CHRONOS ET DEIMOS. Traduit de russe, auteur TsissiBlack

Chapitre 40 : Chapitre 40

Par Beauvais

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Déimos se leva de son fauteuil pour aller à la rencontre de Severus, qui venait de surgir de la cheminée.

— Tu en as mis du temps ! Il est trois heures et demie du matin.

— Oh, arrête de jouer les épouses attentionnées, marmonna celui-ci en ôtant sa robe avec lassitude. D'abord Lord avec ses soupçons, puis Albus, pointilleux à en faire grincer les dents…

— Et moi, contrairement aux deux autres, je m'inquiétais vraiment pour toi.

— Pardonne-moi, soupira Severus. Je suis épuisé, c'est tout.

— Un bain moussant ? Un massage ?

— Je ne suis pas sûr d'y survivre. Je tiens à peine debout. Comment s'est passée la rencontre ?

— Laquelle ?

Severus haussa un sourcil et commença à retirer ses chaussures.

— Raconte.

Déimos résuma brièvement à son époux l'essentiel de ses échanges avec Malefoy, puis avec Sirius. L'autre l'écoutait sans mot dire, passant son peignoir.

— Tu n'as même pas ressenti cette envie irrépressible de sauver tout le monde, même ceux qu'on ne peut pas sauver ? demanda-t-il quand Déimos se tut.

— Pourquoi pas, d'ailleurs ? J'aurais volontiers tiré Sirius de là, comme Regue, si ça avait eu le moindre sens.

— Et ça n'en a pas ?

Déimos alluma une cigarette, le regard perdu quelque part au-delà de Severus. Il finit par mettre des mots sur ce qui le taraudait depuis leur petite aventure au bord du lac, en troisième année ; quand Harry et Hermione avaient aidé Sirius à fuir grâce à un retourneur de temps.

— Severus, un Détraqueur peut-il aspirer qu'une partie de l'âme ?

Rogue se laissa tomber dans un fauteuil, étira les jambes vers le feu et, la tête renversée contre le dossier, ferma les yeux un instant.

— En partant du principe, dit-il en pesant chacun de ses mots, que l'âme n'est pas une substance indivisible… Après tout, Lord a bien réussi à créer les Horcruxes. On peut donc supposer que le Détraqueur est capable d'absorber cette part éphémère qui est l'âme humaine non pas en une seule fois, mais en plusieurs… disons, gorgées. Si on l'en empêche, il ne subsistera à l'intérieur de cette créature qu'un fragment d'âme. Tu crois que…

— J'ai le sentiment que Sirius… ou plutôt, que son âme n'est plus entière. Il se comporte de façon vraiment étrange. Il vit dans le passé, sans aucun ancrage dans le présent ; ses humeurs sont imprévisibles, et il semble indifférent à ceux qui l'entourent, même à Harry. Pourtant, Potter est aujourd'hui sa seule famille. Tout ce qui lui reste de l'être aimé.

— S'il conserve des sentiments pour James…

— Il n'a jamais évoqué Lily. Or, dans ce genre d'union comptant plus de deux partenaires, les liens entre tous les membres ne devraient-ils pas nécessairement subsister ? Ne serait-il pas plus logique de supposer que la partie de l'âme où se trouvait Lily et, en partie, Harry, a disparu ? Ne resterait-il que celle où se trouve Harry, qui ressemble à James ?

— Difficile de se prononcer sans disposer de données concrètes. Il doit certainement exister des moyens de vérifier cela, mais quant à savoir quoi faire ensuite des résultats… je n'en ai aucune idée. Il est peu probable que l'on parvienne à retrouver ce maudit Détraqueur et à lui arracher une partie de l'âme de ce… Sirius. C'est une tâche insurmontable, même pour toi, Deym. Tu n'es ni Merlin, ni le Créateur, ni le Tout-Puissant. Les capacités humaines ont leurs limites. Ne prends pas mes paroles comme une tentative d'influencer ta décision ; après tout, on peut éprouver une certaine… gratitude envers Black pour un fils pareil, mais, à mon avis, le jeu ne vaut pas la chandelle. Ton Sirius est mort avec toute sa famille.

Déimos jeta son mégot dans la cheminée d'un geste sec et se leva.

— On va se coucher ? Demain, je dois encore échanger des serments avec Malefoy.

