L’ULTIME ESPOIR DE L’HUMANITE traduit de Russe. Auteur Isra

Chapitre 56 : Tome 5. Aimer c’est vivre. Partie 9

Par Beauvais

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 Kingsley, tiré de son sommeil par le Patronus de Rogue après une journée éprouvante, n'était guère enclin à autoriser l'extraction nocturne d'un enfant d'une famille moldue. Bien qu'il eût consenti à ouvrir l'accès de sa cheminée et à accueillir Rogue et Malefoy, son mécontentement était palpable. Après un bref échange avec Lucius, il prit conscience que l'incarcération immédiate de ce dernier à Azkaban serait nettement plus aisée que toute tentative de dissuasion. Il jugea donc préférable d'approuver l'opération et d'assurer une protection fiable aux futurs ravisseurs d'enfants.

-         Si quelque chose t'arrive à la suite de cette aventure, nous ne pourrons tout simplement pas nous débrouiller, prévint-il Rogue au lieu de lui dire au revoir. Nous n'avons pas de créateurs de potions de ton niveau, ni de spécialistes en sciences mentales. Je te conjure, reviens-nous indemne.

-         Je suis sûr qu'il y a de jeunes talents très prometteurs parmi les sorciers, grommela Rogue, néanmoins flatté par les paroles de Shacklebolt, c'est juste que vous vous êtes tellement habitué à compter sur moi que vous ne cherchez pas des alternatives. Attention, quand nous aurons réglé ça, je vais prendre quelques mois de congé, je condamnerai l'accès par la cheminée, protégerai ma demeure par un sortilège de Fidelitas et emploierai l'arme à feu héritée de mon père pour tirer sur des hiboux.

-         Je ne savais pas que tu savais tirer ! rigola Kingsley.

-         Si nécessaire, j'apprendrai. Une personne si exceptionnelle et si irremplaçable à tous égards que je suis, est tout simplement obligée de pouvoir parfois riposter aux personnes présomptueuses qui l'entourent, rétorqua Rogue. Cesse de trembler pour moi. Je suis pleinement conscient de mon importance au sein de la communauté magique, mais n'oublie pas que j'ai une famille. Pour leur bien-être, je ferai preuve d'une extrême prudence.

***

La demeure vers laquelle l'équipe de récupération transplana rivalisait en taille avec le manoir Malefoy. Cette imposante bâtisse néogothique était ceinte d'une haute haie. Sur ordre d'un Auror, le groupe demeura immobile tandis qu'il partait en reconnaissance. À son retour, une vingtaine de minutes plus tard, il rapporta la présence d'un garde armé à l'entrée principale et d'une patrouille régulière effectuée par deux hommes en tenue militaire à bord d'un véhicule tout-terrain.

-         Si nous y fonçons à découvert, ils ouvriront certainement le feu sans sommation, alertant ainsi tout le quartier, résuma-t-il.

-         Nous pourrions essayer de transplaner directement dans la maison, suggéra Lucius, qui commençait à perdre patience.

-         Connais-tu la disposition des pièces ? remarqua Rogue sarcastiquement. Pour ma part je l'ignore. Où est la garantie que nous n'atterrirons pas dans la suite parentale ?

Lucius se mordit la lèvre, songeur. Severus avait probablement raison : le son caractéristique du transplanage risquerait d'alerter les Moldus et de compromettre l'intégralité de l’opération.

-         J’ai remarqué un petit portillon derrière la maison, dit soudain l’Auror, il est pratiquement invisible depuis la rue. Aucun gardien n'y est posté, mais il est sécurisé par un verrou à code, probablement couplé à un système d'alarme. Toutefois, notre formation nous a préparés à gérer ce type de dispositif.

Jetant un sortilège de distraction, ils longèrent la haie jusqu'à découvrir une entrée dissimulée, presque entièrement masquée par une végétation luxuriante. Tandis que l'Auror s'affairait à crocheter la serrure et à désactiver le système d'alarme, ses acolytes montaient la garde, baguettes en main, prêts à repousser toute menace. Par chance, le véhicule qui passa à proximité ne ralentit même pas. Ils patientèrent jusqu'à ce que l'automobile transportant les Moldus disparaisse au détour de la rue, puis se glissèrent discrètement par l'ouverture avant de la verrouiller derrière eux.

