A travers le temps

Chapitre 31 : Entre regret et pardon

Par moustik80

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Au cours de la semaine qui suivit l’arrivée de Fleur chez Hermione, la situation se dégrada rapidement.

Hermione redoublait d’efforts pour que sa compagne se sente à l’aise. Elle avait même cuisiné certains plats comme le faisait Dobby en 1869, espérant que le goût familier éveillerait un peu de chaleur chez Fleur. Mais rien n’y faisait. La jeune femme restait distante, souvent perdue dans ses pensées, répondant par des phrases courtes ou des sourires forcés.

Le fossé entre elles se creusait un peu plus chaque jour. Hermione sentait qu’elle la perdait, mais ignorait comment la retenir.

Chaque nuit, elle s’endormait sur le canapé, l’esprit en ébullition. Elle repassait en boucle la moindre de leurs conversations, cherchant l’erreur, le mot de trop, ou au contraire celui qu’elle n’avait pas su dire. Elle dressait mentalement des listes de choses à tenter, mais au matin, chaque idée semblait vouée à l’échec. Rien ne semblait fonctionner, et cette impuissance lui pesait de plus en plus.

Elle se rappela du deuxième jour de la présence de Fleur chez elle. Ce matin-là, Hermione avait dû s’absenter pour finaliser son inscription à l’université pour la rentrée prochaine — les vacances touchaient à leur fin, et il ne lui restait que peu de temps pour régler les formalités.

Avant de partir, elle avait prévenu Fleur qu’elle ne serait absente que quelques heures, le temps du trajet aller-retour jusqu’à Londres et des démarches administratives. Fleur, installée dans le fauteuil près de la fenêtre, lui avait assuré d’un ton calme que tout irait bien en son absence.

Rassurée par cette promesse, Hermione était partie confiante, persuadée que rien ne viendrait troubler cette courte séparation.

Mais, se sentant un peu plus courageuse ce jour-là et animée par la curiosité de découvrir à quoi ressemblait la ville, Fleur décida de faire une petite promenade. Elle enfila l’une des robes classiques qu’Hermione lui avait offertes, puis sortit profiter de la douceur estivale.

Ses pas la guidèrent presque instinctivement vers l’ancienne auberge de son père. Au début, la joie la gagna : l’édifice se tenait toujours là, fier malgré le poids des années. Mais, à mesure qu’elle approchait, un pincement douloureux se fit sentir. La façade lui était familière, mais tout le reste avait changé.

Autrefois, l’auberge avait été son foyer, surtout lorsque sa mère accueillait les clients avec ce sourire chaleureux à la porte. Aujourd’hui, ce n’était plus qu’un simple pub à la devanture étrange, sans âme, sans la chaleur d’antan.

Le cœur serré, Fleur fit le tour du bâtiment, espérant apercevoir sa maison derrière, comme autrefois. Mais à la place, elle découvrit un vaste rectangle de bitume : un parking, comme Hermione le lui avait appris. Aucun signe ne subsistait de l’ancienne demeure des Delacour, ni du petit bois qui bordait jadis la propriété. À perte de vue, il n’y avait plus que des bâtiments aux formes dures et étrangères.

Son ancien monde avait bel et bien disparu.

Le cœur brisé par la vision de sa maison réduite à néant, Fleur continua simplement sa marche, comme portée par l’élan, sans véritable but. Mais, au bout de quelques minutes, elle se rendit compte qu’elle ne reconnaissait plus rien.

Se perdre dans sa propre ville natale… c’était presque une insulte à ses souvenirs, et une expérience profondément déstabilisante. Les rues, les bâtiments, les repères d’autrefois… tout avait été avalé par le temps et remplacé par des constructions froides et étrangères.

Après de longues minutes d’errance, elle finit par retrouver son chemin. Lorsqu’elle franchit enfin la porte de l’appartement, elle fut soulagée de constater qu’Hermione n’était pas encore rentrée. Elle laissa tomber son sac sur la table et s’effondra en larmes, le visage enfoui dans ses mains.

