« Mais vous êtes complètement fous ?! »
Ron ? Hermione a mal au crâne. Elle essaye d'ouvrir les yeux, mais son corps ne réagit pas. Elle a la bouche sèche et son épaule droite lui fait un mal de chien.
« Ron ! Calme-toi, tu es ridicule ! Tu vois bien qu'elle n'est pas en état de se faire gueuler dessus !
- ARGH ! Déjà que personne ne me dit jamais rien, je me retrouve ici alors que j'aurais franchement préféré être à Londres, et pour couronner le tout, ma femme et mon meilleur ami se font casser la gueule par un monstre ! Comment tu...
- Je sais. Mais ce n'est pas le moment d'en discuter, là tout de suite. Oh ! Harry ! »
Elle entend des bruits de pas précipités. Ron ? Elle n'arrive pas à parler, elle voudrait l'appeler, lui dire que tout va bien. Mais pourquoi est-elle dans cet état, d'abord ? Tout est confus. Elle se souvient du Mapinguari, d'avoir essayé de lui lancer un sort...
« Oh Harry ! J'ai tellement eu peur.
- Je vais bien Gin. Hermione ?
- Elle est là-bas. Elle est encore dans les vapes. Mais ils ont dit qu'elle n'avait rien de grave, qu'elle allait bientôt se réveiller. Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
- OUI, MOI AUSSI J'AIMERAIS SAVOIR !
- RON ! Tu veux bien baisser d'un ton ? T'es pénible.
- Arrête Ginny, j'en ai plein le cul. On parle de ma femme, là ! Vous pensez que ça me fait quoi, qu'elle décide de se barrer au bout du monde, préférant sans doute crever plutôt qu'être avec moi ?! Vous pensez que ça me fait quoi, hein ? Hein ? »
Oh, Ron. Elle parvient à bouger un doigt. Elle doit se réveiller, lui expliquer.
« Ron », commence la voix d'Harry. « Je ne crois pas qu'Hermione soit venue au Brésil dans l'unique but de se mettre en danger.
- Je sais, ça ! Mais pourqu...
- Ron, ça suffit!», intervient Ginny, visiblement exaspérée. «Tu m'écoutes ? Écoute !
- QUOI ?
- Je pense qu'Hermione avait besoin d'air, de voir autre chose. Et au lieu d'agir comme un gamin, t'aurais peut-être dû te remettre en question un peu et te demander pourquoi.
- Pourquoi, quoi ?»
Ginny marque une pause.
« Selon toi, pourquoi est-ce qu'elle a eu besoin de partir ? »
Silence. Hermione arrive à entrouvrir les paupières. Elle essaye d'émettre un son, mais ne fait que souffler de l'air. Elle voit deux silhouettes debout devant elle. Tout est flou.
« Tu ne sais pas. T'y as même pas réfléchi. Tu as préféré faire la victime sans te demander si tu avais une part de responsabilité dans l'histoire. Et tu t'attends à ce que la situation s'améliore par magie je suppose ? Tu crois que le mariage, c'est facile ?
- Ginny, je n'ai pas besoin de leçons.
- Peut-être que tu devrais l'écouter », souffle Harry d'une voix rauque.
« C'est ça, ouais. Parce que vous êtes parfaits, vous, j'imagine?
- Non, justement. Écoute, je ne voulais pas me mêler de tout ça, j'aurai préféré que tu réalises toi-même que ton comportement n'est pas toujours adéquat. Mais... »
Elle voit la silhouette d'Harry s'asseoir sur le lit. Elle arrive à bouger un peu plus, mais préfère attendre pour écouter la suite.
« La mort d'Arthur a été un coup dur pour ta sœur aussi. On a failli se séparer plusieurs fois, Ginny et moi, tu sais. »
Hermione n'en croit pas ses oreilles. Ginny lui avait bien expliqué que ça n'allait pas, parfois. Elle savait que ses amis avaient traversé des périodes difficiles, mais de là à se séparer...
