Hazel et apercevant la petite bague dorée brillant autour du doigt de Rain, ne put se contenir davantage. Il se pencha vers la main convoitée et lui pinça la peau avec violence. Rain poussa un cri de terreur et se recula, la main en sang. De nombreux regards se tournèrent vers elles. Hazel en profita pour se faufiler entre les rayonnages, paya ses livres et s'enfuit de la librairie avant d'être poursuive par Skeeter et Rain !
Elle retrouva Morgan et Oliver au coin de la rue. Elle dissimula les livres dans sa poche magique et s'empressa de les rejoindre, elle ne voulait pas attirer leur attention sur l'ouvrage consacré aux Black. Oliver s'écarta de Morgan, comme s'il se sentait pris en faute. Hazel ressentait une tension entre les adultes, mais elle était bien incapable d'en saisir les troubles enjeux ! Morgan se glissa aux côtés de Hazel et lui enveloppa les épaules d'un geste protecteur. Le trio se remit en marche, silencieux.
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Après de nombreuses haltes dans différentes boutiques, Morgan décréta qu'il était temps pour eux, de faire une pause. Sa proposition fut accueillie avec joie par les deux Evans. Ils se rendirent dans la nouvelle boutique à la mode : Wonka & Bucket. Morgan et Oliver s'installèrent dans le salon jouxtant la confiserie, autorisant Hazel à effectuer ses derniers achats avant de commander la collation. Hazel laissa les deux adultes discutant à bâtons rompus.
En pénétrant dans l'immense boutique, Hazel se retrouva assaillie par un flot d'odeurs sucrées et savoureuses : elle se trouvait bel et bien dans le palais de la gourmandise et de l'abondance ! Les rayons débordaient de confiseries en tout genre ; au centre, trônait une immense fontaine crachant des litres et des litres de chocolat recueilli par les clients dans des cornets exhalant une appétissante odeur de gaufre cuite. Hazel traversa une allée et se retrouva face à un petit groupe de jeunes sorciers léchant une tapisserie collée sur le mur. En s'approchant, une Hazel ébahie lut la pancarte flottant au-dessus de leurs têtes : Tapisserie sucrée, attrape-gourmands garanti. Charlie et Jonathan adoreraient sans doute décorer leur dortoir d'une pareille merveille ! Elle n'avait cependant pas les moyens de leur offrir ce petit caprice sucré. Hazel se détacha du petit groupe et bifurqua vers la droite et se retrouva entre deux rangées d'aquariums remplis de sucre candi et de petits animaux en chocolats en bonbons nageant dans cette eau collante. Elle s'approcha d'un aquarium et ne put réprimer un frisson à la vue des petits Strangulots en pâte d'amande se découpant les uns les autres. Après sa très mauvaise expérience avec ces créatures, la jeune sorcière n'était pas d'humeur à en offrir, fussent-elles de sucre, à ses amis ! Elle s'aventura dans un autre rayon et se retrouva complètement perdue, au beau milieu d'un champ de fleurs aux couleurs appétissantes et aux émanations olfactives. Une sorcière, vêtue d'un uniforme coloré vint à sa rencontre. Elle lui tendit un panier et lui offrit un petit bonbon transparent que Hazel goûta bien volontiers. Elle en frémit de plaisir : un délicat parfum de noisette vint lui chatouiller les papilles, avant que celui-ci ne devienne une belle saveur de fraise à la chantilly.
La jeune sorcière s'apprêtait à demander un conseil à la vendeuse, mais celle-ci était déjà repartie en quête de nouveaux clients. Errant dans la gigantesque confiserie, toujours de plus en plus indécise, Hazel s'arrêta devant une pile de bocaux contenant des bonbons lumineux.
- Puis-je vous aider, petite sorcière ?
Elle leva les yeux. Un homme mince se tenait au-dessus d'elle. Il la salua de son chapeau haut-de-forme décoré d'un sucre d'orge.
- Je ne sais pas quoi acheter pour mes amis, avoua Hazel. Il y a tellement de choix...
- Estimez-vous heureuse d'avoir le choix, ma petite demoiselle. Quand on le perd, cela est tragique.
Il se plaça à côté d'elle et Hazel se retrouva enveloppée par une douce odeur de lait à la cannelle.
- Je vous écoute. Décrivez-moi vos amis et nous saurons leur trouver ce qui leur conviendra le mieux.
Hazel se lança, d'abord intimidée, de plus en plus enthousiaste : elle parla d'abord de la douce Sofia, la mère du petit groupe, toujours prévenante et de bonne humeur, très douée pour les sortilèges ; puis vint le tour de Charlie, le passionné de dragons, un peu râleur et grognon. Elle vanta aussi la mémoire et les connaissances de Jonathan, leur rat de bibliothèque favori ; enfin, elle évoqua les malices de Misty à la langue bien pendue et termina par Seren, le bon gros géant, fasciné par les créatures fantastiques.