— Je vais quand même prendre une douche…

Severus se leva péniblement, mais son conjoint le soutint aussitôt :

— Je viens avec toi. Tu arrives à peine à parler, alors je te laisse imaginer le reste.

Rogue arqua un sourcil, sans pouvoir s'empêcher de répliquer :

— Tu crois que je suis encore bon à jouer les bûches au lit ?

Déimos renifla et le rassura d'un sourire :

— Oh, je préfère largement un partenaire brûlant, qui se tord sous moi, qui me serre fort et laisse ses traces…

Il tira légèrement sur son col et dévoila à Severus un suçon d'un violet profond, juste sous le collier au médaillon qu'il n'avait toujours pas ôté.

— Tu es un idiot sentimental, dit Rogue en effleurant la fine chaîne et la plaque, transfigurées des années plus tôt à partir d'un encrier.

— C'est juste que tes cadeaux comptent énormément pour moi, murmura Déimos en embrassant sa paume avant de l'entraîner vers la salle de bains.


***


La rencontre avec Malefoy s'était déroulée sans le moindre accroc : les chefs des deux familles avaient apposé leur signature sur les documents et échangé leurs serments, au terme de plusieurs heures consacrées à peaufiner minutieusement chaque formulation. Ils se séparèrent avec une satisfaction mutuelle manifeste. Après avoir raccompagné son invité jusqu'à la cheminée, Lucius, en dépit d'une audience particulièrement éprouvante auprès du Lord, arborait l'expression d'un chat repu. Il serra avec fermeté la main de celui qui était désormais, presque, un membre de sa famille. Les vœux qu'ils avaient solennellement échangés avaient tissé entre les deux lignées des liens suffisamment solides pour rendre toute trahison quasiment inconcevable.

Déimos tenait déjà l'élégant récipient de Poudre de Cheminette quand les flammes virèrent au vert vif ; et en jaillit celui qu'il avait encore moins envie de voir que Voldemort et Albus réunis.

— Bonjour, dit Drago Malefoy avec une politesse mesurée, arborant une dignité surprenante dont, pour une raison inconnue, il n’avait jamais fait preuve à l’école.

Black adressa à Lucius un regard d'avertissement, bref mais sans équivoque. Ce dernier prit la parole d'une voix compassée :

— Déimos, laisse-moi te présenter mon fils et héritier. Drago Lucius Malefoy. Drago, voici…

Black tendit la main à son vieil ennemi de scolarité, coupant net toute velléité de prononcer son nom de famille à voix haute.

— Déimos. Enchanté.

Drago laissa son regard effleurer la silhouette imposante de l'ami de son père : qui d'autre aurait pu se trouver au manoir à une heure aussi singulière, onze heures du matin ? Il s'attarda un instant sur ses lèvres pleines et ses yeux bleu sombre empreints d'une ironie à peine voilée, laissa son regard descendre sur les boucles serrées de ses cheveux châtain foncé noués en une queue basse, puis serra avec courtoisie la main qui lui était tendue.

— C'est un honneur, Monsieur…

— Déimos, simplement. Monsieur Malefoy.

— Drago…

— Je dois partir. Lucius, mes respects à ton épouse. Drago, j'ai été enchanté de vous rencontrer.

Il adressa un bref signe de tête à Lucius avant de s'engouffrer dans la cheminée, soulagé d'avoir pris l'habitude de ne jamais sortir dans cette époque sans glamour.


« Chronos » demeurait silencieux. Ce n'était pas que Déimos s'y opposât, mais cette situation le maintenait sur ses gardes. À chaque fois, il se retrouvait prisonnier du passé pour une durée toujours plus longue, comme si quelque chose en lui se nouait à Severus, refusant de s'en détacher, de le laisser sans protection ni soutien.

Voldemort se faisait discret, mais à en juger par le teint blafard et l'air épuisé de Rogue à son retour de leurs entrevues, il était permis de conclure que Lord « serrait la vis », pour reprendre l'expression d'oncle Vernon. Déimos ne posait pas de questions, estimant à juste titre que Severus était tout à fait capable de gérer ses affaires par lui-même — et que, s'il venait à avoir besoin d'aide, il n'hésiterait pas à en solliciter.

À la veille du 1er septembre, un véritable chaos s'était emparé de la maison. Molly s'agitait dans tous les sens, les jumeaux faisaient exploser des pétards, et chacun montait et descendait les escaliers à vive allure, s'efforçant désespérément de rassembler les affaires éparpillées aux quatre coins de la demeure.

