Le mois de septembre de cette année fut pluvieux et frais. Les Londoniens, épuisés par un été exceptionnellement chaud, purent enfin sortir de chez eux en toute tranquillité, sans craindre de subir un coup de chaleur. Le parc près de la place Grimmaurd où Harry et Severus se promenaient était encore animé malgré l'approche du couvre-feu. Les passants regardaient avec désapprobation les hommes qui marchaient en se tenant par la main. Avec l'avènement du gouvernement militaire, les relations homosexuelles furent traitées avec moins de loyauté.
- Harry, je n'aime absolument pas ton état dépressif, dit doucement Rogue. Ces dernières années, nos relations avec Drago et Astoria ont été étroites et je m'inquiète beaucoup pour lui, mais...
- Ne me dis pas que ma tristesse peut nuire à notre enfant, répliqua Potter avec irritation. Je le sais parfaitement, tu prêches un convaincu. Maintenant, peut-être, tu aurais la bonté d’éclairer ma lanterne, comment me débarrasser de Drago dans mon esprit ? Ou comment continuer à vivre dans ce monde qui sombre dans l'abîme en prétendant que tout va bien ?
- De l'abîme, loué soit Merlin, on est encore loin, répondit calmement Severus, habitué aux changements soudains d'humeur de son mari. Mais tu as, sans aucun doute, raison sur un point : la situation est loin d'être calme, et c'est pourquoi je te demande d'accepter de déménager dans la zone de sécurité.
Une fois de plus Potter refusa avec véhémence :
- Non, nous ne ferons pas ça !
- Mais pourquoi ? S'enquit Rogue, essayant de ne pas élever la voix. - Je t'ai déjà parlé de ce projet. Nous aurons une maison à nous. Alex ira à l'école. Je pourrai ouvrir mon propre laboratoire et après la naissance de notre deuxième enfant, tu pourras choisir ce que tu veux faire.
- Ça sera toujours la vie en cage. Même si elle est dorée, une cage reste une cage, grimaça Harry. Et n'essayez pas de me prouver le contraire. La zone de sécurité est une prison. Luxueuse, confortable, mais, néanmoins une prison. Avec des murs hauts et des gardes, qui ne nous permettront pas de sortir de périmètre. Je ne veux pas que nos enfants grandissent dans un tel endroit.
- Mais réfléchis, n'est-ce pas une excellente occasion pour toi et Alex de vous faire de nouveaux amis ?
Rogue s'accrocha à ce dernier argument tel un naufragé à une bouée de sauvetage.
- Harry, après le divorce de Ron, le départ précipité d'Hermione pour l'Australie et... la disparition de Drago, tu ne parles plus avec personne en dehors de mes collègues, et Alex est privé de la compagnie des enfants de son âge. Tandis que dans la Zone...
- Pour Alex tu as raison, comme toujours, se rétracta immédiatement Harry. Kreattur ne peut pas remplacer la compagnie des autres enfants, mais l'idée d'être prisonniers pour le restant de mes jours m'est insupportable. Je suis désolé…
Il s'arrêta brusquement et attrapa fermement la main de Severus.
- Tu as le vertige ? Demanda Severus anxieusement, en oubliant instantanément la conversation désagréable.
- Un peu. Ne t'inquiète pas, ça va passer.
Severus connaissait la profonde aversion de Harry pour ses épisodes de faiblesse soudains, avec vertiges et nausées, qui étaient ses compagnons constants au début de la grossesse. Lorsqu'il se sentait si mal, il était inutile de chercher à discuter avec lui. Rogue se contenta donc de soupirer lourdement, se promettant d'essayer de convaincre son mari dans quelques jours.
- Je ne voulais pas te contrarier, rentrons à la maison.
Severus passa doucement le bout de ses doigts sur la joue d'Harry. Ils marchèrent tranquillement vers Grimmaurd Place.
« Mon Bien aimé, comment puis-je te protéger des dangers de ce monde fou ? Comment te garder en sécurité sans te briser ? » Pensa Rogue en s'adaptant à la démarche chancelante de son compagnon.
- Je te jure que je ne quitterai pas Black House tant que je ne serai pas capable à nouveau de faire de la magie, dit doucement Harry, comme s'il lisait dans les pensées de son époux.
