Dans la petite salle de garde du centre de détention, l'horloge affichait huit heures moins dix. Le sergent Hopkins, installé devant le tableau de contrôle, se frotta les yeux et prit une gorgée de café presque froid. Aujourd'hui, il n'avait pas beaucoup dormi. À deux heures du matin, après avoir accompagné le trente-cinq lors de son tour de promenade le long de la clôture du camp et l'avoir ramené à sa chambre, il fit une petite sieste sur le canapé de la salle de garde avant de reprendre son service près du panneau de contrôle à dix heures du matin.
Le sergent détestait ce volet de son travail. Rien n'était plus ennuyeux que de regarder les écrans pendant huit heures d'affilée en observant les trois individus, que Hopkins appelait en son for intérieur, "pas tout à fait des mâles". De plus, aujourd'hui, « grâce » à Anderson, qui avait réussi à attraper un virus intestinal quelque part, le sergent Hopkins devrait passer seize heures devant les moniteurs, ce qui signifiait une double dose d'ennui et de fatigue.
Et qu’y avait-il à surveiller là-dedans ? Auparavant, lorsqu’il y avait trois détenus dans les quartiers d'isolement, il y avait au moins un léger semblant de diversité. Maintenant, il n'en resta plus que deux, car l'un d’eux, une semaine après la césarienne, revint vêtu d'une combinaison noire (apparemment, le blondin avait réussi à emmerder les autorités du camp !) et fut transféré dans une cellule disciplinaire.
Actuellement les quartiers d’isolement devinrent encore plus lugubres. L'homme aux cheveux noirs et à lunettes, amené au camp récemment, était sur le point d'accoucher, et le roux, avec qui le major Brix, le sergent Anderson et lui-même s'amusèrent beaucoup par le passé, semblait être plongé dans la dépression et complètement résigné à son sort.
Hopkins, réprimant un bâillement, revint à l'observation des deux habitants de l'isoloir.
Environ cinq minutes plus tard, il sortit un journal et nota :
19h52 – Le prisonnier numéro trente-cinq est sous perfusion.
19h53 – Le prisonnier numéro cinquante et un s'apprête à prendre une douche.
Depuis quelque temps, le sergent était obsédé par ce cinquante-et-un. Pourtant, Hopkins avait toujours méprisé les homosexuels. Quand, trois ans auparavant on lui proposa de travailler dans la chaîne des camps Ultime Espoir, il signa le contrat sans une seconde d’hésitation et sans même consulter ses parents. Un excellent salaire associé à la possibilité de se moquer des « sales pédés » comme bon lui semble, il n'était pas un idiot pour refuser une telle offre ! De plus, son père et son frère aîné seraient fiers de lui !
Alors que certains de ses collègues évitaient d'abuser sexuellement des prisonniers, Hopkins prenait un grand plaisir à participer aux actes les plus brutaux. Il tenait même un carnet dans lequel il notait les numéros de ceux qui avaient eu la malchance de rencontrer la « brigade spéciale du major Brix ». Les prisonniers ne lui inspiraient ni compassion, ni pitié. Leurs cris et leurs supplications ne faisaient que renforcer son excitation. Ils étaient tous des salles pédales et méritaient amplement leur sort. Hopkins ne se souciait guère du fait que beaucoup d'entre eux aient eu une orientation hétérosexuelle avant d'être enlevés.
Cela continua ainsi jusqu'à ce que le prisonnier numéro cinquante et un n'apparaisse au centre de détention.
Ce jeune sorcier, dans les derniers mois de la grossesse, suscita chez Hopkins un désir ardent et contre nature. Il aspirait à caresser son énorme ventre, puis à s'agenouiller devant lui et le sucer jusqu'à ce qu'il se mette à gémir, en poussant des hanches vers l'avant.
