Le Corbeau. Saison 2

Chapitre 9 : IX Deuxième jour

Par snakeBZH

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Chapitre IX : Deuxième jour


Jonas Marus savait que cette deuxième journée de test était la plus cruciale. C’était là qu’ils se rendraient compte de la capacité des candidats à intégrer la section spéciale. Si la première journée permettait d’évaluer leurs capacités physiques et leurs connaissances générales, celle-ci avait pour but de tester leur intelligence de situation, leur capacité d’adaptation et leur résistance au stress opérationnel.

Le niveau des épreuves était élevé, il avait déjà vu des sessions où tous les candidats étaient éliminés durant cette journée.

Lorsqu’il arriva au gymnase, les candidats et les instructeurs étaient déjà présents. Seuls manquaient ses deux homologues et la directrice.

Les candidats étaient en tenue « civile », la consigne étant d’être au plus proche des conditions du réel. Or, les agents de la section S travaillaient le plus souvent en tenue normale. La tenue de combat était réservée aux interventions accompagnées des hommes de la section AI.

De plus, ils n’avaient pas le droit de s’échauffer, encore une fois, pour calquer ce test aux situations qu’ils seraient à même de rencontrer dans leurs investigations. D’ailleurs, l’épreuve du jour pouvait aussi bien être une opération d’intervention, l’analyse d’indice sur une scène de crime, un interrogatoire ou tout autre.

Si certains des candidats discutaient entre eux, d’autres préféraient s’isoler. Chacun sa façon de se préparer à ce qui allait suivre. Jonas remarqua que Mérida préférait tranquillement discuter, esquissant même quelques sourires.

Suzanne Janis arriva, devisant avec les deux autres chefs de section.

— J’ai raté une réunion ? demanda Jonas Marus sur le ton de la plaisanterie.

— Non, t’inquiètes, on s’est juste retrouvé tous en même temps dans le couloir, rassura Albert Chergnieux. On parlait du comportement de l’émissaire britannique, cette Umbridge…

La veille au soir, après la fin de la première journée de tests, Suzanne Janis avait réuni ses chefs de section pour les informer de la situation. Ils avaient été effarés par le comportement arrogant de Dolores Umbridge.

— Nous attendons les suites de cette entrevue, dit Suzanne. D’après notre représentant à Londres, à qui le ministre a demandé d’être vigilant concernant les futures manœuvres politiques nous concernant, Fudge a convoqué une assemblée exceptionnelle pour aujourd’hui aussitôt Umbridge rentrée. À surveiller, mais ça concerne surtout les sphères politiques et diplomatiques, ce n’est pas notre travail. Et aujourd’hui, nous avons autre chose à faire. On commence ?

Jonas Marus se retourna vers les instructeurs et leur fit signe de réunir les candidats. Aussitôt qu’ils furent alignés devant eux, il s’adressa à eux :

— Deuxième jour des épreuves. Vous le savez, ce sont les mises en situation pratiques. Vous passerez un par un, une fois ce matin et une fois cet après-midi, si tout va bien. Ces épreuves sont chronométrées, vous aurez une demi-heure maximum pour chacun de vos passages. Sachez que vous pouvez être éliminé dès ce matin. Nous allons procéder dans un premier temps au tirage au sort de l’ordre de passage pour ce matin.

Chaque candidat tira un numéro en plongeant la main dans un sac. Mérida se vit attribuer le quatrième passage. Regardant rapidement la liste, Jonas vit qu’elle ferait un interrogatoire. Cela s’annonçait dur pour elle, c’était la pire épreuve pour quelqu’un issue de la section AI, ceux-ci n’étant pas formés à ce genre de chose.

Les candidats furent priés d’aller attendre dans une pièce attenante. Les juges se mirent en place, et ils firent entrer le premier.

La salle d’attente était insonorisée, ils n’avaient aucune indication du type d’épreuve qui était en train d’être passé. Mérida s’en moquait, elle savait que connaître les épreuves de ses prédécesseurs ne permettrait pas d’en déduire la sienne.

Tour à tour, ils passèrent la porte donnant sur le gymnase sans que celui ayant fini ne revienne parmi eux. Ils étaient certainement mis en attente dans une autre pièce.

Finalement, ce fut à elle d’entrer dans le gymnase. Elle avait l’impression d’entrer dans la fosse aux lions. Elle était consciente que les épreuves de la veille, aussi importantes soient-elles, n’étaient là que pour effectuer un premier écrémage. La véritable sélection pour intégrer la mythique section spéciale des Chasseurs était aujourd’hui.

