L'envol du dragon

Chapitre 1 : L'envol du dragon

Chapitre final

2957 mots, Catégorie: T

Dernière mise à jour 08/01/2026 15:05

Cette fanfiction participe au Défi d’écriture du forum de fanfictions.fr de janvier - février 2026 « On en a gros ! » 



Le jeune gobelin Lorenbar contemplait avec consternation la brèche béante ouverte dans les voûtes séculaires de Gringotts. Une seule interrogation tourmentait son esprit : « Pourquoi ? » Non qu'il ne fût pas convaincu que tous les sorciers étaient cinglés, mais tout de même, pas à ce point-là !

Les gobelins leur avaient dégagé le passage de tous les obstacles, ne conservant que ceux aisément surmontables, même pour ces êtres ignares. L'issue de secours se trouvait là, presque signalée par des flèches ; alors pourquoi, au nom de Mordred, s'étaient-ils enfuis à dos de dragon en traversant le plafond ?

« Se servir d'une porte pour fuir serait-il proscrit par les conventions de Genève ? Quelle dévastation, quelle désolation ! Et qui en assumera les conséquences financières ? Qui donc ? » se lamentait le jeune gobelin. Il appréhendait — non, il était convaincu — que cela lui coûterait cher, des décennies à pelleter les déjections du dragon au minimum, et quant à l'obtention d'un poste à responsabilité, il pourrait tout simplement l’oublier. Et pourtant, tout avait si bien débuté...


Lorsque l’étrange tandem s'était présenté au guichet de Gringotts, il avait suivi la procédure en déclenchant l'alarme silencieuse, un véritable bijou non magique inspiré du système bancaire moldu. Sans la moindre trace de magie, donc impossible à repérer par ces fouineurs de magiciens ! 

Ces deux sorciers se croyaient si astucieux ! C'était à en pleurer… de rire, cela allait de soi. Les naïfs, ils s'imaginaient que les gobelins ne repéreraient pas l'utilisation de Polynectar, alors qu'ils le détectaient à distance de dix pas rien qu'à l'odeur !


Ainsi, lorsque le couple formé par Bellatrix Lestrange et celui qui s'était présenté sous le nom de Dragomir Despard franchit le seuil de Gringotts, l'ensemble du personnel était déjà parfaitement informé de leur supercherie grâce à leur odorat. Ces personnages étaient aussi factices qu'un billet de banque moldu imprimé sur du simple papier à cigarettes. Et quand bien même le nez aurait fait défaut aux gobelins — hypothèse parfaitement inconcevable — ils auraient été immédiatement renseignés en observant l'attitude des visiteurs.


Car ces malfaisants commirent plusieurs erreurs à la suite. Celle qui se faisait passer pour Bellatrix s'avança vers le premier guichet disponible, tenu par chance par Lorenbar (une aubaine et une opportunité de gravir les échelons), puis elle s'adressa à lui avec une politesse excessive :

— Bonjour, l'honorable gardien d’or, puis-je accéder à mon coffre ? Je dois y récupérer quelque chose.

Lorenbar dut réprimer un ricanement dédaigneux. Jamais la vraie Bellatrix Lestrange ne s'adresserait aussi courtoisement à un employé. Habituellement, elle les traitait tous comme de la bouse de dragon sous ses talons. Jamais elle ne dévoilerait le but de sa visite à un clerc lambda, elle exigerait plutôt de voir le gobelin responsable de ses avoirs et, une fois dans son bureau, elle lui ordonnerait simplement de lui apporter ce dont elle avait besoin de son coffre. L'idée même de descendre personnellement dans les profondeurs de Gringotts ne lui effleurerait jamais l'esprit.


De plus, cette contrefaçon de Bellatrix avançait à grandes enjambées, s'empêtrant régulièrement dans sa longue jupe, telle une personne accoutumée au port du pantalon ou de jupes plus courtes. 

Dragomir, quant à lui, de stature modeste et corpulente, avait l'attitude et le maintien d'un individu de taille bien plus imposante. Il se voûtait et rentrait un peu la tête dans les épaules, comme le faisaient par réflexe les personnes très grandes pour éviter de se cogner, même dans les endroits aux plafonds hauts.


Par ailleurs, ils progressaient en maintenant un certain espace entre eux et retenaient systématiquement les portes, comme pour faciliter le passage d'une ou plusieurs personnes invisibles qui les accompagnaient.

