A travers le temps

Chapitre 30 : Un monde entre nous

4032 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 10/08/2025 00:39

Comme si Fleur n'était pas déjà suffisamment paniquée sur ce balcon en observant cette ville inconnue, l'apparition soudaine d'un hélicoptère au-dessus d'elles faillit bien la faire basculer de son fauteuil.

— C'est un monstre ! hurla-t-elle en désignant l'engin qui filait à toute vitesse dans le ciel.

Hermione, alarmée, saisit aussitôt la main de la jeune femme.

— Ce n'est pas un monstre, Bella. C'est une machine volante, un moyen de transport. Rien de dangereux, je te le promets.

Voyant que Fleur en avait déjà largement assez vu pour aujourd'hui, Hermione préféra la ramener à l'intérieur. Sur le chemin du retour vers la chambre, elle lui fit un bref résumé des moyens de transport modernes: voitures, trains, avions, hélicoptères, mais Fleur n'écoutait qu'à moitié. Son esprit restait figé sur la vision assourdissante et menaçante de cet appareil qui tournoyait dans le ciel comme un oiseau mécanique monstrueux.

Une fois de retour dans la chambre, Fleur se remit au lit et s'endormit rapidement, épuisée par son bref voyage à l'extérieur.

Hermione resta debout quelques minutes à l'observer, le visage détendu dans le sommeil, avant de s'affaler lourdement dans le fauteuil collé au lit.

La jeune femme avait la désagréable impression que les choses n'allaient pas du tout aussi bien qu'elle l'avait espéré.

Putain... qu'est-ce que j'ai fait ? pensa-t-elle, le cœur serré.

Fleur dormit un long moment et se réveilla juste à temps pour le déjeuner. Celui-ci se déroula plutôt bien : pour une fois, elle ne fit aucun commentaire acerbe sur le goût discutable de la nourriture d'hôpital.

Cependant, la scène devint amusante au moment du dessert.

— Hermione, peux-tu m'expliquer ce qu'est censé être... cette horrible chose verte ? demanda Fleur en désignant l'objet non identifié dans son assiette.

Hermione esquissa un sourire malicieux.

— Ah, j'attendais de voir ta réaction. Mon amour, ceci est de la gelée. Un dessert dont, apparemment, vous autres Anglais raffolez. Il en existe de toutes les couleurs et de toutes les saveurs.

— Oh... répondit Fleur avec méfiance, prenant un petit morceau à l'aide de sa cuillère en plastique. Elle observa la substance verte trembler comme si elle était vivante, puis l'avala prudemment.

— Hum... ce n'est pas si mauvais que ça, finalement. Tu veux goûter ?

Hermione frissonna et lança un regard suspicieux au carré de gelée à moitié mangé.

— Non, sans façon. Je déteste ce truc. C'est diabolique.

Fleur haussa un sourcil, amusée.

— Alors je ne devrais peut-être pas le manger ?

— Non, non, insiste Hermione avec un geste de la main. Mange si tu aimes... mais garde-le hors de ma vue.

Fleur finit par terminer la gelée, visiblement partagée entre satisfaction et légère perplexité. Elle s'était un peu apaisée depuis leur sortie matinale, mais restait profondément troublée. Les étranges bâtiments, les machines volantes... tout cela défiait sa compréhension. Hermione pouvait voir son esprit travailler à toute vitesse, ses yeux se perdre dans le vide par moments, mais elle choisit de ne rien dire. Mieux valait lui laisser un peu d'espace.

Peu après le déjeuner, Minerva arriva pour prendre des nouvelles. Hermione, plus tôt dans la journée, avait expliqué à Fleur qui était Minnie et combien son aide avait été précieuse.

Fleur accueillit la vieille dame avec la plus grande courtoisie, comme on le lui avait appris depuis l'enfance, et la remercia chaleureusement pour sa générosité. Sa voix était douce, polie, mais ses yeux trahissaient encore une certaine fatigue et un fond d'inquiétude.

Minerva ne tarda pas à exprimer son vif désir d'en savoir plus sur l'époque victorienne et sur la façon dont on y vivait. L'intérêt sincère de la vieille dame sembla toucher Fleur, qui retrouva aussitôt un léger sourire.