Rogue, qui venait de quitter Poudlard et n'était déjà guère d'humeur enjouée après le conseil pédagogique orchestré par Albus et sa rencontre avec la professeure de défense contre les forces du Mal, feuilletait avec une irritation manifeste les pages d'un ouvrage assez imposant consacré aux potions, déniché à la bibliothèque.

— Bande d'idiots en herbe, comme si Poudlard ne me suffisait pas.

Déimos, allongé à ses côtés et s'amusant à lui effleurer le ventre nu tout en faisant s'échapper de sa baguette des volutes de fumée multicolore, répondit :

— Cesse de te plaindre. Veux-tu que je lance un sortilège de silence ?

— Je m'en passerai volontiers.

— Un autre round ?

Déimos lui caressa le genou saillant d'un air éloquemment suggestif.

— Je vais m'en abstenir pour l'heure, répondit Severus en tournant la page. J'ose à peine imaginer ce que cela donnera lorsque j'aurai cinquante ans et que tu en auras toujours trente. Nous vivrons sous le même toit vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept, pour le reste de notre existence.

— Je passe vingt heures par jour, six jours par semaine, au bureau des Aurors ; dans les cas particulièrement graves, c'est vingt-quatre heures sur sept. Ne t'inquiète donc pas, tu n'auras guère le loisir de te lasser de moi. Sans compter que je me retrouve régulièrement à la Sainte Mangouste.

Severus ferma le livre et le considéra avec attention.

— Le quotidien d'un brave Auror est décidément bien lourd et peu reluisant, remarqua-t-il d'un ton sarcastique, feignant de ne pas remarquer que la paume légèrement rugueuse ne s'attardait plus vraiment sur son genou, mais bien plus haut.

— Les Aurors me sauvegardent : d'abord ils me bouclent, puis ils me gardent, répéta Déimos, cette plaisanterie éculée, en trouvant avec ses lèvres un endroit sensible derrière l'oreille de Severus.

— J'aime tes cheveux, murmura-t-il d'une voix rauque. Ils sont si doux, si brillants sans cette substance que tu leur étales dessus.

— Black, soupira Severus, tu n'as plus onze ans, il serait temps que tu comprennes que les vapeurs de potions…

— Je t'aimerais même chauve, mais tu as raison, des cheveux recouverts d'huile, c'est tout de même préférable à ne pas en avoir du tout !

Déimos enserra son sexe, qui commençait à manifester quelque intérêt pour ce qui se passait. Severus expira par saccades :

— Tu es vraiment insatiable.

— C'est une question de tempérament. Pendant trop longtemps, je ne trouvais personne que je n'eus pas envie d'oublier le lendemain matin.

— Moi, j'en ai trouvé une à quinze ans.

Severus glissa plus bas et écarta légèrement les jambes.

— Mais quel intérêt ?

— Mmm… Quel intérêt ? Attends.

Il s'enfonça brusquement sous la fine couverture et prit le membre tendu entre ses lèvres, savourant la sensation des doigts graciles qui s'agrippaient à sa chevelure.

— Retourne-toi, ordonna Déimos d'une voix rendue rauque par le désir, lorsque l'étreinte de ces doigts puissants se fit d'acier. Allez, Sev. Les hanches en l'air.

Mais Severus, comme c'était souvent son habitude, choisit de procéder à sa manière. Il se redressa en attirant son époux vers lui, offrant son visage et son cou à des baisers avides, et noua ses jambes autour de sa taille.

— À toi, Déimos.

Déimos laissa échapper un gémissement sourd, murmura quelques mots en latin, le saisit par les fesses et, après l'avoir soulevé, l'abaissa délicatement sur lui. Severus se tendit vers son époux et adopta aussitôt un rythme effréné.

Black contemplait avidement son visage empourpré d'une rougeur irrégulière, effleurait de ses lèvres son cou cambré, s'abandonnant avec ardeur contre lui, savourant chaque instant de leur union. Ne pouvant plus se contenir, il allongea finalement Severus sur le dos et laissa libre cours à ses hanches avec fougue, plaquant son époux contre le lit.

— Je n'arriverai jamais à terminer ce livre dans ces conditions, fit observer Rogue d'un ton nonchalant quelques minutes plus tard, en repoussant Déimos, dont le poids se faisait sentir. Trouve-toi quelque chose à faire, au lieu de me tenter sans relâche.