- Quelqu'un vient justement de me parler d'une prison..., marmonna Severus, incapable de résister. - Dans la Zone, au moins tu ne seras pas enfermé entre quatre murs...
- Sev... si tu m'aimes, s'il te plaît, ne parlons plus de ça.
- Bien sûr que je t'aime, soupira à nouveau Rogue, et tu en profites sans vergogne.
***
Au fil des années de son mariage avec Rogue, Potter maîtrisa effectivement l'art de la manipulation. Parfois, Severus était surpris qu'Harry n'appartienne pas à la maison Serpentard.
Au dîner, Harry était moins pâle qu'avant. La présence d'Alex sembla le stimuler et améliorer son humeur, qui avait été sérieusement affectée par la conversation désagréable.
Environ deux heures plus tard, Alex alla se coucher après avoir joué avec le jeu de construction magique avec ses pères et écouté trois contes de fées à la suite.
Harry emmena ensuite Severus dans leur chambre et, avec un sourire espiègle, lui suggéra de fermer la porte avec un sort et de rendre la pièce insonorisée par un sortilège. Avec l'arrivée d'Alex, cela devint, d'une certaine manière, parti des préliminaires amoureux. La porte verrouillée par magie indiquait, que l'un des conjoints désirait faire l’amour. Malheureusement, à cause de la grossesse, des désirs charnels ne visitaient pas Potter aussi souvent qu'ils l’auraient souhaité.
Severus laissa l'initiative à Harry avec l’espoir que cela durerait longtemps. Il était allongé sur le lit, les jambes écartées, et son pénis était entièrement à la merci de la bouche gourmande d'Harry. Ce dernier avait l’air de déguster une friandise délicieuse, pendant que ses doigts agiles procurant un plaisir incroyable à Rogue.
Ces dernières années, une entière confiance qui régna entre eux au lit, et Severus aurait accepté de se donner à Harry sans hésiter s'il le lui avait demandé.
Cependant, cela ne correspondait pas aux projets de Potter. Ayant excité Severus au-delà de toute mesure, mais ne lui permettant pas de jouir, Harry s'empala sur son phallus en érection et commença à bouger, en le laissant pénétrer de plus en plus profondément. Puis il attira Severus pour qu'ils soient face à face et l'embrassa passionnément. Ils restèrent serrés l'un contre l'autre, se caressant et s'embrassant, jusqu'à ce qu'Harry se figeât et, avec un cri, lâcha un flot de sperme sur le ventre de Severus, en le serrant en lui.
Ayant repris son souffle, Il murmura à l'oreille de Rogue :
- Je te désire de plus en plus chaque jour passe. Et s'il te plaît, ne t'en fais pas trop pour moi. Je promets que je ferai attention.
- Je ne peux rien te refuser, Severus toucha les lèvres de Harry avec les siennes. - Mon image de crapule froide et inaccessible s’effondre quand je suis avec toi ! C'est une bénédiction, que personne n'en sache encore rien, si non, quelle honte !
- Ce n'est pas une honte, Sev, dit doucement Harry, toujours à cheval sur les hanches de Severus, c'est l'amour. Ton image n'a pas du tout souffert aux yeux des autres. Parfois, j'assiste à vos débats et je suis conscient de la façon dont on considère ton avis.
- Je me demande où tu as appris l'art de la flatterie, Potter ?
Severus rit. Il était difficile de désapprouver ce que Potter disait, alors que son pénis était toujours en Harry et semblait retrouver de la vigueur.
Potter apparemment le ressentit aussi, son souffle s'accéléra et il laissa échapper un léger gémissement.
- Tu n'as pas mal ?
Severus posa sa main sur le ventre légèrement saillant de Harry, puis la glissa jusqu'au mamelon, qui durcit instantanément sous ses doigts.
- Je me sens incroyablement bien !
Harry commença à monter et descendre doucement, mais perdit rapidement le contrôle. En appuyant son front humide de sueur contre l'épaule de Severus, il se lança passionnément dans l'action.
Le plaisir fut si intense et qu’ils mirent du temps pour reprendre leur souffle.
- Ton cœur bat à un rythme fou, dit Harry, posant sa tête sur la poitrine de Severus.
- C'est étrange que mon cœur ne soit pas sorti de la poitrine en me brisant les côtes ! Je n'aurais jamais pensé auparavant que le sexe pouvait apporter autant de plaisir, murmura Rogue, le souffle coupé.
