Je vous écris, quoi d’autre à dire ?

Chapitre 1 : Je vous écris, quoi d’autre à dire ?

5434 mots, Catégorie: M

Dernière mise à jour 26/03/2025 18:52

Cette fanfiction participe au Défi en Seconde Chance “La Lettre” (mai 2018) du site Fanfiction.fr

 

Je vous écris, quoi d’autre à dire ? (1)

 

 

1er mai 2006

 

Russie, Moscou, Hôtel Rossia, côté magique.

De Drago Lucius Malefoy

À Astoria Malefoy, Grande Bretagne, Le Manoir des Malefoy.

 

Ma chère épouse,

 

Nous nous sommes séparés il y a peu, et déjà, une grande distance nous éloigne. Votre absence me pèse énormément. Je vous imagine dans notre bibliothèque, près de la fenêtre qui surplombe le parc et la roseraie, si magnifique en cette saison. La douce lumière du matin illumine votre visage. Vous êtes vêtue de cette robe azur que je chéris tant, notre Kneazle (2) Pouffie se lovant sur vos genoux. Vous tenez cette lettre d'une main, l'autre reposant sur votre ventre bien arrondi depuis mon départ, où notre futur héritier grandit.

 

J'aimerais tant être à vos côtés, assis à vos pieds, à vous écouter parler de sujets légers et joyeux. Hélas, mon devoir de futur père m'appelle ailleurs. Il m'incombe de trouver les ressources nécessaires pour reconstituer notre patrimoine, considérablement amoindri par les prélèvements et sanctions imposés par notre très cher Ministère au lendemain du conflit. Mon aspiration est de vous offrir, à vous ainsi qu'à notre enfant, le cadre de vie auquel vous pouvez légitimement prétendre.

 

Ma douce amie, je tiens à vous rassurer, je suis bien accueilli dans ce pays qui est bien plus civilisé que vous ne l'imaginez. N'ayez aucune inquiétude, ici au mois de mai il ne gèle pas à cœur fendre, mais il fait plutôt chaud. Le manteau doublé de fourrure, que j'ai enfilé sur votre insistance ne me sera d'aucune utilité. Également les ours blancs ne se promènent pas en plein jour dans les rues ; pour les nuits, je ne le jurerai point. Non, non, ma chérie, n'ouvrez pas si grand les yeux, ce n'était qu'une plaisanterie et bien maladroite de surcroît. Je vous assure, aucun animal sauvage ne rôde en ville, que ce soit de jour ou de nuit. Le fusil de chasse que vous avez discrètement glissé dans mes bagages ne me servira pas non plus. Je garde cependant ces deux objets précieusement, comme preuves de votre affection et de votre attention à mon égard.

 

Ma bien-aimée, je n'ai guère de nouvelles à vous communiquer pour le moment, si ce n'est que mon installation est des plus confortables. L'hôtel surpasse toutes mes attentes, et son tarif est, à vrai dire, dérisoire. Pour une somme équivalente à Londres, je n'aurais pu prétendre qu'à une simple couchette dans une auberge de jeunesse moldue.

 

J'attends avec impatience le matin à venir, lorsque je découvrirai enfin la nature de l'affaire que souhaite me confier Le Grand-Duc Orloff, éminent conservateur du Musée de l'Histoire et de la Magie. Je caresse l'espoir que cette mission, bien que fort lucrative, ne s'éternise pas, afin que je puisse être à vos côtés le jour où notre fils verra le jour.

 

Je couvre vos délicates mains de baisers emplis de dévotion, effleurant chacun de vos doigts graciles, et je brûle d'impatience de vous retrouver.

 

Votre époux aimant et dévoué,

Drago Lucius Malefoy

 

***

 

Le 3 Mai 2006

 

Grande Bretagne, Le Manoir des Malefoy

De Astoria Malefoy

À Drago Lucius Malefoy

Russie, Moscou, Hôtel Rossia, côté magique.

 

 

Mon très cher époux,

 

Votre missive, reçue ce matin, m'a emplie de joie. Je suis profondément soulagée d'apprendre que vous ne courez, pour l'heure, aucun péril, que ce soit face au climat rigoureux de ces contrées ou aux bêtes sauvages. Néanmoins, je vous exhorte à conserver précieusement ce fusil et ce manteau dans vos bagages, car nul ne sait où cette aventure pourrait vous mener, même si les recherches commanditées par le Musée semblent a priori inoffensives.