Sur ce sujet, Lorenbar demeurait dubitatif. Leur comportement révélait manifestement la présence d'au moins un individu dissimulé sous le voile de l'invisibilité, mais lui-même ne parvenait pas à le percevoir. Habituellement, ni les enchantements, ni les capes d'invisibilité ne constituaient un obstacle significatif à la détection des intrus. À moins qu'il ne s'agît du fameux artefact conçu par les Hauts Elfes, que les sorciers stupides attribuaient à la Mort elle-même. Cet objet se trouvait actuellement en possession du sorcier Potter, le garçon-qui. Dès lors, l'identité des visiteurs devenait évidente, du moins pour le perspicace Lorenbar, qui s'applaudit intérieurement pour sa clairvoyance. Dans ce spectacle de l'absurde, la Sorcière Lestrange était interprétée par Hermione Granger, le Sorcier Despard par Ron Weasley, le plus grand des trois, tandis que sous la cape se dissimulait ce benêt de Harry Potter, le garçon-qui.


Dans l'éventualité où ces personnes honoreraient Gringotts de leur présence, les directives demeuraient limpides et rigoureuses.

« Ne pas les arrêter, alerter la hiérarchie, les suivre sans se faire remarquer pour comprendre leurs intentions et si, par chance, ils se dirigeaient vers le coffre de Bellatrix Lestrange, leur apporter toute l'aide possible. On pourrait même leur indiquer une certaine coupe, s'ils sont assez grgtlbk (Gobelbabil - intraduisible) pour ne pas la remarquer par eux-mêmes.»


Ce qui demeurait tacite, bien que connu de tous les employés non-humains de Gringotts, comme il en va souvent des grands secrets : les gobelins éprouvaient une profonde contrariété à l'égard de cet artefact-coupe issu de la magie la plus noire, exécrée même par eux.

Cet objet renfermait un fragment d'âme qui devait servir d'ancre pour ce stupide Voldemort, et appartenait simultanément à ce monde et à l'au-delà. Ce trbrkir (intraduisible) de Voldemort menaçait de la ruine le monde des sorciers tout entier. Pas que les gobelins s'en souciaient véritablement, mais par son essence même, cet artefact entravait la fermeture du passage entre le monde des sorciers et le Gobelestan, royaume des gobelins. Non qu'ils fussent particulièrement impatients de le clore, mais cette situation les incommodait. Elle les privait d'une échappatoire stratégique ainsi que de potentiels moyens de pression sur les magiciens.


Se défaire simplement de ce réceptacle aurait contrevenu aux traditions ancestrales des gobelins (la propriété privée est sacrée, tout le reste, y compris la vie même, est négociable) et aurait en même temps transgressé le principe fondamental de non-ingérence dans les affaires des sorciers, consigné dans un accord inviolable. Il s'avérait donc impossible de s'en séparer directement, mais faciliter sa subtilisation par les sorciers... Certes préjudiciable pour la réputation de la banque, mais un compromis acceptable au regard de l'importance des enjeux.


En suivant ces directives, Lorenbar escorta personnellement les faussaires en empruntant délibérément l'itinéraire le plus sinueux afin de permettre aux renforts de se positionner. Il poussa même la prévenance jusqu'à maintenir les portes ouvertes suffisamment longtemps pour que la ou les personnes dissimulées sous la cape puissent leur emboîter le pas. Tout devait se dérouler dans une atmosphère sereine, cordiale et avec un bénéfice substantiel pour les gobelins. Il suffisait de descendre dans les profondeurs de Gringotts, de s'emparer de la coupe et de prendre congé ! Le tout sous la surveillance discrète des gardes gobelins armés, dont Lorenbar percevait parfaitement la présence.


Quoi de plus simple ? Mais c'était sans prévoir la bêtise de ces sorciers. Lorenbar se mordait virtuellement les coudes de n'avoir pas anticipé en activant le sortilège inspiré par l'informatique moldue émergente : Operational Data Security, communément appelé La protection anti-idiots. Ce sort aurait prévenu des destructions considérables commises par inadvertance en neutralisant par la même occasion les instincts primaires des gobelins.


Les conséquences qui suivirent prouvèrent sans équivoque que son manque d'anticipation fut désastreux. En s'extirpant du wagonnet après la descente vertigineuse dans les profondeurs de Gringotts, la fausse Bellatrix, manifestement étourdie par ces Montagnes Gobelines, s'empêtra dans sa jupe et perdit l'équilibre. 


« C’était prévisible ! », eut tout juste le temps de songer Lorenbar, lorsque le faux Dragomir Despard, oubliant que sa morphologie actuelle lui conférait des bras bien plus courts que sous son apparence véritable, tenta de la rattraper. Il la manqua d'une bonne dizaine de centimètres, ne saisit que le vide et, déséquilibré, s'effondra de toute sa stature, arrachant dans sa chute la cape d'invisibilité qui dissimulait ses acolytes : Harry Potter et le gobelin dissident, Gripsec.