- C'est parce que je n'étais pas avec toi avant ! Remarqua Harry d'un air suffisant.
- Eh bien, tu étais toujours avec moi ! Mais à Poudlard, tu étais uniquement une source d'ennui, une écharde dans les fesses, pour ainsi dire, une très grosse écharde ! Répondit Severus sarcastiquement.
- Et maintenant ?
Harry se tourna sur le côté et le regarda avec sérieux et, Rogue l’aurait juré, avec un peu d'effrois également. Pour le rassurer Severus répondit sans aucune ironie :
- Et maintenant l'écharde est logée dans mon cœur, bien sûr !
***
Le bus, en ronflant, roulait rapidement sur une autoroute déserte.
Ron Weasley prit place sur le siège situé derrière le conducteur et observa les formes sombres des arbres qui défilaient devant la fenêtre. C'était déjà le dixième transfert vers la zone de sécurité qu'il avait l'occasion d'accompagner. Après la rupture avec Hermione, il se proposait de plus en plus pour des voyages de longue distance. Cela l'aidait à surmonter sa solitude. Il avait même envisagé d'accepter sa folle proposition ! Que Merlin en soit témoin, si seulement cela pouvait la faire revenir. Après la conversation avec Harry il se précipita, aussi vite qu'il put, dans le service des archives où travaillait Hermione pour la supplier d'annuler le divorce.
La vieille sorcière à l'entrée des Archives lui demanda avec perplexité :
- Hermione Granger-Weasley ? Elle a démissionné hier soir. Elle a dit au revoir chaleureusement à tout le monde et a même apporté un gâteau. Le gâteau de boulangerie bien sûr, la pauvre, elle n’a jamais su cuisiner. Puis elle a déclaré qu'elle s'était séparée de son mari et qu'elle irait vivre chez ses parents en Australie. Attendez, jeune homme, qui êtes-vous pour Hermione ?
Elle arrêta brusquement son bavardage et regarda Ron avec méfiance.
- Personne, maintenant personne, dit-il brièvement, car il n'avait pas l'intention d'expliquer aux collègues de sa femme, pourquoi ils ne s'étaient jamais rencontrés auparavant.
Le Département des Transports Magiques confirma :
- Portauloin à usage unique vers l'Australie. Délivré ce matin à Hermione Granger-Weasley. Activé il y a une heure et demie… Vous allez bien, Auror Weasley ?
- Oui. Merci et excusez-moi pour le dérangement, acquiesça Ron, en feignant la froide indifférence.
Après une nuit sans sommeil, il envoya à Hermione un hibou avec un court message :
« Je ne suis qu'un idiot égoïste ! Je suis désolé ! Rencontrons-nous pour en discuter ! »
On pouvait s’y attendre, le hibou revint sans réponse. Cependant, trois semaines plus tard, Ron tout de même reçut une lettre.
« J’ai commis une terrible erreur en acceptant de t’épouser, mais elle est désormais réparée. Ne m’écris plus jamais ! »
Ron soupira, tentant d'effacer les souvenirs importuns liés à Hermione. Depuis leur divorce, la détresse qu'il ressentait se transforma en une souffrance permanente. Une douleur intense, à laquelle ni la boisson ni les rares discussions amicales avec Harry ne purent apporter de soulagement. Par moments, Ron se sentait tellement mal qu'il pensait sérieusement à chercher un travail fixe dans la Zone, espérant ainsi changer son destin.
Cormac McLaggen, assis à côté, interrompit les réflexions dépressives de Ron :
- Le couvre-feu c'est une merveille, pas d'embouteillages, toute la route nous appartient.
- Oui, elle est à nous, parce que nous avons l'autorisation spéciale du gouvernement militaire. Sans cela un groupe de soldats armés attendra au bout de cette route. Regarde, justement, les voilà.
Ron fit un signe de tête en direction de la fenêtre par laquelle on pouvait voir des silhouettes sombres.
Le bus ralentit puis s'arrêta complètement. Les passagers, vingt couples de personnes de même sexe, dont sept jeunes hommes enceints, s’agitèrent nerveusement sur leurs sièges.
- Que se passe-t-il ?
- On nous a affirmé que le passage était absolument sûr !
- Regardez, ces Moldus sont armés !
McLaggen sortit de sa poche un laissez-passer pour voyager à travers le territoire des Moldus.