Hermione arriva à peine cinq minutes plus tard. La voyant dans cet état, elle s’approcha aussitôt, inquiète.

— Fleur… qu’est-ce qui s’est passé ? demanda-t-elle doucement.

Mais la jeune femme secoua la tête, incapable de trouver les mots.

— Je veux être seule, répondit-elle simplement, d’une voix tremblante.

Sans attendre, elle se leva et alla s’enfermer dans la chambre, laissant Hermione figée dans le salon, confuse et impuissante.

Après cet épisode, les choses n’avaient fait qu’empirer. Elles n’étaient plus que des colocataires… à la limite même des étrangères, bien loin du lien passionné qui les avait unies. Le dialogue s’était réduit à quelques phrases brèves, et une tension silencieuse mais constante régnait dans l’air.

Hermione, pourtant, s’efforçait toujours d’aider Fleur à s’adapter au monde moderne. Mais à chaque tentative infructueuse, elle sentait son optimisme s’effriter un peu plus. Chaque échec lui donnait l’impression de perdre non seulement Fleur… mais aussi une part d’elle-même.

Fleur, de son côté, passait ses journées plongée dans de vieux livres ou dans la relecture de ses anciens journaux, prenant soin d’éviter ceux relatant un avenir qu’elle ne voulait pas connaître. La musique lui manquait terriblement, alors Hermione lui avait offert un petit lecteur audio contenant des dizaines de morceaux de musique classique. Parfois, tard dans la nuit, Fleur glissait les écouteurs dans ses oreilles et laissait les notes l’envelopper, cherchant dans ces harmonies le réconfort nécessaire pour trouver le sommeil.

Hermione, quant à elle, tuait ses journées devant la télévision, l’esprit ailleurs. Le soir venu, elle montait sur le toit, observait les étoiles… puis, souvent, finissait par boire pour oublier le vide qui s’installait dans sa vie.

Peu à peu, en relisant ses journaux, Fleur se surprit à repenser à Bill. Était-il vraiment l’homme si indigne qu’Hermione avait décrit le jour du mariage ? Elle se souvenait de ses gestes tendres, de ses attentions délicates… bien loin de l’image d’un séducteur volage qu’on lui avait peinte.

Au bout de quinze jours, la rentrée approchait. Hermione allait bientôt reprendre les cours pour sa deuxième année en Angleterre.

Comme chaque jour, elle s’occupait seule des tâches ménagères : préparer les repas, faire la vaisselle, lancer la lessive… Elle n’avait jamais demandé à Fleur de l’aider. Après tout, comment une ancienne bourgeoise, qui avait toujours eu du personnel à son service, pourrait-elle s’accommoder de tâches aussi simples… et pourtant si nécessaires ?

En vérité, Hermione aurait adoré que Fleur propose son aide, ne serait-ce qu’une fois. Pas pour alléger sa charge, mais pour sentir qu’elles formaient une équipe, qu’elles partageaient un quotidien. Mais cette proposition ne vint jamais. Fleur se contentait de rester dans sa chambre ou de lire au salon, comme si ces gestes du quotidien n’avaient rien à voir avec elle.

C’était un vendredi, et Hermione voulait tenter une dernière fois de briser la glace entre elles. Elle frappa doucement à la porte de la chambre.

— Entrez.

Hermione ouvrit avec précaution, avançant d’un pas dans cette pièce qui, depuis plusieurs jours, ne lui appartenait plus vraiment.

— Hé… je ne sais pas si ça t’intéresse, mais je me demandais si tu voudrais sortir un peu. Un nouveau pub a ouvert dans le quartier et, ce soir, un groupe joue de la musique folklorique traditionnelle. Je me suis dit que ça pourrait te plaire.

Assise dans le fauteuil près de la fenêtre, Fleur leva les yeux de son livre.

— Non.

Hermione sentit une bouffée de colère monter. Ce n’était pas seulement le refus, mais le ton dédaigneux qui l’accompagnait. Elle avait été patiente, elle avait respecté l’espace de Fleur… mais là, c’en était trop.

— Pourquoi pas ?! s’exclama-t-elle.

Fleur posa son livre avec un soupir, l’air offensé.

