- Bon sang, petit... serpent ! grommela Harry tout en redressant son nez.
Il ne prit pas le risque d'aller consulter Smethwick ne voulant pas s'exposer à ses futures moqueries. Comme le dit l’adage : Prenez soin de votre réputation dès votre plus jeune âge.
Lorsqu’aux alentours de six heures du matin l'artefact, habilement dissimulé par des sortilèges, commença à émettre de légères pulsations, Potter se leva prestement, s'habilla rapidement et jeta un dernier regard à l'adolescent assoupi. Ce dernier ronflait, étendu sur le ventre, serrant l'oreiller contre lui. La veille, Harry avait dû recourir à un sortilège pour l'endormir - d'une part en raison de l'heure tardive, et d'autre part pour mettre un terme à ses nombreuses questions auxquelles il était impossible de répondre en toute franchise. Harry répugnait à mentir, conscient de sa propension à oublier ses propres affabulations et à se faire prendre au dépourvu par sa propre maladresse.
Un pied étroit au talon étonnamment délicat dépassait de la couverture, et Harry ne put résister à la tentation : se penchant sur l'ado endormi, il... le chatouilla. Cette espièglerie lui valut un coup de talon vigoureux dans le nez. Qui aurait pu imaginer que l'irascible Rogue fût si sensible aux chatouilles ? Et ainsi, Potter fut ramené dans le présent avec un visage ensanglanté. Il ne lui restait plus qu'à lever le pouce en signe de victoire : tout allait bien, ils avaient réussi.
- Episkey ! Bon sang ! marmonna-t-il en examinant son nez. Ça ira, c'est presque droit. Peut-être que le magazine Aujourd'hui Sorcière me fichera enfin la paix ? J'en doute. Kreattur !
- Le maître a appelé le vieux Kreattur ?
- Comment va Rogue ?
- Maître Severus dort.
- Aucun changement ?
- Kreattur a donné des potions à Maître Severus. Le Maître ne s'est pas réveillé.
- Bien. Réveille-moi dans trois heures. N'oublie pas, trois heures !
- Kreattur n'oubliera pas, Maître.
Harry, après s'être débarrassé des vestiges de ses vêtements, s'effondra sur le lit et sombra instantanément dans le sommeil. La veille au soir, il avait consacré une bonne partie de la nuit à contempler Severus assoupi, au détriment de son propre repos. En outre, malgré ses tentatives répétées, il n'était pas parvenu à saisir comment ce vilain petit canard s'était métamorphosé en un combattant d'exception.
***
Potter se réveilla facilement, le jour venait à peine de se lever.
- Café, intima Harry d'une voix encore enrouée par le sommeil, s'adressant au vide, certain que Kreattur l'entendrait.
Une imposante tasse ornée d'un lion apparut sur la table de chevet, dans un silence absolu. Potter se redressa dans son lit, but bruyamment la moitié du breuvage d'un trait et s'efforça de se remémorer son rêve absurde.
L'intrigue, à l'instar de tous ses songes, était aussi nébuleuse que l'affaire la plus inextricable du département des Aurors. Il lui semblait avoir pourchassé une ombre insaisissable, se souvenant uniquement qu'il devait... qu'il avait un besoin impérieux de demander quelque chose, ou de s'emparer d'un objet appartenant à cette personne, ou encore de lui dire quelque chose.
Il rêva ensuite des Patronus. Son élan majestueux et la biche gracieuse de Rogue. Ils flirtaient passionnément l'un avec l'autre et semblaient être parvenus à un accord. Cela avait l’air vraiment beau et excitant, d'autant plus que l'élan faisait preuve d'une ardeur frisant l'indécence.
Par la suite, des ruines apparurent, peut-être ceux de Poudlard ou du 12, square Grimmaurd. Harry déambula parmi ces décombres, en quête de la pierre de résurrection. Il cherchait à sauver quelqu'un, mais l'identité de cette personne lui échappait. Soudain, Nagini surgit pour l'attaquer. Il tenta de la décapiter, mais réalisa avec effroi qu'au lieu de l'épée de Gryffondor, il brandissait la Main de la Gloire, totalement inefficace contre l'Horcruxe.