- Calmez-vous s’il vous plaît, je vais aller voir ces messieurs et tout régler.
Il quitta le bus et s'approcha du groupe de soldats sans même dégainer sa baguette magique. Bientôt, des coups de feu retentirent dans l'obscurité et Cormac s'effondra au sol.
La panique envahit la cabine. Plusieurs sorciers, oubliant leurs compagnons, tentèrent de transplaner et furent horrifiés de découvrir que cela était impossible.
- Ils ont installé un dôme anti-transplanation ! Cria quelqu'un.
- Et il semblerait qu'ils aient utilisé un artefact bloqueur de sortilèges ! Une autre voix effrayée retentit.
Essayant de rester calme malgré l’affolement qui régnait autour de lui, Ron sortit sa baguette et prononça :
- Lumos !
Rien ne se passa, comme si au lieu d'un artefact familier jusqu'à la dernière égratignure, il se retrouvait en possession d'un morceau de bois absolument inutile.
Dehors, on hurla :
- Tout le monde sort du bus immédiatement, et dépêchez-vous ! Ceux qui ont des baguettes les jettent par terre et mettent leurs mains derrière la tête. Ceux qui ne suivront pas ces instructions seront fusillés sur-le-champ !
Il y eut un gémissement à peine audible derrière Ron. Le jeune cracmol, presque un gamin, qui, à en juger par son ventre impressionnant, était en fin de grossesse, s'évanouit.
Cinq minutes plus tard, les gens effrayés s'alignèrent près du bus, certains avaient des baguettes magiques à leurs pieds.
Le soldat, le visage presque entièrement recouvert d'un masque, ramassa les baguettes et les rejeta plus loin.
- Super ! Je vais énoncer les noms et les âges. Les plus de quarante ans font un pas en avant. Et pas de bêtises, sinon je tirerai sans avertissement.
- Écoutez, l'Auror Clark, le plus âgé de leur groupe, brisa le silence, vous n'avez pas le droit de retenir ce bus. Nous avons l'autorisation officielle, convenue...
Il n'eut pas le temps de terminer sa phrase. Le soldat leva brusquement la main armée d'un pistolet, et Clark, une balle logée dans le crâne, glissa le long de la paroi du bus, éclaboussant ceux qui se trouvaient à proximité de morceaux de cervelle et de sang.
- Quelqu'un d'autre a-t-il l'intention de parler de ses droits et faire des réclamations ? Demanda le soldat. - Non ? Parfait ! Continuons.
Il sortit une liste de sa poche et commença à lire les noms.
- Clark Stanley, dix-neuf ans, et Michael Stanley, vingt-cinq ans.
Personne ne répondit.
- Clark Stanley et Michael Stanley !
- Ils sont probablement dans le bus ! Dit quelqu'un timidement. Le jeune homme s’était senti mal.
Le soldat hocha la tête et fit signe aux militaires derrière lui. Deux costauds se sont immédiatement séparés du groupe. Après avoir retiré une civière d'une jeep garée à proximité, ils montèrent dans le bus et en ressortirent une minute plus tard, avec le jeune cracmol, qui avait perdu connaissance. Son compagnon fut placé dans le rang à côté de Ron.
Le militaire aboya les ordres :
- Tous ceux qui sont sortis du rang, suivez-moi ! Les recrues, occupez-vous des autres !
Le sorcier d'âge moyen, qui accompagnait son partenaire enceint, demanda :
- Que comptez-vous faire de nous ?
Au lieu de réponse, un coup de pistolet retentit.
Une pensée folle traversa l'esprit de Ron : « Je dois essayer de m'évader ! »
À ce moment-là, comme en réponse aux réflexions de Ron, l'homme qui se tenait à côté de lui brusquement quitta sa place et tenta de fuir, en repoussant l'un des militaires. Le fuyard fut immédiatement fauché par des tirs de mitrailleuses.
Pétrifié de terreur, Ron n'opposa aucune résistance lorsque quelqu'un lui mit un sac sur la tête et lui menotta les poignets. Il n'y avait aucun moyen de s'échapper, fuite s'apparentait à un suicide.
- Félicitations, dit quelqu'un en tapant sur l'épaule de Ron. Tu feras une excellente catin !
Puis, une seconde plus tard, Ron reçut un violent coup à l'arrière de la tête et perdit connaissance.