 

Il est vrai, que l'on peut se demander quel danger pourrait bien se tapir dans les couloirs de la réserve de cette respectable institution. Pourtant, un pressentiment inquiétant m'étreint. M'avez-vous réellement dévoilé toute la vérité concernant la nature des recherches et des missions que vous acceptez avec une remarquable assiduité depuis ces deux ou trois dernières années ? Je vous en conjure, ne mettez pas votre vie en péril ; le confort dont notre fils à venir et moi-même jouissons ne saurait justifier un tel sacrifice !

 

Votre absence se fait cruellement ressentir, et le vide que vous laissez m'affecte profondément. Cette sensation s'est particulièrement intensifiée hier, lorsque j'ai dû assister à une réception commémorant le huitième anniversaire de la victoire. Comme vous le savez pertinemment, si vos obligations professionnelles justifiaient votre absence, il m'incombait d'être présente, en dépit de mon état, afin de faire taire les rumeurs malveillantes insinuant que nous ne nous réjouissons pas suffisamment de la fin de ce conflit. Une telle perception pourrait s'avérer préjudiciable pour notre avenir.

 

Cet événement s’est révélé d'un ennui indescriptible. D'abord, cette pimbêche de Granger ou devrais-je dire Weasley qui a prononcé un discours interminable et grandiloquent où les termes « Victoire », « Honneur » et « Bien Commun » s'entremêlaient sans retenue avec « Sacrifice » et « Éternelle mémoire », manquant de me plonger dans un profond assoupissement. Son allocution était suivie par celle de notre Honorable Ministre Shacklebolt, fort heureusement bien plus concise. Les festivités se sont poursuivies par un bal n'éprouvent-ils donc aucune gêne à danser, pour ainsi dire, sur les ossements de leurs camarades ? J'avais toujours considéré ce jour comme un moment de recueillement et de deuil, mais ce n'est manifestement pas l'opinion de ces parvenus.

 

J'y croisai également Madame Potter. Par Merlin, il faudrait vraiment que quelqu'un se décide à lui faire remarquer qu'une robe rose très ajustée, même si elle provient directement de Paris et se trouve être hors de prix, ne sied ni à sa silhouette, alourdie depuis sa dernière grossesse, ni à sa chevelure rousse. Et ce même téméraire devrait ajouter que le rubis, même aussi imposant que le Big Ben, n'est pas sa pierre, se marie mal avec la couleur de sa chevelure et constitue une regrettable faute de goût. J’ai préféré nettement la simple robe bleu pâle et les bijoux fort originaux de la future Madame Londubat.

Il me vient à l'esprit que notre Héros, ce grand et valeureux vainqueur du Mal, brillait également par son absence. Que peut bien signifier cette étrange circonstance ?

 

En ce jour, je savoure un repos bien mérité en compagnie de cet ouvrage moldu que vous m'avez recommandé, Les Aventures de Sherlock Holmes. Ce livre s'avère fort divertissant et m'aide à patienter jusqu'à votre retour.

En votre absence, le manoir revêt une atmosphère lugubre, et les elfes de maison font preuve d'une impertinence croissante. Hâtez votre retour, je me languis de votre présence, tandis que votre fils s'agite d'impatience dans mon sein.

 

Votre épouse dévouée,

Astoria

 

***

 

5 mai 2006

 

Russie, Moscou, Hôtel Rossia, côté magique.

De Drago Lucius Malefoy

À Astoria Malefoy,

Grande Bretagne, Le Manoir des Malefoy.

 

Ma chère épouse,

 

Votre missive, tant espérée, m'est parvenue alors que je m'apprêtais à quitter l’hôtel. Votre perspicacité est remarquable : cette mission de recherche, qui semblait a priori ordinaire, s'est révélée bien plus complexe. Son accomplissement me mènera loin des confortables bureaux et des couloirs poussiéreux du Musée, jusqu'aux confins de ce vaste pays, dans la mystérieuse région de l'Oural. Permettez-moi cependant de vous relater les faits dans l'ordre, afin de ne pas susciter chez vous une inquiétude superflue.