« Et à chaque fois, il a fallu qu'on fasse tous les deux des compromis, qu'on réalise certaines choses, qu'on évolue en tant qu'individus. Quand ton couple arrive à un point de non-retour, et je pense que c'est le cas pour toi et Hermione aujourd'hui, tu as uniquement deux solutions : t'emparer du problème et essayer de le régler, ou rentrer la tête dans le sable comme tu sais si bien le faire et attendre que ça passe.
- Mais c'est n'importe qu...
- Crois-moi, Ron, certaines choses ne passent pas. »
Une larme coule sur la joue d'Hermione. La silhouette de Ron sort de son champ de vision, elle entend des pas, et une porte qui se ferme.
« Tu crois qu'il a compris ? », demande Ginny à son mari.
Harry soupire.
« Je n'en sais rien. Mais j'espère... »
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Le lendemain, Hermione s'est réveillée en compagnie de ses enfants et ses neveux. Ils devaient tous repartir le jour-même. Ron avait pris soin d'elle, l'avait aidé à prendre une douche, sans demander d'explications. Elle avait été déçue, mais aussi soulagée. Son corps était meurtri, épuisé par les derniers événements. Elle n'avait clairement pas envie d'en parler. Il était de bonne humeur, bien qu'il ne soit pas parvenu à camoufler la tristesse présente dans son regard. Il lui avait demandé : « Tu es sure de vouloir rester ? » Elle avait répondu par l'affirmative. Elle devait finir l'année scolaire. Et elle ne pouvait pas partir comme ça, sur ce qu'elle considérait être un échec. Elle pensait qu'il allait protester. Il avait simplement souri.
Les semaines suivantes, Hermione n'avait pas pu donner cours. Elle était encore trop faible, passait ses journées à lire dans son lit et à recevoir la visite de différents professeurs qui lui prodiguaient des soins, mais aussi et surtout de Kuyen qui lui faisait un bien fou au moral, avec son rire réchauffant. Leoma l'aidait beaucoup à reprendre des forces. Elle dormait sur la poitrine d'Hermione, irradiant tout son corps d'une énergie pure et revigorante.
Elle repensait sans cesse à ce qui s'était passé dans la jungle, ce jour-là. On lui avait expliqué que Manci lui avait sauvé la vie. Après qu'Hermione ait lancé son sort de Flamme expansive, le Mapinguari l'avait assommée d'un coup de patte et s'apprêtait à la dévorer, quand la professeure de Capnomancie s'était ranimée, grâce aux bons soins d'Aymara, pour lancer un Feu du bannissement d'une puissance teintée de courage et de détermination. Hermione n'avait pas encore eu l'occasion de la remercier comme il se doit.
Pachacùtec avait retrouvé sa baguette magique, lorsqu'il était à la recherche d'indices dans la jungle. Il était revenu sous sa forme animale, boitant de fatigue, Mambyry sur le dos, agrippé à ses poils. La truffe boueuse, il avait déposé aux pieds de Rosario Reimer la baguette d'Hermione, ainsi qu'un cahier en cuir tâché de sang. Et quand, à la grande surprise d'Hermione, le professeur de Zoomorphose avait toqué à sa porte, un soir, pour venir lui rendre sa baguette, il lui avait expliqué ce qu'ils avaient trouvé à l'intérieur. C'était un cahier qui inventoriait les possessions des Nangarekos mais, dans les dernières pages, se trouvaient des mots tracés avec du sang ensorcelé. Grâce à cette trace magique, Pacha avait su qu'il était important de suivre cette piste-là. Quand il l'avait trouvé, entre deux racines humides, une main humaine y était toujours accrochée. Les mots ensanglantés disaient :
« Nous avons voulu faire revenir El Tunche pour qu'il se débarrasse des braconniers qui agissent à la frontière vénézuélienne. Nous n'avions pas anticipé qu'il n'obéisse pas à nos ordres. Nous sommes profondément désolés... »
Devant le regard désabusé de Pachacùtec, Hermione n'avait pas su quoi dire. C'était... une erreur ? Heureusement, avait-elle pensé, que plus personne n'avait entendu son sifflement fatal depuis la mort de Clarissa. Elle pensait souvent à cette petite, se demandant ce qu'elle avait bien pu faire pour mériter un sort aussi macabre. Elle rêvait d'elle, régulièrement. Et s'il s'agissait principalement de Clarissa qui levait la main bien haut pour lui poser des questions pendant son cours, Hermione se réveillait toujours en sursaut, accablée par la tristesse de ne pas avoir pu la sauver.