Hopkins aurait brûlé de honte si quelqu'un avait eu connaissance de ses rêves maudits, car en réalité c'était lui qui avait la tendance de forcer les prisonniers à prendre son pénis trop profondément, jusqu’à l'apparition des larmes et des signes d'étouffement.
Putain de cinquante et un ! C'est à cause de ses incroyables yeux verts que Hopkins ne dormait presque plus la nuit. Il redoutait de revivre des songes où il avait des rapports sexuels passionnés avec ce prisonnier, ressentant du plaisir pour la première fois non pas dans la violence, mais dans la tendresse inouïe.
Parfois, en escortant le cinquante et un en promenade, Hopkins regrettait que, selon la réglementation, les relations sexuelles avec les détenus enceints fussent strictement interdites. Sinon, il aurait traîné le prisonnier dans un coin isolé, essayant de se débarrasser de son obsession de la seule manière qu'il connaissait. Il se résigna à attendre. Il fallait mieux ne pas précipiter les choses au risque de sa carrière. L’accouchement de sa « fixation » approchait à grands pas, il ne restait que quelques jours à patienter. Ensuite, le cinquante et un après une courte rééducation, un mois tout au plus, serait à nouveau prêt pour remplir son « devoir biologique ». Alors Hopkins demanderait à Brix de lui laisser ce prisonnier pour son usage exclusif pendant quelques jours. Une sorte de prime pour un excellent service.
Hopkins sourit, bâilla, ferma le magazine, regarda les écrans sans les voir pendant une minute de plus, puis posa sa tête sur ses mains et s'endormit.
***
Un coup violent sur l'épaule manqua de faire tomber Hopkins de sa chaise. Il se réveilla brusquement, désorienté, se leva rapidement en tremblant de peur de se retrouver en face du major Brix. Heureusement, il n'aperçut que son collègue, le sergent Cole.
- Tu es complètement cinglé ! Si Brix découvre que tu dors au travail, tu ne t'en tireras pas avec une simple réprimande, déclara Cole avec jubilation.
Hopkins jeta un coup d'œil à sa montre et fut abasourdi : il était déjà dix heures et demie. Il laissa échapper un soupir découragé, car Cole était réputé pour sa grande cupidité.
- Eh bien, que veux-tu pour ton silence ?
- Trois cents livres par mois pendant six mois et la possibilité de voir comment Brix et toi vous vous amusez avec les prisonniers.
Un feu malsain s'alluma dans les petits yeux rapprochés de Cole.
- Adjugé !
Hopkins sourit, heureux de s'en tirer à si bon compte.
- Et que font tes petits ventrus ?
Sans demander la permission, Cole se laissa tomber sur une chaise et regarda dans le moniteur, divisé en plusieurs sections.
- Eh bien, eh bien... Le Rouquin, ha, regarde ! Il est attaché au lit ! Apparemment, il n’aime pas qu’on le pique avec des aiguilles, il préfère sûrement quelque chose de plus épais et de plus chaud. Sergent accompagnât ses paroles par un geste sans ambiguïté. - Et le deuxième... Il se releva de sa chaise pour mieux voir l'écran : - Où est le deuxième ? Je ne le vois pas !
- Tu es fou ? S'agita Hopkins. - Comment aurait-il pu sortir d'une chambre verrouillée ?
Il appuya sur les touches, qui activaient la caméra située dans la douche :
- Putain ! Le voilà ! Il est assis par terre tout habillé et ne bouge pas !
Dans un état quasi-hystérique, Hopkins actionna l’interphone et cria à pleins poumons :
- Les renforts en urgence dans le cartier d’isolement, cellule numéro trois !
***
Hermione fut rarement autant en colère.
Depuis quelques années, tout allait bien pour elle. Une modeste sorcière d'origine moldue, dont la vie de famille avait déraillé et dont la carrière était au point mort en raison de l'inertie des sorciers au sang plus pur, que le sien, avait soudainement réussi à prendre au lasso deux des hommes les plus puissants de la Grande-Bretagne magique et moldue. Elle concrétisa son projet ambitieux avec l'assistance de l'un d'entre eux, ce qui lui également valut des bénéfices considérables.
