Alastor et Pierrick se matérialisèrent dans un square londonien entouré de maisons grises comportant les grilles typiques de l’époque victorienne. L’ex-auror vérifia qu’il n’y avait personne aux alentours et ils s’avancèrent vers la demeure portant le numéro douze.
— Surtout, ne fais aucun bruit dans l’entrée, prévint Alastor avant d’ouvrir la porte.
Pierrick fut plus silencieux qu’un souffle en traversant le vestibule, Dumbledore crut même que son vieil ami revenait seul quand ils entrèrent dans le bureau qu’il occupait. Le professeur adressa un sourire chaleureux au chasseur en se levant, lui tendant la main pour lui souhaiter la bienvenue.
— Pierrick Chaldo, heureux de vous rencontrer, dit le professeur. Je ne vais pas vous mentir, Alastor a très peu parlé de vous, et uniquement depuis que votre corbeau a apporté votre lettre. J’aimerais en apprendre plus sur sa nature d’ailleurs.
— Je crains de ne pouvoir vous apprendre ce que j’ignore, professeur, répondit Pierrick.
— Certes, dommage… Je vous en prie, asseyez-vous. Voulez-vous boire quelque chose ? De l’eau ? Un café ? Un thé ?
— Non merci, peut-être plus tard.
— Bien, vous êtes donc venu pour vous assurer de la véracité de mes dires concernant Voldemort, n’est-ce pas ?
En disant ces mots, Dumbledore observa attentivement Pierrick. Il ne décela aucun effroi dans ses yeux à l’évocation du nom interdit ni aucun tressaillement.
— Le ministre veut être sûr de la vérité avant de se positionner officiellement, confirma Pierrick, et il n’acceptera que des preuves irréfutables.
— Je reconnais bien là ce cher Égérias ! Et comment comptez-vous procéder ?
— J’ai un artefact permettant d’enregistrer trois minutes d’image, il faut que je sois près de Voldemort.
— Je te savais courageux, je ne t’imaginais pas dingue ! s’exclama Alastor. Être près de Tu-Sais-Qui, c’est du suicide ! Sauf pour ses death eaters, et encore…
— C’est ma mission.
— Je suis d’accord avec Alastor, d’autant plus que nous ignorons où il se cache actuellement, continua Dumbledore.
— Je n’ai que quelques jours d’alloués à cette tâche. Donc, si Voldemort est réellement revenu, je vais vous aider à le traquer.
— Vu comme ça… grogna l’ex-auror. Ça nous fait un sacré avantage, Albus, je vous l’ai dit, Pierrick est un des meilleurs dans ce domaine. Il serait idiot de notre part de ne pas profiter de sa présence.
— Le problème n’est pas de trouver Voldemort, mais de survivre à cette confrontation, rappela le professeur.
— J’ai été créé dans ce but, dit Pierrick.
Alastor et Dumbledore regardèrent Pierrick, l’un avec étonnement, l’autre avec réflexion. L’ex-auror fut le premier à sortir de sa torpeur :
— Tu veux dire « formé » dans ce but, mais aucun entraînement ne peut préparer à se battre contre un sorcier de son envergure. Il faut des décennies d’étude, voire plus. Le seul qui puisse rivaliser avec lui, c’est ce cher Albus !
— Vous ne vous êtes pas trompé de mot, n’est-ce pas ? questionna le professeur.
— Non, répondit Pierrick.
— Il l’a donc fait, le professeur Antoine Faros a mis son idée en œuvre, fit Dumbledore pour lui-même. Il y avait des rumeurs dans certains milieux, mais aucune confirmation ni preuve. Je comprends mieux d’où vient votre puissance. J’aimerais savoir comment il a fait.
— Et moi, j’aimerais comprendre de quoi vous parlez, Albus ! s’exclama Alastor.
— Puis-je ? demanda-t-il
— Plusieurs de mes amis connaissent mes origines, ils ne m’ont pas rejeté pour autant, dit le Corbeau. Je sais qu’Alastor est de confiance.
— Durant la guerre contre Voldemort, j’ai reçu la visite du professeur Antoine Faros, alors professeur d’arithmancie et directeur adjoint de l’Académie Beauxbâtons, raconta Dumbledore, il en devint le directeur quelques années plus tard. Il m’a parlé d’une idée qu’il voulait développer pour combattre Voldemort : se doter d’une arme assez puissante pour le terrasser, d’une épée comme il disait.
— Bonne idée, fit Alastor. Et comment comptait-il faire ? Vous vous êtes associés ?
— Il m’a présenté les grandes lignes de son idée, et j’ai refusé.
— Pourquoi ?
— Car ce que proposait le professeur Faros était ni plus ni moins que d’avoir recours à ce que certains appellent la Magie Noire, répondit Pierrick.
— Certains estiment que cette catégorisation entre Magie Blanche et Magie Noire n’a pas lieu d’être, disserta le directeur d’Hogwarts, que c’est surtout la façon d’utiliser la magie qui doit être prise en compte, plus que la nature de celle-ci. C’est un point de vue qui se tient. Mais dans le cas présent, vu le manque de morale et d’éthique du projet du professeur Faros, cela en faisait bien de la Magie Noire.
— Ça ne me dit pas ce qu’était ce projet… grommela Alastor. C’est donc la nature de cette arme qui vous empêchait de vous associer à lui.
— La nature, oui, et les moyens mis en œuvre pour l’obtenir. Je me suis dit qu’une arme obtenue de cette façon ne pouvait qu’être mauvaise et se retourner contre nous un jour. Quand je vois le résultat maintenant, j’avais peut-être tort.
— J’ai pensé à une époque que je n’avais pas le droit d’exister, dit Pierrick, je suis parti, laissant mes proches dans une situation qui aurait pu leur être fatale. Et finalement, je suis revenu, car je suis, je pense, et je prends mes propres décisions. Peu importe comment j’ai été créé, je suis là et j’existe. Mes enfants sont la meilleure preuve de mon humanité.
Dumbledore acquiesça d’un hochement de tête.
— Vous êtes issu de la Magie Noire, mais vous n’en êtes pas un artefact.
— Attendez ! s’écria Alastor. Si je comprends bien – bien que ce ne soit pas très clair – cette arme que voulait créer ce Faros, c’est toi ? Mais comment ?
— Je suis un double de Pierrick Corvus obtenu par des moyens magiques, et renforcé par l’utilisation de rituels, de charmes et de potions alors que j’étais encore dans le ventre de ma mère.
Le visage d’Alastor se figea alors qu’il intégrait l’information.
— Wouah…
— Excuse-moi de ne jamais t’en avoir parlé, dit Pierrick.
— Je comprends que tu n’en parles pas ouvertement, beaucoup se détourneraient de toi s’ils l’apprenaient. Je te connais, Pierrick, je sais quel homme tu es, le reste m’importe peu.
Pierrick lui adressa un regard empli de gratitude. Il n’avait jamais douté d’Alastor, mais l’entendre dire était rassurant.
— Cela étant éclairci… Vous êtes né pour combattre Voldemort, certes, mais vous ne pourrez le vaincre, dit Dumbledore. Ce rôle ne vous est pas échu.
— On ne peut pas le savoir tant que je n’ai pas essayé, fit Pierrick.
— Malheureusement si, on le sait, même si je préférais qu’il en soit autrement…
— Que voulez-vous dire ?
Quelqu’un frappa à la porte et l’ouvrit. Sirius Black entra, dévisageant Pierrick. Le chasseur le reconnut aussitôt comme l’évadé de la prison d’Azkaban, il n’en montra rien.
— Sirius, je vous présente Pierrick Chaldo, se permit Dumbledore. Pierrick, voici…
— Sirius Black, finit le chasseur. Emprisonné en 1981 à perpétuité à Azkaban pour le meurtre de Peter Pettigrew. Le seul à s’en être évadé il y a deux ans.
— Vous connaissez mon dossier, dit Sirius.
— Vous êtes recherché en France également, à la demande du ministère britannique.
— Et vous ne sortez même pas votre baguette !
— Si vous êtes là, je suppose qu’il y a des éléments que nous ne connaissons pas.
— Je te brieferais plus tard, promit Alastor. Que nous vaut cette intrusion, Sirius ?
— Snape est là et demande à vous voir.
— Severus Snape ? demanda Pierrick. L’ancien death eater devenu professeur de potions ?
— Ancien… j’ai des doutes… soupira Sirius.
— Faites-le entrer, Sirius, coupa Dumbledore. Vous avez de la chance, Severus devrait nous en apprendre plus sur Voldemort et ses plans.
Le regard de l’austère professeur au teint cireux s’arrêta sur le visage neutre du chasseur. Alastor sourit intérieurement en les observant, ces deux hommes pouvaient rivaliser en matière d’inexpression faciale.
— Prenez place, Severus, invita le directeur d’Hogwarts.
— Il serait peut-être judicieux d’inviter les personnes non essentielles à sortir, professeur, dit-il.
— Je suis tout autant essentiel que toi, Servilus ! s’écria Sirius, prenant la remarque pour lui.
— L’important, c’est d’y croire.
Sirius lui adressa un geste obscène alors que Snape s’asseyait.
— J’ai des nouvelles importantes à vous transmettre, continua-t-il, en privé.
Alastor poussa un grognement qui devait être sa façon de ricaner, l’air de dire : « compte là-dessus ». Sirius fronça des sourcils sans esquisser un geste.
— Severus, voici Pierrick Chaldo, un chasseur venant de France, présenta Dumbledore.
— Donc, pas de problème, les Français sont connus pour ne pas être doués en langues étrangères.
— Vous devriez faire attention à vos préjugés, professeur Snape, fit Pierrick dans un anglais dénué d’accent français.
— Et puis-je savoir ce qui vous amène de ce côté de la Manche ?
— Il est là pour vérifier si Tu-Sais-Qui est bien de retour, répondit Alastor. C’est pour quoi tes informations sont importantes pour lui.
— J’ai chargé le professeur Snape d’infiltrer l’entourage de Voldemort, expliqua Dumbledore. Nous vous écoutons, Severus.
Le professeur Snape posa un dernier regard supérieur sur Alastor, Sirius et Pierrick avant de porter toute son attention sur le directeur d’Hogwarts. Il avait décidé de faire comme si les autres n’étaient pas là.
— Le Seigneur des Ténèbres compte rester dans l’ombre pour le moment, dit-il. La position de Fudge le concernant lui donne un avantage par le fait que personne – l’Ordre mis à part – ne croit en son retour. Il va agir en toute discrétion.
— Ouais, facile à deviner, grogna Alastor. Il va manipuler ses pantins dans l’ombre sans se mouiller et prendre le pouvoir petit à petit. Il a appris de ses erreurs, en voyant que le conflit ouvert ne lui a apporté que des difficultés jadis.
— Le fait est qu’il sait que l’Ordre le cherche et il va surtout vouloir l’empêcher d’agir. Il m’a donc confié comme mission de profiter de ma position auprès de vous, professeur, pour lui indiquer les mouvements et positions des membres de l’Ordre.
— C’est fâcheux… soupira Dumbledore. Je suppose qu’il ne vous a pas accordé sa confiance pleine et entière – si tant est qu’il puisse l’accorder à quiconque – et que celle-ci est assujettie à l’exécution de cette mission, n’est-ce pas ?
Snape ne répondit que par un hochement discret du chef.
— En attendant, je vais certainement être mis à l’écart, je ne pourrai pas vous fournir de renseignements de valeur.
— Si tu l’as vu, c’est que tu sais où il se trouve, intervint Sirius.
— En effet, mais je ne peux révéler cette information.
— Et pour quelle raison ?
— Réfléchi deux secondes : le Seigneur des Ténèbres est un puissant sorcier, au savoir immense et à l’intelligence rare. Crois-tu que le professeur Dumbledore soit le seul à connaître le Fidelitas ?
— C’est logique, concéda Alastor. Et ses fidèles ? Lesquels l’ont rejoint ?
— La plupart de ceux qui étaient à ses côtés par le passé : Pettigrew, les Malfoy, Crabbe, Goyle, les deux Carrow, Yaxley, Avery, Macnair, Nott, Greyback…
— Voilà qui va réjouir Remus ! fit Sirius avec acrimonie.
— Les MacKenneth.
— Tout le clan ? questionna Alastor.
— Si on les croit, oui, répondit Snape, mais il faut toujours voir au-delà des mots, le nom de Faolan MacKenneth est interdit parmi eux.
— Celui-là… il doit être tranquille sur une plage de sable fin, très loin de son Irlande natale… grogna l’ex-auror. Ça va faire quoi ? Plus de quinze ans qu’on n’en a plus entendu parler ! Enfin, c’est heureux pour nous, vu l’efficacité avec laquelle il savait tuer les ennemis de son maître.
— Je n’ai pas entendu parler de nouveaux membres pour le moment, mais, comme je l’ai dit, je suis un peu mis de côté actuellement.
— Il reste ceux emprisonnés à Azkaban, dit Dumbledore, je suppose que les libérer fait partie des projets de Voldemort.
— Je ne peux vous répondre, professeur, si c’est le cas, ce n’est pas un plan qu’il partagera avec moi pour le moment. Ce serait logique, en effet, qu’il prépare quelque chose les concernant.
— Oui, et Sirius ici présent a prouvé que cette prison usurpait sa réputation en matière d’inviolabilité.
— Vous oubliez Crouch junior, intervint Sirius, il s’est échappé avant moi, même s’il fut aidé par ses parents.
— Tout ça est bien beau, reprit Moody, mais si Snape est mis à l’écart, il ne nous apprendra rien d’utile. Il faut faire en sorte qu’il soit dans les petits papiers de Vous-Savez-Qui, et à moins de lui donner un os à ronger, je ne vois pas comment. Sacrifier un des nôtres serait inacceptable.
— Nous trouverons une idée, mais la nuit est déjà bien avancée et sans repos, nous n’en sortirons aucune de réalisable, décréta Dumbledore. Je propose que l’on en reste là pour le moment, nous en rediscuterons à tête reposée. Sirius, pouvez-vous indiquer à Chaldo où il peut s’installer ?