 

Le matin du deux mai, fidèle à mes habitudes, je me suis présenté à l'heure convenue pour mon entretien avec le Grand-Duc. Mon aversion pour les retards étant notoire, j'arrivai avec une ponctualité irréprochable. Cependant, à ma surprise, Le Duc n'était point seul. J'aperçus, dissimulé dans la pénombre de son bureau, un personnage qui s'efforçait de se fondre dans la tapisserie, son chapeau à larges bords profondément enfoncé sur le crâne.

 

Je dois avouer que ce détail m'aurait échappé si Son Excellence n'avait pas pris soin d'attirer mon attention en nous présentant ainsi : « Monsieur Dimitri Bestchesniy (3), voici votre équipier Monsieur Igor Gontcharov (4) ! » Je peux presque vous voir, comme si j'étais à vos côtés, hausser les sourcils avec indignation. Je sais à quel point vous exécrez ce pseudonyme de Bestchesniy, que j'emploie pour mes missions en Russie, l'assimilant à « Sans honneur » ce qui, soit dit en passant, est la traduction littérale de Malefoy. Pour ma part, je préfère attribuer à cet allonyme le sens plus espiègle de « Diablotin honnête ».

 

Reprenons le cours de ce récit. Une fois les présentations achevées, cet olibrius ne jugea pas bon de s’approcher pour me saluer convenablement, ni même de retirer son couvre-chef. Il se contenta d'effleurer le bord de son feutre du bout des doigts, inclinant à peine la tête. Dans l'ombre projetée par son chapeau, je ne pus discerner qu'un œil vert, brillant.

 

« Voici votre ordre de mission, a poursuivi Orloff, à laquelle nous accordons une importance primordiale et pour laquelle nous vous rétribuerons généreusement. Que puis-je ajouter aux instructions consignées dans ce document ? Des renseignements émanant d'une source digne de foi nous sont parvenus : dans une bourgade modeste, s'apparentant presque à un hameau, nichée au cœur de l'Oural, un ouvrage d'une valeur inestimable pour nous et que nous recherchons depuis des décennies, a été localisé. Il s'agit de la Chronique de Nestor(5) en sa version magique, rédigée au XIIe siècle de notre ère. Outre des témoignages sur l'histoire de notre monde, ce manuscrit devrait receler une multitude de descriptions de rituels magiques, aujourd'hui tombés dans l'oubli.

C'est dans le but de récupérer ce grimoire que nous vous mandatons. La région s'avère sauvage et peu explorée, ses habitants frustes et peu enclins à accorder leur confiance aux étrangers. Je vous exhorte donc à faire preuve de circonspection, car il ne suffira guère d'agir à la manière de Jules César avec son « Veni, Vidi, Vici » ! Cependant, je ne prétends point vous enseigner votre métier, mes chers chasseurs d'antiquités. Voici les Portoloins, réglés pour le 5 mai, dix heures précises. »

 

Mon coéquipier fortuit et moi-même avons récupéré ces artefacts avant de prendre congé afin de nous consacrer, chacun de son côté, aux préparatifs de ce voyage et à la collecte de renseignements sur ce qui pourrait nous attendre dans cette contrée.

 

Ma belle amie, dans quelques instants à peine, le Portoloin s'activera. Le nom de cet objet est si judicieusement choisi, car il m'emportera plus loin encore de vous, vers le pays montagneux empli de mystères et des merveilles. Mais aucune de ces splendeurs ne saurait vous supplanter dans mon cœur, mon ange.

 

Je dépose de tendres baisers sur vos joues délicatement rosées, sur votre nez espiègle et sur vos lèvres, promesse d'un paradis pour votre pauvre hère de mari.

 

Votre aimant époux

Drago Lucius Malefoy.

 

***

 

Le 5 mai 2006

 

Russie, Moscou, Hôtel Intourist, côté magique.

De Harry James Potter

À Ginevra Molly Potter.

Grande Bretagne, Londres, La Maison des Blacks

 

Chère Ginny,

 

Je t'écris comme convenu le jour où je quitte Moscou. J'ai enfin reçu les détails de ma destination finale et de la mission que je dois accomplir.