— Oh, vous savez, madame, c'était un monde très... différent, commença Fleur, choisissant ses mots avec soin. Les gens se déplaçaient en calèche, les rues étaient beaucoup plus calmes, et le soir, tout était éclairé à la lumière des lampes à huile ou au gaz.

— Fascinant... Et les vêtements ? demanda Minerva, les yeux brillants de curiosité.

— Ah, les robes étaient longues et souvent très lourdes, surtout en hiver. On ne sortait jamais sans chapeau ni gants. Les dames ne montraient pas leurs chevilles... encore moins leurs jambes, dit Fleur en jetant à Hermione un regard taquin, comme pour rappeler leur conversation du matin.

Minerva esquissa un sourire amusé.

— Je suppose que vous avez dû recevoir un petit choc en voyant les tenues d'aujourd'hui...

— Un petit ?! rectifia Fleur avec un rire léger. Disons... un choc monumental.

Hermione, qui jusque-là écoutait en silence, profita de cet échange pour se lever.

— Je vais vous laisser un instant, je vais déjeuner. Continuez à discuter, vous avez sûrement beaucoup à partager.

Elle leur adressa un petit signe avant de s'éloigner. Même si elle savait que Fleur n'allait pas très bien, elle espérait qu'une fois sortie de l'hôpital, la jeune femme trouverait peu à peu ses marques. Peut-être que ces petites conversations, comme celle qu'elle avait avec Minerva, étaient un premier pas vers cette adaptation.

Hermione et Minerva restèrent à discuter pendant presque deux heures. La vieille dame se montra fascinée par les descriptions directes et vivantes que Fleur donnait de la vie à l'époque victorienne. Fleur, de son côté, semblait prendre un réel plaisir à parler de son époque, de ses habitudes et de ce qu'elle représentait pour elle.

— C'est comme si vous m'aviez offert un petit voyage dans le temps, mademoiselle Delacour, dit Minerva avec un sourire chaleureux.

— Ce fut un honneur pour moi, madame, répondit Fleur avec une légère inclinaison de tête.

Juste avant de quitter la chambre, Minerva la remercia encore pour cette merveilleuse conversation, puis ajouta :

— Et lorsque vous serez rétablie, je vous invite à dîner chez moi. Nous pourrons poursuivre notre échange... et qui sait, peut-être que je vous ferai découvrir quelques plats modernes qui pourraient vous plaire.

Fleur accepta l'invitation avec élégance, et Hermione, qui était revenue entre-temps, fut ravie de voir son visage s'illuminer ainsi, même si ce n'était que pour quelques heures.

Dès le lendemain de la visite de Minerva, Hermione fit un saut à la bibliothèque. Elle passa plus d'une heure à fouiller les rayons, réfléchissant à la manière la plus douce et progressive d'initier Fleur aux réalités de 2024. Finalement, elle opta pour trois livres illustrés destinés aux enfants, pensant que les images simples et colorées aideraient Fleur à assimiler plus facilement les nouvelles notions :

— Un sur les bâtiments emblématiques,

— Un autre sur les moyens de transport,

— Et un dernier présentant les pays du monde.

De retour à l'hôpital, Hermione s'installa à côté de Fleur et commença à feuilleter les ouvrages avec elle. Page après page, elle expliquait chaque photo, chaque mot, ajoutant parfois des anecdotes pour rendre le tout plus vivant.

Fleur, attentive, essayait de retenir chaque détail. Mais plus les pages tournaient, plus elle sentait le poids de l'immensité de ce qu'elle devait apprendre. Les trains futuristes, les avions, les gratte-ciels... tout cela lui semblait irréel, presque menaçant. Elle se sentait encore plus déconnectée, isolée dans ce monde qui n'était pas le sien. Pourtant, elle ne dit rien.

Elle voyait combien Hermione se donnait du mal pour la mettre à l'aise, et elle ne voulait pas la blesser. Mais, en silence, un fossé commençait à se creuser entre elles.

Le seul endroit où Fleur pouvait exprimer son sentiment croissant d'isolement et de solitude était son journal intime. Elle remerciait intérieurement le professeur pour ce cadeau, car il lui offrait un refuge, un espace sûr où déposer ses pensées les plus sombres.