— Puisque tu me cries dessus, pourquoi devrais-je aller où que ce soit avec toi ?

Ce commentaire attisa encore la colère d’Hermione.

— Même quand je suis calme avec toi, tu refuses. Alors… pourquoi pas ?

Fleur se leva brusquement, se plaçant face à elle.

— Parce que cette ville n’est pas ma ville natale, Hermione ! Je ne connais ni les lieux, ni les gens. Je n’ai pas ma place ici, voilà pourquoi !

Hermione serra les poings.

— Maintenant que tu es là, pourquoi ne pas en profiter un minimum ? Découvrir de nouvelles choses, te faire de nouveaux amis…

Sa voix montait. Elle savait qu’elle ne pourrait pas contenir sa colère encore longtemps. Et, à en juger par l’éclat dans les yeux de Fleur, cette dernière non plus.

JE SAIS QUE JE SUIS ICI ET JE DÉTESTE ÇA ! hurla Fleur. JE DÉTESTE TOUT ÇA, ET C’EST TA FAUTE ! Ma famille est morte, mes amis sont morts… même mon cheval est mort ! Ma maison a disparu, ma ville est méconnaissable ! Je me fiche de ce monde d’ordinateurs, d’avions et de toutes vos maudites inventions !

JE T’AI SAUVÉE DE CET ENFOIRÉ DE BILL ! répliqua Hermione avec la même intensité.

— Oui, tu m’as sauvée de ce mariage… mais je préférerais être mariée et malheureuse avec cet homme qu’ici, avec toi !

Hermione la regarda, interdite.

— Quoi ?

Fleur la pointa du doigt, le regard brûlant.

— Oui… Avec votre Internet et vos ordinateurs, tu as très bien pu créer de fausses preuves pour calomnier mon mari. Je devais me marier, mais tu as tout rendu impossible avec ton petit spectacle. Après tout… tu es une comédienne, non ? J’aurais été heureuse en mariage, et toi… toi, tu as tout ruiné. Tu as ruiné ma vie… Je te déteste.

Hermione resta figée. Les mots de Fleur la frappaient comme des coups de poing. Comment pouvait-elle croire ça ? Une douleur sourde lui noua la gorge. Sans un mot, profondément blessée, elle tourna les talons et quitta la pièce, la tête basse.

Dans la cuisine, elle attrapa une bouteille de whisky. Quelques secondes plus tard, elle montait sur le toit, son nouveau refuge, fuyant le poids insoutenable de ces accusations.

Elle s’installa lourdement sur la chaise longue du toit, une bouteille à la main, les yeux rivés sur l’église qui se dressait juste en face.

— Pourquoi, mon Dieu ?… murmura-t-elle d’une voix éraillée. Pendant tout ce temps, chaque fois que je résous un problème, un autre surgit aussitôt… encore et encore. Et maintenant, c’est ce connard la victime, et moi… la méchante.

Ses doigts se crispèrent sur le goulot.

— Mais tu sais quoi ?… T’as gagné, espèce de salaud. J’abandonne. J’arrête de jouer les héroïnes… Je serai la putain de méchante, si c’est ce que vous voulez.

Elle leva la bouteille à ses lèvres une dernière fois, avala une longue gorgée, puis, d’un geste rageur, la lança par-dessus la rambarde. Elle entendit le verre éclater quelque part de l’autre côté de la rue… dans le cimetière.

Un silence lourd s’installa. Le froid de la nuit mordait sa peau, mais elle ne bougeait pas, hypnotisée par les pierres tombales à peine visibles dans l’ombre. L’alcool, lui, faisait déjà son œuvre, alourdissant ses paupières et brouillant ses pensées.

Avant de sombrer, Hermione prit une décision. Demain matin, à la première heure, elle appellerait Minerva pour lui demander un service : accueillir Fleur, lui trouver un logement plus « décent », loin d’elle.

Elle avait décidé de lâcher prise. De tourner la page. Peut-être même de quitter l’école… et de retourner en Australie.

Dans la chambre, Fleur, toujours en colère, percevait la voix d’Hermione qui fulminait sur le toit.

