CHRONOS ET DEIMOS. Traduit de russe, auteur TsissiBlack

Chapitre 15 : Chapitre 15

Par Beauvais

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Severus n'avait pas eu le droit de bien dormir. Au bout de quelques heures, il sentit un sexe chaud et dur se presser contre sa cuisse, tandis que quelqu'un lui soufflait doucement dans l'oreille. Contre toute attente, il ronronna et s'étira. Ronronna ! Lui, un Mangemort, un meurtrier acquitté sous condition et le professeur le plus craint de Poudlard, ronronnait comme un chat bien nourri.

— Severus, chuchota Déimos d'une voix tentatrice à son oreille, tu dormiras après mon départ. Profitons-en pour faire quelque chose d'intéressant. Manger, par exemple.

— Mmm... c'est donc ton estomac affamé qui se presse si éloquemment contre moi ?

— Pas mon estomac, mais plutôt la preuve d'une autre faim qui me dévore.

Severus laissa échapper un léger soupir et arqua le dos pour lui faciliter l'accès. Déimos exhala doucement, déposa un baiser sur son épaule, le pénétrant de ses doigts déjà lubrifiés, le préparant à nouveau, l'étirant avec empressement.

— Détends-toi, détends-toi, mon cœur. Je ne te ferai pas de mal. Mon chéri. Mon… juste un peu plus. Oui…

— Déimos…

— Je suis là, avec toi… tout va bien… Comme c'est bon ! Severus, mon Sev…

Deimos se glissa tendrement en lui, caressant sa peau, l'enlaçant, déposant des baisers sur son épaule et son cou, pressant son dos contre sa poitrine brûlante, mordillant son oreille. Severus s'abandonnait à ces attentions, lui qui connaissait si peu le plaisir, l'affection, l'intérêt véritable. Tout semblait irréel, comme un de ces songes dont on redoute l'éveil, où l'amant se montre tendre et prévenant, l'embrasse, murmure son prénom, l'entraîne à partager cette volupté maintes fois. Ces rêves après lesquels il se retrouvait seul dans son lit, l'esprit tourné vers cette petite fiole de poison qu'il avait conçue lors de sa soutenance de maîtrise. Cette préparation unique lui offrirait un sommeil éternel, peuplé de rêves saisissants d'une troublante réalité.

Mais cette fois, tout était différent. Des mains vigoureuses parcouraient sa peau, tandis qu'une voix rauque lui chuchotait des paroles douces qui, venant de quiconque d'autre, auraient paru offensantes. Et Severus se pencha, fondant dans ces mains comme de la cire chaude, désirant Déimos, tout entier, pour lui, pour toujours.

« Est-ce que ça va vraiment être comme ça ? » pensa-t-il en répondant au baiser. « Est-ce vraiment... un mariage magique et éternel ? Quand seule la mort... et même elle n'a pas toujours de pouvoir sur les époux ? »

— Sev...

Les mouvements s'accélérèrent, la main empoigna fermement son membre, l'entraînant vers un plaisir si intense que son corps semblait d'abord engourdi, avant d'être submergé par une vague de chaleur et de bonheur. Déimos le serra à lui broyer les os et, en quelques poussées vigoureuses, atteignit l'extase en grognant, écrasant ses lèvres d'un baiser presque sauvage.

— Tu m'appartiens, murmura-t-il avec satisfaction, maintenant Severus immobilisé sous son poids sans vouloir le libérer. Comprends-le et accepte-le définitivement.

— N'est-ce pas toi qui me conseillais de vivre ma propre vie au lieu de t'attendre indéfiniment ?

— Je serais tenté de répéter ce conseil maintenant, mais je ne peux pas. Je crains de devoir lancer un Avada à quiconque s'intéresse à toi. Ou les défigurer.

— Vraiment ? La file d'attente devant ma porte n'est pas formée d'admirateurs, mais de personnes voulant me cracher au visage parce que je…

—  Ils devront s'en passer.

— Si je ne vivais pas ici…

— Rien ne serait différent. N'oublie pas que tu es un Occlumens, et je te recommande de limiter tes séances de thé avec le directeur. C'est un véritable marionnettiste.

— Comment…

— C'est la vérité. Penses-y, est-ce que le grand public sait que tu étais un Mangemort ? Seuls tes frères d'armes Mangemorts et les membres de l'Ordre du Phénix le savent.

— Et tous ceux présents au procès. Ce qui m'intrigue davantage, — Severus se tourna vers Déimos et appuya sa tête sur une main, cherchant à déceler la moindre émotion sur son visage, — comment connais-tu l'existence d'une organisation ultra-secrète ? En étais-tu membre ? 

