Harry Potter (II) : La Prophétie et les Ombres du Passé
Sébastien savourait encore la sensation étrange et grisante que lui procurait son nouveau titre. Directeur adjoint de Poudlard. Un poste qui, pour la plupart, n’était qu’un rôle administratif, mais qui, entre ses mains, devint une arme redoutable. Il avait désormais accès à tout, pouvait intervenir dans chaque décision, influencer chaque règlement, chaque mouvement, chaque souffle du château. Et surtout, il avait Sophia. Elle l’aimait d’un amour aveugle, dévorant, un amour qui la rendait malléable, docile, entièrement dévouée à lui. Il n’avait qu’à poser une main sur son bras, qu’à murmurer quelques mots, et elle cédait. C’est ainsi qu’il avait obtenu la levée discrète de l’anti‑transplanage autour de Poudlard, une mesure que personne n’aurait jamais autorisée en temps normal, mais que Sophia avait signée sans même lire les implications. Désormais, il pouvait aller et venir sans passer par les couloirs, sans se mêler aux élèves, sans croiser les Potter ou leurs alliés. Il pouvait disparaître et réapparaître où il le souhaitait, comme une ombre.
Et ce soir, il devait se rendre au manoir de la Rose Noire. Elle l’avait convoqué. Elle ne supportait pas les retards. Il transplanait donc directement dans le hall principal, un espace immense où les murs semblaient absorber la lumière plutôt que la refléter. L’air y était froid, presque immobile, comme si la pièce retenait son souffle en permanence. Les membres de la Légion étaient déjà là, formant un cercle parfait autour du centre de la salle. Certains portaient des masques, d’autres non, mais tous affichaient la même rigidité, la même tension silencieuse. Il repéra Scorpius immédiatement : son cousin se tenait droit, les mains croisées derrière le dos, le visage impassible, mais ses yeux trahissaient une vigilance constante. Scorpius n’était jamais vraiment détendu. Il vivait dans une sorte d’alerte permanente, comme si chaque seconde pouvait être celle où tout basculerait.
Sébastien s’inclina légèrement en entrant, un geste de respect calculé, puis prit sa place dans le cercle. Le silence était si dense qu’il semblait presque matériel, comme une nappe de brume noire qui recouvrait tout. Personne ne parlait. Personne n’osait. Tous attendaient.
Puis la voix de la Rose Noire s’éleva. Elle ne venait pas d’un point précis. Elle semblait glisser dans la pièce, se faufiler entre eux, se poser sur leurs épaules comme une main glacée. Une voix douce, presque caressante, mais chargée d’une autorité si absolue qu’elle n’avait pas besoin de hausser le ton.
— Vous êtes enfin là. Nous allons pouvoir commencer.
La silhouette de la Rose Noire se dessinait sur son trône, une forme enveloppée d’ombre, immobile, mais dont la présence écrasait tout le reste. On ne distinguait pas son visage, mais on sentait son regard, un regard qui transperçait, qui fouillait, qui jugeait. Elle ne parlait jamais pour rien. Chaque mot était une lame.
— Ce que vous avez accompli jusqu’à présent n’était qu’un prélude, murmura-t-elle, et sa voix glissa dans leurs esprits comme une brume empoisonnée. La nomination. La levée des protections. La grossesse. Tout cela n’était que de la préparation. Le véritable plan mûrit encore. Il se déploie dans cinq ans.
Un frisson parcourut le cercle. Cinq ans. Un délai long, mais qui, dans la bouche de la Rose Noire, sonnait comme une promesse. Sébastien inclina légèrement la tête, intrigué, mais sans impatience. Il aimait les plans longs, les stratégies qui s’étiraient sur des années, les pièges qui se refermaient lentement.
— Quel plan ?
L’ombre sembla sourire, même si aucun visage n’était visible.
— La vengeance.
Le mot résonna dans la pièce comme un coup de tonnerre étouffé. Il vibra dans les murs, dans leurs os, dans leurs pensées. La vengeance. Pas une vengeance impulsive, pas une réaction à chaud. Une vengeance froide, méthodique, patiemment construite.
— Elizabeth m’a pris ce que j’avais de plus précieux, reprit-elle. Elle a causé la disparition de mon mari. Et elle va payer. Pas maintenant. Pas demain. Mais dans cinq ans, lorsque toutes les pièces seront en place, lorsque les enfants auront grandi, lorsque le château sera prêt, lorsque les liens auront été tissés, lorsque les illusions seront parfaites.
Scorpius releva les yeux. Son visage restait impassible, mais quelque chose dans son regard s’alluma : une inquiétude, peut-être, ou une compréhension soudaine de l’ampleur du plan.
— Orion entrera à Poudlard dans cinq ans, dit la Rose Noire. Ton fils, Scorpius. Il aura onze ans. Bien évidemment, il devra être à Serpentard, la seule maison qui compte. D’ici là, je veux qu’il soit prêt, qu’il sache qu’il n’aura pas droit à une seconde chance.