L'étrange personnage l'écouta avec attention, esquissant quelquefois un sourire amical. Hazel cessa de parler, essoufflée par ce long monologue. L'homme lui fit signe de la suivre et la guida dans un nouveau dédale d'allées et de rayonnages. Il marchait à pas vifs, levant de temps en temps sa canne couleur chocolat ornée d'une tablette de chocolat dorée. Le panier de Hazel se remplit au fur et à mesure de délicieuses friandises. Quand ils achevèrent leur périple à travers cet univers sucré, Hazel se retrouva avec une plume sucrée longue conservation pour Jonathan, des chocolats pétillants pour Misty, des fruits aux fleurs pour Sofia et des créatures aux trois chocolats pour Charlie et Seren. Il la conduisit aux caisses et alors qu'elle s'apprêtait à le remercier, l'homme avait déjà disparu !
Quel curieux personnage, songea Hazel en se plaçant dans la file de gauche.
Elle se retrouva alors derrière une silhouette bien connue. Elle vit le maître des potions déposer deux petits sachets violets près de la caisse enregistreuse.
- Monsieur désire autre chose ? demanda le caissier au visage poupin.
Un grognement fut la seule réponse qu'il put obtenir. Le jeune homme reprit, peu décontenancé par l'attitude de Rogue :
- Nous allons vous faire un joli paquet, monsieur !
Au grand désespoir de Rogue, le jeune vendeur pesa les deux sachets, tout en débitant des inepties, et ne trouvant pas le nœud les fermant assez brillants, fouina dans son tiroir, en retira deux liens semblables et entreprit de refaire les sachets. Il prit ensuite une boîte, l'ouvrit avec mille précautions et l'emplit de pétales de rose qu'il déposa un par un au fond de ladite boîte. Rogue contenait son agacement à grand-peine.
- Vous comptez finir quand ? aboya-t-il avec hargne.
- Bientôt, bientôt ! tempéra le vendeur d'un ton joyeux. Il ne manque que la touche finale !
- Quoi donc ? ironisa Rogue, des morceaux d'amanite tue-mouche ?
Le vendeur enthousiaste lui répondit qu'il n'en possédait malheureusement plus en stock. Il dénicha un bâton de cannelle, le renifla en murmurant des doux mots avant d'en saupoudrer les deux sachets posés dans la boîte.
- Par Merlin, grogna Rogue en voulant lui arracher la boîte des mains.
- Patience, s'écria le vendeur en retenant le bien. Cela requiert du temps !
- Je veux juste ces deux foutus sachets de chocolats !
Hazel émit un gloussement qu'elle tenta de retenir, sans grand résultat. Rogue se tourna vers elle, prêt à houspiller l'indélicate osant se moquer de lui et de ses malheurs. Quand il la vit, son visage cireux passa par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel. Il jeta l'argent sur le comptoir, arracha le paquet des mains du pauvre vendeur offusqué par une telle violence, fendit la foule d'un pas rageur et sortit de la boutique.
- Un monsieur bien difficile, décréta le vendeur qui se chargea de Hazel.
Tout en ne prêtant aucune attention au verbiage du vendeur qui s'occupait de ses achats, la jeune sorcière laissa son esprit flâner en des terres familières. Il était bien étonnant de voir Rogue hors de ses chers cachots ! Et surtout, de le voir acheter des friandises. Misty aurait adoré assister à cette scène et aurait, sans nul doute, émis tout un tas d'hypothèses sur l'identité du mystérieux bénéficiaire de ce cadeau. À qui, Rogue comptait-il offrir ces chocolats ? À de la famille ? À McGonagall ? À un autre professeur de Poudlard ? À Jekyll ? Sans qu'elle ne sût pourquoi, le cœur de Hazel se serra à cette pensée. Cette tarentule aurait-elle profité du calme de l'école, vidée de la grande majorité de ses élèves, pour tenter de ravir les faveurs du maître des potions ? Le sourire de Hazel s'effaça : cette supposition ne l'amusait guère. Rogue n'était certes pas un modèle de sympathie, mais il ne méritait pas d'être abusé par cette menteuse aux charmes venimeux.
- Deux Gallions d'or, annonça le vendeur.
Hazel s'acquitta de la somme demandée et retourna au salon de thé. Morgan et Oliver discutaient avec entrain, penchés l'un vers l'autre. La sorcière riait, tout en contant l'une de ses dernières mésaventures au bureau. Hazel fut presque gênée de les interrompre et hésita à les laisser seuls, mais il aurait été fort impoli de se glisser à l'une des tables occupées par d'autres clients ! Elle prit place à côté de Morgan et demeura silencieuse, préférant écouter leur discussion. Tous les trois ressemblaient à une vraie famille profitant d'une belle journée hivernale. Encore une illusion, se dit Hazel en s'attaquant avec rage à sa part de tarte. Ils ne formaient pas une véritable famille. Elle vit Oliver prendre sa serviette et essuyer avec douceur, la tache de chantilly s'étalant sur la joue de Morgan. La sorcière rougit, le Moldu, conscient d'avoir commis un impair, s'excusa pour ce manque de galanterie. Un silence pesant s'installa autour de la table. Que les adultes étaient compliqués à comprendre, surtout quand ils n'assumaient pas leurs sentiments ou pire, tentaient de cacher des secrets ! Tout en massacrant le pauvre gâteau, Hazel se jura de ne jamais leur ressembler et de toujours faire preuve d'honnêteté avec les autres et elle-même.