Elle savait que les juges prendraient en compte son inexpérience et son manque de formation dans certains domaines. Elle avait le droit à l’erreur, mais, en son for intérieur, elle ne s’en autorisait pas une seule.

Sergius Yechowsky lui expliqua la situation à laquelle elle serait confrontée :

— Tu viens d’arrêter ce suspect dans une opération conjointe avec la section AI.

L’instructeur en chef de la section S désignait le chasseur attablé non loin, attaché comme après une vraie arrestation.

— Son arrestation fut assez calme, continua Yechowsky. Il est suspecté de plusieurs meurtres sur des moldus, dont deux enfants. Sur les lieux des crimes, la Marque des Ténèbres avait été lancée.

Mérida réprima un frisson. La Marque des Ténèbres fut le symbole de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom et de ses crimes. Ce n’était qu’une situation fictive, malgré tout, cette réaction était ancrée en elle, comme une peur primitive.

— Il fut le seul à être formellement identifié par les témoins, les voisins des moldus assassinés, des sorciers. Ses complices sont toujours en fuite. Outre ses aveux, ce sont ses complices qu’il nous faut. Je rappelle que l’utilisation du véritasérum est illégale et que le suspect le sait. De plus, les informations récoltées à l’aide de la légilimancie sont souvent rejetées par les juges. Tu seras épaulée par un agent de l’IRIA, mais c’est à toi de mener l’interrogatoire.

Un homme roux aux lunettes rectangulaires se trouvait non loin, potassant un dossier. Elle l’avait déjà croisé à quelques occasions et le reconnut, il s’agissait de Franck Vinol, un chasseur de l’IRIA réputé.

— Tu as dix minutes pour étudier le dossier, finit Yechowsky avant de s’éloigner.

Mérida s’approcha de Franck qui lui tendit une copie du dossier.

— Tu es de la section AI, tu n’as donc jamais fait d’interrogatoire, n’est-ce pas ? demanda-t-il.

— Non, monsieur, en effet, répondit-elle.

— Ça va bien se passer. La première règle est de ne jamais se laisser gagner par ses émotions, même si, dans certains cas, ça peut aider de le faire croire au suspect. Nous avons affaire à un profil assez classique : sorcier né-moldu ayant été rejeté par sa famille lorsque sa nature fut révélée. C’est malheureusement assez fréquent. Il s’est trouvé une nouvelle « famille » à Beauxbâtons, des sorciers issus de certaines familles sang-purs prônant l’hégémonie des Sorciers sur tous. Il s’est vite retrouvé à faire les basses besognes pour eux. Nous soupçonnons qu’il a tué sur ordre, nous devons découvrir de qui.

Mérida étudia le dossier rapidement, se demandant si les instructeurs avaient créé cette affaire de toutes pièces ou en avaient copié une existante. Dans les deux cas, c’était particulièrement sinistre.

Ils entrèrent dans la salle d’interrogatoire qui avait été monté dans le gymnase. Elle était à l’identique des salles qui dotaient la section IRIA. Malgré les quatre murs, Mérida savait qu’elle était observée par les instructeurs et les chefs du département.

Elle reconnut le « suspect », c’était un membre de la section S qu’elle avait déjà croisé, sans connaître son nom. Il les toisait d’un regard noir, visiblement dans son rôle.

— Nous allons passer les présentations d’usage, dit Franck, je t’en prie, à toi l’honneur.

Mérida s’assit devant le « suspect » et feuilleta le dossier quelques instants, comme pour se donner de la contenance.

— Vous êtes suspecté d’avoir assassiné cinq personnes, dont deux enfants, commença Mérida.

— Des moldus sans importance, nous devrions avoir le droit de vie et de mort sur eux, fit-il.

— Vous avez été formellement identifié par plusieurs témoins, continua-t-elle.

— Des sorciers ou des moldus ?

— Quelle importance ?

— Si ce sont des sorciers, ces sales traîtres le paieront.

— Nous sommes conscients que vous avez été incité à attaquer ces personnes en particulier. Ce que nous voulons savoir, c’est par qui et pourquoi. Si vous parlez, le juge en tiendra compte et allégera votre peine.

— Et qu’est-ce que je risque au juste ? questionna-t-il.

— Au mieux, la prison à perpétuité, au pire, le baiser du détraqueur, annonça-t-elle sentencieusement.

— Vous vous moquez de moi ! Pour quelques vies de moldus sans intérêt, je perdrais mon âme !

