MEOW !
« Cela aurait pu être pire, bien pire » — cette pensée tournait comme un mantra dans l'esprit de Harry Potter, ce garçon-qui-agit-d'abord-et-réfléchit-ensuite.
Affalé au sol, il contemplait avec consternation les jambes de ses camarades, seules visibles sans relever la tête. Les chaussettes dépareillées de Ron, l'ourlet parfaitement repassé de la jupe d'Hermione, les escarpins de Ginny... Il ne cherchait nullement à voir sous les jupes des filles, ni à évaluer combien de temps les chaussures élimées de Ron tiendraient encore avant de rendre l'âme. Il s'efforçait simplement, avec un désespoir grandissant, de comprendre quelle créature il était devenu.
L'aventure avait commencé presque innocemment il y a deux jours : une simple balade nocturne à la bibliothèque sous la cape d'invisibilité. Bien sûr, la nuit, caché sous cette cape, dans la section interdite... ce n'était pas vraiment innocent.
Cette nuit-là, Harry ne trouvait pas le sommeil. Sa main blessée lors de sa retenue avec Ombrage le faisait encore souffrir, les mots gravés dans sa chair pulsant douloureusement, l'empêchant de se détendre suffisamment pour s'endormir. Il décida donc d'explorer les corridors sombres et silencieux du château endormi, où seuls les fantômes et les tableaux assoupis lui tenaient compagnie, et Merlin savait pour quelle raison, ses pas le guidèrent vers la bibliothèque.
Curieusement, les portes de ce sanctuaire du savoir étaient restées déverrouillées, sans protection magique apparente — ou du moins, il n'en détecta aucune. Pas de sortilèges d'alarme, rien qui puisse signaler sa présence. Même l'entrée de la section interdite céda facilement sous une légère pression.
C'est alors qu'une idée brillante traversa l'esprit de Harry : chercher des informations sur l'animagie. Son père et Sirius avaient réussi cet exploit, pourquoi pas lui ? Il pensa précisément : « Ce serait génial de trouver quelque chose pour devenir facilement un animagus ! » À l'instant même où cette réflexion prit forme, comme si la bibliothèque elle-même l'avait entendu, un grimoire bondit littéralement entre ses mains, s'ouvrant sur une page couverte de symboles étranges et d'incantations en latin. Harry essaya de déchiffrer le texte, mais n'y parvint pas. Possédant toutefois une bonne mémoire visuelle, et encouragé par l'illustration évocatrice montrant un homme, puis un énorme lion rugissant, puis de nouveau le même homme, il s'efforça de mémoriser l'incantation dans ses moindres détails. Les mots latins se gravèrent dans son esprit, tels les hiéroglyphes égyptiens sur les stèles. Même s'il l'avait voulu, il n'aurait pas réussi à les oublier.
Il referma l'ouvrage poussiéreux avec précaution et sentit enfin la fatigue salvatrice l'envahir. Il regagna donc le dortoir d'un pas traînant pour se reposer un peu et, une fois les courtines de lit refermées, tomba enfin dans un sommeil réparateur.
Évidemment, réciter une formule sans en saisir le sens n'était pas l'idée du siècle, mais la tentation était trop forte, irrésistible même !
Surtout que, après le cours de Potions, Hermione les rejoignit, lui et Ron, dans le couloir et se mit à leur donner des conseils et des directives sur un ton si pédant, si irritant, que ce qui n'était qu'une simple envie de se transformer en animal devint rapidement une obsession et même reçut le titre enviable d'idée fixe.
Et pourquoi pas ? Une simple formule magique et hop ! Il se transformait en animagus ! Sans préparation laborieuse, sans passer des années à apprendre, sans perdre de temps et surtout sans devoir écouter son amie qui l'agaçait parfois tant !
Les images se succédaient dans son esprit : lui, se changeant en un magnifique cerf comme son père, ou peut-être en un lion — oui, un vrai lion digne de Gryffondor ! Qu'aurait-il fait à Poudlard, sous l'apparence d'un gros animal sauvage ? Harry ne se posa même pas cette question. Il était tout bonnement incapable de dire non à une telle opportunité.
L'idée d'une métamorphose instantanée le tentait trop, même si une petite voix intérieure – ressemblant étrangement à celle d'Hermione – lui murmurait que ce n'était vraiment pas la meilleure décision à prendre.
À présent, le visage contre le sol glacial, il devait se rendre à l'évidence de cette amère vérité : non seulement il s'était métamorphosé en une créature d'une taille dérisoire — assurément pas un lion — mais il ignorait également la nature exacte de sa nouvelle forme animale. Il ne pouvait qu'espérer ne pas être devenu un insecte, comme une dame fort désagréable qu'il aurait préféré ne jamais rencontrer.
Plus préoccupant encore, ses amis semblaient l'avoir perdu de vue et paraissaient en proie à une terrible inquiétude. Bien qu'il souhaitât échapper aux réprimandes d'Hermione, susciter leur angoisse n'avait jamais figuré parmi ses intentions.
Il entendait leurs voix tonner - oui, tonner - car pour ses oreilles devenues trop sensibles, leur conversation résonnait tel un tonnerre assourdissant.
— Où a-t-il bien pu passer ? s'interrogeait Hermione, un désarroi grandissant dans la voix. Il se tenait juste devant moi, je lui parlais de la dissertation pour le cours de Potions, puis je me suis détournée une seconde pour prendre un livre dans mon sac... Quand j'ai relevé la tête, Harry avait disparu.
— Il en avait peut-être assez de t'entendre jacasser « blabla les cours, blabla les potions, blabla les dissertations… », railla Ron en levant les yeux au ciel, un sourire narquois aux lèvres.
— Si tu n'entends dans mes paroles que « blabla », ce n'est pas le cas de tout le monde, riposta Hermione, offensée. Nous sommes en cinquième année et à la fin de cette année, les B.U.S.E. détermineront notre avenir entier !
— Arrêtez de vous chamailler, supplia Ginny sans grande conviction.
« Mais regardez en bas, je suis juste là, au sol ! » voulut hurler Harry, la panique l'envahissant. Mais seul un « Meow » plaintif et déchirant s'échappa de sa gorge, confirmant sa terrible transformation.
« Meow, pensa-t-il, Meow ?! Je suis un chat ? Je suis un chat !!! Je suis réellement un chat !!! Quelle chance, je ne suis pas un insecte comme cette détestable Rita, je ne suis pas un ver de terre sans cervelle. Bien que concernant la cervelle, je connais quelqu'un qui soutiendrait fermement que même sous forme humaine, je n'en possède pas. Et franchement, je commence presque à partager cet avis. »
Harry essaya de se mettre debout, ce qui s'avéra extraordinairement compliqué. Il devait maintenant composer avec des membres inférieurs supplémentaires — quatre pattes ! Quelle situation absurde ! De plus, son centre de gravité s'était également déplacé, rendant chaque mouvement hasardeux et instable.
Ses yeux développèrent une hypersensibilité à la lumière et son odorat captait maintenant des milliers de senteurs, certaines loin d'être plaisantes. Ron, par exemple, aurait sérieusement besoin de passer sous la douche, Hermione devrait rapporter à la bibliothèque ce livre à la reliure de cuir pourrissant, et Ginny gagnerait vraiment à changer de parfum.
Harry, complètement étourdi, se redressa sur ses pattes vacillantes. Il était abasourdi, submergé, littéralement écrasé par cette avalanche de sensations et d'informations que l'univers déversait sur lui. La plupart de ces révélations, Harry le reconnaissait sans peine, il aurait souhaité ne jamais les connaître.
— Meow ! hurla-t-il pour attirer l'attention de ses amis et mettre fin à leur dispute qui s'intensifiait.
Le résultat fut immédiat : tous les trois se turent et baissèrent les yeux simultanément, comme un seul organisme. Cependant, chacun réagit de façon totalement différente à l'apparition soudaine du chat à leurs pieds.
— Oh ! Qu'il est mignon ! s'exclama Ginny.
— Un bel exemplaire, déclara Hermione, la seule du groupe à posséder un félin.
Elle poursuivit en relevant délicatement la tête de Harry d'un doigt :
— Il est jeune, plus vraiment un chaton, mais pas encore un matou adulte. Il est racé — regardez ses magnifiques yeux verts, son pelage court mais dense et soyeux, de teinte gris bleuté. Je dirais un Bleu d'Arkhangelsk... En d'autres termes, un Bleu Russe, précisa-t-elle devant l'expression d’incompréhension des Weasley.
Elle examina la tête de Chat-Harry, indigné (« Quoi, moi ? Un Russe ? ») sous tous les angles :
— Mais non, il est trop robuste pour un Bleu Russe. Un Chartreux peut-être ? Non, les Chartreux ont les yeux jaunes et ce chat a les yeux verts.
Harry soupira de soulagement de ne pas être identifié comme Chartreux, ce Français Mangeur de Grenouilles.
— J'ai trouvé, annonça finalement Hermione, regardez ses oreilles pliées ! C'est un British Shorthair ! Bien que sa couleur soit assez inhabituelle.
« British ! Yes ! », tenta de s'écrier Harry en levant les doigts en V de victoire, mais ne parvint qu'à émettre un Meow avant de s'étaler de tout son long sur le plancher, perdant l'équilibre.
— Hermione, tout cela est passionnant, mais cela ne nous dit pas où est passé Harry ! Au lieu de s'extasier sur ce Sac à Puces, nous ferions mieux d'aller chercher notre ami ! grogna Ron avec désapprobation.
Harry l'aurait embrassé. Seul Ron s'inquiétait vraiment de son sort au lieu de gratter derrière l'oreille d'un chat, comme le faisaient les filles. Quoique, inutile de le nier, les gratouillis derrière les oreilles fussent plaisants — Rrron-Rrrron — et Harry en était au septième ciel de plaisir.
Ron était un véritable ami, mais ce « Sac à puces », il allait le lui faire payer. Jamais, au grand jamais, Harry n'avait eu de puces, même lorsqu'il habitait dans le placard sous l'escalier.
Harry se leva, s'étira et... fit les griffes sur le pantalon de Ron. Ah ! Quelle volupté, quelle délectation exquise : le tissu qui crisse, craque et s'effiloche sous ses ongles tranchants ! Et les griffes - quel délice : les déployer, les rétracter, les déployer encore !
La partie humaine de Harry réalisa que l'existence d'un chat était simple, faite de plaisirs simples - les caresses, la nourriture, le sommeil au chaud, l'agilité du corps, l'aiguisage des griffes, les jeux. Et des malheurs également simples - une gamelle vide, un coup de pied, une souris trop maligne...
Il aurait pu facilement s'abandonner à cette existence, se laisser engloutir définitivement, vivre entre les Meow et les Ron-Ron... Mais justement Ron... Ron, Hermione, Ginny et tous ses amis et même ses ennemis, il ne pouvait les laisser !
Alors il se concentra intensément, visualisant son corps humain avec ses jambes et ses mains, sa chevelure en bataille et ses lunettes, sa robe de sorcier et sa baguette magique. Et soudain... Avec un Meow triomphant qui se métamorphosa en un Hourra victorieux, Harry Potter — le-garçon-qui-sait-se-transformer-en-chat-mais-préfère-rester-humain — se dressa face à ses amis.
Et l'histoire reprit son cours.