Tout avait si mal tourné… Elle-même n’était plus certaine qu’Hermione ait réellement piégé William — c’était possible, certes, mais elle n’en avait aucune preuve. Elle avait surtout lancé ces accusations pour la blesser, et elle avait réussi. Hermione était profondément atteinte.

Fleur ferma les yeux, ravalant un soupir amer. Elle ne voulait pas admettre que, quelque part, cette victoire lui laissait un goût amer. Tout ce qu’elle désirait, au fond, c’était retrouver sa vie d’avant.

J’aurais aimé qu’Hermione n’entre jamais dans ma vie… pensa-t-elle, avec une pointe de ressentiment.

Son regard tomba alors sur l’un des anciens journaux qu’elle évitait soigneusement depuis son arrivée. Elle avait toujours refusé de l’ouvrir, par crainte de ce qu’elle pourrait y lire. Mais, ce soir-là, quelque chose — un mélange de défi et de curiosité — l’incita à tendre la main.

Elle caressa la couverture, hésitante, puis inspira profondément. Elle allait enfin savoir ce qui se serait passé si Hermione n’avait jamais croisé sa route.

— Je vais le lire… et je verrai que j’avais raison, murmura-t-elle pour elle-même. Que cette Hermione n’est pas la gentille fille de l’histoire.

Elle voulait avoir raison. C’était vital, surtout après les mots qu’elle venait de lancer. Car si elle avait tort… cela ferait d’elle la véritable coupable. Et cette idée était bien trop douloureuse pour qu’elle l’envisage.

Elle ouvrit le journal et commença à parcourir des fragments d’une vie où Hermione n’existait pas.

Au début, elle pensa à une mauvaise blague. Mais très vite, elle reconnut l’élégance familière de son écriture, sa manière de former les lettres, la tournure précise de ses phrases. Tout sonnait juste : c’était bel et bien sa main qui avait rédigé ces pages.

Les premières entrées se concentraient sur les préparatifs du mariage. Tout semblait se dérouler comme prévu : les rendez-vous, les essayages, les invitations. Mais Fleur remarqua qu’entre les lignes, son double commençait à exprimer de légers doutes quant à la viabilité de son union avec William. Elle balaya pourtant ces signes d’un revers de pensée, les attribuant simplement au stress d’avant la cérémonie.

Page après page, elle découvrait le déroulement du mariage, puis son installation avec William au manoir des Weasley. La vie n’y était pas parfaite, mais elle paraissait confortable : elle voyait régulièrement son père et sa jeune sœur, montait à cheval presque chaque matin, et profitait de promenades dans les champs alentours.

Plus elle lisait, plus Fleur se persuadait qu’Hermione avait eu tort de tout bouleverser… et que le pauvre William était la véritable victime.

Bientôt, à sa grande surprise, Fleur découvrit dans le journal qu’elle était tombée enceinte.

Un coup de massue. Hermione ne lui avait donc pas seulement pris son mari… elle lui avait aussi volé la chance d’avoir un enfant.

À cette pensée, la rage monta en elle comme une marée brûlante. Elle aurait voulu fuir cet appartement, se réfugier dans un autre monde, loin de tout.

Au lieu de ça, elle referma brutalement le journal et le lança contre le mur. Elle fit les cent pas dans la petite chambre, cherchant à calmer le tumulte en elle. Mais la colère bouillonnait toujours, vibrante dans chaque muscle.

Ce ne fut qu’en remarquant l’heure — minuit passé — qu’elle se décida à reporter sa lecture au lendemain. Elle s’allongea, le cœur lourd, et, contre toute attente, le sommeil l’emporta rapidement.

Elle rêva.

Elle se retrouva au manoir Weasley, comme dans certains de ses souvenirs. Le couloir, baigné d’une lumière douce, semblait étrangement silencieux. Attirée par une porte entrouverte, elle s’approcha… et, à l’intérieur, elle aperçut son double, enceinte de plusieurs mois.

Poussée par une curiosité irrépressible, Fleur entra. Son double était assise à un petit bureau, une plume à la main, en train d’écrire dans un journal.

