Les Amours de Radimir Vynoque - volume 2 : disparitions à Poudlard
Le froid mordait les joues et le nez rougis de Radimir Vynoque. La neige lui cachait la vue. « Dieu merci, j’ai pensé à prendre ma toque en peau de bouquetin ! », songea-t-il. En effet, une grosse touffe de poil drue était posée sur sa tête, à la manière d’un rapace sur son nid. Les passants, intrigués, s’écartaient sur son chemin. « Ah ces russes ! Un peuple de jaloux ! Des communistes qui ne connaissent pas les beaux atours, comme ce pauvre Astruk ! »
-NOOOOON, VOUS POUVEZ TOUJOURS COURIR ! aboyait-il aux badauds qui lui lançaient de drôles de regards, JE NE VOUS DONNERAI JAMAIS LE NOM DU COUTURIER ! SECRET DÉFENSE !
Tout à coup, Vynoque se rembrunit. « Ah ce pauvre gringalet d’Astruk, l’œuvre de sa vie aura été de servir la Grande Russie et maintenant que nous sommes à Saint-Petersboug, le voilà aux abonnés absents… ». Tandis qu’il entrait dans l’ascenseur de l’hôtel, une bouteille de Vodka dans un bras et Snapy dans l’autre, il pensa à cette fameuse soirée, où l’Ange de la Mort avait surgi d’une cabane et avait capturé ses amis.
La fureur de l’Ange de la Mort avait été sans borne. Depuis son évasion, elle avait gagné en puissance comme jamais auparavant, pourléchant tout individu sur son passage. Lorsqu’ils l’avaient rencontrée dans ce coin reculé d’Irlande, même les compétences magiques du William avaient été sans effet. Elle avait tout rasé sur son passage, capturant les compagnons du Radimir et avait été assez sadique pour le laisser seul et éploré. Elle lui avait alors lancé :
« Voici ma vengeance : tous ceux que tu aimes vont périr et toi tu passeras ta vie à essayer de les retrouver ! »
Sur ce, elle avait saisi le MacMolsby et le Astruk et, en poussant des gémissements immondes, avait disparu dans un tourbillon tandis que ses compagnons hurlaient de terreur. Le fantôme du Eric, paix à son âme, s’était précipité à leur suite et avait lui aussi sombré dans l’immense tourbillon de fureur. Face à ce souffle maléfique, la cabane avait été détruite et le Vynoque avait perdu connaissance.
Le pauvre homme s’affala sur le canapé. Il était venu à Saint-Petersboug pour trouver la femme du William. A en croire l’ostrogoth, c’était la seule personne à pouvoir l’aider. Il fallait qu’il trouve cet incunable qui lui permettrait de localiser les disparus. Mais il avait eu beau la chercher à travers toute cette maudite ville enneigée, il n’était parvenu à RIEN.
Le pauvre bonhomme était désespéré. William, le beau William, et Snape, le ténébreux Snape, qui voulait-il le plus sauver au fond ? Il n’avait même pas la réponse à cette question. Jamais le gros Vynoque ne s’était senti si démuni. Il attendait un signe, n’importe quoi qui puisse lui indiquer la marche à suivre.
« -Prenons un verre Snapy » soupira le vieil homme d’un air sombre.
Comme tous les soirs, il versa une lichette de sa liqueur à la petite oie noire qui se précipita pour laper le contenu du verre avec avidité. Snapy ne tenait pas l’alcool et se livrait à la débauche sur tous les coussins de la maison à chaque consommation de vodka.
Radimir, lui, avait l’alcool triste et gémissait à n’en plus finir, tel un veau privé du lait maternel. Les responsables de l’hôtel avaient bien essayé de le déloger de sa chambre, car tous les voisins se plaignaient de ce bruyant et étrange spécimen ayant élu domicile à côté de chez eux, mais aucun des hommes du service de sécurité n’avaient encore trouvé le moyen de le soulever du sol.