Bien que Lorenbar fît consciencieusement mine de regarder ailleurs et de ne rien voir, ni entendre, les sorciers prirent la fuite, déclenchant par la même occasion chez les gardes l'instinct primitif des guerriers gobelins : traquer toute proie qui s'échappe. Les sorciers filaient comme le vent, dévastant tout sur leur passage par les sortilèges qu'ils projetaient. Les gardes gobelins les pourchassaient avec acharnement, amplifiant les ravages dans leur frénésie prédatrice. 

Le malheureux Lorenbar, dépourvu de talents guerriers, se voyait contraint d'observer impuissant le carnage, tout en chiffrant mentalement le montant des dégâts :

« Un mur démoli — pourtant parfaitement évitable — mille gallions, et ce n'est que le prix des pierres, sans compter la main-d’œuvre ! Une porte blindée — encore deux mille, sans même inclure les sortilèges de protection. Quelle tristesse pour une porte si ancienne, introuvable de nos jours. Les étagères renversées — trois heures de rangement à notre charge — cinq cents gallions supplémentaires. Une coupe inestimable... Enfin ! Hourra ! Ils l'ont découverte !

Et maintenant, allez donc vers la sortie de secours... Nooooon ! Pourquoi ces trjikdikr de drziknig (intraduisible) grimpent-ils sur ce vieux dragon ? La sortie est juste là ! Regardez ! Ouvrez vos yeux ! Mais non, rien n'y fait, ils s'envolent sur le dos de cette pauvre créature ! Et ce traître de Gripsec ne les retient pas, il se cache derrière les gardes ! Le plafond ! Les étages supérieurs ! Quelle catastrophe ! Dix mille gallions, non, trente ; non, cent mille au minimum ! Je vais devoir pelleter le fumier de dragons jusqu'à la fin de mon existence ! »


Le jeune gobelin Lorenbar contemplait le vieux dragon qui s'élevait à travers les étages de Gringotts, détruisant tout sur son passage. Les trois sorciers agrippés à son dos paraissaient, vus d'en bas, aussi minuscules que des pluviers perchés sur un alligator.


***


Le vieux dragon Zoronaym le Têtu s'élevait des profondeurs de Gringotts. Il y bénéficiait du gîte et du couvert en contrepartie de ses services de gardien prestigieux des chambres fortes. Il était exaspéré par l'audace de certains individus qui avaient non seulement perturbé sa digestion mais également eu l'outrecuidance de l'enfourcher comme un vulgaire canasson. Des sentiments contradictoires l'envahissaient. Il éprouvait de la colère, non, de la fureur, non, une rage absolue. Simultanément, il ressentait un profond regret d'occasionner tant d'embarras à ses bienveillants employeurs, les gobelins.


Mais il ne pouvait rien y faire. Ces insignifiantes larves de magiciens s'étaient précipitées sur lui, l'avaient assujetti par un sortilège et intimé l'ordre de partir... Quelle ignominie, quel affront porté à sa dignité ! Il était si proche de la retraite ! Encore une décennie et il aurait pu dire adieu à la banque. Les gobelins devaient lui procurer, en compensation de ses bons et loyaux services, une caverne dans les montagnes majestueuses, entourée de villages et de cités à piller. Les lieux étaient même pourvus d'un château avec des princesses à enlever. Où se trouvait déjà ce pays de cocagne ? Ah, oui au Vingt-Septième Royaume. Une retraite dorée, n'est-ce pas ? Et voilà que tout se trouvait compromis par ces... Le dragon ne trouvait point de termes pour exprimer ce qu'il pensait d'eux et ne put que rugir en exhalant des flammes.


— Vous entendez comme il se réjouit de retrouver sa liberté, s'émerveilla Hermione en s'agrippant encore plus fort aux écailles du dragon.


« Mais elle va me les arracher, cette peste, pensa le dragon. Il ne manquait plus que ça ! »

Zoronaym le Têtu jaillit de Gringotts tel un bouchon expulsé d'une bouteille de champagne — avec tumulte et fracas. Il s'éleva dans les cieux et, obéissant sous l'emprise du sortilège aux injonctions des jeunes sorciers installés sur son dos, prit la direction du nord.

Il vola longtemps, dégourdissant ses ailes. « Un peu d'exercice ne me ferait pas de mal », songeait-il, s'efforçant de faire contre mauvaise fortune bon cœur et de déceler quelque aspect favorable dans cette mésaventure.