Ils se retrouvèrent dans un vaste parc soigneusement entretenu. Çà et là s'élevaient des belvédères délicatement ouvragés, baignés par la lueur chatoyante de lanternes multicolores. Certains arbustes avaient été taillés avec art, évoquant des formes animales. Néanmoins, les sorciers n'étaient point venus en ce lieu pour s'extasier devant la splendeur du paysage. Leur objectif se dressait fièrement au cœur du parc : une imposante demeure de quatre étages, presque entièrement plongée dans les ténèbres, à l'exception d'une fenêtre faiblement illuminée au troisième niveau.

-         Je suis prêt à parier que c'est là-bas se trouve la chambre d'enfant, murmura Lucius.

À cet instant précis, comme pour corroborer ses propos, la silhouette d'une femme berçant un enfant dans ses bras apparut derrière les rideaux.

-         Je te l'avais bien dit, murmura Lucius d'un air triomphant. Devrions-nous transplaner directement devant la chambre d'enfant, ou bien...

-         Ou bien... acquiesça l'Auror, la dame pourrait nous entendre et donner l'alerte. Je propose que nous rendions ici, il désigna une rangée de fenêtres obscures au deuxième étage. Je pense que c'est soit un salon, soit une bibliothèque. Même si la porte est verrouillée, nous pourrons forcer la serrure et monter au troisième étage. J'ai désactivé les systèmes d'alarme dans toute la demeure, donc nous ne rencontrerons aucun obstacle.

Conformément aux instructions de l'Auror, ils se matérialisèrent dans une pièce qui se révéla être un élégant salon de musique : au milieu d'une petite salle, sur une scène basse, se trouvait un piano blanc entouré de plusieurs chaises.

-         En cet instant, il se pourrait que tu prives ton petit-fils de l'opportunité de devenir un grand musicien, murmura Severus, tentant par cette boutade de dissiper la tension qui s'était emparée d'eux.

-         Qu’il grandisse auprès de son père, et il décidera lui-même de ce qu'il deviendra dans le futur, rétorqua Lucius, qui n'apprécia pas la blague.

Ils ouvrirent facilement la porte, verrouillée de l'extérieur, avec l'aide de Alohomora, puis, s'entourant de charmes de silence, ils montèrent au troisième étage et s'arrêtèrent au milieu d'un long couloir.

-         Écoutez, articula Rogue d'une voix à peine audible.

Après un laps de temps qui parut interminable à Severus, les pleurs d'un enfant résonnèrent derrière la porte la plus proche.

-         Préparez-vous, ordonna l’Auror chargé de diriger l’opération.

Il pointa sa baguette vers le panneau de porte en chêne et murmura :

-         « Silencio » !

Les pleurs cessèrent instantanément. Le sortilège semblait avoir affecté non seulement la femme, mais également l'enfant.

Lucius entrouvrit délicatement la porte. À la vue d'étrangers, la femme ouvrit la bouche dans un cri silencieux. Puis, dans un élan désespéré, elle se mit à courir frénétiquement à travers la pièce, serrant l'enfant contre sa poitrine. Dans sa panique, elle se jeta involontairement dans les bras de Rogue, qui s'empara prestement le nourrisson.

L'un des Aurors utilisa un Petrificus non verbal, et la femme tomba sur le tapis moelleux aux pieds de Severus.

-         Le bébé va-t-il bien ? s'enquit Malefoy d'une voix rauque, observant avec inquiétude le nourrisson qui pleurait silencieusement.

-         Je pense que oui, acquiesça Rogue, prends ton petit-fils et téléporte-toi au manoir.

-         Et toi ?

-         Nous resterons pour modifier la mémoire de tous les habitants de la maison.

Malefoy s'exécuta sans hésitation. Il s'avança vers le berceau, prit une couverture, enveloppa le nourrisson et, le serrant contre lui fermement, s'évanouit dans le tourbillon de la transplantation.

-         Placez des sortilèges pour sceller la porte et atténuer les bruits, ordonna Rogue en desserrant le col de sa robe.

À présent que l'enfant était hors de danger, Severus éprouva un profond soulagement. Néanmoins, il savait qu'un seul moment d'inattention pourrait compromettre l'ensemble de la mission. S'efforçant d'écarter de son esprit les pensées concernant Drago et son fils, Rogue, assisté d'un Auror, souleva délicatement la femme étendue au sol pour l'installer dans un fauteuil à bascule près du berceau. Un bref instant, il éprouva de la compassion pour elle. Immobilisée par le sortilège et privée de la voix, elle ne pouvait que contempler avec effroi ceux qui lui avaient arraché son enfant et verser des larmes silencieuses.