— Non, il put répondre sans mentir. — Mais à mon époque, après la victoire, l'Ordre du Phénix est connu de tous. Severus continua de l'observer avec méfiance, puis demanda : 

— Quand nous rencontrerons-nous ? 

— Bientôt. 

— ... Et plus précisément ? 

— Si je souhaitais répondre plus précisément, je te donnerais une date exacte. 

— Et nous allons directement... enfin, devenir proches. 

Déimos renifla, tentant de contenir son rire, mais il  ne put se retenir et éclata. 

«On deviendra proches, bien sûr. Quoique d'une certaine façon... » 

— Oh, oui. Nous le serons. Cesse de poser des questions, tu risques de perturber le cours de l'histoire et rien ne fonctionnera. 

— N'est-ce pas exactement ce que tu fais depuis cette nuit à la Cabane ? 

— Non. J'écris l'histoire qui, à mon époque, appartient déjà au passé. Pour toi, c'est encore l'avenir, alors vis, et avec le temps, tout viendra naturellement. Souhaites-tu vraiment tout connaître à l'avance ?

— Où te trouves-tu en ce moment ? Enfin, selon ta version actuelle ?  

— Pour quelle raison souhaites-tu le savoir ?

— Par simple curiosité. 

— Ce n'est vraiment pas passionnant, en fait. Arrêtons là. Je ne suis pas venu pour bavarder. 

— Et quelle est la raison de ta venue, d'ailleurs ? 

— Le plan était simple, comme tout ce qui est génial : te tirer encore d'un mauvais pas, te donner une fessée pour que tu réfléchisses avant de prendre des risques la prochaine fois, puis te faire l'amour sur les vestiges pittoresques de l'endroit où tu t'es attiré des problèmes. 

— Et pourquoi as-tu omis le moment crucial pour passer directement à la conclusion ? 

— Comment quelqu'un de sensé pourrait vouloir te botter les fesses en les voyant ? J'ai trouvé une meilleure utilisation pour elles.

— Toi ? Une personne sensée ? 

— Ouais. 

— Un maniaque insatiable. 

— Je suis parfaitement d'accord. 

— Laisse mon cou tranquille. 

— Pour rien au monde. 

— Quelqu'un se vantait d'être sensé... Deymi... 

— Je n'étais pas en train de me vanter, j'énonçais simplement un fait incontestable. 

— Dans ce cas, tu m'aideras à corriger les dissertations. 

— Pas question. Je ne réfléchis pas gratuitement. 

— Et pourquoi es-tu... oh non... 

— Oui, Severus, oui. Exactement. 

— Un maniaque. 

— Un maniaque intelligent. Une maniaque domestique. Qui sait corriger des dissertations et préparer les potions.

— Je te prends au mot.

— Tiens, un autre baiser, monsieur je te prends au mot.

— Ne commande pas.

— Sev ?

— Mmm ?

— Tu es à moi.

— Et toi, à qui es-tu ?

— Et je ne suis à personne. Veux-tu m'adopter par pure bonté ?

— D’abord t'adopter, ensuite te nourrir, et ensuite tu glisseras dans mon lit.

— Oui. La désinvolture c'est le deuxième bonheur. Tu es contre ? 

— Allonge-toi. Remets tes mains où elles étaient. Il n'appartient à personne. Devrais-je t'acheter un collier avec une médaille ? Pour que celui qui te trouve te ramène à ton propriétaire, sinon le propriétaire lui jettera un sort.

— Je sais moi-même jeter des sorts... Sev... continue, d'accord ?

— Quelle manie stupide d'écourter mon nom !

— Donc, tu n'as aucune objection sur le fond de ma proposition.  

Severus garda un silence révélateur. Toutefois, il ne put rester muet bien longtemps. 

Ce n'est que dimanche soir que les amants réussirent à se détacher l'un de l'autre et quitter le lit pour s'occuper des dissertations. 

***

— Maintenant, je crois vraiment que je t'ai épousé. 

Harry dans son présent, s'étendit sur le lit, enlaçant Severus qui dormait paisiblement, et entama son monologue nocturne habituel, incapable de partager ses nouvelles impressions avec quiconque d'autre.   

— Et je sais même pourquoi. Parce qu'on ne peut rien te refuser. Tu es comme ces potions qui envoûtent l'esprit, asservissent les sens... et que font-elles d'autre, hein ? Et apparemment, tu viens de mettre le bouchon sur le flacon contenant ta mort. Tu as encore avalé un de tes breuvages atroces, espèce de suicidaire. Peu importe, je vais déboucher ce flacon, en vider la mort et te faire l'amour jusqu'à ce que tu perdes connaissance, pour que tu ne...

