CHRONOS ET DEIMOS. Traduit de russe, auteur TsissiBlack

Chapitre 36 : Chapitre 36

Par Beauvais

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Severus fit irruption dans la chambre du chef de famille quelques minutes à peine après leur séparation et, sans accorder à Déimos le moindre instant de réflexion, se glissa vers lui pour s'emparer de ses lèvres dans un baiser ardent et impérieux.

— Tu es en avance, murmura-t-il d'une voix rendue rauque par le désir, tandis que ses mains se faufilaient sous la cotte de mailles ultrafine, tiédie par la chaleur du corps. À peine plus d'un mois s'est écoulé.

— Je crois qu'à présent que tu es perpétuellement en danger, mes visites se feront plus fréquentes.

— Potter a quinze ans, annonça Severus en défaisant la large ceinture retenant le pantalon sombre de Déimos. Mordred, comme je t'ai longtemps attendu.

Il fit glisser le vêtement jusqu'aux lourdes bottes et, s'agenouillant, prit avidement entre ses lèvres son membre palpitant d'impatience.

— Sev, haleta Déimos dans un souffle désespéré. Le rituel. Que le diable t'emporte. Bon sang ! Tu souhaites sceller notre union de cette façon ?

— Tu proposes de le faire devant Malefoy ? J'ai lu l'ouvrage que tu m'avais montré, je l'ai retrouvé dans la bibliothèque des Black.

Severus caressait son sexe et le regardait de bas en haut.

— Il suffit de partager une nuit ensemble pour que nous devenions conjoints. Sans formalités superflues. À moins que tu n'aies changé d'avis ?

Il haussa un sourcil, mais une lueur d'inquiétude traversa fugacement son regard.

— Ouais. Mon désir pour toi est tel que j'en ai les orteils qui se recroquevillent, alors c'est évident que j'ai changé d'avis. Sauf que lorsque ma verge… Mmm… Oh, bon sang ! Dans ta bouche…

Severus s'écarta, se redressa et déboutonna sa robe de sorcier.

— Je te pose la question une dernière fois, Deym, dit-il d'une voix parfaitement posée, bien que ses yeux brillassent d'un éclat fiévreux. Désires-tu cette union ?

— Sev, arrête, tu veux bien ? Avec l'âge, tu deviens d'un agaçant, un vrai casse-pieds ! 

Déimos se pencha, délaça ses bottes, puis se défit de son pantalon et de ses sous-vêtements.

— C'est pour cette raison que je te pose la question : as-tu besoin d'un casse-pieds, qui plus est avec un passé tel que le mien ? Tu es un héros pour nous. Du moins, tu vas le devenir.

— Et toi, tu n'es pas un héros ?

— Je suis un espion, ce n'est pas la même chose, Deym.

— Viens ici, Sev.

Black ôta sa robe, son pull et sa cotte de mailles, puis ouvrit les bras, sans la moindre gêne à cause de sa propre nudité.

— Je le désire plus que jamais. Comment ferais-je sans ton venin ? C'est comme une potion narcotique, qui rend accro dès la première gorgée.

Severus entreprit de défaire la longue rangée de boutons, mais Déimos, d'un simple claquement de doigts, le débarrassa de ses vêtements et l'enlaça, savourant la sensualité de l'instant. Le corps chaud, élancé et bien plus beau qu'auparavant de son amant — qui avait enfin perdu sa maigreur excessive et ses angles saillants — semblait être le prolongement du sien, et le faisait vibrer infiniment davantage.

— Tu es beau, murmura Severus en lui caressant son large dos. Depuis mes quinze ans, depuis que je t'ai vu nu pour la première fois, je n'arrive pas à t'oublier. Combien de temps s'est écoulé pour toi ? Une semaine ? Comment peux-tu être certain de me désirer ? C'est pour toujours, Deym.

— Je le sais, répondit ce dernier, effleurant avec délectation chaque vertèbre du dos long et étroit de Severus. À trente ans, j'ai déjà appris à distinguer l'envie de baiser de l'envie de passer une vie entière aux côtés de quelqu'un.

Severus enfonça ses mains dans les cheveux épais de Déimos et se tendit avidement pour l'embrasser, estimant que toutes les questions étaient provisoirement réglées. 

Déimos réagit sans attendre, empoignant avec avidité ce postérieur pâle qui l'obsédait.

— Bon sang, tu me rends fou, murmura-t-il contre ce cou offert, qu'il mordilla doucement. J'en perds l'entendement.