— La Justice Magique ne fait pas de distinction entre Moldus et Sorciers dans les cas d’agression, en particulier si celle-ci a entraîné la mort. Mais comme je vous l’ai dit, le juge peut prendre en compte des circonstances atténuantes, comme le fait que ce crime ait été commandité, si vous nous dîtes par qui.

— Vous croyez vraiment que je vais trahir les miens ? J’ai reçu une mission et l’ai rempli. Ils ne me laisseront pas moisir à Fortran ou perdre mon âme, je le sais.

— Pour le moment, personne ne s’est manifesté pour vous venir en aide. Si ça ne tenait qu’à moi, vous auriez déjà reçu le baiser du détraqueur. Vous avez tué des innocents, dont deux enfants.

Elle déposa les photos des corps sans vie des enfants sur la table, face au « suspect ».

— Qu’avaient-ils fait pour mériter la mort ?

Il garda le silence, regardant les photos sans ciller.

— Imaginez, ils auraient pu être de votre famille… souffla-t-elle.

— Vous êtes née-moldue, n’est-ce pas ?

— Ce n’est pas moi qui suis interrogée.

— Vous êtes une sang-de-bourbe, j’ai raison ?

— Ma mère est sorcière. Qui vous a demandé de tuer ces gens ?

— Et votre père ? Qui était-il ? Votre mère s’est fait engrosser par un sale moldu je suis sûr.

Mérida sentit la colère la gagner. Elle serra les poings sous la table, ses yeux rivés sur le dossier dont elle ne déchiffrait plus les lignes. Elle savait qu’elle devait rester calme, ce n’était qu’une simulation, elle devait garder ça à l’esprit.

Franck, sentant le trouble de la jeune femme, allait intervenir quand elle se remit à parler :

— Vous pensez que notre nature de sorcier nous donne des droits sur les Moldus et d’autant plus pour ceux de sang-pur, n’est-ce pas ? Les purs sorciers ne doivent pas être inquiétés par cette chose triviale qu’on appelle « la Loi ». Alors pourquoi est-ce vous qui avez dû vous salir les mains ? Qui mérite que vous payiez de votre âme ?

— Ceux qui, un jour, seront les maîtres et mettront au pas les Moldus, les traîtres à leur sang et les sangs-de-bourbe.

— C’est bon, interrompit Franck, je pense qu’on peut s’arrêter là. Vu l’affaire et le chemin que prend l’interrogatoire, il faudrait des jours pour faire parler le suspect.

Les murs de la salle disparurent, fondant littéralement dans le sol. Les chefs de section et la directrice, ainsi que les instructeurs, étaient assis derrière des tables et prenaient des notes. Mérida ne savait pas comment réagir, elle se sentait frustrée, elle avait l’impression d’avoir totalement raté le test.

Le chasseur de la section S qui avait joué le rôle du suspect se leva et lui sourit d’un air un peu contrit. Toute la tension disparut, n’effaçant pas le trouble de la jeune femme.

— C’est bon, Mérida, tu peux te retirer, dit Jonas en lui désignant une porte.

Elle regarda autour d’elle encore un peu, Franck hocha la tête comme pour lui confirmer que cette épreuve était bien terminée. L’esprit encore embrumé, elle quitta le gymnase.

Franck et le « suspect » s’approchèrent de la table des juges.

— Quelles sont tes impressions à chaud, Franck ? demanda Jonas.

— On a bien vu qu’elle n’est pas à l’aise dans ce genre d’exercice, comme on pouvait s’y attendre, vu qu’elle n’a reçu aucune instruction sur le sujet, répondit-il. Et on a pu constater qu’elle a failli perdre son calme quand Kévin l’a attaqué au sujet de son père.

— Je ne pensais pas que ça l’affecterait autant… dit le chasseur de la section S.

— Malgré tout, je pense qu’elle prenait un bon chemin pour obtenir le résultat escompté, continua Franck. Un peu tortueux, peut-être…

— Donc, tu penses qu’avec des instructions et de l’entraînement, elle peut y arriver ? questionna Jonas.

— Je pense que oui, elle est intelligente et a réussi à garder le contrôle sur elle-même. Ce ne sera peut-être pas sa spécialité première, mais c’est pour ça que nous sommes là, la section IRIA, pour épauler les dragons noirs.

— Sergius, ton avis ? demanda Suzanne Janis.

— Je suis d’accord avec Franck, elle manque de cours sur le sujet et d’entraînement pour lui apprendre à contrôler ses émotions, répondit l’instructeur en chef. Pour moi, ça ne la disqualifie pas. Je préfère attendre de voir ce qu’elle fera à la seconde mise en situation.