Le deux mai j'ai été reçu par ce vieux schnock d'Orloff, incapable de lever son gros postérieur du fauteuil de conservateur de musée, qu'il occupe depuis des lustres, préférant envoyer à casse-pipes des aventuriers tels que moi.

 

Imagine ma surprise quand il m'a annoncé que cette fois-ci je ne partirais pas seul, mais accompagné, je cite : « D'un courageux et compétent équipier qui vous sera d'un secours inestimable lors de votre mission ! »

 

J'ai attendu, donc, avec une grande impatience de rencontrer cette merveille tant vantée par mon honorable employeur. Quel était mon étonnement quand j'ai vu débarquer en lieu et place du « compétent équipier » ce snob aristocratique de Malefoy. Ce fils à papa, incapable de lacer ces ses souliers sans aide des elfes de maison. Il s'est installé devant le bureau d’Orloff, assis comme s'il avait un manche à balai logé dans un endroit que la bienséance m'interdit de nommer, et s’est présenté, tu ne vas pas le croire, sous un nom aussi ridicule que approprié : Bestchesniy.

 

J'ose espérer que, bien qu'il ne me soit d'aucune utilité, ce personnage ne se révélera pas être un fardeau dans cette périlleuse entreprise. Je ne me sens guère disposé à jouer les nounous, à essuyer ses larmes ou à lui apporter son petit-déjeuner au lit ! Cet intrigant d'Orloff aura affaire à moi si la mission venait à échouer par la faute de ce mollasson !

 

Je vois le Portoloin s'illuminer, signe que l'heure du départ est venue.

 

Embrasse bien fort les enfants pour moi,

 

Je te serre dans mes bras,

 

Avec toute mon affection, ton mari,

Harry

 

***

 

6 mai 2006

 

Grande Bretagne, Londres, La Maison des Blacks

De Ginevra Molly Potter

À Harry James Potter

Russie, Oural.

Cher Harry,

 

Quelle malchance ! Te voilà contraint de faire équipe avec ce bon à rien snobinard de Malefoy ! Tu as raison, point n'est besoin de faciliter la tâche à cette fouine. Ainsi, il usera ses chaussures de bal en un rien de temps, abîmera sa manucure soignée et rentrera penaud sous l'aile de son épouse, cette mijaurée d'Astoria.

 

À propos de cette dernière, je l'ai aperçue au Bal du Ministère le 2 mai. Tu ne peux imaginer son air hautain et renfermé : il était voyant qu'elle ne se réjouissait que du bout des lèvres de notre grande victoire ! Et sa façon de me regarder ! On aurait dit qu'elle contemplait une souillure sur le cuir de ses escarpins ! Tant de morgue, que rien ne justifiait pourtant : ni sa robe d'une simplicité déconcertante, ni ses bijoux dépourvus de toute pierre précieuse digne d'intérêt, ni son allure frêle et blafarde, en dépit de sa grossesse manifestement avancée. Rien ne lui autorise une telle attitude.

 

Mais, laissons-les de côté ces prétentieux, ils n'en valent pas la peine.

 

Je doute vraiment que tu reçoives cette lettre. Les hiboux peinent toujours à te localiser pendant tes missions. Quant à ton faucon, que tu avais acheté pour la correspondance lointaine, il m'apporte bien tes messages, mais s'envole aussitôt, sans me laisser le temps de répondre. Pire encore, au lieu de me donner ta lettre, il la jette et, le plus souvent, elle atterrit dans mon café matinal ! Je suis sûre qu'il le fait exprès !

 

J'espère que cette lettre te trouvera et que tu continueras à nous écrire, à moi et aux garçons, malgré tout.

 

Harry James Potter, je tiens, quand même, à te signaler, qu'un simple : « Embrasse bien fort les enfants pour moi » c'est un peu léger ! Pour Albus, qui n'a que quelques mois, c'est suffisant. Mais James, qui te vénère bien que tu sois rarement présent mérite plus d'attention de ta part !

 

Harry, sérieusement, nous sommes tous dans l'attente de tes nouvelles et j'espère vivement te revoir avant l'arrivée de l'hiver. Sans ta présence, cette saison me semblera bien froide et austère.

 

Je t'embrasse,

 

Ta femme Ginny, qui t'aime.