« Qu'est-ce que c'est que ce bordel ? » pensa Harry en s'éveillant dans un bâillement. « Bien. Programme du jour : Douche, séance de massage pour Rogue, administration des potions, entraînement, petit déjeuner, puis visite à la Sainte Mangouste pour qu'on examine l'état de « ma chère moitié », le déjeuner et puis une nouvelle promenade dans le temps. À en juger par ma précédente exploration, il me reste un long chemin à parcourir avant d'atteindre l'instant fatidique des noces. Je me demande si l'acquisition de la Marque des Ténèbres constitue un événement marquant ? J'imagine le visage du Lord quand j'apparaîtrai, tel un chevalier blanc, au moment le plus crucial. »
Il émit un rire satisfait, effleura le médaillon qui ornait encore son cou et se leva. Les projets de la journée s'annonçaient ambitieux et leur réalisation exigerait des efforts considérables.
***
- Richard !
La voix de Potter retentit depuis la cheminée, et le médicomage en chef de Sainte-Mangouste poussa un profond soupir. Il était vain d'espérer que cet individu méfiant, frôlant la paranoïa, le laisserait en paix.
- Richard ! La respiration de Severus s'accélère ! Richard ! Severus respire trop vite ! Ramène ton cul ici immédiatement avant que je visite moi-même ton humble demeure !
Combien de fois Smethwick avait-il entendu les cris hystériques de mères inquiètes : « Oh, Stivie remue la jambe d'une drôle de façon. Je suis tellement inquiète ! », « Ricky a des coliques ! », « Docteur, faites quelque chose ! », « Docteur, va-t-il mourir ?! », « Ses talons sont rouges ! » ? Souvent, très souvent ! Le chef des Aurors, sans enfants, semblait avoir adopté Mister Rogue comme substitut.
- J’arrive, dit-il dans la cheminée avec résignation.
Puis il se leva et commença à préparer sa trousse. Potter avait de bonnes connaissances en médicomagie, ce qui rendrait plus difficile de l'impressionner, contrairement aux mères hystériques.
En émergeant de l'âtre, Smethwick balaya la pièce du regard. Une chambre spacieuse, plongée dans la pénombre mais d'une propreté irréprochable, s'offrait à lui. Deux elfes s'y trouvaient : l'un arborait une mine renfrognée, à l'image de Potter lui-même, tandis que l'autre semblait paralysé par la crainte. Le maître de ce petit « cirque » tapotait nerveusement sa baguette contre sa cuisse. Et puis, il y avait ce « Mister Rogue à la respiration précipitée », qui, paradoxalement, s'avérait être le moins dérangeant, allongé paisiblement sur le grand lit, en respirant. Trop rapidement, selon l'avis de Potter.
- Alors, voyons, qu'avons-nous...
Le médicomage agita sa baguette. Le sort de diagnostic brilla brièvement sur la poitrine du patient avant de se disperser en étincelles jaunes.
- Harry, puis-je demander...
Potter renifla et marmonna quelque chose étrangement ressemblant à : « Alors pourquoi diable ai-je besoin de toi ? » lança le sort requis.
- Les poumons sont en parfait état,annonça Smethwick. Le cœur aussi. D'ailleurs, son cœur est remarquablement sain, vu le style de vie que...
- Le style de vie de Rogue ne te concerne pas, coupa Potter d'un ton menaçant. Il a été innocenté...
Le guérisseur expliqua calmement, avec un léger sourire :
- Je faisais référence à son poste de professeur, son manque chronique de sommeil et ses manipulations de potions dangereuses.
Il poursuivit son examen :
- Un peu plus bas, Mister Potter. Merci. Je ne détecte aucun problème au foie ni à l'estomac. La vésicule biliaire est en bon état. La rate est légèrement gonflée, mais rien d'inquiétant. Encore un peu plus bas... Humm... Potter, vos facultés intellectuelles... si j'ose dire...
- Je le sais sans toi ! aboya l'Auror en chef de son ton caractéristique. Qu'est-ce qui cloche chez lui ?
La jeune elfe infirmière se couvrit la tête avec ses pattes d’effrois. Kreattur, quant à lui, ne broncha pas.