— Bien, si tout le monde est d’accord avec ça, ne perdons pas plus de temps et passons au candidat suivant, décréta la directrice. Merci, Franck, nous n’aurons plus besoin de vous avant cet après-midi.


Dans la pièce attenante, Mérida se rongeait les sangs, sûre qu’à la fin de la matinée, les juges lui annonceraient qu’elle avait échoué. Elle vit arriver l’un après l’autre les autres candidats. Aucun ne parlait, tous étaient perdus dans leurs réflexions, pensant à leur performance, la refaisant sans cesse de diverses façons.

Enfin, le dernier les rejoignit. Après quelques minutes de plus, ils furent rappelés dans le gymnase, s’alignant devant les juges en attendant leur verdict. Ce fut une nouvelle fois Jonas Marus qui prit la parole :

— Sans plus de cérémonie, nous allons annoncer les noms de ceux qui, malheureusement, nous quittent après cette première mise en situation. Mais avant, je veux préciser qu’aucun de vous n’a été ridicule, et je vous rappelle que cela ne vous ferme pas la porte de la section S définitivement. Nous vous dirons ce qui n’allait pas, de sorte que vous puissiez vous préparer si vous souhaitez retenter ces tests à une prochaine session.

Deux candidats furent nommés, ils n’étaient donc plus que cinq en lice. Mérida soupira de soulagement, elle continuerait au moins cet après-midi.

— Que ceux que je viens de nommer s’avancent pour leurs débriefings, continua Jonas, les autres, vous pouvez vous retirer et allez manger. Soyez de retour ici à quatorze heures.

La pause déjeuner passa vite. Mérida sentit à peine le goût de ce qu’elle ingurgita, elle se repassa un moment son épreuve du matin dans sa tête avant de se décider de l’oublier pour le moment et de se concentrer sur celle de l’après-midi.

Le tirage au sort se passa de manière identique que celui du matin. Mérida tira le numéro deux, et retourna dans la salle d’attente. Son tour vint enfin. Au centre du gymnase, une zone était isolée par des parois, uniquement accessible par une porte.

Une fois encore, ce fut Sergius Yechowsky qui la briefa sur ce qu’elle devait faire :

— Tu vas pénétrer sur une potentielle scène de crime. Un hibou anonyme a signalé un meurtre directement à nos services, arguant qu’il est lié au milieu de la Magie Noire. Tu es venue en première pour évaluer la situation et vérifier si ce n’est pas un canular. Tu dois effectuer une analyse préliminaire de la scène. Si tu le juges nécessaire, tu pourras appeler la section IRIA, pour qu’ils effectuent une analyse complète de la scène. Il est possible que le coupable soit toujours sur place, donc sois prudente. Condition de test oblige : le sortilège de révélation humaine ne pourra être utilisé, tu nous détecterais sans savoir s’il y a quelqu’un d’autre.

Mérida s’approcha de l’entrée, baguette à la main. La « maison » appartenait à un sorcier, si l’on en croyait le paillasson sur lequel était écrit : Même après avoir transplané, on s’essuie les pieds.

Suspicieuse, elle contrôla la porte comme elle avait appris à le faire au sein de la section AI. Elle ne repéra aucun piège, qu’il soit magique ou non.

La porte n’était pas verrouillée, elle pénétra dans un vestibule simple, comportant ce qui devait être un placard sur sa gauche et des crochets pour suspendre les manteaux au mur sur sa droite. Une porte au fond donnait sur le reste de la maison.

Pour le moment, rien ne lui sembla suspect. Elle inspecta le placard, celui-ci ne contenant que des manteaux, des parapluies et des chaussures proprement rangés. Apparemment, deux personnes vivaient sous ce toit.

Avec toujours autant de prudence, Mérida ouvrit la porte donnant sur le séjour. C’était un intérieur des plus classiques, composé d’une table ronde assez grande pour quatre convives, de quelques fauteuils dans un coin près de la cheminée, d’une armoire d’un style vieillot et d’une bibliothèque. La pièce disposait d’une porte à gauche et de deux à droite.

Sur la table était posée une baguette magique. Mérida savait que la plupart des sorciers rechignaient à s’éloigner de leur artefact, la gardant en permanence sur eux ou près d’eux, ne quittant pas une pièce sans lui. Il était donc étrange de trouver cet objet ainsi abandonné.

À part cet élément, rien d’autre n’éveilla son attention. Le ménage avait été visiblement fait récemment, quelques traces du passage récent d’une serpillière demeuraient.