Beaucoup d'élèves n'étaient pas revenus à l'école, après les vacances de Noël, surtout chez les plus jeunes. La directrice avait décidé de ne pas fermer l'école, cependant, et avait demandé aux élèves absents de faire de leur mieux pour se tenir à jour. D'après elle, la situation allait très vite se rétablir, maintenant que de nouvelles informations sur El Tunche avaient été découvertes. Les mois de janvier et février s'étaient écoulés sans événements notoires, bien que les professeurs restaient aux aguets, effectuant toujours leurs rondes autour de Castelobruxo. De son côté, elle avait évidemment eu des nouvelles de sa famille. Harry s'était remis de sa commotion, après un passage obligé au Terrier où Mrs. Weasley l'avait forcé à rester dans le noir et à boire de la soupe au potiron. Malgré ses 75 ans, elle n'avait pas perdu ses pouvoirs de persuasion. Même Ginny, visiblement, n'avait rien pu faire. Les lettres de Ron, cependant, étaient différentes. Hermione n'osait pas le relever. Il ignorait qu'elle avait entendu sa conversation avec Harry et elle ne voulait pas le casser dans son élan. Il essayait vraiment de faire des efforts. Ses mots n'étaient plus mécaniques, il lui était même arrivé de parler de son ressenti vis-à-vis de leur couple. Hermione avait été prise de cours et avait mis quelques jours avant de lui envoyer sa réponse. Elle avait réalisé qu'elle s'était focalisée, toutes ces années, sur le manque de sensibilité de son mari, sans s'être jamais posé la question de ce qui se passerait le jour où il arriverait véritablement à s'ouvrir à elle.
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Hermione, une fois remise sur pied, avait pu assister au Carnaval sorcier de Tava-Bruxo. Le spectacle avait été tellement merveilleux, qu'elle avait, l'espace de quelques jours, oublié ses problèmes. Kuyen lui avait tenu la main pour la guider dans la foule, alors qu'elle gardait les yeux rivés sur les lumières magiques au-dessus d'elles. Les feux d'artifices sorciers ondulaient entre les fêtards : des tigres roses ou des perroquets géants multicolores vibraient avant de disparaître en poussières colorées. Hermione avait bu et dansé autour d'immenses brasiers desquels se dégageaient des volutes de fumées scintillantes, sur le rythme de musiques endiablées. Au réveil, elle avait gardé en mémoire les images éparses de masques animés, vaporeux, ornés de plumes ou de peinture mouvante, et les souvenirs d'une sensation de plénitude.
La pluie s'abat lourdement sur le Brésil, au printemps. Cela fait des semaines maintenant que le vrombissement des averses s'impose en fond sonore, de jour comme de nuit. Hermione trouve apaisant de donner cours dans une salle complètement ouverte sur ce rideau gris qui ravive la jungle.
Malgré ces averses diluviennes, un match de Pato Marino a lieu ce soir. Les gradins, autour du lac circulaire sont protégés magiquement pour permettre aux spectateurs de rester au sec. La pluie, cependant, est un excellent moyen pour les joueurs d'essayer certains sorts sur leurs adversaires. Une jeune fille en a d'ailleurs profité pour transformer les gouttes en minuscules missiles glacés, ensorcelées pour suivre à la trace un joueur de l'équipe adverse et le faire tomber de son kavaju. La prouesse a permis à un de ses coéquipiers de récupérer la balle d'écume afin de marquer un but magistral, sous les acclamations enragées des supporters.
