La cérémonie d'adieu à Kuyen est terminée. Hermione contemple la jungle, bercée par le chant incroyablement beau de Phaxsi, qui résonne tristement en écho depuis le début de la nuit. Leoma est posée à côté d'elle, elle la regarde de ses petits yeux noirs. La nuit a été éprouvante, pour Hermione, qui a à peine eu le temps d'assimiler tout ce qui s'est passé ces derniers jours.
Elle replie les genoux contre sa poitrine, assise sur la plateforme supérieure de la pyramide aztèque, là où Kuyen l'a emmenée, une fois, pour lui montrer à quoi ressemble un cours de Voyages Spirituels. Elle pose son menton sur ses genoux, le regard perdu dans le vide. Leoma gazouille, rassurante. Phaxsi pleure. Elle, elle n'y arrive plus. Elle a beaucoup pleuré, cette nuit. La cérémonie s'est déroulée dans la jungle, évidemment. C'est ce que Kuyen aurait voulu. Son corps a été entouré de fleurs immortelles, blanches et scintillantes, mais aussi de branches tordues et noueuses, de feuilles majestueuses. Hermione ne pourra jamais oublier cette image, celle du corps qu'elle avait vénéré quelque temps plus tôt, cette fois immobile dans la mort, sous un astre rougeoyant.
La famille de Kuyen, venue depuis le Chili, ont entrepris un rituel, dès leur arrivée, autour de la dépouille. Leurs chants ont chamboulé Hermione, qui s'était laissée porter par leurs voix tremblantes de peine, leurs visages tordus dans la douleur. Une magie fabuleuse s'est échappée de leurs doigts pour monter jusqu'au ciel et toucher la lune. Elle a alors instantanément changé de couleur pour baigner le visage paisible de Kuyen d'une lumière chaude et surréaliste.
Ils ont été nombreux à vouloir lui dire adieu : élèves, professeurs, parents... mais aussi toutes sortes de personnages, parfois farfelus, probablement venus de très loin. Hermione a reconnu plusieurs tribus magiques des environs, mais aussi des visages qu'elle a croisés à Tava-Bruxo.
Elle soupire. Elle n'a plus d'énergie. Pourtant, elle n'a pas envie d'aller se coucher. Le jour commence à se lever, maintenant, et Hermione se sent vidée et seule. Ses mains sont couvertes de bandages, comme après la guerre contre Voldemort. Des souvenirs douloureux resurgissent, elle secoue la tête pour les chasser de son esprit. Maintenant qu'elle a dit au revoir à Kuyen, qu'elle a vu son âme blanche s'envoler vers le ciel, elle sait qu'elle va devoir faire le point sur sa situation à elle. Son couple. Ses envies. Son bonheur. Et elle se sent terriblement mal. Qu'a-t-elle fait ? Est-ce qu'elle pourra un jour réparer sa faute ? Est-ce qu'elle sera capable de vivre à nouveau avec Ron ? Elle va devoir lui dire la vérité, malgré la peine qui lui alourdit le cœur. Pourtant, elle n'a pas le choix.
Hermione frissonne. Elle pose le front sur ses genoux, ferme les yeux. Elle pourrait se trouver des excuses, des explications logiques. Après tout, Ron s'est fermé ces dernières années, et elle a tout essayé. Elle a vraiment tout essayé. Jusqu'à mettre de côté son bien-être à elle. Au fond d'elle, elle sait qu'elle n'aurait pas dû gérer tout ça de cette façon-là. Elle n'a vraiment pas l'habitude de faire des erreurs.
Phaxsi continue de chanter et elle l'entend de plus en plus fort. L'ibijau se rapproche de l'école, se dit Hermione, surprise, qui relève la tête pour scruter les environs. Quand elle la repère, Phaxsi vole tout droit vers elle et passe au-dessus de sa tête. Hermione la suit du regard, et son cœur se met à cogner si fort, qu'elle a l'impression qu'elle va s'évanouir. L'ibijau lâche un hululement doux et grossit pour se métamorphoser en une silhouette blanche et opaque, qu'Hermione pourrait reconnaître entre mille.