 

***

Les extraits de correspondance

 

6 mai 2006

 

 

Les extraits de la lettre de Drago Malefoy à Astoria Malefoy.

 

...Nous voici parvenus dans la région de notre mission ! Un panorama saisissant s'offre à ma vue : des montagnes majestueuses qui paraissent s'élever jusqu'aux cieux, un firmament éclatant et diaphane, une atmosphère d'une pureté incomparable, exempte de toute pollution. Je vous l'assure, si nous pouvions mettre cet air en bouteille, nous réaliserions une fortune considérable en le commercialisant comme panacée. Quant aux forêts qui tapissent les versants montagneux, elles revêtent une splendeur inégalée, exhalant la sagesse millénaire de la nature. Je suis véritablement subjugué et conquis par ce spectacle !

 

...Je tiens à vous faire part de mon étonnement le plus vif, et je suis persuadé que vous partagerez ma stupéfaction. Permettez-moi de vous soumettre une devinette : qui donc est mon compagnon d'aventure ? Je vous le donne en dix, je vous le donne en cent !(6) Je vous offre même un indice que voici : l'absence remarquée de cet individu au gala ministériel, avait privé l'assemblée de l'éclat de ses yeux émeraude. Félicitations, vous avez deviné juste ! Il s'agit bel et bien de Harry James Potter, dans toute sa fruste et déplaisante personne !

 

...Notre destination s'avère être un modeste village d'à peine neuf cents âmes, arborant le nom quelque peu grandiloquent de Petropavlovka (7). Pour s’y rendre, nous empruntons un sentier bucolique et escarpé sur de nombreux kilomètres. Potter se révèle être un coéquipier plus agréable que prévu : il sait adopter un rythme de marche approprié et, tout comme moi, a eu la prévoyance d'emporter cartes, sac à dos fonctionnel et provisions de longue conservation en quantité suffisante. Pour l'eau, heureusement que le sortilège Aguamenti nous vient en aide ! Mon compagnon a même poussé la générosité jusqu'à me prêter son faucon postal, me permettant ainsi de vous faire parvenir cette missive que je rédige pendant notre halte.

 

 

Les extraits de la lettre de Harry Potter à Ginny Potter.

 

 

...Après plusieurs heures de randonnée, nous sommes finalement arrivés à notre destination. Le village s'avère moins isolé qu’annoncé. Il dispose de toutes les commodités essentielles : une modeste épicerie, un établissement scolaire primaire et même un dispensaire. Une auberge minuscule accueille les voyageurs intrépides tels que nous.

 

…Malefoy ou devrais-je plutôt l'appeler Bestchesniy ? S’est montré plus agréable que je ne l'avais pensé. Bien équipé, il maintient le rythme sans nous retarder, ni se lamenter. Il s'est abstenu de toute insulte à mon égard et demeure généralement peu loquace, ce que j'apprécie le plus durant la marche.

 

...Les habitants de ces lieux se sont montrés étonnamment accueillants et bavards. Nous nous sommes présentés comme des folkloristes en quête de contes de ce beau pays afin de les compiler en un ouvrage. Les villageois nous ont submergés de légendes, chacune plus fantastique que la précédente. Ils nous ont ensuite dirigés vers leur doyenne, Yaga, pour en apprendre davantage. Elle vit à la lisière de la forêt, à un kilomètre du village. Mon instinct d'aventurier me souffle que c'est une piste prometteuse. Nous lui rendrons visite demain matin.

 

…La journée d'aujourd'hui est consacrée à l'acclimatation et à notre installation à l'auberge, qui servira de camp de base pendant notre séjour.

 

 

8 mai 2006

 

L’extrait de la lettre de Drago Malefoy à Astoria Malefoy

 

...Après maintes tentatives infructueuses, nous voici enfin en présence de ce personnage extraordinaire, haut en couleur : la doyenne du village, Yaga. Sans l'ombre d'un doute, il s'agit d'une magicienne, ou à tout le moins d'une chamane. Il m'est ardu de la dépeindre avec exactitude : sa chevelure poivre et sel, ses quelques rides d'expression témoignant autant de son âge que de sa jovialité, ses vêtements bigarrés oscillant entre folklore et modernité, où un jean s'accorde harmonieusement avec un gilet orné de symboles chamaniques et agrémenté de pierres, plumes, griffes et pattes de lapins.

 

Sa demeure, que les autochtones nomment isba, est d'une singularité saisissante et révèle sans équivoque la nature magique de son occupante. D'emblée, l'habitation repose sur un pilotis évoquant d'imposantes pattes de poulet, que j'ai cru voir piétiner par instants. En outre, l'isba s'avère bien plus spacieuse qu'elle ne le laisse paraître de l'extérieur. Oui, ma douce amie, nous avons eu le privilège d'y être conviés et avons pu admirer cette merveille de l'intérieur, tout en savourant une délicieuse infusion de baies et de plantes de la forêt environnante, accompagnée d'exquis pirojkis, ces délectables chaussons farcis de viande ou de chou.

 

 

Les extraits de la lettre de Harry Potter à Ginny Potter.

 

...Mon flair d'aventurier ne m'a pas trompé, ma chère Ginny. Cette Yaga est vraiment la personne qu'il nous faut. Mais attention, il ne convient pas de se fier à son air juvénile, son accueil chaleureux et ses sourires. Sous cette façade aimable se cache une vieille femme très rusée et intelligente, qui a au moins cent ans. Sa gentillesse reste à prouver, et on devra s'en souvenir pendant nos discussions.

 

…Ce snob de Malefoy a failli tout capoter dès le début, avec son « Ma chère Madame Yaga ». Heureusement, ça l'a fait rire. Elle a répété : « Madame Yaga, Madame Yaga... et pourquoi pas Madame Claude ! » Puis elle a ajouté avec un grand sourire : « Les mômes, vous pouvez m'appeler Grand-ma Yaga, ou Babouchka (8) Yaga ou, encore mieux, comme tout le monde ici : Baba Yaga ! (9) »

 

 

L’extrait de la lettre de Drago Malefoy à Astoria Malefoy

 

 

...Mon tendre amour, il m'est pénible de vous l'avouer, mais cette Yaga s'est révélée bien plus fine mouche que je ne l'avais initialement estimé. Elle n'a nullement été dupe de notre stratagème et nous a éconduits en ces termes : « Les gamins, vous êtes trop jeunes pour me faire prendre des vessies pour des lanternes ». C'est alors que cet écervelé de Potter, ce nigaud de Gontcharov, lui a dévoilé l'intégralité de notre mission, comme s'il était sous l'emprise du Veritaserum. Cette hypothèse n'est d'ailleurs pas à exclure, ma douce, car nous ignorons la nature exacte des ingrédients que cette sorcière a incorporés dans son breuvage, que nous avons consommés.

Néanmoins, en guise de récompense ou peut-être par dérision, elle nous a confié n'avoir jamais possédé l'ouvrage qui est l'objet de notre quête. Elle pense cependant l'avoir aperçu dans la collection de curiosités appartenant à son voisin, le célèbre ermite-sorcier Koschey (10), qui réside dans les profondeurs de ce bois.

Je la cite textuellement, son langage étant particulièrement savoureux : « Le bouquin se trouve chez ce vieux Sac d'Os de Koschey, qui se croit immortel, mais n'est en réalité qu'un vieux fou de clown, une véritable antiquité. Il était déjà ainsi lorsque je pouvais passer sous la table sans baisser la tête. Loin d'être sénile, il tient à ses trésors plus qu'un dragon à son or. Il ne vous cédera pas ce grimoire, ni ne le vendra, mais peut-être parviendrez-vous, et j'en doute fort, mes agneaux, à trouver un accord sur un échange. »

 

L’extrait de la lettre de Harry Potter à Ginny Potter.

 

...Ma chère Ginny, ça fait un bail qu'on ne m'a pas traité d'agneau ! Moi, le Lion téméraire de Gryffondor ! Quelle insulte sournoise !

Blague à part, cet après-midi, l'aristocrate de pacotille et moi allons nous préparer pour l'expédition. Elle s'annonce périlleuse mais tellement excitante ! Notre but : atteindre le cœur de la forêt millénaire, pour trouver le sorcier-ermite qui y habite. Nous partons demain matin, et qui sait où la route nous mènera...