Le match est sur le point de se terminer quand Hermione remarque Tomàs, le professeur d'Herboristerie, se faufiler précipitamment entre les spectateurs pour aller rejoindre Rosario Reimer, assise un peu plus loin. Hermione donne un coup de coude à Aymara, à côté d'elle, et lui montre la scène du menton. Tomàs est penché et parle dans l'oreille de la directrice qui se lève d'un bond, le visage sévère. Elle fait signe à Aymara et Hermione de les rejoindre, avant de sortir des gradins, suivie par un Tomàs agité.
Une fois en bas, Hermione, qui s'attendait à retrouver la directrice, l'aperçoit en train de courir sur le chemin retournant à l'école, sous une pluie battante. Tomàs est sur ses traces, et trébuche, épaulé par Ara.
« Quelque chose de grave a dû se produire », dit Aymara d'un ton neutre, les yeux plissés sous sa chevelure bouclée, qu'elle a protégée par un large capuchon bleu.
« Retournons à l'école », dit Hermione avant de se mettre à courir.
Une fois dans le grand hall, les deux femmes se dirigent directement dans la salle des repas, par la porte laissée grande ouverte. Hermione sent un souffle chaud dans son dos, et se retrouve entièrement sèche. Aymara lui fait un clin d'œil.
« Merci », lui dit Hermione, pendant qu'elles retrouvent le corps professoral au complet, au milieu de la salle.
« Que se passe-t-il ? », demande Aymara à Rosario Reimer.
La concierge de l'école, une femme mince aux traits marqués et aux cheveux ternes est assise à une des tables. Elle a le regard perdu dans le vide, ses deux mains cornées posées mollement devant elle. Elle tremble.
« Odete a entendu El Tunche », commence la directrice.
Odete renifle bruyamment à cette annonce. Aymara porte ses deux mains à sa bouche, les sourcils froncés par la tristesse et l'incompréhension. Ara s'approche de la concierge et pose sa main sur son épaule, en signe de soutien.
« Qu'avez-vous fait, Odete ?
- Je... rien... je...
- N'avez-vous pas un lien avec la jeune fille qui est décédée l'année dernière ? », demande Aristide Afonso, le professeur d'Astronomie.
C'est un grand homme d'un âge avancé, maigre mais élégant, à la moustache blanche en guidon. Il est vêtu d'un gilet de soie raffiné, couleur saumon, aux boutons d'or, par-dessus une chemise de lin blanc et d'un pantalon gris brodé d'étoiles argentées.
« Oui... », lui répond Odete. « Mais vous ne croyez pas que... ça a un rapport... ? » Elle renifle bruyamment.
« C'est une question à se poser », ajoute Aristide. « J'en ferai part aux Lunes de Jupiter, cette nuit... Peut-être que vos ancêtres ont des choses à se reprocher...
- Merci, Aristide », coupe Rosario. Elle récupère l'attention du groupe. « Le temps presse, il faut que cela cesse. Nous agirons dès demain. »
Elle a l'air de bouillonner de colère. Malgré sa petite taille, elle se tient devant tous ses professeurs, qui la regardent d'un air entendu, prêts à suivre ses ordres. Son aura enflammée se diffuse comme un parfum envoûtant. Hermione regarde autour d'elle. Kuyen n'est pas là.
« Quel est votre plan ? », demande Yusded Paine, la professeure américaine de Lithomancie. « J'ai vu certaines choses dans les pierres.
- Les fumées m'ont aussi montré l'éminence d'un grand danger », ajoute Manci.
D'autres professeurs embrayent. Aristide évoque un alignement des planètes qui aurait favorisé l'avènement de la menace, et Alério Aramavo, professeur d'Oniromancie, insiste sur les nombreux rêves qui le tourmentent depuis quelques jours.