— Tu n'en as pas, tu n'as donc rien à perdre, grommela Severus en le repoussant vers le lit. Couche-toi, ou tu risques de me perforer le ventre avec ta queue.

— Je préfère perforer autre chose. Sev, je te veux.

— Je vois. C'est partagé, tu peux me croire.

Déimos s'écroula sur le lit, entraînant Rogue dans sa chute — lequel sifflait de rage.

— On m'a suggéré de m'exercer à lécher des culs, dit Severus d'une voix rauque. Tu acceptes de me servir de cobaye ?

Déimos esquissa un sourire, le repoussa doucement et, dans un mouvement souple et gracieux, se retourna sur le ventre en cambrant les reins.

— Allez, Sev, murmura-t-il en fermant ses yeux brillants. Utilise ta langue pour autre chose que dire des méchancetés. Et grave ça dans ta mémoire : lécher un cul est un art à part entière, et je t'interdis de l'exercer sur quiconque d'autre que ma sublime personne.

— Comme si l'envie m'en prenait, ricana Severus en faisant glisser sa langue en un long sillon humide depuis les testicules jusqu'au coccyx. Existe-t-il, quelque part dans ce monde, un cul plus beau que le tien ?

— Le tien, peut-être ? Mmm…

— C'est simplement que tu n'as jamais goûté au tien, répondit Severus en effleurant l'entrée délicate du bout de la langue.

— Je ne souffre pas de narcissisme, admit Déimos d'une voix étouffée. Je souffre plutôt d'une Rogue dépendance.

Severus s'y consacra pleinement, visiblement peu désireux d'atténuer cette étrange addiction, et quelques instants plus tard, Déimos comprit que si les choses continuaient sur cette lancée, il finirait, dans le meilleur des cas, par confirmer son mariage magique avec son propre lit.

C'est pourquoi, après s'être retourné sur le dos, il attira son amant contre lui et l'embrassa, écartant les jambes avec une invitation non dissimulée.

— Certainement pas, dit Rogue, un sourire en coin aux lèvres. Je n'ai aucune envie de me retrouver responsable de ta lignée en plus — mes obligations actuelles me suffisent amplement. Inutile, ajouta-t-il en se frottant contre ce grand corps brûlant, de chercher à me séduire.

— Ah, fit Déimos en affichant une déception feinte, on ne peut vraiment compter sur personne.

— Allonge-toi sur moi, concéda généreusement Severus, bridant son impatience. Il avait patienté une année entière, mais avec Black, c'était toujours pareil : la réalité surpassait ce qu'on en espérait. Une chose, pourtant, demeurait stable dans ce monde devenu fou depuis deux décennies : ses sentiments pour Déimos.

— Eh bien, puisque tu te montres si charmant et courtois, faisons les choses dans les règles, dit Déimos en se levant et en lui tendant la main. 

« Toujours aussi beau qu'à Poudlard, lors de notre première nuit », constata Severus. 

— Viens avec moi, futur Lord Potter-Black.

Severus se leva en silence, sans poser de questions : il fallait faire confiance à son époux. Les Black n'avaient jamais trahi les leurs, quels qu'ils soient. C'était précisément pour cela que Sirius avait été brûlé sur la tapisserie généalogique — pour avoir trahi sa famille, pour avoir renié le clan qui lui avait donné la vie.

Ils transplanèrent et, l'instant d'après, se retrouvèrent dans une salle de rituel déserte. Des bougies brûlaient doucement, formant un cercle parfait, tandis que la pierre de l'autel se dressait comme un bloc sombre et majestueux, symbole de l'immuabilité des fondements d'une lignée très ancienne.

— Allons-y, dit Déimos en le tirant par la main pour l'entraîner derrière lui.

Une fois à l'intérieur du cercle, Severus fit taire ses doutes. Ils étaient ensemble — et c'était tout ce qui comptait.


Des années plus tard, lors de solitaires nuits d'hiver, quand ses pensées le ramenaient à cette journée, Severus ne parvenait à se rappeler ni la froideur de l'autel qui lui avait brûlé le dos et les fesses — car la chaleur l'avait aussitôt envahi dès que Déimos s'était installé au-dessus de lui — ni sa dureté, ni ses surfaces lisses et glissantes. Ce dont il se souvenait, c'était la lueur chaleureuse des yeux vert sombre, la chaleur irradiant de ce corps puissant, les baisers ardents qui lui arrachaient l'âme, les coups de reins avides dont il ne pouvait se rassasier ; ce plaisir presque douloureux, animal, qui le submergeait à chaque fois, le contraignant à tout oublier. Les gémissements graves et gutturaux de Déimos, sa puissante magie qui pénétrait chaque cellule, l'enveloppant tout entier, sans retenue. Il avait envie de crier, et il criait sans doute, se donnant tout entier à sa lignée, à sa famille… à lui. Sa fierté et sa soif d'indépendance, toutes ses ambitions, ses craintes dérisoires — tout semblait s'être dissous dans la magie bouillonnante des Black, qui paraissait atteindre les recoins les plus profonds de son cœur.