 

 

10 mai 2006

 

L’extrait de la lettre de Drago Malefoy à Astoria Malefoy

 

Ma chère et douce Astoria,

 

Je vous écris lors d'une halte, après une marche éreintante dans cette forêt sombre qui semble s'étendre à l'infini. Je suis exténué et je dois confesser que sans l'assistance de notre Héros national, je n'aurais jamais progressé aussi loin. Bien que cela me coûte de l'admettre, Harry s'avère être un compagnon de voyage remarquable. Il fait preuve d'endurance, de bravoure, et possède des talents de sorcier impressionnants, tout en demeurant intègre. Je n'hésiterais pas un instant à lui confier ma vie, ce que j'ai dû faire à maintes reprises au cours de notre périple sylvestre. Sans lui, la manticore rencontrée au détour d'un sentier aurait fait de moi son festin matinal. Non, non, mon ange, ne vous alarmez pas, j'aurais dû m'abstenir de mentionner cette créature de malheur ! Que pourrions-nous redouter dans ces forêts slaves, nous, les deux mages britanniques vaillants ? Rien !....

 

L’extrait de la lettre de Harry Potter à Ginny Potter.

 

Ma chère Ginny,

 

Mes lettres sont brèves, car la traversée de cette sylve périlleuse me laisse peu de temps pour écrire. Les bois de l'Oural sont très différents de ceux que nous connaissons. À côté, même la Forêt Interdite semble maintenant n'être qu'un simple parc, comme celui entourant le Manoir de ce… Malefoy. Positivement, je ne peux plus le qualifier de « fils à papa » ou de « mollasson ». Pas après nous être battus dos à dos contre les Oiseaux de feu et la Manticore, ni après notre riposte éclair face au Leschiy et à Kikimora (11). De plus, nous avons trouvé de nombreux sujets de conversation lors des haltes. Qui aurait pu penser que cet Aristo du monde magique appréciait tant la littérature et le cinéma moldu et qu'il vouait une admiration sans bornes à Indiana Jones et Sherlock Holmes !...

 

12 mai 2006

 

L’extrait de la lettre de Drago Malefoy à Astoria Malefoy

 

…Nous voici parvenus au terme de notre odyssée. Comment décrire cette demeure, ce manoir, ce palais ? Son aspect est aussi singulier que splendide : des tours et tourelles s'élèvent majestueusement vers le ciel, un pont-levis sidère par son élégance, le portail est entouré de colonnes finement sculptées et ornées d'animaux si réalistes qu'on les croirait vivants. L'ensemble est entièrement conçu en bois, rien que du bois ! Quelle merveille, j'en suis resté sans voix !

 

…Notre hôte est un personnage des plus atypiques : de haute stature, d'une maigreur saisissante, presque squelettique, paré avec une opulence d'un autre âge, de soieries, fourrures et peaux. Son aura magique est si imposante qu'elle semble vous contraindre à vous incliner. À côté, Voldemort paraît insignifiant, comme une luciole face à un projecteur. Étonnamment, je ne perçois aucune menace ni danger émanant de lui.

 

L’extrait de la lettre de Harry Potter à Ginny Potter.

 

…Ah ! Ce Koschey, quelle fripouille ! Il nous a bien eus ! C'est vrai, que valent nos malheureux cinquante-deux ans à nous deux, contre un sorcier qui en compte au moins deux siècles ? Tout avait si bien commencé : accueil princier, chambres somptueuses, repas raffiné, hôte charmant. Il a accepté avec une bienveillance suspecte j'aurais dû m'en méfier d'échanger la Chronique contre, je cite, « Quelque chose qui ne vous coûtera rien ! ». Détendus après un repas copieux, et quelque peu enivrés, nous avons accepté sans réfléchir. Et sais-tu, ma chère Ginny, ce qu'il a exigé ? Ce qui constitue cette « chose qui ne nous coûtera rien » ? Eh bien, pour chaque page de ce maudit ouvrage, il a réclamé une histoire, vraie ou fictive, pour le divertir. Vu le nombre de feuillets, nous en avons pour un certain temps ! J'ose espérer que nous ne battrons pas le record de Shéhérazade et ses Mille et Une Nuits !

 

***

 

31 mai 2006

 

 

Angleterre, Wiltshire

De Drago Lucius Malefoy

À Astoria Malefoy,

Angleterre, Manoir des Malefoys.