Chaque soir, plume en main, elle décrivait ce monde qui lui semblait étranger, détaillait ses peurs, et confiait ses regrets. Elle y parlait aussi d'Hermione. Leur relation, autrefois empreinte de tendresse et de complicité, semblait vaciller. Fleur avait aimé la femme qu'elle avait connue en 1869 : une présence douce, attentive, presque familière. Mais la Hermione de 2024... elle ne la reconnaissait pas. Trop directe, trop assurée, presque étrangère.

Ce contraste la troublait profondément. Plus elle observait Hermione, plus elle avait l'impression de vivre auprès d'une inconnue qui portait pourtant le même visage que celle qu'elle avait aimée.

Cela faisait maintenant quatre jours que Fleur était hospitalisée, et Hermione décida de lui faire découvrir un nouvel objet du monde moderne : la radio.

Elle entra dans la chambre avec un petit appareil portable, qu'elle posa sur la table de chevet. Fleur le regarda comme si c'était une créature étrange, plissant les yeux avec méfiance.

— Bonjour, mon amour, dit Hermione en déposant un baiser sur son front.

Les marques d'affection restaient rares : Fleur refusait de se montrer trop proche d'une autre femme en public, vieille habitude d'une autre époque.

Hermione désigna l'appareil.

— Ceci est une radio. Tu te souviens, je t'ai expliqué que la musique et les voix pouvaient être enregistrées ?

— Oui, vaguement.

— Eh bien, on peut aussi écouter des sons en direct, grâce aux ondes radio.

— Des... ondes radio ? répéta Fleur, manifestement perdue.

— Oui... Bon, je t'avoue que je ne sais pas vraiment expliquer toute la partie technique, mais je sais que c'est génial. Regarde : tu as plein de stations différentes, qui diffusent toutes sortes d'émissions. Il y a de la musique, du sport, des débats politiques, les actualités... Tu suis ? demanda Hermione avec un sourire amusé.

Fleur hocha la tête, mais plus pour lui faire plaisir que par réelle compréhension.

— Laisse-moi te montrer, dit Hermione en allumant la radio.

Elle tourna le bouton jusqu'à capter une station.

— Voilà... c'est une chaîne qui diffuse les actualités. Ce n'est pas un enregistrement : le son est en direct, en ce moment même.

Soudain, une voix masculine claire emplit la pièce, avec une diction rapide et assurée :

« Aujourd'hui, le Premier ministre a annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre la hausse du coût de la vie. Dans le reste de l'actualité, un important sommet international se tient à New York, réunissant les chefs d'État du monde entier... »

Fleur fronça les sourcils, perplexe. La voix lui semblait venir de nulle part, comme un fantôme prisonnier dans l'appareil. Elle regarda autour d'elle, comme pour s'assurer que l'homme ne se cachait pas dans un coin de la chambre.

Hermione remarqua son malaise et éteignit aussitôt la radio.

— Désolée... je voulais te montrer, mais j'ai peut-être été un peu brusque.

Fleur détourna le regard, visiblement gênée.

— C'est... troublant, avoua-t-elle. On dirait qu'il est... là, mais invisible.

Hermione esquissa un sourire tendre.

— Je sais que ça peut sembler étrange. On y reviendra plus tard, quand tu seras prête.

Fleur n'était tout simplement pas habituée à ce genre de choses, et cela lui semblait profondément anormal, presque contre-nature.

Hermione tenta une démonstration similaire avec la télévision, pensant qu'une image accompagnerait mieux le son... mais le résultat fut le même.

Au lieu de paraître fascinée, Fleur semblait se raidir à chaque instant, les yeux écarquillés, comme si l'écran était une fenêtre ouverte sur un monde inquiétant. Les visages qui parlaient depuis cette boîte lumineuse, les images qui changeaient à toute vitesse... tout cela lui donnait le vertige.

En vérité, elle était terrifiée.

Comprenant qu'elle risquait de faire plus de mal que de bien, Hermione renonça. Elle éteignit la télévision et rangea la radio, préférant laisser Fleur retrouver un semblant de calme avec ses livres et son journal intime — les seuls ancrages rassurants qu'elle semblait avoir dans ce nouveau monde.

L'heure de la sortie arriva enfin, au matin du sixième jour. Le médecin entra tôt dans la chambre et annonça à Fleur qu'elle était désormais suffisamment rétablie pour pouvoir rentrer chez elle.

« Chez elle. »

Ces deux mots résonnèrent étrangement en elle. Ce « chez elle » n'existait plus, pas dans ce monde. Une pointe de tristesse lui serra le cœur, mais elle n'eut pas le temps d'y penser davantage.

Hermione, elle, rayonnait de joie. Minerva avait déjà tout organisé et réservé l'une de ses élégantes limousines pour reconduire le couple jusqu'à Beckenham.

Au moment de se changer, Fleur sentit la panique l'envahir : elle n'avait rien à se mettre. Heureusement, Hermione arriva avec un petit paquet.

— Voilà pour toi, dit-elle avec un sourire fier.

À l'intérieur, une jolie robe bleu profond, simple mais classique, qu'Hermione avait achetée spécialement pour l'occasion. Fleur se changea dans la salle de bain, puis en sortit, légèrement gênée.

Le regard qu'Hermione posa sur elle lui fit monter le rouge aux joues.

— Cela change de mes anciennes robes... mais tu as très bien choisi, admit-elle.

— Et tu es magnifique dedans, murmura Hermione en s'approchant pour l'embrasser.

Fleur recula légèrement, un brin nerveuse.

— Pas ici... quelqu'un pourrait entrer et nous voir.

Un sourire amusé étira les lèvres d'Hermione. Plutôt que d'insister, elle prit délicatement la main de Fleur et y déposa un baiser à la manière d'un chevalier.

— Alors, allons-y, ma dame. Notre carrosse nous attend.

Fleur fut installée dans un fauteuil roulant et poussée jusqu'à l'entrée de l'hôpital. Pour sortir, elles empruntèrent un ascenseur. Ce ne fut pas une expérience déstabilisante pour elle : elle avait déjà vu un prototype de ce genre exposé au Crystal Palace en 1867.

Cependant, la nouvelle que lui donna Hermione sur le trajet — l'incendie qui avait ravagé le magnifique édifice en 1936 — la consterna profondément. Le Crystal Palace avait été l'un de ses lieux préférés. Elle y avait de merveilleux souvenirs, notamment de promenades avec sa mère, qui l'y emmenait plusieurs fois par an. Savoir que ce joyau n'existait plus lui serra le cœur.

À l'extérieur, une longue limousine noire les attendait. Fleur fut aidée à monter à bord, et le véhicule démarra aussitôt, filant sur la route avec une vitesse qui lui sembla déraisonnable. Elle se crispa presque immédiatement, les mains agrippées au siège, craignant qu'un accident ne survienne à tout instant.

Hermione, qui remarqua son malaise, se pencha doucement vers elle et prit sa main, la serrant avec chaleur pour lui transmettre un peu de réconfort.

En chemin, Fleur reconnut çà et là quelques bâtiments... mais même ceux qui lui étaient familiers semblaient transformés, comme s'ils avaient perdu quelque chose de leur âme d'autrefois. Elle espérait qu'en arrivant à Beckenham, l'endroit qui avait autrefois été son foyer, elle se sentirait enfin plus à l'aise.

Alors que la limousine entrait enfin dans sa ville natale, Fleur sentit son cœur se serrer. Ce n'était plus la Beckenham qu'elle avait connue. Là où, dans ses souvenirs, s'étendaient des champs verdoyants et des forêts paisibles, se dressaient désormais des immeubles gris et des usines au métal terne.

Les rues elles-mêmes semblaient avoir perdu leur âme. Les bâtiments familiers de son ancienne vie avaient disparu, remplacés par d'autres, impersonnels et sans charme. Chaque virage lui rappelait cruellement que son passé n'existait plus, englouti par le temps.

Bientôt, le véhicule s'arrêta devant la boulangerie où vivait Hermione. Le cœur lourd, Fleur leva les yeux et, au milieu de ce décor étranger, trouva un petit réconfort : l'église se tenait toujours à la même place, presque inchangée.

À peine sortie de la voiture, elle se dirigea vers elle, comme attirée par un souvenir familier, un fragment de son monde disparu.

— Où vas-tu, Fleur ? demanda Hermione en la voyant s'éloigner.

— J'ai besoin de voir ma mère... Je veux savoir si elle est toujours là ou si... ils l'ont déplacée, répondit Fleur d'une voix amère.

Elle connaissait par cœur le cimetière et l'emplacement de la tombe maternelle. Mais en chemin, elle remarqua avec stupeur combien de pierres tombales supplémentaires parsemaient à présent le terrain. Certaines portaient des noms qui lui étaient familiers, des visages qu'elle avait connus autrefois. Elle détourna les yeux, refusant de s'attarder sur ces rappels douloureux.

Hermione suivait quelques pas derrière, en silence, respectant le recueillement de la jeune femme.

Fleur finit par atteindre l'endroit qu'elle cherchait... et resta figée. Sa mère reposait bien là, sous la pierre immaculée qu'elle se souvenait avoir vue posée. Mais à ses côtés, un autre nom s'imposait :

Alexandre Delacour

1812 – 1897

Elle savait, au fond, que son père était mort depuis longtemps. Pourtant, voir cette date gravée dans la pierre, sentir le poids de cette réalité, c'était autre chose. C'était un point final à tout ce qu'elle avait connu. Non seulement ses parents étaient partis... mais c'était tout son monde qui avait disparu avec eux.

Les larmes lui montèrent aux yeux, puis coulèrent librement. Elle tomba à genoux devant la tombe, incapable de retenir ce chagrin brut.

Hermione s'approcha doucement et passa ses bras autour d'elle.

— Je suis là... murmura-t-elle, même si elle savait que ses mots ne suffiraient pas.

Elle se sentit impuissante. Elle aurait dû deviner que Fleur voudrait venir ici. Elle aurait dû être prête à l'accompagner dans ce moment. Mais rien n'aurait pu vraiment préparer ni l'une ni l'autre à cette douleur-là.

Fleur pleura encore un moment sur l'épaule d'Hermione, puis finit par essuyer ses yeux d'un geste tremblant.

— Rentrons... tu vas attraper froid, souffla doucement Hermione.

Elles reprirent le chemin vers l'appartement. Le chauffeur, qui les avait gentiment attendues, se tenait près de la limousine, les quelques affaires de Fleur sorties du coffre. Hermione se pencha pour les prendre, mais Fleur restait accrochée à son bras, comme si le simple fait de la lâcher l'angoissait.

— Laissez-moi faire, mademoiselle, proposa le chauffeur avec un sourire poli. Je vais vous les monter.

— Merci beaucoup, répondit Hermione avec gratitude.

Elle avait passé la veille à nettoyer chaque recoin de son appartement, cherchant à le rendre le plus accueillant possible pour Fleur : draps frais, coussins disposés, une douce odeur de linge propre flottant dans l'air. Mais la jeune femme, encore secouée, semblait à peine le remarquer. Ses yeux étaient encore rougis et humides lorsqu'Hermione la guida à travers les pièces, lui montrant brièvement l'espace qui serait désormais le sien.

Après avoir remercié et congédié le chauffeur, Hermione ramena Fleur dans la chambre. Sans un mot, elle l'aida à se glisser sous les draps, puis s'installa à ses côtés. La blonde se blottit aussitôt contre elle, cherchant chaleur et réconfort. Hermione referma les bras autour d'elle, déterminée à rester là aussi longtemps qu'il le faudrait.

Une heure plus tard, elles émergèrent de leur sieste. Hermione proposa à Fleur de lui faire un véritable tour du propriétaire. La blonde observa chaque pièce avec curiosité, trouvant l'appartement douillet et confortable... même si, au fond, sa maison et sa chambre lui manquaient de plus en plus.

Une fois la visite terminée, Fleur s'assit sur le canapé, hésitante. Elle finit par se décider à parler.

— Hermione... c'est difficile à dire, mais... je ne me sens pas bien à l'idée de vivre dans le péché. Je dormirai sur le canapé, ne le prends pas mal, je...

Hermione s'approcha aussitôt et prit délicatement son visage entre ses mains, plongeant son regard dans le sien.

— Je comprends, dit-elle avec une pointe de déception dans la voix. Tu peux prendre le lit, je dormirai sur le canapé. Je sais que l'adaptation sera difficile.

— Merci... répondit Fleur en déposant un baiser léger sur la joue d'Hermione.

Elle remarqua alors les sacs posés près de l'entrée.

— Qu'est-ce que c'est ?

— Je t'ai acheté quelques vêtements pour les prochains jours, expliqua Hermione avec un sourire. J'espère que tu aimeras... j'ai essayé de trouver des choses dans ton style.

Fleur sortit un premier article et resta surprise en découvrant un soutien-gorge basique en coton.

— Ce sont des sous-vêtements, précisa Hermione. Quand tu voudras sortir, tu pourras choisir d'autres vêtements toi-même.

Fleur esquissa un petit sourire.

— Contente de voir que je n'aurai plus à mettre de corset.

— Un instrument du diable, si tu veux mon avis, répliqua Hermione avec un petit rire.

— Je ne peux qu'être d'accord. Hermione... merci pour tout. Même si je ne le montre pas toujours... je t'en suis vraiment reconnaissante.

Hermione comprenait la position de Fleur, même si la déception la rongeait. Elle aurait voulu qu'elles puissent partager le même lit, retrouver cette proximité qui leur avait semblé si naturelle en 1869... mais elle devait se plier au rythme de Fleur.

— Fleur... murmura-t-elle d'une voix douce, il y a quelques-unes de tes affaires dans ma chambre. Celles que j'ai achetées chez l'antiquaire. Elles sont posées sur ma commode. Et... si tu en as envie, j'ai aussi tes anciens journaux, dans une boîte sous le lit.

Fleur hocha la tête et se dirigea lentement vers la chambre. Elle s'arrêta devant la commode, ses yeux s'illuminant brièvement en découvrant son peigne. Elle le saisit avec délicatesse, comme s'il pouvait se briser au moindre geste, et commença à se brosser les cheveux. Ses paupières se fermèrent d'elles-mêmes, et avec elles revinrent les images de sa vie passée : sa chambre baignée de lumière, le parfum du savon de sa mère, le craquement familier du parquet sous ses pas...

Elle fit le tour de la pièce du regard, s'arrêtant sur le bureau d'Hermione. Là, posé à portée de main, se trouvait l'un de ses journaux. Fleur tendit les doigts, l'ouvrit... et referma aussitôt le carnet, le cœur serré. Elle savait de quel journal il s'agissait : le dernier. Le témoin muet de ce qu'aurait pu être sa vie... si elle ne s'était pas interrompue brutalement.

Hermione, appuyée contre l'embrasure de la porte, observait la scène en silence. Elle comprenait. Lire ces pages serait comme ouvrir une fenêtre sur un avenir qu'on ne vivra jamais. Et certaines douleurs sont trop vives pour être affrontées tout de suite.

Fleur passa le reste de l'après-midi recluse dans la chambre, feuilletant quelques livres, s'absorbant dans une lecture qui n'avait d'autre but que de remplir le vide. Hermione, de son côté, resta dans le salon, essayant de s'occuper, mais son esprit revenait toujours vers cette porte close qui les séparait.

Le dîner, préparé par Hermione, se déroula dans un silence pesant. Les couverts tintaient faiblement sur la vaisselle, mais aucune parole ne venait combler le vide entre elles. À peine le repas terminé, elles échangèrent quelques mots polis, puis chacune gagna sa chambre... ou plutôt, ses quartiers.

Allongée sur le canapé, Hermione fixait le plafond, les yeux humides. Elle avait cru offrir une seconde chance à Fleur, lui rendre la vie qu'elle méritait... mais ce soir, elle se demandait si elle n'avait pas seulement bouleversé son monde pour la condamner à l'errance dans un siècle qui n'était pas le sien. Dans la chambre, Fleur pleurait silencieusement, le visage enfoui dans l'oreiller. Elle pleurait sa maison, sa famille, ses repères... et cette vie qui lui avait été arrachée.

Elles étaient à quelques mètres l'une de l'autre, mais chacune pleurait seule, convaincue, au fond, d'avoir perdu quelque chose d'irréparable.


Laisser un commentaire ?