Scorpius hocha la tête, sans émotion apparente, mais Sébastien, qui connaissait son cousin mieux que quiconque, perçut la tension dans sa mâchoire. Orion n’était qu’un enfant. Mais dans ce cercle, les enfants n’étaient jamais que des outils.
— Elizabeth aura elle aussi onze ans, poursuit la Rose Noire. Une enfant. Une petite fille devenue grâce à moi une louve. Elle est encore naïve et croit qu’elle pourra étudier normalement, mais ce qui l’attend ne sera pas ce qu’elle croit. Elle ne pourra pas y échapper.
Sébastien sentit son cœur battre plus vite. Il adorait ce genre de plan : cruel, précis, inévitable.
— Comment ?
La voix devint plus sombre, plus profonde, presque vibrante.
— Orion lancera l’incantation. Une fausse lune. Une lune qui forcera la transformation d’Elizabeth, même hors cycle. Elle ne pourra pas y résister. Elle deviendra ce qu’elle est vraiment. Une bête. Un monstre. Aux yeux de tous.
Sébastien esquissa un sourire, un sourire qui n’avait rien d’humain.
— Et ensuite ?
— Ensuite, elle attaquera. Pas n’importe qui. Pas un élève au hasard. Non. Elle attaquera Elladora Blackwood.
Scorpius se figea. Son visage resta neutre, mais son corps trahit un choc. Elladora. Sa fille. Sa petite fille de six ans, douce, vive, curieuse. Il ne dit rien. Il ne pouvait rien dire. Dans ce cercle, l’objection était un crime.
La Rose Noire poursuivit, implacable.
— Une élève innocente. Une enfant sans défense. Une attaque irréversible. Une preuve parfaite. Une condamnation assurée.
Puis, dans un murmure plus bas, plus intime, plus terrible, un murmure qui semblait glisser directement dans leurs os :
— Et personne ne saura jamais qu’Elladora… est ma fille. La fille de Vaseras.
Le silence qui suivit fut d’une densité presque sacrée. Scorpius sentit une terreur froide l’envahir, une terreur viscérale, primitive, celle qui naît lorsqu’on comprend que la personne à laquelle on obéit est prête à sacrifier ce qu’elle a de plus précieux, non pas pour la tuer, mais pour la briser, pour la marquer, pour l’utiliser comme une pièce dans un jeu qui la dépasse. Elladora ne mourrait pas. Ce n’était pas le but. La Rose Noire avait d’autres projets pour elle, des projets qui exigeaient qu’elle survive, qu’elle porte la blessure, qu’elle devienne un symbole, un instrument, un levier. Et si elle pouvait faire cela à sa propre fille, alors Scorpius comprit qu’il n’existait aucune limite, aucune barrière morale, aucune frontière que la Rose Noire ne franchirait pas.
— Je sacrifierai ma fille sans hésiter pour accomplir ma vengeance, reprit-elle, sa voix redevenue tranchante, implacable, comme si l’émotion n’avait été qu’une ombre passagère. Elizabeth sera jugée coupable. Albus et Alexis tenteront de l’en empêcher, mais ils échoueront. Sophia signera son enfermement. Elle la livrera à Azkaban. Assurez-vous qu’il y ait des témoins au moment des faits pour que l’acte soit indiscutable. J’apparaîtrai en tant que mère de la victime, alors faites cela parfaitement.
Elle se tourna vers Sébastien.
— Vous consolidez votre pouvoir pendant ces cinq années. Vous façonnez Poudlard. Vous façonnez Sophia. Vous façonnerez l’avenir. Quant aux enfants qu’elle attend de vous, ils seront sa chute dans les ténèbres.
Puis vers Scorpius.
— Et toi, Scorpius, tu seras mes yeux. Tu veilleras sur Orion. Tu guideras ses pas. Tu prépareras son esprit. Il doit être prêt le jour venu. Il doit être capable. Il doit être digne. Il doit être l’instrument parfait. Je t’enverrai tout ce qu’il doit apprendre. Il commence dès maintenant. Il n’a pas le droit à l’erreur.
Un souffle glacé parcourut la pièce, comme si la température avait chuté d’un coup.
— Souvenez-vous : rien n’est accidentel. Rien n’est fragile. Tout est déjà écrit. Et vous n’êtes que les premiers à en connaître les lignes.
Puis, dans un murmure presque tendre, presque doux, presque maternel :
— Le plan avance.
La lumière s’éteignit d’un coup, plongeant la pièce dans une obscurité totale. Quand elle revint, l’ombre avait disparu. La porte était ouverte. Et Sébastien comme Scorpius savaient que rien, désormais, ne serait plus jamais comme avant. Le destin d’Elizabeth venait d’être scellé… cinq ans avant sa chute.