Elle avait depuis longtemps cessé de se sentir Hermione, une fille pleine de naïveté et de confiance, pour adopter entièrement la personnalité d'Hélène. À la seconde où la balle transperça le crâne de la serveuse moldue anonyme, Hermione disparut pour laisser sa place à Hélène, belle, calculatrice, cruelle.
Contrairement à sa précédente version un peu simplette, Hélène ne permettait à personne profiter de son talent et son intelligence. Elle refusait de se laisser humilier à cause de ses origines modestes. Au lieu de cela, elle choisit de manipuler les autres elle-même et développa une expertise inégalée dans ce domaine. Elle ne fut nullement perturbée par les changements irréversibles qu'elle constatait par moments dans sa personnalité : sauvagerie bestiale, désir sexuel débridé, presque décadent, absence de compassion envers ceux qu'elle avait réduits en esclavage. Tout cela faisait désormais partie de son caractère et c'était incroyablement pratique.
Depuis qu’Hermione Granger s'était dissoute dans la personnalité d'Hélène Smith, elle ne se préoccupait plus des choses insignifiantes telles que l'amour, l'amitié et la décence. Hélène ne vivait que pour la vengeance, le plaisir immédiat et une soif insatiable de profit.
Jusqu'à aujourd'hui, tout se passait parfaitement. Gregston la regardait avec amour et la suppliait avec humilité d'accepter sa demande en mariage. Le coffre-fort de la banque se remplissait à une vitesse fulgurante. D'anciens ennemis et anciens amis avaient été humiliés et piétinés : Ron attendait son enfant, elle allait s'occuper de Drago dans un mois, après une leçon d'obéissance en cellule disciplinaire. Et Harry, malgré son entêtement et son refus de coopérer, avait quand même sévi à sa cause.
Hermione se demandait si elle parviendrait à frapper la personne avec qui elle avait été fière d'être amie pendant si longtemps. Serait-elle capable de rester de marbre en voyant Harry se vider de son sang ?
« Oui », se répondit-elle. « Il m'avait utilisé puis m'a oublié. Il n'a pas intercédé auprès de son mari pour m'aider à entrer au Département des Mystères, ni auprès de Kingsley lorsque l'accès au Magenmagot m'a été refusé. Il n'a rien fait pour sa meilleure amie de Poudlard, alors pourquoi devrais-je ressentir de la compassion pour lui ? »
D'une manière ou d'une autre, après avoir reçu sa lettre de menaces, Rogue se débrouilla pour fournir en une semaine la quantité requise de potion de grossesse masculine.
Hermione jubilait. Elle avait l'intention de créer un camp exclusivement pour les sorciers capables d'avoir un enfant chaque année, ce qui lui rapporterait un revenu colossal.
Et maintenant, à cause d'un sergent qui s'était endormi en service, tous ses projets à long terme pourraient s'effondrer comme un château de cartes ! Harry avait été découvert dans la douche, inconscient. Si lui et le bébé venaient à décéder pendant la césarienne, elle perdrait tout moyen de pression sur Rogue.
***
Harry reprit conscience au milieu du calme. Une vive douleur lui déchirait le ventre, mais ce qui le ramena à lui n'était pas la souffrance mais le silence assourdissant de la salle d'opération. Il tenta de se redresser pour observer la pièce pour comprendre ce qui était arrivé à son enfant, mais il fut incapable de bouger, maintenu au lit par un large ruban passé à travers la poitrine.
La porte derrière lui s'ouvrit laissant entrer le guérisseur Blaine.
- Quelle heure est-il ? Demanda Harry d'une voix rauque.
- Minuit et demi, répondit Blaine. – Il y a une heure, votre fille est née. Malheureusement, son état est encore très instable, je dirais même critique. Pourquoi n'avez-vous pas appelé à l'aide dès que vous avez ressenti un malaise ?
- Je… Ne m'en souviens pas...
Harry passa la langue sur ses lèvres sèches. La soif était carrément insupportable. Blaine lui apporta un verre d'eau, et maintint la tête pour l'aider à boire.
- Il est inutile de jouer la comédie, cinquante et un. Vous avez été découvert tout habillé dans la salle d'eau. Il est peu probable que vous ayez perdu connaissance en allant simplement prendre une douche. L'inspecteur Winslow est persuadé que vous avez agi délibérément dans le but de vous tuer, ainsi que l'enfant. Il pense, et je suis largement d'accord, que dès que vous avez senti le début du travail, vous vous êtes volontairement réfugié dans la cabine. Vous étiez pleinement conscient du risque et malgré tout, vous avez choisi de ne pas appeler les secours.
Harry serra les dents à cause de la douleur qui lui traversait le ventre et essaya de sourire :
- Blaine, mon comportement vous surprend-il ? Trouvez-vous étrange que je choisisse de mourir avec ma fille plutôt que de la confier à des inconnus et d'écarter ensuite les jambes pour un client ?
C'est là que vous vous trompez lourdement, cher Blaine. Lorsque je suis arrivé dans votre institution douteuse, on m'a rasé les testicules, mais cela n'a pas fait de moi une pute. À l’instar de tous les autres prisonniers. Vous savez bien que tous sont détenus ici contre leur gré et que la cérémonie d'insémination n'est rien d'autre qu'un viol. Vous, qui êtes un guérisseur ! Vous participez à tous ces crimes ! Il jeta sur Blaine un regard empli de haine, que ce dernier ne put soutenir et baissa les yeux. - Vous souvenez-vous qui je suis ? Pensez-vous qu'une personne qui à l'âge de dix-sept ans s'était placée volontairement sous l'Avade de Lord deviendra une paillasse de quelqu'un de peur d'être violée ou mutilée ?
Alors, Blaine, dites à vos patrons que je ne suis pas une chienne en chaleur ! Je ne me coucherai pas sous les clients. Vous pouvez me choquer avec de l'électricité, me couper les doigts un par un ou, mieux encore, ouvrir les sutures tout de suite et me laisser vider de mon sang.
Je sais qu'on a besoin de moi vivant pour faire pression sur Severus, mais je ne veux pas être un pion dans ce jeu. Et je ne le deviendrai pas. Si vous ne me tuez pas maintenant, je trouverai un moyen de le faire moi-même. Ou, par mon insubordination, je pousserai Brix et ses sbires à bout et ils m'achèveront eux-mêmes. N’en doutez pas, je le ferai certainement. Je ne sais pas au sein de quelle maison vous avez fait vos études, mais des légendes sur l'entêtement de Gryffondor circulaient à Poudlard.
Blaine recula, secoué par la colère et la peur devant la détermination d'un prisonnier sans défense et totalement à sa merci.
- Vous dites des bêtises ! Balbutia-t-il finalement. Vous n'avez aucune idée du genre de traitement auquel vous serez soumis si vous refusez de coopérer. Vous serez affamé, battu et violé jusqu'à ce que vous acceptiez absolument tout.
- Rassurez-vous, Blaine, je peux très bien imaginer ça, marmonna Harry avec mépris, et je suis prêt à tout. Vous m'avez enlevé ma famille, ma fille, ma liberté et mon nom, mais vous ne me forcerez pas à désirer avoir un enfant de quelqu'un d'autre que Severus Rogue, même si vous me coupez en morceaux. Allez rapporter mes paroles à Winslow, et ensuite, s'il vous reste un peu de sens moral, revenez et tuez-moi !
Blaine s'apprêtait à répondre lorsque soudain, le projecteur au-dessus de la tête de Potter vacilla et s'éteignit. Puis, une seconde plus tard, le rugissement monstrueux d'une bête retentit.