— Cela ne t'a pas plu ?

Severus essuya pensivement son propre sperme sur son ventre et esquissa un sourire narquois :

— C'est tout à fait acceptable, Monsieur Potter. Mais à votre place, je ne compterais pas sur une mention « effort exceptionnel ».

— Eh bien, grommela Déimos en lui murmurant à l'oreille, c'est devant la commission du Ministère que je passerai mon examen, alors vous, Professeur Rogue…

— Ma mission est précisément de vous y préparer comme il se doit.

— Vous m'accorderiez quelques cours particuliers ?

— Sans la moindre hésitation.

— Je doute que votre nature de Serpentard autorise un acte d'altruisme aussi manifeste.

— Je saurai bien trouver la manière de vous faire payer, Monsieur Potter.

— Je suis disposé à m'acquitter en nature.

— Votre nature m'appartient déjà. Trouvez autre chose.

— Mmm… notez-le sur mon compte et recommencez…

— Cela suffit.

Severus se leva avec détermination et revêtit sa robe de chambre.

— Nous avons déjà passé une semaine entière au lit.

— Je proteste ! s'indigna Déimos.

— Protestation rejetée. Kreattur !

— Maître Severus m'a appelé ?

— En effet. Nettoie, emballe l'ensemble de mes affaires et glisse ces ouvrages-ci à l'intérieur !

Il tendit une liste à l'elfe.

— Tout doit être acheminé à Poudlard ce soir même.

— Oui, Maître. Kreattur s'en chargera !

Il tourna ses grands yeux brillants vers Déimos et, sans modifier le moins du monde son ton, ajouta :

— Ce bon à rien de Sirius a demandé si l'aîné des maîtres, Harry, se trouvait encore ici et s'il lui serait possible de le rencontrer.

— Hum… Dis-lui que dès qu'il n'y aura plus d'étrangers sous ce toit, je le trouverai moi-même.

— Oui, Maître !

— Tu peux disposer.

Kreattur s'inclina et disparut, tandis que Déimos, soutenant sa tête hirsute dans sa main, observait Severus s'habiller.

— Tu pars loin ? demanda-t-il enfin.

— Je dois être à Poudlard.

— Quand ?

— Hier, déjà.

— Les élèves n'arriveront que demain soir.

— Soit, mais aujourd'hui, je suis chez le Lord…

Severus arqua un sourcil avec une ironie manifeste :

— Et même l'ouverture de l'Inferno dans la Grande Salle ne me dispensera pas d'y paraître pour le petit-déjeuner.

Déimos bâilla et se leva à son tour.

— Je t'accompagne.

— Comme il te plaira.

Un nouveau boum retentit derrière la cloison, et Severus leva les yeux au ciel.

— Ne viens pas me dire à présent que ma maison est ma forteresse, dit-il à Déimos. Avec des amis de cette trempe, les ennemis deviennent superflus.

— Garde tes amis près de toi, et tes ennemis plus près encore ; tu devrais avoir assimilé ces vérités élémentaires depuis longtemps, Sev.

— La seule personne que je souhaite garder aussi près de moi que possible, c'est toi. Épargne-moi donc tes… stratagèmes militaires. Je n'ai aucune patience pour ce genre de choses.

— On racontait des légendes sur la patience du professeur Rogue, dit Déimos avec un sourire en enfilant son pull. Encore une minute et nous partons.

Il vérifia rapidement le contenu de ses poches, attacha son fourreau à sa cuisse et appela Kreattur.

— Maître ?

— Kreattur, as-tu débarrassé la grande pièce près du laboratoire, au sous-sol, de tout ce bric-à-brac ?

— Oui, Maître.

— Parfait. J'ai l'intention d'y aménager une salle de sport, annonça-t-il à Rogue. Sans cela, je vais devenir gras et sombrer dans la folie à force de rien faire. À chaque séjour, je m'attarde davantage, et lorsque la guerre entrera dans sa phase active, je risque de me retrouver confiné ici indéfiniment. Il m'est indispensable de rester en forme.

Severus haussa les épaules et se dirigea vers la cheminée, s'efforçant de contenir l'espoir qui venait de naître en lui. Car la déception était de toute façon inévitable : leur avenir commun, à lui et à Déimos, n'était pas pour demain.






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