La femme posa soudain sa plume et leva les yeux vers elle.

— Tu ne devrais pas être ici… Ce n’est pas ta voie.

Fleur s’avança vivement.

— Je sais. Mais tu as la vie que je devais mener.

La Fleur enceinte se leva lentement, s’approchant jusqu’à ce que leurs regards se croisent.

— Tu veux tout ça ?… Avant, peut-être. Mais pourquoi ne pas finir de lire et voir les choses telles qu’elles sont, et non comme tu voudrais qu’elles soient ? Tu te comportes comme une idiote.

— Non ! protesta Fleur. Je ne le suis pas. Hermione a menti. Regarde ce que tu as : une maison, un mari, bientôt un enfant… et pas d’Hermione à l’horizon.

Un rire cristallin, mais amer, échappa à la Fleur enceinte.

— Je ne connais pas cette Hermione… mais je sais ceci : cette maison est grande et belle, oui… mais ce n’est pas un foyer. Quant à mon mari… lis par toi-même. Et arrête de faire l’imbécile. Maintenant, fiche le camp.

Fleur se réveilla en sursaut, le cœur battant, encore ébranlée par l’intensité de son rêve. Les paroles de son double résonnaient dans son esprit comme un écho impossible à faire taire.

Incapable de résister, elle alluma la lumière, repoussa les draps et ramassa le journal qu’elle avait jeté plus tôt. Assise sur le bord du lit, elle l’ouvrit à la page où elle s’était arrêtée.

Ce qu’elle lut la laissa d’abord perplexe… puis glacée. William passait de moins en moins de temps à la maison. À mesure que la grossesse avançait, son attention se détournait d’elle, remplacée par des absences inexpliquées. Peu à peu, les lignes du journal prirent un ton plus inquiet : rumeurs persistantes sur des jeux d’argent, sur la faillite imminente de son entreprise… et sur des maîtresses.

À son grand désarroi, Fleur vit ce monde privilégié et doré se fissurer lentement. Ce qui avait tout l’air d’un conte de fées se transformait, page après page, en une existence fade et amère.

La seule lueur dans ces pages restait l’enfant à venir, qui semblait être la consolation de son double. Mais même cette perspective était teintée de solitude.

Puis, brusquement, tout s’interrompit.

La dernière entrée était datée du 17 août 1870. Après cette date : plus un mot. Les carnets suivants étaient vides, entièrement vierges.

Fleur resta immobile, le journal ouvert sur ses genoux. Depuis l’enfance, elle avait pris l’habitude d’écrire presque chaque nuit. Cesser d’un coup… cela n’augurait rien de bon. Son instinct lui soufflait qu’un événement grave s’était produit.

Elle se redressa, les pensées en désordre, et se souvint soudain d’une conversation avec Hermione. Un jour, celle-ci lui avait confié avoir fait des recherches sur elle. Peut-être avait-elle conservé des documents…

Je me demande si Hermione les a encore.

Dans un grand dossier vert portant son nom en lettres noires, Fleur trouva sa réponse.

À l’intérieur, une coupure de presse jaunie, fragile au toucher. Sa nécrologie.

Une nausée lui monta à la gorge, mais elle força ses yeux à lire.

Elle découvrit que, le 18 août 1870, elle avait donné naissance à un enfant mort-né… puis s’était vidée de son sang, seule, dans sa chambre.

Sous la nécrologie, un petit billet griffonné à la hâte attira son attention :

William a été vu en compagnie de Pénélope Deauclair, sa maîtresse, le soir de la mort de Fleur. Il n’est revenu que le lendemain.

Connard… souffla-t-elle, la mâchoire serrée.

Horrifiée, elle poursuivit l’exploration du dossier. Ses mains tremblaient quand elle tomba sur une autre coupure : une annonce de mariage, datée d’à peine deux mois après sa mort. William avait épousé Pénélope.

Mon corps à peine froid… et il épouse déjà sa maîtresse.