Enfin, il perçut que l'emprise du sortilège s'amenuisait. Il amorça alors sa descente vers une prairie jouxtant un lac. Retrouvant sa liberté de mouvement, il exécuta quelques embardées, secouant méticuleusement ses cavaliers importuns, à la façon d'un barman chevronné agitant son shaker. Il enchaîna ensuite diverses figures de haute voltige — boucle de la mort, descente en piqué — faisant ainsi rebondir les passagers et les laissant même flotter quelques instants en apesanteur au-dessus de sa crête dorsale.

Lorsqu'il ne se trouva plus qu'à une dizaine de mètres du sol, sa vision perçante de dragon lui permit de distinguer un lièvre qui s'enfuyait à toute allure.


***


Le lièvre se délectait des boutons des fleurs de la prairie. Il était comblé : le soleil printanier réchauffait son échine, les mets étaient exquis, l'eau à proximité immédiate, et aucun prédateur aux alentours.

Soudain, il éprouva une sensation glaciale, comme si un nuage surgi dans les cieux limpides cachait le soleil. Il releva la tête et aperçut une immensité qui obstruait la voûte céleste, enveloppant de son ombre l'ensemble du paysage, la magnifique prairie et le lac.

Son cœur, sous l'emprise de la terreur, battit la chamade. Tout perdit sa saveur. Les fleurs lui parurent subitement insipides, la brise émanant du lac devint mordante. Il plaqua ses oreilles contre sa tête pour être moins visible, détala et n'assista pas, peu de temps après, à l'atterrissage du dragon.

Le lièvre s'élança, la peur aux trousses, sans regarder où il allait au juste, sans réaliser qu'il se rapprochait dangereusement de la tanière d'un renard.


***


Le renard vit avec incrédulité le déjeuner sur pattes débouler dans son terrier, et il ne se fit pas prier. Bien que le monde des sorciers, la quête des horcruxes, Gringotts et le dragon lui soient parfaitement étrangers, il ne bouda pas son plaisir, et savoura pleinement ce festin inattendu, le lièvre étant dodu et délicieusement goûteux.


EPILOGUE


La coupe de Poufsouffle connut le même sort que le journal intime de Voldemort, détruit par un croc de basilic dans la Chambre des Secrets. Participant ainsi à la victoire finale du Chien sur le Chacal — non, non du Bien sur le Mal, évidemment ! Sa destruction et celle des autres horcruxes permirent à l'âme rebelle de celui qui s'appelait Voldemort de rejoindre l'Au-delà et de ne plus jamais menacer l'existence du monde des sorciers.


La banque Gringotts fut entièrement reconstruite suite à des gros travaux de restauration, devenus nécessaires après les événements. Les gobelins, réputés pour leur méticulosité, veillèrent à ce que chaque pierre soit replacée avec une précision toute gobeline.

La facture, dont le montant considérable reflétait l'ampleur du mécontentement des intéressés, fut transmise bien des années plus tard (les gobelins savaient faire preuve de patience) à l'ensemble des participants impliqués dans cette aventure désastreuse, conformément aux dispositions de l'établissement en matière de dommages et intérêts.


Le malheureux Lorenbar écopa d'une peine de dix ans à pelleter la fiente des dragons, avant d'être gracié et même récompensé, car il n'avait fait que suivre les instructions écrites de ses supérieurs — seule la prise d'initiative était considérée par les gobelins comme réellement répréhensible. 


Zoronaym le Têtu retourna à Gringotts avant de bénéficier d'une retraite anticipée. Il s'installa ensuite au Vingt-septième Royaume où il s'adonnait à diverses activités ludiques : pillage de cités et de villages, enlèvement de princesses - en somme, il se conduisait comme un vrai dragon.


Le renard dégusta un succulent repas inattendu.


Le lièvre... qu’il repose en paix.


Et quelle est la morale de cette histoire ? Il n'y en a point ! Si ce n'est, peut-être : « Les malheurs des uns font le bonheur des autres » ? Ou bien « On ne fait pas d'omelette sans casser les œufs » ? Même si les œufs en question apprécient moyennement cette expérience. 


Quoi qu'il en soit, les jeunes sorciers demeurèrent parfaitement ignorants du bouleversement qu'ils avaient provoqué dans l'existence des victimes collatérales de leur aventure, du moins jusqu'à ce que Gringotts ne leur présentât la facture pour les travaux et le dragon.

Ce dernier, bien qu'il fût revenu au bercail, avait subi, selon les évaluations des gobelins, un traumatisme psychologique considérable et souffrait désormais d’un trouble de stress post-traumatique complexe, ce qui nécessitait une compensation. En espèces sonnantes et trébuchantes pour les gobelins, naturellement. 


Mais cela serait une tout autre histoire.



FIN


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