« Ils annoncent la mort. Sans équivoque. Une grande perte, mais aussi un renouvellement, une renaissance. »
Rosario Reimer n'a pas l'air de s'intéresser à ces interventions. Elle attend, les mains jointes devant elle. La longue queue blanche tachetée de noir de Rendy, son immense lézard, dépasse de sa longue robe rouge. Hermione se demande comment fait Rosario quand elle se balade avec cette énorme bête dans des endroits moldus. Rosario lève la main, et le silence se fait instantanément.
« Nous sommes tous d'accord pour dire qu'il faut agir et que la situation est grave. Professeure Paine, pour répondre à votre question, j'ai bien un plan même si je pensais avoir un peu plus de temps pour pouvoir le mettre en place. Je vous prie de m'écouter avec attention, puisque vous aurez tous un rôle à jouer. El Tunche ne sera pas facile à trouver. Mais demain, je veux qu'il soit neutralisé. »
Elle prend le temps de balayer son audience du regard.
« Blanche, s'il vous plaît, prévenez Celestino et demandez-lui de sonder les plans supérieurs à la recherche d'indices ou de traces d'El Tunche. Tomàs et Aimé, j'ai besoin de vos connaissances les plus poussées en alchimie pour l'aider à rester le plus alerte possible dans ces recherches auprès des esprits ancestraux. Allez-y. »
Les trois professeurs cités quittent les lieux d'un pas déterminé.
« Candela et Diamantina, consolidez nos défenses autour de l'école, s'il vous plait. Aristide, Yusded et Alério, isolez-vous et tentez de prédire au mieux les événements à venir, vous avez toute la nuit. Nous nous réunirons tous ici dès l'aube, demain. »
La salle se vide un peu plus. Il ne reste plus qu'Aymara, Pachacùtec, Arapysandù, Manci, Hermione, Rosario Reimer et Odete, qui semble toujours absente. La directrice s'apprête à prendre la parole, quand Kuyen débarque en courant, suivie par Phaxsi.
« C'est bon, j'ai trouvé ! »
Elle est couverte de boue et trempée jusqu'aux os. Elle agite devant elle une petite fiole en verre, qu'elle finit par poser dans la main de la directrice. Rosario Reimer contemple l'objet dans sa paume ouverte, les yeux écarquillés.
« Professeur Kieffer... Je n'y croyais pas.
- Qu'est-ce que c'est ? », demande Hermione.
« Oh, salut linda ! C'est un bulbe de Mbareté, presque impossible à trouver dans la jungle. Mais avec ça, on pourra faire assez de potion pour Manci et Rosario.
- J'imagine que vous comptez l'utiliser pour décupler la force de vos feux de bannissement ? », demande Pachacùtec, qui ajoute, sans attendre, la réponse. « Ça ne sera pas suffisant face à El Tunche. »
- Nous le savons, monsieur Pinzon. Mais Professeure Kieffer sera avec nous pour lancer un charme de Chant souterrain. »
Pacha claque la langue en secouant la tête.
« Seule Kuyen arrive à le faire », chuchote Aymara à Hermione, en guise d'explications. « Ca le rend fou. »
Le charme du Chant souterrain est le plus compliqué des sorts des Tierranos. Hermione avait tout lu là-dessus à la bibliothèque : celui-là n'a pas de version élémentaire et ne peut être lancé que grâce à une maîtrise poussée du chamanisme de terre. En même temps, il vaut mieux, se dit Hermione, puisque ce charme-là, permet d'invoquer des forces anciennes et telluriques, de réveiller des esprits protecteurs endormis, de faire trembler le monde. Il pourra alors affaiblir El Tunche, avant que les deux chamanes du feu ne lancent leurs feux de bannissement intensifiés par la potion.
« Et comme le rituel de transfert a besoin des quatre magies élémentaires, je vous demande de nous accompagner dans cette difficile tâche », ajoute la directrice, en regardant Aymara, Ara et Pacha. « Quant à vous, Professeure Granger, je pense qu'il vaut mieux que vous nous attendiez à l'école, je...
- Surtout pas ! »
Yusded Paine vient de resurgir dans la salle. Hermione entend au loin les cris des élèves qui rentrent du match. La professeure de lithomancie, essoufflée, s'arrête devant le petit groupe. Ses longs colliers d'argent scintillent sur sa poitrine. Elle tient dans sa main un petit sac de velours bordeaux et l'ouvre devant Hermione.