« Il se pourrait qu'elle ignorât même l'origine de cet enfant tant espéré, songea Rogue en dirigeant sa baguette sur elle. Peut-être n'est-elle aucunement fautive et n'éprouve-t-elle désormais que peur et affliction. »

-         Légilimens !

Dans un premier temps, Severus se contenta d'effleurer l'esprit de la femme, cherchant uniquement à identifier les autres occupants de la demeure et ceux qui étaient informés de la présence du nourrisson. Outre le maître des lieux, qui dormait sereinement dans la pièce adjacente, il y avait la domesticité, composée de la cuisinière et de la femme de ménage, logeant au premier étage. Évidemment, au cours des deux dernières semaines, un plus grand nombre de personnes avait pu être prévenu de la naissance de l'enfant du couple, mais Severus ne pouvait rien y changer.

Il entreprit d'explorer les recoins de la mémoire de la femme et fut aussitôt assailli par des souvenirs qui éveillèrent en lui le désir d'infliger le sortilège Doloris à cette cruelle Moldue, voire pire encore.

Dans son esprit, Rogue la visualisa assise dans le salon aux côtés de son époux, un homme d'allure distinguée d'une cinquantaine d'années. Ensemble, ils parcouraient un catalogue présentant des clichés de jeunes gens arborant tous un tatouage distinctif sur le front.

-         J'aime bien celui-ci, celui-là et celui-là ! dit la Moldue en pointant son doigt sur les photos.

 L’homme hocha la tête :

-         Excellent choix, ma chérie ! Si nous voulons vraiment un enfant aux cheveux blonds et aux yeux gris, ces gars-là sont parfaits. Ainsi, le numéro vingt-quatre du premier camp, le cinq du troisième et le quarante-trois du sixième.

Il nota les numéros des prisonniers sur un morceau de papier :

-         Tu n'as toujours pas changé d'avis concernant ta participation à la cérémonie ? Tu comprends que je vais devoir... il toussota et rougit, baiser ces pédés.

-         Si nous ne pouvons pas avoir notre bébé autrement, alors il faut le faire, répondit-elle en caressant doucement la main de son mari. Je sais bien à quel point tu détestes ce genre de rapports. C'est pourquoi, dans ce moment difficile, je dois être avec toi, pour te soutenir et en renforcer ta détermination de toutes les manières possibles.

-         Chaque cérémonie nous coûtera une jolie somme, se plaignit l’homme, et si l’un de ces quidams concevait, nous devrons payer beaucoup plus.

-         Mais toi et moi, on rêvait tellement d'avoir notre propre enfant, mon cœur ! Nous avons traversé de nombreuses épreuves : multiples tentatives de fécondation in vitro, innombrables analyses, tests et examens, ainsi que d'interminables consultations médicales.

Les larmes perlèrent dans les yeux de la femme.

-         Tu oublies que le problème n'existe pas seulement pour toi, mais pour moi également, soupira l'homme.

-         D’après ce que j'ai compris, ton asthénozoospermie (1) n’aura aucune importance, le rassura la femme. Monsieur Winslow, l'inspecteur de tous ces établissements, m'a contacté. Il m’a assuré qu’il suffisait d’une toute petite quantité d’éjaculat pour obtenir une grossesse, tout dépend du père porteur. Dans le pire des cas... Si rien ne fonctionne, nous pourrons acheter un bébé tout fait... Cela coûtera bien sûr beaucoup plus cher, mais...

***

L'image se modifia.

Severus vit la femme assise, sur un immense lit, tenant fermement, jusqu'aux bleus, les mains d'un jeune homme complètement nu, besogné par son mari.

-         « Lorsque Rachel vit qu'elle ne donnait point d'enfants à Jacob, elle porta envie à sa sœur, et elle dit à Jacob : Donne-moi des enfants, ou je meurs ! La colère de Jacob s'enflamma contre Rachel, et il dit : Suis-je à la place de Dieu, qui t'empêche d'être féconde ? Elle dit : Voici ma servante Bilha ; va vers elle ; qu'elle enfante sur mes genoux, et que par elle j'aie aussi des fils. Et elle lui donna pour femme Bilha, sa servante ; et Jacob alla vers elle. » (2), murmurait la Moldue avec ferveur tandis que son mari violait sa victime.

Finalement, l’horrible rituel fut accompli. Le Moldu sortit un bouchon d'un sac en papier et le vissa fermement dans l'anus du Cracmol, qui gémissait doucement de douleur.

 

-         Ce n’est pas grave, il tapota le jeune homme sur la joue avec condescendance, sans prêter attention à ses larmes, tu fais ça pour toute l’humanité ! Reste allongé pendant une demi-heure et pense de la façon dont tu porteras et donneras naissance à un bébé pour nous !

***

L'image se modifia à nouveau.

La salle de musique réapparut, inchangée. Au piano, la femme interprétait une mélodie, pendant que son époux et Hermione Granger, dissimulée sous les traits de l'inspecteur Winslow, se prélassaient dans les fauteuils, arborant des mines particulièrement satisfaites.

Quand les notes cessèrent de résonner, l'homme battit des mains.

-         Bravo, ma chérie !

-         Vous jouez à merveille, Mme Addington ! affirma Winslow avec l'air d'un expert.

-         J'suis ravie d'avoir pu vous faire plaisir ! s'exclama l'hôtesse, le visage radieux. À présent, j'ose espérer que vous nous comblerez à votre tour par d'heureuses nouvelles. L'un des trois jeunes gens que mon mari et moi avons visités au cours du trimestre écoulé a-t-il eu la joie de concevoir un enfant ?

Elle pressa ses mains sur sa poitrine et regarda l'inspecteur avec espoir.

L'inspecteur secoua la tête avec regret et déclara :

-         Hélas, les derniers examens ont révélé qu'aucun d'entre eux n'attend d'enfant.

Madame Addington eut beaucoup de mal à ne pas fondre en larmes :

-         Mon Dieu ! Et j'ai tant rêvé... J'ai tant espéré...

-         Il est encore tout à fait possible que vos rêves se réalisent, sourit sournoisement Winslow, un jeune homme aux premiers stades de grossesse a été accueilli au camp numéro six il y a quelques semaines.

-         Et il est blond ?!

Les larmes dans les yeux de Madame Addington s'asséchèrent comme par magie.

-         Lui et son épouse, cette dernière décédée depuis...

-         Décédée ? C'est bien, dit froidement Madame Addington, cela signifie que personne n'aura de droits sur ce bébé.

-         Pas le moindre ! confirma Winslow.

-         Et combien va nous coûter cet enfant ? intervint dans la conversation Monsieur Addington.

-         Un million de livres, annonça d'un ton léger, comme s'il s'agissait d'une bagatelle, Winslow.

Monsieur et Madame Addington s'échangèrent de regards :

-         Accordez-nous un moment de réflexion et de concertation, si vous le voulez bien.

Ils se retirèrent du salon et revinrent quinze minutes plus tard, Monsieur Addington avec une expression résignée, Madame rayonnante de bonheur.

-         Nous sommes d'accord ! annonça-t-elle depuis l'embrasure de la porte. Nous achetons l'enfant de ce jeune homme.

***

-         Espèce de chienne cruelle et sans cœur, dit Severus à voix basse, s’adressant à la femme qui continuait à sangloter, toi et ton mari, vous êtes des criminels et des violeurs. Vous ne méritez pas d’être parents. J'aurais souhaité que vous puissiez éprouver la douleur de perdre un enfant, mais je me vois contraint de faire preuve de clémence à votre égard. « Oubliettes ! »

Vingt minutes plus tard, après avoir plongé Madame Addington dans un profond sommeil et effacé les souvenirs de tous les habitants endormis de la maison, Severus, assisté des Aurors, entreprit alors de faire disparaître toute trace de la présence de l'enfant. Mobilier, vêtements, jouets et même quelques clichés furent métamorphosés en ameublement de bureau. Les aliments pour nourrisson et les biberons furent quant à eux réduits en cendres.

Lorsque Rogue et ses compagnons quittèrent la maison, la demeure ne présentait plus aucun vestige de l'existence d'un nourrisson.

__________

1.     L'asthénozoospermie désigne une mobilité réduite des spermatozoïdes, en deçà des normes établies.

2.     Citation biblique extraite du livre de la Genèse, chapitre 30, verset 1.




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