« BRAAAAHHHHH, BROUUUUUH, BRUUUUUUMMM, MES AIMÉS, MES AIMÉS, FAITES MOI UN SIGNE ! »
Mais alors que Radimir commençait à arracher ses vêtements d’un geste rageur et dramatique, tel un comédien jouant la pire des tragédies grecques, un petit bruit se fit entendre. Radimir beuglait tant ne l’entendit pas. Mais Snapy, vive comme une libellule, se précipita à la fenêtre, d’où venait le tapotement, et l’ouvrit d’un coup de bec bien placé. Un oiseau s’engouffra dans la pièce. Vynoque, ébahi n’en cru pas ses yeux :
« MARIE, JESUS, JOSPEH, JACOB ! hurla-t-il, PAR TOUS LES SAINTS, C’EST JACQUES ! Ah bah mon pépère, permets moi de te dire que tu t’es fait attendre ! Sale pigeonneau, je te ferais frire à la Pacques, n’en doute pas ! Non Snapy arrête, il tient quelque chose entre ses vilaines griffes. »
Dès son entrée dans la pièce, Snapy avait en effet sauté sur Jacques afin de s’accoupler avec lui. L’oie le chevauchait si ardemment que les plumes rabougris du petit volatile volaient en tous sens. « COKOOOOOK » hurla Snapy. « Mais… Snapy “, pensa Vynoque, incrédule, “ serait-ce une femelle ? » Vynoque reprit ses esprits devant ce drôle de spectacle et rejeta l’oie gémissante dans le fond de la chambre.
-Laisse-moi voir ça Jacquot ! Une lettre ? Ah ! Ah nous voilà sauvés.
La lettre ne comportait qu’une adresse, inscrite à la hâte : « Madame Eliesse , 69 rue Poliakoff »
-C’est qui celle-là ?!
Vynoque réalisa soudain que l’oiseau chétif avait été emporté avec le tourbillon de l’Ange de la Mort, tout comme ses camarades. Il avait donc pu s’échapper ! Ce message était donc en réalité un indice envoyé par William ou même… Snape ! Plissant les yeux, Vynoque constata en effet qu’il s’agissait de la fine écriture de son bien-aimé professeur de potions.
-Oh mon bon Snape, c’est donc bien toi l’amour de ma vie, l’homme qui me sortira toujours de la PANADE ! Nous avons une piste ! William, armez votre baguette ! Astruk brandissez vos cailloux ! Eric fermez votre caquet ! Eric ? Oh…
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Un elfe de maison au long nez et aux yeux globuleux avait fait pénétrer Radimir et son oie dans une pièce sombre, éclairée par un abat-jour diffusant une faible lumière tamisée. Il avait pris place sur un canapé si moelleux qu’il avait aspiré le lourd directeur des archives. Il ne dépassait plus du sofa qu’un monticule de graisse au niveau où devait se trouver son ventre ainsi que ses petits yeux de taupes. Snapy, quant à elle, explorait la petite salle où se dégageait d’importantes odeurs d’encens et de plantes séchées.
-Penses-tu que c’est la femme de l’anglo-saxon qui habite ici Snapy ? dit Vynoque qui avait réussi à extraire sa bouche de l’emprise du canapé. Dans le temps il avait plus de goût !
Pour toute réponse, l’oie noirâtre, gênée par les effluves écœurantes se dégageant de toutes parts dégobilla sur un tapis oriental qui trainait dans un coin.
-Oui, à rendre tripes et boyaux, c’est bien ce que je pense aussi ma pauvre dinde !
C’est ce moment que choisit Madame Eliesse pour faire son entrée en surgissant d’un rideau de perle d’un geste théâtral.
-Oudelaliiii ! Oudelaliii ! Je dévoile l’avenir ! Je jette des charmes ! chantonna-t-elle
Vynoque fut tout à coup subjugué par cette femme d’une rare prestance qui s’assit sur un pouf en face de lui. Blonde, élancée, charismatique. Dame Eliesse avait un charme fou. Elle était habillée d’un pagne mais celui-ci lui seyait à ravir. « Mes Aïeux, il me faut le même! » pensa Vynoque. D’un sac, elle sortit une boule de cristal et la posa sur une petite table.
-ATTENDEZ C’EST QUOI CE CIRQUE ? N’ALLEZ PAS ME CHANTER MUSETTE AVEC VOTRE BOULE DE PÉTANQUE !
-Monsieur Vynoque, pourquoi donc êtes-vous venu me voir si ce n’est pour que je vous dise la bonne aventure ? répondit Madame Eliesse d’une voix douce et charmeuse. Simplement pour malmener mon canapé et mes oreilles ? D’ailleurs vous feriez bien de faire attention à cette oie, elle risquerait de perdre ses petits si vous ne la surveillez pas…
-Perdre ses petits ? grogna Radimir
-Cette oie est grosse Monsieur Vynoque.
-AH NON ! CE DÉPRAVÉ DE PIGEON A MIS ENCEINTE MA BRAVE COMPAGNE, se lamenta le vieil homme.
-Que souhaitez-vous savoir sur votre avenir, l’interrompit la belle femme.
Malgré lui, Radimir était charmé et calmé par le ton doucereux et apaisant de la voyante. « Elle a empoisonné l’air avec du tranquillisant » maugréa t-il intérieurement refusant d’admettre que la jeune personne l’avait envoûtée.
-D’abord comment me connaissez-vous ? Ma renommée ne s’est pas encore étalée plus loin que les Flandres.
-J’ai beaucoup entendu parler de vous. En bons termes bien-sûr.
-Et par qui ?
-Par Severus évidemment.
-MON SNAPE ? Comment va-t-il ? Savez-vous où on le tient prisonnier ? Je vous avertis, je suis son sauveur !
-Le pouvoir maléfique que dégage ses kidnappeurs voile ma vision. Je ne peux lutter contre les forces obscures, Monsieur Vynoque.
-BRRRRR, gémit Radimir. Cette Ange de la Mort est plus coriace que la plus grosses des verrues plantaires !
-Oh, ce n’est pas que l’Ange de la Mort, renchérit doucement Madame Eliesse.
-Oh si, croyez-moi, je l’ai vu de mes yeux.
-Pensez-vous vraiment qu’une créature aussi dénuée d’intelligence serait capable de kidnapper les plus grands sorciers d’Angleterre sans l’aide de personne ? Elle n’agit pas seule, Monsieur Vynoque. Sur ce point, les oracles sont formels. Mais qui est réellement aux commandes, ça je l’ignore.
-Oooooohhh.
Radimir pâlit. Quelqu’un de plus terrible que l’Ange de la Mort était donc derrière tout ça ? Cela n’augurait rien de bon…Madame Eliesse sortit subitement une pile de cartes et les tendit vers lui.
-Désignez-en moi une, s’il vous plaît.
-BABLETTE ! COMMENT VOULEZ VOUS QUE JE FASSE VOTRE CANAPÉ M’A AVALÉ ! Approchez-vous de mon tarin, il est souple, je vous montrerai une carte avec.
-Celle-ci ? Bien. Maintenant, pensez à une question. C’est bon ? Allez-y, dites-moi.
-Quelle taille fait en réalité le poireau de Snape ? demanda Vynoque, d’un air coquin.
-Monsieur Vynoque ! s’exclama Madame Eliesse, la main sur le cœur. Je ne réponds pas à ce genre de question, enfin !
-BRRRRR, ne faites pas la mijaurée !
La voyante ne put s’empêcher d’esquisser un sourire et retourna la carte :
-La carte de la charrette. Mmmm, ça veut dire qu’il est bien équipé pour un long voyage si vous voyez ce que je veux dire, s’amusa Dame Eliesse.
-Ohhhh, Oh ! Je sens que mes dessous en dentelle vont en prendre un coup rien que d’y penser ! frémit Vynoque, soudain tout excité. Merci ma petite dame, vous êtes bien brave !
-Maintenant dites-moi Monsieur Vynoque, comment comptez-vous le retrouver ?
-Ah oui ! Il faut me dire sur le champs où se trouve la femme de l’ostrogoth William MacMolsby, un anglo-saxon de bas étage mais d’une beauté d’Apollon.
-Ah, pour ça il faut que j’utilise mon pendule !
La belle jeune femme s’extirpa de son pouf pour aller chercher un pendule et une grande carte routière de Saint-Pétersbourg qu’elle déplia devant Vynoque. Puis, elle tendit le pendule accroché à une chaîne en argent au-dessus du plan. Instantanément, l’objet se mit à vaciller, puis à faire des rotations. Cela dura de nombreuses secondes. Tout à coups, devant les yeux exorbités de Radimir Vynoque, le pendule se retrouva plaqué sur la carte, attiré comme un aimant, désignant un point précis.
-Je l’ai trouvé, se réjouit Madame Eliesse avec un grand sourire.