Il serra son amant endormi dans ses bras et respira l'odeur de ses cheveux, familière jusque dans ses moindres nuances, se remémorant avec plaisir comment cette même tête lourde reposait sur sa poitrine. Il ressentait une douceur infinie de glisser les fines mèches entre ses doigts et deviner, sans même voir le visage de son époux, par un sixième sens mystérieux que Severus souriait.

— Je ne comprends pas pourquoi tu me haïssais tant, Severus. Moi, Harry, je veux dire. Pourtant, tu es si différent. Acerbe, certes, mais... Peut-être ne voyais-je en toi que le reflet de mes propres sentiments ? Un enfant pouvait-il apprécier ton intelligence remarquable, ton ironie subtile, tes constructions complexes qui ne blessent que ceux conscients de leur infériorité face à toi ? Je réalise maintenant que tu t'inquiétais pour moi à ta façon. Pour s'inquiéter et compatir, nul besoin d'aimer. Tu ne voyais en moi que l'amalgame de deux personnes que tu détestais, sur lesquelles j'ai beaucoup appris, je l'admets. N'ayant ni leurs talents en métamorphose, sortilèges ou animagus, ni la passion de ma mère pour les potions, je croyais naïvement pouvoir être ordinaire. Simplement vivre, étudier sans exceller, jouer au Quidditch, malmener Malefoy, errer dans Poudlard la nuit avec la bénédiction tacite du directeur. Mais tu savais que c'était moi qui devais vaincre le Seigneur des Ténèbres. Je te l'avais confié. Tu es exigeant envers toi-même comme envers les autres. Tu pensais qu'Harry Potter, dont tant dépendait, devait passer ses jours et ses nuits à la bibliothèque, comme toi lorsque tu aspirais à devenir maître des potions, à s'entraîner sans cesse, à s'épuiser, à se surpasser, à réaliser l'impossible. Tu me voyais tel que j'étais : banal. Avec quelques aptitudes, mais pas brillant, sans dons naturels, mais avec un excès d'arrogance, restant généralement impuni. Dumbledore m'accordait des points pour des actions qui auraient dû me valoir l'expulsion, m'incitant ainsi à chercher de nouvelles aventures. Il me réprimandait doucement pour mes folies les plus téméraires, encourageant d'autres extravagances. Tu l'avais compris et cela t'irritait. Maintenant, je le comprends aussi. Quand tu avais quinze ans, j'aurais aussi voulu te corriger et t'enfermer dans la plus haute tour d'un château enchanté, te dissimuler aux yeux de tous, pour que tu ne t'impliques dans rien.

Il déposa un baiser sur ce front noble et clair, où la ride verticale s'était presque effacée. Son cœur se serrait de compassion devant l'impossibilité de modifier le cours des choses. Harry tentait de concevoir ce que signifiait cette existence d'attente perpétuelle, cette vie de rencontre en rencontre, cette souffrance d'un désir inassouvi, de ce besoin constant d'affection et d'attention, et de cette cruelle certitude que, quelles que soient les circonstances, rien ne relève de votre volonté.

– Je crois que tu as deviné qui j'étais quand j'étais encore à l'école. En terminale, n'est-ce pas ? Adolescent, j'étais complètement différent d'aujourd'hui : maigre, maladroit et pas très grand. Je ressemblais davantage à James Potter, lui aussi un avorton. Ce n'est qu'après la victoire, en acceptant le sang et la magie des Blacks, que j'ai grandi de près de dix centimètres. J'étais surpris par cette facilité ; le pouvoir semblait affluer naturellement, comme s'il n'attendait que ça. Les gobelins, ces monstres verts, se contentaient de sourire. Si un seul de ces maudits avait mentionné que j'avais deux pères et que les Black étaient ma famille légitime... Personne ne m'a rien dit. Toi, je comprends ton silence - tu ne me supportais pas et nous n'étions pas en position d'avoir une conversation sincère. Mais Dumbledore, Lupin... Je comprends en fait. Le directeur craignait de me rendre trop puissant, un nouveau Seigneur des Ténèbres. Il espérait que je ne survivrais pas, mais il s'est trompé. Et Lupin, ce pauvre clown, l'ignorait peut-être, n'étant pas de sang pur. Allons dormir maintenant. Bien que tu dormes constamment, c'est même lassant. Je me suis habitué à nos disputes, à te dire un mot et en recevoir dix en retour. Tu étais un jeune homme drôlement amusant, après tout. Peut-être l'es-tu toujours, et que je ne te connais pas vraiment ?

Severus ne répondit pas comme d'habitude. Il semblait incapable ou réticent à le faire – les inscriptions sur sa peau n'apparaissaient plus.

***

– J'éprouve une sensation bizarre, dit Harry en prenant place à côté du lit comme il en avait l'habitude, tout en passant sa main dans les cheveux de Severus. - J'ai mis la cotte de mailles aujourd'hui et j'ai pensé que ce serait déconcertant de me retrouver exactement au moment où Voldemort renaît, car cela signifierait que nous aurions été séparés pendant des années. Cette idée me fait frémir.

Il s'assit en tailleur par terre et commença à entortiller une mèche de cheveux noirs autour de ses doigts.

– Je voudrais te dire que maintenant je suis assez mature pour accepter que tu fréquentes quelqu'un occasionnellement - c'est certainement plus sain qu'une relation où l'on se voit une fois par an, ce qui n'est qu'une illusion de couple, et je sais bien que l'abstinence n'est pas recommandée - mais j'en suis incapable. Je suis profondément égoïste, totalement opposé à l'idée de partager. Tu avais raison à mon sujet : égocentrique, arrogant, sans principes, comme mon père. Comme mes deux pères, en fait. L'idée de te surprendre avec quelqu'un d'autre, de voir les mains d'un inconnu caresser ta peau blanche si délicate, de le voir t'embrasser et toi, les yeux fermés, gémissant, la tête renversée, offrant ton cou... C'est au-dessus de mes forces, Severus. Je suis un imbécile rongé par la jalousie, un misérable qui t'a privé de ta jeunesse, mais... Je te veux pour moi seul. Si tu m'entends, je t'en prie : ne me parle jamais de tes amants, si tu en as eu, d'accord ? Car je les frapperais d'un Avada, je les empoisonnerais, puis je les transformerais en zombies pour les interroger avant de les renvoyer dans leur tombe. Je préfère rester dans l'ignorance.

Severus demeura muet, mais le léger froncement de ses sourcils au-dessus de l'arête de son nez trahissait qu'il n'avait rien manqué de la conversation.

– Je sais, soupira Harry en embrassant la ride qui venait de réapparaître. Je comprends ce que tu veux dire. Mon mariage avec Ginny, mes liaisons que je n'ai pas dissimulées, et ta solitude. C'est injuste. Pourquoi n'as-tu rien... Non, c'est absurde. Je ne t'aurais pas écouté même si tu avais fait valoir tes droits. Je regrette sincèrement que tout se soit déroulé ainsi, je ne sais pas comment réparer les choses. Je te promets seulement qu'à ton réveil, je tenterai de me racheter, sinon pour toute ta vie, au moins pour ces cinq dernières années où nous ne nous sommes pas vus. J'embrasserai chaque parcelle de ta peau délicate, je te demanderai pardon pour chaque parole blessante, pour chaque insulte, pour chaque nuit d'insomnie. Accorde-moi juste cette chance, d'accord ? Personne ne sait avec quoi tu as été empoisonné. Personne sauf toi. Maintenant que je te connais mieux, j'en suis certain.

Après avoir déposé un baiser sur ses paupières closes, Harry se redressa et saisit fermement Chronos dans sa main, se tenant prêt, comme à son habitude, à affronter toute éventualité, toutes les surprises qui pourraient survenir. Il aperçut alors son double qui, de retour, se contenta simplement de hausser les épaules.

*** 

Déimos, baguette en main, se retrouva... dans une pièce douillette, près du sapin de Noël. De délicates fées voletaient, répandant des paillettes dorées, tandis qu'une mélodie résonnait en arrière-plan. Dans un fauteuil près de la cheminée - sur laquelle, notons-le, aucune chaussette n'était suspendue - siégeait Severus. Son visage affichait une perplexité courtoise lorsqu'il examina froidement l'invité imprévu, vêtu d'une cape sombre, de son pull habituel, d'un pantalon aux multiples poches et de bottes à semelles robustes.

– Quelle charmante surprise !

La voix de Rogue s'était approfondie avec l'âge, on pouvait y déceler ces inflexions qui, autrefois à l'école, provoquaient des frissons d'effroi. 

– À quoi dois-je l'honneur, Monsieur Black ?

Déimos rangea sa baguette et s'avança, examinant attentivement le visage pâle et concentré de son interlocuteur. 

– Severus...

– Ah Severus, le coupa Rogue d'un ton glacial, sans hausser la voix. - Je ne me souviens pas vous avoir autorisé...

Déimos tomba à genoux devant lui et enfouit son visage contre ses jambes osseuses. 

- Pardonne-moi, Severus. Je... ne pouvais pas. Tu le sais.

Rogue le repoussa et se redressa. 

– Je présume que vous n'avez plus rien à faire ici. Partez, Monsieur Black. Je crains de n'avoir plus rien à vous offrir depuis longtemps. Depuis plus de sept ans maintenant.






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