La jeune femme continua par la cuisine, elle aussi agencée de manière habituelle et tout semblait à sa place attribuée, mis à part un couteau qui manquait dans le présentoir posé sur le plan de travail. Elle le retrouva dans l’évier, perlant d’eau et de mousse, une éponge savonneuse reposant près de lui.

Elle aurait pu laisser de côté ce détail et passer à la suite de son inspection, mais la couleur trop foncée de l’éponge l’interpella. Elle fit léviter le couteau à la hauteur de ses yeux et le fit pivoter : l’autre face comportait des traces de sang encore fraîches. Mérida en déduit que quelqu’un avait été interrompu durant le nettoyage de ce couteau. Était-ce du sang animal ou humain ?

Rien d’autre ne lui sembla intéressant dans cette pièce. Elle traversa le séjour et se dirigea vers les deux dernières portes. La première qu’elle ouvrit se révéla être la chambre. Celle-ci était proprement rangée. Le style général conforta Mérida dans l’impression qu’elle avait eue en entrant dans la maison : un couple habitait ici.

Elle ouvrit la dernière porte, donnant sur la salle de bain. La fenêtre était grande ouverte. Elle était propre, trop propre. Ce qui intrigua la jeune femme fut que cela contrastait avec le lavabo : les divers flacons de savon, les brosses à dents et autres produits de beauté se trouvaient en vrac dans la vasque, comme s’ils avaient été jetés là à la va-vite en attendant d’être rangés.

Mérida s’approcha de la baignoire dont le rideau était déployé. Elle l’ouvrit et découvrit le cadavre sanguinolent d’une femme. Elle resta un instant figée par cette scène. Elle avait déjà vu des corps, mais pas aussi meurtri. Elle se reprit rapidement et se força à l’observer. Apparemment, elle avait reçu une multitude de coups de couteau.

Elle finit l’inspection en contrôlant que personne ne se cachât dans une armoire ou ailleurs, mais l’assassin avait pris la fuite. Elle mima le mouvement par lequel elle enverrait un Patronus pour appeler une équipe d’analystes.

Aussitôt, Sergius Yechowsky entra, lui signifiant que le test était presque terminé. Elle le suivit hors de la « maison » et lui intima l’ordre de se mettre face au jury.

— Mademoiselle Denier, faites-nous part de vos conclusions préliminaires, ordonna Jonas Marus.

— La porte d’entrée n’était pas verrouillée et je n’ai décelé aucune trace d’effraction physique, j’en déduis que soit la victime connaissait son assassin, soit celui-ci s’est servi du sortilège Alohomora, une première chose que les chasseurs de l’IRIA devront découvrir. L’arme du crime est sûrement le couteau de cuisine que j’ai trouvé dans l’évier et sur lequel il restait encore du sang. Visiblement, le tueur devait être en train de le nettoyer, mais n’a pas pu finir. Nous trouverons peut-être des empreintes dessus. Il y avait des traces de ménages récentes, je pense qu’il y avait des gouttes de sang que le tueur a fait disparaître. Et pour finir avec les constatations : la fenêtre de la salle de bain était ouverte et des flacons et autres objets étaient dans le lavabo.

— Et donc ?

— J’en conclus que la victime connaissait son assassin, elle ne s’est pas méfiée et l’a fait entrer, voire il est entré seul. Elle devait très bien le connaître, car elle a même laissé sa baguette dans le séjour. Celui-ci a trouvé dans la cuisine l’arme pour commettre son forfait. Il s’en est saisi et est venu dans la salle de bain où il a agressé cette femme. Elle s’est débattue, provoquant la chute des flacons dans et autour du lavabo. Elle est finalement morte sous les coups de son agresseur qui l’a mise dans la baignoire. Il s’est certainement nettoyé dans un premier temps et a ensuite voulu faire de même avec la scène de crime, mettant à la va-vite les flacons dans le lavabo, ramenant le couteau à la cuisine. Il a dû laisser des traces de sang entre la salle de bain et la cuisine et a voulu les faire disparaître d’un coup de serpillière. Puis il s’est attaqué au couteau, mais n’a pas pu finir.

— Est-ce tout ? questionna Luc Fabre.

— Il faudra attendre les résultats des investigations des chasseurs de la section IRIA pour préciser ce scénario. Mais j’ai une intime conviction, disons, une déduction personnelle.

— Faites-nous-en part, pria Suzanne Janis.

— Oui, madame, obéit Mérida. Je ne pense pas que ce meurtre soit lié à la Magie Noire ou un de ses adeptes. Je pense que nous avons là une affaire des plus classiques. