Étrange Noël de Severus Rogue

Chapitre 1 : Étrange Noël de Severus Rogue.

Chapitre final

1814 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 21/12/2025 11:42

En cette nuit de Réveillon, Severus Rogue, professeur austère et le plus craint par les élèves de Poudlard, se servit un dernier verre dans la solitude totale de ses quartiers au cœur de la prestigieuse école de sorcellerie. Il exhala un soupir de soulagement — le dîner avec ses collègues s'était achevé, exceptionnellement, bien avant minuit — et il anticipait déjà ce moment de détente mérité, en compagnie d'un doigt de whisky pur feu, dont les arômes promettaient d'apaiser ses nerfs mis à rude épreuve.

Installé dans son fauteuil face à la cheminée, il allongea ses longues jambes vers les flammes dansantes, observa leur reflet hypnotique dans le liquide ambré et s'apprêta à savourer sa solitude bienheureuse, en compagnie de lui-même et de lui seul. Autant dire en compagnie de l’unique personne qui n'éprouvait pas sa patience, contrairement aux élèves turbulents et aux collègues bavards. 


Il leva son verre en saluant la cheminée, puis le porta à ses lèvres, mais le destin cruel l'empêcha d'en faire la première gorgée. Ce destin prit les traits d'un lutin, un vrai lutin, et pas un elfe de maison dont l'apparition n'aurait rien eu d'exceptionnel en ces lieux.

Le personnage était jeune de stature modeste et élancée, sans toutefois atteindre la petitesse décrite dans les contes. Si Severus se tenait debout en ce moment, le sommet du crâne du lutin lui arriverait à hauteur d'épaule. Il arborait la tenue traditionnelle islandaise : une longue veste verte ornée de boutons dorés, un pantalon court de même teinte et d'élégantes chaussettes rayées de blanc et de rouge. Ses pieds reposaient dans des souliers aux bouts effilés, allongés et recourbés. L'ensemble était parachevé par un bonnet pointu vert et rouge, que l'hurluberlu avait coiffé légèrement de guingois. Sa chevelure rousse tirant sur le rouge, s'en échappait en mèches indisciplinées, juste au-dessus de ses yeux noirs pétillant d'espièglerie.

— T'es qui, toi, et comment t'es rentré ? demanda sans aménité le Professeur, se posant en même temps la question de savoir pourquoi les sortilèges de protection qu'il avait placés autour de ses appartements ne l'alertèrent pas de l'intrusion.

— Je suis l'esprit de Noël ! proclama pompeusement le garnement.

— Tu mens, constata Rogue, ce qui lui paraissait évident. Et si tu comptais rejouer Le Chant de Noël de Dickens, c'est raté...

— C’est fou ce que les humains sont devenus intelligents ! Quelle instruction ! Quelle ouverture d'esprit ! Quelle clairvoyance ! railla le galopin. Bon, tu m'as démasqué, je ne suis qu'une Petite Main au service du Père Noël...

— Qui n'existe pas, compléta Severus, s'étonnant lui-même de continuer cette conversation absurde avec — il en était convaincu — le fruit conjugué de son imagination, de sa fatigue accumulée pendant l'année scolaire et l'épuisement de son ingrat travail d'espion.

— Oh que si ! Il existe vraiment ! Et il a même accompli l'exploit de se fracturer la jambe juste avant la tournée annuelle !

— Tu mens !

— Oui, je mens ! admit instantanément le lutin sans protester. En fait...

Il enleva son bonnet, essuya son front et poursuivit en cherchant ses mots :

— Pour être franc — comment l'expliquer ? — voilà ce qui se passe — Le vieux, il broie du noir depuis Pâques et noie son chagrin en compagnie de ses rennes dans le vin de Noël...

— Depuis Pâques ? Mais Pâques tombe en juin et nous sommes en décembre... murmura Rogue, impressionné.

— Exactement ! se rejouit le visiteur, ravi d’avoir trouvé un interlocuteur aussi compréhensif. Il s'est tant et si bien consolé au grand renfort de ce breuvage qu'il voit maintenant partout des lutins verts et des fées clochettes ! Et ses rennes sont dans un état tout aussi lamentable. Alors, les camarades lutins ont organisé une réunion du Syndicat et m'ont mandaté...

À l'évocation des Camarades et du Syndicat dans la même phrase que les lutins et les fées, Rogue vida son verre d'un coup et se félicita de posséder une imagination si fertile, apte à engendrer un délire d'un tel niveau d'absurdité.

Son visiteur se redressa alors et déclara d'un ton théâtral :

— Les Camarades m'ont chargé de trouver un successeur digne de ce nom. Toi !

Severus, estimant que s'opposer aux manifestations de son propre délire serait aussi futile qu'improductif, continua cette conversation insensée :

— Supposons que tu ne sois pas le produit de mon imagination et que tu existes vraiment, tout comme le Père Noël... ça n'explique toujours pas : Pourquoi moi ? J’aurais encore compris si c’était Dumbledore, au moins il a la barbe de l’emploi !

— Parce qu’il ne sait pas conduire une auto ! énonça comme une évidence le lutin.

— Et qu'est-ce que cela a à voir...?

— Tu es vraiment distrait pour un professeur, soupira le sacripant. Avec quoi tu m'as écouté ? Je viens de dire que le Père Noël se consolait en compagnie de ses rennes, donc nous n'avons personne pour tirer le traîneau, à moins que tu veuilles te dévouer ?

Severus secoua la tête avec véhémence en signe de négation.

— Bref, là aussi nous avons dû improviser pour trouver un remplacement...

Le lutin claqua des doigts, puis désigna la fenêtre, fenêtre artificielle, ce qui était parfaitement logique, les appartements du décan de Serpentard se situant dans les profondeurs du sous-sol.

Rogue regarda dans cette direction et eut le souffle coupé - il avait l'impression d'être à une altitude vertigineuse, bien plus haut que n'importe quel donjon de Poudlard. Devant l'ouverture, qui n'avait plus rien de factice, flottait une magnifique Ferrari d’un rouge éclatant, customisée avec des motifs de branches de sapin vertes sur les côtés.

— Et nous l'avons trouvée ! conclut fièrement le galopin avec un air de triomphe absolu. Bon si tu n'as pas d'autres objections...


Rogue avait des objections, oh oui, tout un répertoire d'objections qui auraient nécessité des bips de censure à la télévision, mais il n'eut pas le temps de les exprimer. Le monde autour de lui bascula brutalement dans l'absurde, les événements se précipitant à une allure si vertigineuse qu'il en eut le souffle coupé.


Le lutin frappa du pied sur le sol, claqua des mains dans un geste théâtral, et aussitôt, la robe noire de sorcier du Professeur — sobre mais raffinée — se métamorphosa en changeant de couleur pour un rouge éclatant. Ses chaussures devinrent des bottes plutôt distinguées, style cow-boy du Far West, mais tout aussi criardes que le reste de sa nouvelle tenue.


Severus, bouche bée, se retrouva incapable d'articuler le moindre mot face à tant d'audace. Avant qu'il ne puisse retrouver sa voix, le lutin comme par magie — et pourquoi « comme » d'ailleurs ? — apparut juste à côté de lui et le poussa de toutes ses forces avec une vigueur surprenante pour sa petite taille. Rogue perdit l'équilibre, vacilla dangereusement, et, quand il retrouva enfin l'équilibre, il était assis derrière le volant en cuir souple et luxueux de la Ferrari.


— Bon voyage, Prof ! Le sac avec les cadeaux est sur la banquette arrière — il suffit de l'ouvrir et rouler, les présents trouveront d'eux-mêmes leurs destinataires ! Et souriez, Professeur, souriez de toutes vos dents, sinon les enfants verront dans leurs rêves Père Fouettard au lieu de Père Noël !


Rogue tressaillit, un frisson glacial parcourant son échine. Le Père Fouettard, il avait eu le malheur d'en faire connaissance dans son enfance, et pas seulement à Noël, mais tout au long de l'année. Il étira donc ses lèvres pâles en un rictus forcé, espérant que cette grimace ressemblerait suffisamment à un sourire, puis démarra le moteur.

— Attends, Prof ! s'écria le lutin. J'ai oublié quelque chose d'essentiel !

Il bondit dans la voiture avec une agilité surprenante et, d'un mouvement précis, posa un sablier d'apparence tout à fait ordinaire sur le tableau de bord. 

— Un retourneur de temps ? demanda Rogue, reconnaissant vaguement la forme caractéristique.

— Non, plutôt un retardateur..., murmura le lutin avec un clin d'œil.

Rogue examina l'objet plus attentivement et remarqua que les grains de sable ne tombaient pas normalement de haut en bas, mais semblaient flotter et virevolter presque en faisant du surplace, défiant toutes les lois de la physique.

— Maintenant vas-y !

Et Rogue, professeur des Potions à la réputation redoutable, le plus jeune Maître des Potions de sa génération et espion à ses heures perdues, appuya sur l'accélérateur. Le véhicule s'élança dans les airs. Il ne s'aperçut même pas quand le lutin quitta l'habitacle, complètement absorbé par la sensation grisante de la vitesse, le vent qui soufflait tout autour de lui et cette joie unique, presque enfantine, que seule cette nuit magique entre toutes pouvait offrir. Il survola les îles et les continents, les villages et les métropoles, faisant le tour de la Terre sans vraiment en prendre conscience, guidé par une magie ancienne. Partout sur son passage, les cadeaux s'empilaient sous les sapins décorés. Mais comme il était fidèle à sa nature profonde d'enseignant, les présents cette année furent majoritairement pratiques - livres, jeux éducatifs, vêtements neufs et fonctionnels... Comme on dit : « Prof un jour, Prof toujours ! »


 ÉPILOGUE.


Severus Rogue s'éveilla glacé devant une cheminée froide en ce matin de Noël. Le verre qu'il tenait glissa de ses doigts et roula sur le tapis sans se casser.


« Quel songe bizarre ! Moi en Père Noël ! Une Ferrari volante ! Un lutin ! Il faut moins boire, beaucoup moins ! » songea-t-il.

Il récupéra le verre, plaça des bûches dans l'âtre et saisit sa baguette pour les enflammer. C’était à cet instant qu'il remarqua une enveloppe fixée au bois.

— Étrange ! murmura-t-il avant de décacheter la missive.

Il en extirpa d'abord un trousseau de clés attaché à un porte-clés arborant l'emblème d'une célèbre marque automobile, puis une carte de visite. L'avers portait simplement : Syndicat des Lutins, Laponie, et le revers indiquait : « Cher Professeur Rogue, vous avez accompli avec excellence la mission que nous vous avions assignée. Même si les présents manquaient un peu de fantaisie cette année, personne n'a été oublié. Nous vous offrons cette voiture, en espérant ne pas avoir besoin de vos services l'an prochain. Néanmoins nous nous réservons le droit de vous solliciter à nouveau en cas de nécessité. L.Utin, Secrétaire Général du Syndicat. »



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