« Eh, linda ! »
La voix n'est pas dans sa tête. Kuyen est là, devant elle. Enfin, c'est plutôt une sorte de... fantôme ? Elle flotte, blanche comme la lune. Hermione sent l'émotion l'envahir.
« Je ne pouvais pas monter là-haut sans passer te voir d'abord », dit Kuyen, en pointant le ciel du doigt.
« Comment ? Que... ?
- La magie des totems est surprenante, tu ne trouves pas ? Il y avait un peu de Phaxsi en moi, et un peu de moi en elle. Son sacrifice me permet de te voir, une dernière fois. »
Hermione ne dit rien, sidérée à nouveau par cette magnifique magie. Elle sent Leoma chanter en elle.
« Je suis désolée », enchaîne Kuyen.
« Pourquoi ?
- J'ai... J'aurais dû te laisser tranquille. Je le savais, j'ai essayé mais...
- Non », coupe Hermione. « Non. »
Le fantôme de Kuyen s'approche et s'assied sur le rebord de la plateforme, à côté d'Hermione. Elle a les pupilles jaunes de Phaxsi. C'est assez déroutant.
« Comment ça, non ?
- Merci. Pour tout. Grâce à toi, j'ai découvert beaucoup de choses sur moi-même et... maintenant... je ne sais pas comment faire...
- Si, tu le sais. Quand on s'aligne enfin avec qui on est vraiment, on fait face à un éboulement, une avalanche. Mais c'est pour mieux reconstruire ensuite. Tu vas y arriver. Si c'était facile, tout le monde serait capable de le faire, eh. »
Hermione la fixe et réfléchit à ces paroles. Elle a raison. Tout, en elle, est maintenant en chantier. Elle doit s'armer de courage, ramasser chaque petit morceau, et tout recoller, tout retisser, mais d'une autre façon. Une façon qui serait fidèle à ce qu'elle est réellement: Hermione Granger, qui n'est plus seulement l'épouse de Ron Weasley, la meilleure amie d'Harry Potter ou la mère de Rose et Hugo. Mais qui est avant tout l'enfant curieuse et avide d'aventures. La sorcière la plus brillante de sa génération. L'ex-future Ministre de la Magie. L'apprentie chamane qui, apparemment, peut tomber sous le charme d'autres femmes. La guerrière Gryffondor-Fuegana. Si forte, qu'elle peut et qu'elle a besoin d'être tout ça à la fois. Qu'importe le prix.
Elles se regardent en silence. Kuyen affiche une expression entendue et approuve d'un léger signe de tête. Hermione ressent un calme immense s'emparer d'elle. Tout ira bien, malgré l'horreur, malgré la perte, malgré l'amour, malgré les non-dits, malgré tout.
« Dis », articule-t-elle enfin, « est-ce que tu sais lire dans les pensées ? »
Le rire de Kuyen s'échappe et ressemble au chant de Phaxsi.
« Non, linda. Je pourrais ! Mais non. Disons que... j'ai toujours eu l'impression de te connaître. Peut-être qu'on s'est déjà croisées, dans une autre vie, qui sait ? »
Elle hausse les épaules, tordant ses lèvres comme une enfant. Puis, son regard se pose sur Leoma, au sol, entre elles.
« Que ton totem soit un colibri flamboyant n'est pas anodin. On n'a jamais eu l'occasion d'en parler...
- D'après Manci, c'est rare qu'un colibri soit un totem personnel.
- Manci a toujours raison. Retiens ça ! Mais oui, c'est très rare. Une grande amie de ma grand-mère, très chère à mon cœur, avait un colibri flamboyant comme totem... Comme toi... »
Kuyen fixe le vide, émue.