Le monde se rétrécit et se répandit en taches multicolores, les fondant en un seul tout ; Déimos se cambra et hurla, des étincelles rouge sombre coururent le long de ses cheveux, et le haut plafond de la salle disparut l'espace d'un instant. Un ciel obscur et vaste apparut, illuminé par des myriades d'étoiles, en l'honneur desquelles, depuis des temps immémoriaux, les Black donnaient des prénoms à leurs enfants ; il semblait que l'Univers, chargé de mystères insondables, les contemplât un instant à travers des milliers d'yeux impénétrables, puis tout s'effaça. Les bougies s'éteignirent, une obscurité douce et enveloppante envahit l'espace tout entier. Severus serra son époux dans ses bras avec bonheur et se laissa glisser dans ce néant si attrayant et si familier, sans craindre de s'y perdre. Sans rien craindre du tout — car il n'était plus seul.

Severus reprit conscience dans la chambre, étroitement enlacé contre Démos qui lui caressait doucement les cheveux.

— Bon retour parmi nous.

— J'ai perdu connaissance ?

— Mmm… disons plutôt que tu es entré en phase d'assimilation totale de la magie ancestrale, répondit celui-ci avec un léger gloussement. Ce n’est pas sans raison que je t’ai traîné sur l’autel — je souhaitais m'assurer du résultat. Qu'as-tu vu ?

— Les étoiles, répondit Severus. Et l'Éternité.

— L'Éternité ?

— Oui. Quelque chose d'une telle profondeur insondable, d'une vastitude si grandiose, que je me suis senti… comme une fourmi dérisoire s'agitant au pied de l'Everest.

— Lorsque j'ai accepté ma lignée, répondit Déimos après un silence, j'ai éprouvé quelque chose d'une nature presque identique. J'avais le sentiment d'être un minuscule crabe ermite perdu au sein d'un océan immense, dont je ne pourrais jamais véritablement saisir la grandeur. Depuis lors, plus rien ni personne ne m'inspire la crainte. L'homme le plus puissant du monde serait-il en mesure de me nuire, alors que j'appartiens à quelque chose d'aussi… ineffable ? M'est alors venue la conviction que la mort n'existait pas. Il n'y a qu'un simple retour, quelque part là-bas, dans l'Éternité.

Severus garda le silence un moment, avant de laisser tomber d'un ton sarcastique :

— Je préfère ne faire qu'un avec l'Éternité le plus tard possible. À propos…

Il se redressa sur son coude et coula un regard faussement soupçonneux vers son époux :

— Pour quelle raison as-tu jugé bon de tenter de me faire porter, en sus, le fardeau de chef de famille, Black ?

Déimos esquissa un sourire.

— Allons, Sev, la magie ne t'aurait de toute façon pas placé au-dessus de moi, quelle que soit ta position lors de la confirmation de l’union. Cette règle ne s'applique qu'à un mariage scellé entre deux hommes issus tous deux de puissantes lignées de sang pur, en rivalité pour la suprématie. Dans ce cas précis, si c'était moi qui m'étais trouvé en dessous…

— C'est-à-dire que j'ai manqué l'occasion de te baiser sur l'autel des Black sans en subir les conséquences ?

Severus haussa un sourcil avec une ironie manifeste et feignit d'être contrarié.

— Je peux te dédommager de cette imperfection du monde, ricana Déimos. Je ne te promets pas l'autel, mais…

— Un lit me conviendra parfaitement, le rassura Severus en s'écartant et en contemplant avec avidité le corps parfait de son époux, qu'il ne céderait désormais à personne. M… mets-toi dans une position confortable.

— Mon culot est contagieux, tu sembles l'avoir attrapé ! 

Déimos se retourna sur le ventre et serra l'oreiller contre lui.

 — En plus du reste, tu veux aussi que je sois servi sur un plateau.

— Je m'en passerai volontiers, murmura Severus en faisant glisser la main sur les fesses musclées, des accessoires ménagers.

— Kreattur vous demande pardon, Maître Déimos.

— Que le diable t'emporte, « pardonna » Black à l'elfe de maison, tout en se soulevant légèrement et sans manifester, en apparence, la moindre intention de renoncer à ses plaisirs — d'autant que les doigts de Severus avaient déjà trouvé ce qu'ils cherchaient et s'affairaient à présent avec une douceur attentive, sans toutefois sans toutefois pénétrer à l’intérieur.

— Le maître Sirius a perçu qu'il se passait quelque chose au sein de la demeure de la noble et très ancienne famille, Maître. Il a tenté de s'introduire dans la Salle des Rituels, cet indigne…

— Les autres ont-ils remarqué quoi que ce soit ?

— Harry Potter seulement, Maître. Mais Kreattur l'a plongé dans le sommeil. Les autres ne sont que la lie du monde magique — des traîtres à leur sang, des sang-mêlés.

— Fort bien. Retire-toi, Kreattur. Surveille la situation là-bas. Au moindre incident, tu me le rapportes sans délai.

— Kreattur veillera à tout, Maître. Le fidèle Kreattur s'occupera de tout.

À peine l'elfe se fut-il évanoui dans l'air que Déimos laissa échapper un gémissement sourd.

— Sev…

— Attention, maintenant. Ne détruis pas la maison, sinon ton toutou va complètement péter les plombs.

— Laisse-le tranquille, on dirait des gamins… mmm… je te jure.

— Tu as mal ?

— Tu te fous de moi ?

— Bon, alors…

Déimos se souviendra longtemps de la demi-heure qui suivit ce « bon, alors ». Severus l'aimait avec réflexion, patience, longuement, sans jamais laisser libre cours au tempérament fougueux des Black. Le tempérament contraignait Déimos à se cambrer, à s'agripper à la tête de lit, à grogner entre ses dents serrées, à vouloir tout prendre en main, et pas seulement en mains —, mais le tyran adoré demeurait implacable. Quand enfin on lui permit de jouir, Déimos s'effondra face contre l'oreiller, incapable du moindre mouvement.

— Putain, souffla-t-il quand les mots lui revinrent enfin. Où t'as appris ça… enfin, laisse tomber. C'est pas mes affaires.

— C'est un don naturel, dit Severus sans ouvrir les yeux. Je crois qu'il est temps que je rentre à Poudlard.

— T'es pas en vacances ?

— Même en vacances, je vis à l'école.

— Le directeur est si strict qu'il te laisse même pas sortir ? C'est pas très humain. T'es un homme jeune — t'as pas envie d'aller… au bordel ? Ou juste boire un verre ? T'es pas moine.

— C'est la guerre, Black. Quel bordel ?

— Magique. Ou moldu.

— Je préviens toujours à l'avance. Tu le sais parfaitement toi-même.

Severus se redressa à contrecœur et se mit à chercher sa baguette.

— Si je reviens pas à Poudlard, c'est que j'ai été démasqué, tué…

— Alors dis que t'as quelque chose à faire. Je veux dormir dans le même lit que toi. 

Déimos se retourna sur le dos et alluma une cigarette.

— J'ai bien peur qu'Albus veuille que je lui transmette toutes les informations en tête-à-tête. Tu n'imagines quand même pas que ces Weasley ou… ces prisonniers détraqués sont au courant de tout ?

— Tu reviendras ?

— Oui. D'ici demain matin.

Il se leva et commença à s'habiller.

— Quel mari, que Merlin m'a donné, bâilla Déimos. Il me baise, et hop, il prend la fuite.

— C'est le risque d'avoir affaire à nous, les Mangemorts, rétorqua Severus. Remercie d’être encore en vie.

— Merci. C'était bien, mais ça ne m’a pas suffi. Je ressens comme un manque…

— Essaie de ne pas disparaître avant mon retour. On verra bien alors qui manque de quoi ici.

— Essaie de revenir avant que je ne commence à m'impatienter. Je risque de débarquer chez Dumbledore et de te traîner dehors en te juchant sur mon épaule.

— Ce qui porterait un coup fatal à ma réputation ?

Severus fit mine de réfléchir.

— Je préfère pas. Je reviendrai dans deux heures. Ne mets pas la maison à l'envers en mon absence. 

— À vos ordres, Maître.

Severus ricana et se dirigea vers la cheminée : une longue conversation avec le directeur de Poudlard l'attendait.






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