Page après page, les preuves s’accumulaient. Articles de presse, comptes rendus judiciaires : liaisons multiples, dettes colossales, jeux d’argent, détournement de fonds… Jusqu’à ce que, par ses seuls excès, William ruine l’illustre famille Weasley.

Fleur resta immobile, le souffle court.

Il ne s’est jamais soucié de moi… pas une seule fois. Il ne m’a jamais aimée.

Ses yeux se remplirent de larmes qu’elle essuya d’un revers de main, avant de découvrir le dernier document. Une photographie.

C’était celle de sa tombe. Une pierre froide, négligée, couverte de mousse et de feuilles mortes, comme si plus personne n’avait pris la peine de venir se recueillir. Une vision qui lui serra la poitrine au point qu’elle chancela, et dut s’agripper au bureau pour ne pas tomber.

Au dos de la photo, quelques mots, écrits de la main ferme et précise d’Hermione :

Si tu échoues, voici ce qui attend Fleur.



C’est alors que Fleur comprit l’ampleur de son erreur. Plus tôt, elle avait mal jugé Hermione, laissant sa peur et sa colère lui voiler la vue. Elle avait refusé de voir les véritables sentiments derrière ses gestes. Hermione n’avait cherché qu’à l’aider… et en retour, Fleur lui avait lancé les pires mots qu’elle pouvait trouver.

Le regret la frappa de plein fouet, comme une vague glaciale. Elle se retourna vers le canapé où Hermione dormait souvent ces derniers temps. Vide.

Un coup d’œil à l’horloge : 3h58 du matin.

Un frisson d’inquiétude lui parcourut l’échine.

Le toit…

Sans perdre une seconde, elle traversa le couloir et monta quatre à quatre les escaliers. Lorsqu’elle émergea à l’air libre, une bruine fine tombait déjà du ciel. Au loin, recroquevillée sur une chaise longue, Hermione dormait profondément, les bras croisés sur la poitrine.

— J’ai été une idiote… murmura Fleur en s’avançant vers elle.

Elle s’agenouilla et la secoua doucement.

— Hermione… Hermione, s’il te plaît, réveille-toi.

Hermione grogna, l’esprit encore engourdi par la quantité d’alcool qu’elle avait absorbée quelques heures plus tôt. Ses paupières se soulevèrent lentement, laissant apparaître un regard absent. Lorsqu’elle reconnut Fleur, son visage se durcit.

— C’est toi… Tu veux en remettre une couche ? Tu m’as pas assez fait de mal ?

— Hermione… pourquoi tu ne m’as pas dit que j’étais morte ? demanda Fleur d’une voix grave, plantant son regard dans le sien sans se soucier de la pluie qui tombait désormais plus fort.

Hermione se redressa péniblement, surprise.

— Tu l’as découvert…

— Pourquoi tu ne me l’as pas dit tout ce temps ?

Hermione passa une main tremblante sur son visage pour essuyer la pluie.

— Tu avais déjà trop souffert. J’aurais dû jeter les journaux…

— Non. Je suis contente que tu ne l’aies pas fait. Ça m’a prouvé que j’avais tort. Je t’ai traitée… horriblement, tout à l’heure. Je suis désolée. J’avais le mal du pays… ça n’excuse rien, mais… j’espère que tu pourras me pardonner.

Fleur s’agenouilla face à Hermione et passa ses bras sous les siens pour l’aider à se relever.

— Non, Hermione… C’est à moi de m’excuser. Tu m’as sauvée, et je n’ai même pas fait l’effort de vivre dans ton monde. J’ai passé mon temps à m’accrocher au passé… et je t’en ai voulu de vouloir m’ancrer dans le présent. S’il te plaît… pardonne-moi, Hermione.

Ses larmes coulaient librement, se mêlant à la pluie qui battait leurs visages.

Hermione baissa les yeux, la voix brisée.

— Je voulais juste t’aimer…

Fleur attrapa ses mains, les serrant contre son cœur.

— Alors aime-moi encore. Donne-moi une chance… d’apprendre à t’aimer en retour.

Hermione la fixa, hésitante, comme si elle craignait d’espérer à nouveau.

— Alors… j’essaierai.



























































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