« Les âmes prennent parfois des chemins étranges pour se retrouver... »
Après un silence lourd de sens, elle enchaîne :
« Au-delà de ça, le colibri, chez les chamans, symbolise la résilience et la joie, comme le guerrier qui ne combat pas avec les armes, mais avec la lumière et l'énergie pure. C'est le messager des ancêtres, porteur d'un pouvoir naturel indéfinissable, il transporte avec lui les pensées de l'humanité. Je crois que, lorsqu'un colibri se lie avec un sorcier, c'est parce qu'il sait que le destin de ce sorcier-là est d'améliorer le monde. Tu seras aussi sûrement ravie de savoir que le colibri est le maître du « ici et maintenant ». Je crois que Leoma t'a déjà plusieurs fois suggéré de te recentrer sur l'instant présent... D'ailleurs, maintenant que j'y pense, je crois que c'est elle que tu as vue, pendant ton rituel.»
Hermione est sidérée et se sent incroyablement chanceuse. Tout prend sens. Leoma s'envole en chantant, tourne autour des deux femmes, disparaît en un éclair, avant de réapparaître en vol stationnaire devant les yeux d'Hermione.
« Toi et moi, hein ? »
Leoma gazouille et vient se lover dans son cou. Hermione reporte son attention sur Kuyen, qui rit doucement. Elle est de plus en plus transparente. Elles n'ont probablement plus beaucoup de temps.
« Pourquoi tu ne m'as rien dit pour Rosario ?
- Je n'étais pas sûre. Enfin, si. Mais je pensais être capable de l'arrêter toute seule et j'aurais pu si...
- Si je n'avais pas eu besoin de ton aide, dans ce foutu marécage », finit Hermione avec amertume.
Le déroulé des événements lui revient en mémoire. Elle sent une douleur vive lui transpercer le cœur, une culpabilité profonde.
« Tu n'y es pour rien, linda. Je savais que j'allais mourir. El Tunche me l'avait dit.
- Quoi ?! Tu l'as entendu siffler ?
- Oui, quand je cherchais le bulbe de Mbareté.
- Mais, pourquoi s'en serait-il pris à toi ?
- Peu le savent mais El Tunche n'est pas maléfique. Il protège la jungle en menaçant ses cibles, en provoquant leur mort, évidemment, mais il a un autre pouvoir... il peut aussi prédir la mort. Si le déroulé des événements est clair, il annonce aux chamans concernés que leur fin est proche. Pour qu'ils puissent s'y préparer. C'était mon cas.
- Mais...
- C'est compliqué, tu sais, de faire la part des choses, de comprendre les autres, de savoir si leurs intentions sont bonnes ou mauvaises. Eux-mêmes ne le savent pas, puisque l'intention dépend du point de vue. El Tunche est né de cette contradiction. Je suis certaine que tu trouveras tout ce qui est possible de lire sur le sujet, sur l'histoire tragique de ce chaman qui a tué son père pour des raisons qu'il pensait être justifiées...
- Comment ça?
- Je n'ai plus beaucoup de temps, linda »
Hermione déplie ses jambes et se tourne face à Kuyen. Elles se regardent longuement. Kuyen disparaît lentement, mais Hermione sourit.
« Je ne t'oublierai jamais », dit-elle, alors qu'une larme coule sur sa joue.
« Je sais, linda. »
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Hermione descend les marches de l'escalier principal d'un pas las. Le mois débute seulement mais l'école se vide. Après la mort de la directrice, Castelobruxo a évidemment été fermée. Seuls sont restés les élèves qui voulaient assister à la cérémonie funéraire de Kuyen. Hermione devrait rentrer dans ses appartements, pour y préparer ses bagages, afin de rentrer à Londres. Elle n'a plus rien à faire ici. Mais ses jambes continuent de descendre les marches. Elle a soudainement envie d'aller se balader. Elle regarde autour d'elle avec nostalgie, détaille chaque recoin, chaque moulure dorée, chaque araignée, chaque sculpture. Ces murs colorés vont lui manquer. Elle passe devant le brasero géant du hall d'entrée, complètement éteint, rempli de cendres virevoltantes et de morceaux de bois calcinés. Elle passe sous l'immense arcade et descend rapidement les marches qui mènent à l'esplanade presque déserte. Deux élèves en robes émeraude se dirigent vers le chemin camouflé en trainant leurs valises. Aristide Afonso est en bas de l'escalier et tire sur une longue pipe. Il salue Hermione quand elle passe devant lui, les mains dans les poches de son short. Elle ne sait pas où elle va, pas vraiment. Elle est sur le point de se diriger vers les serres quand elle remarque une silhouette familière au bout de l'esplanade. Ce n'est pas de la surprise qu'elle ressent quand elle aperçoit Ron, perdu, baguette à la main et habillé beaucoup trop chaudement, mais du soulagement...Un sentiment de sécurité s'empare d'elle. Ron est son roc, son refuge. Il l'a toujours été.
Elle sourit quand elle comprend qu'il essaye d'enlever sa cape, visiblement coincée dans la boucle de la petite valise qu'il tient à la main. Il tente de lancer un sort avec sa baguette, sa cape prend feu. Il lâche un petit cri effrayé et se dépêche de dire :
« Aguamenti ! »
Hermione éclate de rire et Ron tourne la tête. Il lâche la valise, arrache la cape qui lui donnait du fil à retordre et laisse même tomber sa baguette avant de courir jusqu'à elle et la serrer dans ses bras. L'odeur de son mari l'emporte instantanément dans son havre de paix, et elle se met à pleurer toutes les larmes de son corps.
Les serres de Castelobruxo sont véritablement impressionnantes. L'Arbre à Pluie, aux branches noueuses, trône au centre de la serre principale, au milieu d'une étendue d'eau recouverte de nénuphars miroirs et d'autres plantes magiques étudiées par les élèves, sous le dôme gigantesque. Hermione traverse la serre, pour emmener Ron dans le petit jardin derrière celle-ci, depuis lequel il est possible d'accéder à d'autres serres, plus petites, où sont dispensés principalement les cours d'Herboristerie. Hermione sait qu'Aimé venait parfois ici avec ses élèves, pour son cours d'Alchimie. Son cœur se serre quand elle pense au sourire du professeur haïtien, qui lui a tant appris.
Ron soupire de soulagement quand ils sortent de la chaleur étouffante de la serre. Dans le jardin, ils s'installent sur un petit banc courbé en fer forgé, autour d'une petite table ronde en pierre, à côté des hautes racines d'un Arbre-Tambour.
« Comment as-tu... », commence Hermione.
« J'ai reçu une lettre d'un certain Arapysandù Arizaga », dit Ron. « Harry a pu s'arranger pour qu'un Portoloin soit créé en urgence par le Ministère. Et euh... une grenouille bleue est venue me chercher sur la plage. »
Devant son air incrédule, Hermione pouffe de rire.
« Je suis désolée », finit-elle par dire. Ron écarquille les yeux et lui attrape les mains.
« Non, Hermione. Moi, je suis désolé.
- Tu ne... méritais pas ça.
- Toi non plus. »
Elle lève les yeux vers lui, plonge dans son regard réconfortant. Il rougit et ressert ses doigts autour de ceux de sa femme.
« Les choses n'auraient pas dû en arriver là », dit-il. « Si tu as ressenti le besoin de partir, c'est à cause de moi. Je n'ai pas su... gérer. J'avais honte, je pense. Mon père... J'aurais dû...
- Ron, on ne peut pas revenir en arrière. Mais s'il te plaît, tu dois arrêter de vouloir enfermer tout ce qui est trop douloureux quelque part. Ça ne marche pas comme ça.
- Je sais, Hermione. Enfin, maintenant, je le sais. »
Il baisse les yeux, se pince l'arête du nez avec deux doigts. Hermione voit une larme couler sur sa joue rose. Elle a envie de l'enlacer, mais elle se retient. Elle veut voir s'il va continuer à parler.
« Ce jour-là, mon père est venu au magasin, on était en train de fermer. Il a commencé à nous aider et puis, il a vu le livre de comptes, derrière le comptoir. On a... God, je me rends compte que je ne t'ai pas parlé de tout ça non plus, à toi. Je suis un mari pitoyable.
- Ne dit pas ça...
- Le magasin est au bord de la faillite, depuis l'arrivée des sorts holographiques. Les farces et attrapes en tant qu'objets, ça ne fonctionne plus trop. Les jeunes sorciers raffolent des farces envoyées à distance. Georges a essayé de bidouiller quelques trucs mais... Bref. On va fermer.
- Je vois... », dit simplement Hermione, d'un ton l'encourageant à continuer.
« Il y a deux ans, on a vécu notre première grosse perte de bénéfices. Tout a dégringolé d'un coup quand la boutique qui permet de créer son propre charme farceur s'est installée sur le chemin de Traverse. Quand mon père a vu le livre des comptes, il a posé des questions. On lui a dit qu'on envisageait, si les choses continuaient à dégringoler, de fermer le magasin.
- Et ?
- Il a essayé de nous convaincre de ne pas faire ça. Et la discussion est vite devenue chargée en émotions, en reproches. Il a évoqué Fred, la mémoire de Fred... Georges n'a pas beaucoup aimé. Son divorce avec Angelina lui a fait perdre toute sa diplomatie. Et moi... j'étais aussi sous pression. Notre couple n'allait pas bien et je m'imaginais comme Georges. À cette époque, je pensais vraiment que tu allais demander le divorce. Je... j'avais même réfléchi à ce à quoi ma vie ressemblerait si j'emménageais avec Georges, au-dessus du magasin. »
Hermione a les larmes aux yeux. Elle ignorait tout ça.
« Mon père a gardé son calme. Tu le connais, il ne crie jamais. Il a essayé de nous calmer, de nous dire que tout allait bien se passer. Qu'il était f... qu'il était fier de nous. »
Ron pleure à chaudes larmes, maintenant, les sourcils froncés par la tristesse.
« Oh, Ron. »
Hermione ne peut retenir ses propres pleurs.
« Ce moment tourne en boucle dans ma tête depuis sa mort. Je le vois, toutes les nuits, me dire qu'il est fier de moi... Je... Tous les jours, quand j'ouvre ce putain de livre de comptes, je repense à lui et à son regard blessé et déçu, quand je lui réponds que... »
Hermione caresse la main de Ron pour lui donner du courage.
« Quand je lui réponds que... que c'était pas ça qui allait payer les factures. »
La gorge noueuse, Hermione imagine la scène. Elle a toujours adoré son beau-père. Elle ne l'a cependant jamais entendu dire quoi que ce soit de la sorte à ses enfants. Il était fier, ça se voyait. De chacun d'eux. Il était même très fier d'Harry et d'elle. Il le leur montrait. Mais il ne leur avait jamais dit.
« Après ma remarque et ce silence horrible il... il a fait comme si de rien était », continue Ron. « Il nous a aidé à fermer le magasin, et puis il est parti. Je... Hermione... Je ne l'ai plus jamais revu vivant. »
Il la regarde, dévasté, les yeux rougis. Elle comprend, maintenant, pourquoi il avait honte. Pourquoi il ne lui en a jamais parlé.
« Ron... Je suis désolée.
- Ce n'est pas de ta faute. Toi... Tu es si merveilleuse et je t'ai repoussée. Je t'ai laissée te débattre toute seule. Je n'ai même pas essayé de... Je n'ai rien fait, à part ressasser ma peine et ma culpabilité. Je pensais que je le méritais.
- Mais Ron, ce n'est pas toi qui...
- Je sais. Mais... il est mort en pensant que sa fierté m'importait peu. »
Elle n'a rien à dire à ça. La peine l'envahit, encore. Mais ces derniers jours ont été si dévastateurs que tout son corps est engourdi.
« Je suis désolé, Hermione. J'ai compris, maintenant, quelle a été mon erreur, mes erreurs. Je n'étais pas prêt, je ne me suis pas rendu compte que... j'avais à mes côtés un trésor, une équipière, qui voulait simplement m'aider.
- Oui... ça m'a détruite, tu sais. J'avais l'impression d'avoir si peu d'importance pour toi, d'être le dernier de tes soucis. Je voyais ta peine, je devinais que quelque chose s'était passé. Mais tu ne faisais que me repousser, ça m'a blessé, énormément. Malgré ça, j'essayais de trouver d'autres solutions pour toi, mais j'ai fini par réaliser qu'on ne peut pas aider quelqu'un qui ne veut pas être aidé...
- C'est... Tu as raison.
- Je suis désolée aussi.
- Tu n'as pas à...
- Si. J'ai... été très égoïste ces derniers mois. »
Il passe ses mains sur ses joues pour essuyer ses larmes et fixe ensuite sa femme, attendant la suite. Ses yeux ronds, remplis d'amour, brisent le cœur d'Hermione. Mais c'est trop tard, tout est allé trop loin.
« J'ai couché avec Kuyen. »
Il ne dit rien, il accuse le coup. Hermione se demande s'il sait qui est Kuyen. Probablement. Il ferme les yeux, prend une grande inspiration pour retenir le sanglot qui fait trembler sa poitrine. Elle s'en veut tellement. Mais tout est clair, dans sa tête, maintenant. Ron finit par la regarder avec beaucoup de tendresse. Puis il hausse un sourcil, rieur.
« Je ne savais pas que tu étais lesbienne. »
Elle ne s'attendait pas à ça et éclate de rire, malgré les larmes qui coulent. Il rit avec elle.
« Moi non plus. Je ne sais même pas si... bref. Ce n'est pas important. »
Il ne répond pas, et fait glisser son bras sur la table pour lui tendre la main. Elle la saisit.
« Je crois que tu es la personne qui me connaît le mieux », dit-elle. « Je crois que ce qu'on a vécu nous a lié à jamais.
- Le traumatisme de la guerre, tu veux dire ?
- Oui », sourit-elle. Il acquiesce.
« Je vois ce que tu veux dire. Tu es la seule à m'avoir vu dans des états déplorables ou terrifié comme un gamin à cause d'un cauchemar... et qui comprenait pourquoi. » Son regard se perd dans le vide. « Mais, tu sais, parfois, être avec toi me rappelait ces moment-là, cette vulnérabilité... Et je n'avais pas envie de ça, après la mort de mon père. J'avais besoin d'air. C'était comme si j'étouffais. Et la seule solution que j'ai trouvée a été d'ignorer tout ça, en espérant que ça passe. Je devais choisir entre le bon chemin et le chemin de la facilité. J'ai choisi la facilité...
- Je comprends. »
Il se tourne vers elle.
« Est-ce que c'est trop tard, pour nous ?
- Je crois. Mais... je n'ai pas l'impression que c'est si dramatique, enfin...
- Ça ne l'est pas. Je t'aime si fort que j'ai besoin que tu sois heureuse. Et je sais qu'aujourd'hui, ce n'est pas avec moi. J'ai aussi besoin de temps. Et j'espère que tu...
- Je serai toujours là pour toi. »
Il lui sourit. Elle sent ses lèvres trembler, les larmes coulent, elle ne peut pas les arrêter. L'amour infini qu'elle ressent pour Ron irradie, elle sent son corps se rapprocher de lui, elle a besoin de le toucher. Leurs fronts se touchent, ils ferment les yeux. Il lui embrasse le nez, la joue, les lèvres. Elle se blottit enfin contre ce corps si chaud, il l'enlace de sa force douce et tranquille. Dans la déchirure, il est devenu celui dont elle avait besoin. Il est redevenu son meilleur ami.
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Et voilà, c'est la fin de l'aventure d'Hermione à Castelobruxo.
En totale transparence, je vous rappelle que c'est vous qui avez choisi la fin, si Ron et Hermione restaient ensemble.
À un vote près, c'est "Ils se séparent" qui l'a emporté. J'espère que vous aimez cette fin :)
J'ai adoré écrire cette histoire, que j'aurais préféré développer plus dans le détail, mais j'étais restreinte par la longueur.
Un tout grand merci pour votre lecture, pour m'avoir suivie tout au long de mes réflexions, de ma création... Et pour avoir suivi Hermione, surtout!