« Tirez.
- Que.. ?
- Prenez une pierre. »
Hermione s'exécute et ses doigts se resserrent autour d'un cristal qu'elle ressort presqu'immédiatement. Quand elle dévoile sa pioche, Yusded lève un sourcil. La pierre est lisse et brune, aux rayures dorées.
« Un œil du tigre. Je le savais. Elle doit vous accompagner. Je viens de voir, dans ma tourmaline, le visage d'Hermione. Son tirage confirme. Prenez-là avec vous, ou vous échouerez. »
La directrice toise la sorcière de Salem d'un air dur et inquiet. Yusded ne se démonte pas, sûre d'elle. Hermione allait y mettre son grain de sel, insister pour y aller, parce que de toute manière, il n'était pas question qu'elle reste là, à attendre. Elle n'a pas le temps de protester : Rosario Reimer, en glissant le flacon contenant le bulbe de Mbareté dans sa poche, finit par accepter.
En sortant de la salle, Kuyen attrape Hermione par le bras, et l'attire dans un couloir vide. Les élèves sont tous montés se coucher. Il n'y a plus un bruit, dans l'école, à part celui que fait le torrent, au dehors.
« Kuyen, où on va ?
- Chhhhhut, suis moi. »
Hermione capitule. Elle sait que cela ne sert à rien d'argumenter face à Kuyen, quand elle a une idée en tête. La professeure de Pratique des Rituels la pousse dans une alcôve, sans prévenir. Une porte secrète s'ouvre dans son dos, sur une salle époustouflante. Les murs sont entièrement recouverts d'or, des livres colorés sont rangés dans les fissures et les interstices entre les pierres. D'autres volent dans un ballet lent, autour de boules de lumières rouges magiques. Des morceaux de lin bordeaux sont tendus par endroits, au plafond, au-dessus de hamacs en toile. Au sol, se trouvent des tapis somptueux et de larges paillasses orange, jaunes, bleues, sur lesquelles se trouvent de nombreux coussins moelleux. Un immense brasero est au centre de la pièce. Il dégage une douce odeur de sève et de cannelle, comme Hermione aime tant, et crache des étincelles qui s'envolent en virevoltant.
« Où sommes-nous ?
- Dans ton QG, celui des Fueganos.
- C'est magnifique », souffle Hermione en s'approchant du foyer, comme hypnotisée.
Kuyen, le visage toujours sali de boue, la rejoint. Elle sent son épaule l'effleurer.
« Tu sens quoi ? C'est un feu magique. L'odeur qu'on sent est sensée nous rappeler la maison. Moi, la terre humide, le parfum d'orchidée et... »
Elle s'arrête, baisse la tête comme une enfant gênée, et se tourne face à Hermione. D'une main, elle lui place une mèche de cheveux derrière l'oreille, profitant pour lui frôler la nuque de ses doigts. Hermione frissonne mais ne dit rien. Elle plonge son regard dans celui de Kuyen. La lueur orange des flammes transforme ses lunes en minuscules soleils couchants. Hermione essaye de réfléchir, et puis se retient. Ce n'est pas le moment de réfléchir à quoi que ce soit. Leoma chante, quelque part dans la pièce, probablement en signe d'approbation. Hermione se met à rire. C'est presque un rire franc. Une libération. Un message à son monde entier. Kuyen l'interroge du regard, amusée. La réponse d'Hermione est silencieuse, posée avec fougue sur ses lèvres.
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Voilà pour le chapitre 8! J'espère qu'il vous a plus, n'hésitez vraiment pas à me donner vos avis et suggestions.
Il n'en reste que deux. Et j'ai besoin de vous pour la fin: est-ce que Ron et Hermione se séparent ou restent ensemble? Suivez moi sur mes réseaux pour voter > https://forms.gle/7mtybD35WhrTnyt16