- Disons les choses ainsi. Votre époux ne présente aucun signe de dysfonctionnement érectile, ce qui n'a rien d'étonnant. En effet, la cinquantaine représente l'apogée de la virilité pour les mages. Les guérisseurs préconisent d'ailleurs la conception d'une descendance précisément lorsque l'on parvient à...
- Quoi ? Est-ce qu'il... est-ce qu'il a une érection ?
- Littéralement parlant, oui. Votre conjoint se sent excité.
- Il est dans le coma.
- Il est vivant. Puis-je demander ce qui a contribué à…
- Je lui faisais un massage, répondit Potter d’un ton maussade. - Et maintenant ?
Le médicomage sourit et dit à Harry :
- Je pense que tu connais déjà la réponse. Tu n'es plus un enfant. Je dirai simplement que l'état de Monsieur Rogue complique sa guérison.
Il sourit à nouveau, prit sa valise et se dirigea vers la cheminée.
Harry suivit silencieusement le guérisseur du regard, attendit qu'il disparaisse dans l'âtre, puis bloqua l'accès à la cheminée. Il se tourna ensuite vers les elfes.
Kreattur lança avec un sourire narquois :
- Kreattur s'en va déjà, Maître.
Le vieil elfe de maison saisit sa protégée par la patte, et ils disparurent.
Rogue respirait encore rapidement. Harry soupira et s'assit avec précaution sur le lit à ses côtés.
- Oui, ce n’est pas comme je l’avais imaginé… Cependant…
Harry tourna prudemment Severus sur le côté et pressa son dos contre sa poitrine, inhalant avec plaisir l’odeur des cheveux noirs.
- Tu étais un adolescent incroyablement drôle et si vrai, tu sais ? Chut... Allons, ne crains rien, considère ceci comme une forme de massage. Tous les câlins plus tard. Je me demande comment j'ai pu ne pas remarquer ton état ? Et pourquoi diable cette foutue infirmière ne m'a-t-elle pas dit que tu étais juste... Mmm... Ta chaleur est enivrante. Je commence à me comprendre. Allez, Severus. Une fois - pas davantage. Ensuite, je file à l'entraînement. Après une douche glacée, bien entendu, car je ne souffre pas de somnophilie (1).
En mettant sa main dans le pantalon de pyjama de son époux, Harry caressa délicatement son imposante virilité, s'efforçant de considérer ce geste comme un simple acte médical. Ça ne fonctionna pas bien. Les choses n'avaient jamais été faciles avec Rogue. Qui aurait pu imaginer que, plongé dans l'inconscience, il éprouverait de tels désirs ? Personne. De même, une semaine plus tôt, l'Auror en chef aurait giflé quiconque, qui aurait osé suggérer qu'il partagerait la couche d'un Rogue comateux et le soulagerait de cette façon.
- Tu sais, je commence à m'habituer à tout ça. Je m'attache facilement et je suis généralement très collant, peu importe ce qu'on dit de moi. Mais chut... n'envisage même pas de te laisser dépérir ici à cause de... Voilà, c'est mieux comme ça. Tergeo ! Kreattur !
- Maître…
- Baigne Severus et donne-lui ses potions. Je vais à la salle de sport, le déjeuner est à servir dans deux heures.
- Bien, Maître.
Si l'elfe de maison était perturbé à la vue de l'érection impressionnante avec laquelle Potter se leva du lit conjugal, il n'en laissa rien paraître.
***
Harry effleura la cotte de mailles, d'une légèreté surprenante, presque aérienne, qu'il revêtit directement à même la peau sous un fin pull à col roulé. Il boutonna ensuite sa nouvelle veste en cuir de dragon - qui sait où il se retrouvera cette fois-ci. Tous les moments importants de l'existence de Rogue semblaient liés à des situations où sa vie était en danger.
Harry vérifia son équipement :
- Voyons... Cape d'invisibilité, argent, clés, carte du Maraudeur, baguette de rechange... OK. Vêtements propres, tente, gants, trousse de soins... Bien.
Il fit tournoyer un poignard, hésitant. Après un soupir, il le glissa dans son fourreau de cuisse.
- Ça peut toujours servir.
Le pantalon, imprégné de potions spéciales - la dernière innovation du Département des Mystères - lui allait comme un gant. Néanmoins, après mûre réflexion, il invoqua par enchantement une cape dotée d'un capuchon profond et l'enfila par-dessus sa tenue. Le monde magique du passé était assez conservateur, et la cape elle-même n'était guère ordinaire.
- Cela semble être tout bon. Eh bien, allons voir dans quoi tu t'es encore fourré, Rogue !
Il sortit la baguette de son support, inspira profondément à plusieurs reprises et, plongeant la main sous ses vêtements, effleura l'artefact, soigneusement dissimulé sous la cotte de mailles fabriquée par les gobelins. (L'héritage Black le surprenait parfois avec des découvertes inattendues, telle cette délicate merveille, tissée des filaments les plus ténus d'un métal mystérieux.)
L'univers se contracta, entama sa rotation, et comme précédemment, Harry se vit revenir dans le présent. Sain et sauf, pour changer. Son double lui adressa un clin d'œil complice et esquissa un sourire énigmatique.
***
Sitôt que le monde cessa sa giration, Harry se retrouva plongé au cœur d'un affrontement. Des faisceaux polychromes de sortilèges zébraient l'air glacial de la nuit, tels des projectiles traçants moldus. Érigeant instinctivement un bouclier, Harry dévia plusieurs Stupefix et entreprit d'observer son environnement. Un dôme anti-transplanage, vraisemblablement l'œuvre des Aurors, semblait recouvrir la majeure partie d'un hameau magique. Des agents des forces de l'ordre, vêtus d'écarlate, repoussaient avec adresse une poignée d'individus, les acculant habilement dans une impasse entre deux demeures, à la manière comme on traque de bêtes.
Potter identifia sans peine Rogue. Un port de tête caractéristique, reconnaissable même sous le capuchon, et les mouvements saccadés, presque erratiques, de la baguette le trahissaient. Il combattait légèrement en retrait du groupe, dos à dos avec un autre jeune homme également drapé dans une cape sombre. Percevant l'arrivée de ce nouveau protagoniste, les Aurors adoptèrent une stratégie plus offensive. Délaissant le Stupefix et le Bloque-jambes, ils optèrent pour des sortilèges lacérant les chairs et broyant les os, ayant manifestement décelé en lui un adversaire plus redoutable et aguerri.
Les forces de l'ordre, plus nombreuses, contraignirent progressivement les contrevenants à abandonner leurs positions. Après avoir paré le rayon écarlate visant Rogue, Harry jugea opportun de quitter les lieux. En quelques gestes précis, il se positionna derrière Rogue et son acolyte, les saisit fermement par les cols et transplana, brisant aisément le dôme qui n'était manifestement pas conçu pour résister à sa puissance. À l'entrée de l'entonnoir de transplanage, il réussit à pousser Rogue hors de la trajectoire du rayon vert de l'Avada. Il entendit les sons caractéristiques de téléportation des dernières silhouettes encapuchonnées, ainsi que les vociférations reconnaissables par sa grossièreté d'Alastor Maugrey. Néanmoins, la perturbation et l'interruption de l'opération des Aurors survenue dans un passé lointain, n'inquiétèrent guère Potter.
Où pourrait transplaner un individu en quête d'un havre de paix ? Naturellement, chez lui, à la maison. Se retrouvant dans le corridor obscur et familier, Potter trébucha comme à l'accoutumée sur un porte-parapluies en forme d'une jambe de troll, secoua les deux rescapés par les cols et les traîna dans le salon. Harry s'en foutait complètement d'avoir fait irruption dans une demeure appartenant à une famille dont les membres ne pratiquaient guère, et de loin, la magie blanche.
Il était tellement furieux, que l'idée de massacrer personnellement ces foutus petits idiots ne lui semblait pas tellement absurde.
- Kreattur ! aboya Potter en poussant les deux garçons sur le canapé. - Ta mère elfique ! Kreattur !
- Le chef de la noble famille Black a appelé son fidèle Kreattur ? lança une voix derrière lui. - Kreattur est ravi de servir un maître aussi fort, qui a sauvé le stupide maître Regulus et son ami sang-mêlé. Et la Maîtresse sera si heureuse !
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1. La somnophilie - c'est le désir d'avoir une relation sexuelle avec quelqu'un qui dort ou qui est inconscient.