Ma très chère Astoria, ma bien-aimée,

 

J'implore à genoux votre pardon pour ce long silence. J'ose à peine concevoir l'inquiétude et le désarroi que mon mutisme a pu susciter chez vous, et j'éprouve une profonde honte d'en être la cause. Les circonstances se sont liguées contre moi, le faucon postier de Potter s'est volatilisé, nous privant ainsi de tout moyen de communication avec l'extérieur, et nous confinant dans cette prison dorée de Koschey.

 

Mais tout est bien qui finit bien ! Notre mission s'est soldée par un franc succès, nous permettant d'obtenir, non sans peine, ce grimoire tant convoité par le Grand-Duc. Chaque page nous a coûté le récit d'une histoire, jamais auparavant je n'avais autant parlé ! Nous avons abordé un large éventail de sujets, de l'affrontement entre Potter et Voldemort qui a suscité une vive indignation chez Koschey quant à la conduite de son confrère jusqu'aux Contes de Beedle le Barde.

 

La Chronique étant particulièrement volumineuse, nous nous sommes ensuite tournés vers la fiction moldue et les sujets des films à grand succès tels que : La Guerre des Étoiles et Les Aventuriers de l'Arche perdue.

 

Vint ensuite le tour de conter nos récentes entreprises. J'ai appris avec stupéfaction que c'était cet animal de Potter qui m'avait soufflé le contrat si prometteur de la Quête du Bâton de Merlin. J'ai néanmoins pu tirer une certaine satisfaction de lui avoir ravi la mission de la Ceinture enchantée de Morgane. Je me dois de vous confier qu'à la suite de ces révélations, nous avons convenu d'entreprendre notre prochaine aventure de concert.

 

Mon ange, je conclus cette missive, que je n'enverrai point, mais vous remettrai en personne. J'appose le point final à ces lignes, assis sur un rocher à peine distant d'une centaine de mètres du portail majestueux de notre cher Manoir, contemplant l'aube naissante qui nimbe ses tours de lumière.

 

Je cours, je m'envole vers vous, mon cœur, impatient de vous étreindre !

 

Votre époux, qui vous aime tant,

Drago Lucius Malefoy

 

 

  FIN

 

 

 

 

__________________

 

Notes

 

  1. Je vous écris, quoi d’autre à dire ? - Strophe de l’œuvre de Pouchkine Eugène Onéguine, extrait de La lettre de Tatiana.
  2. Kneazle - c’est une petite créature poilue, proche du chat, connue pour son intelligence et sa clairvoyance.
  3. Dimitri Bestchesniy - Drago joue avec les mots. En russe, ce nom a un double sens : écrit en un mot, il signifie "sans honneur", mais séparé en deux (Bes tchesniy), il se traduit par "diablotin honnête". Quant au prénom Dimitri, il commence par la même lettre que Drago.
  4. Igor Gontcharov - Gontcharov vient de Gontchar (Potier en russe). Le prénom Igor a un diminutif peu courant : Harik.
  5. La Chronique de Nestor, aussi connue sous le nom de Chronique des temps passés - est un texte historique réel écrit vers 1114 par le moine Nestor. Ce document retrace l'histoire de la Rus' de Kiev de 858 à 1113. Il n'existe, évidemment, pas de version magique de cet ouvrage.
  6. Je vous le donne en dix, je vous le donne en cent - tiré de la lettre de Madame De Sévigné à Monsieur de Coulange en date du 15 décembre 1670.
  7. Petropavlovka - un village bien réel de l'Oural qui s'étend le long de la rive droite de la rivière Aï. Le village est dominé par la roche Tchertov Palets (littéralement, le doigt du Diable). À proximité, des archéologues ont mis au jour un site néolithique ainsi qu'un habitat datant de l'âge du fer.
  8. Babouchka - Grand-mère en russe.
  9. Baba Yaga - personnage de folklore russe, une sorcière souvent malfaisante.
  10. Koschey l'Immortel - redoutable sorcier du folklore slave.
  11. Leschiy et Kikimora - les esprits maléfiques et espiègles du folklore slave qui peuplent respectivement les forêts et les marécages.

 

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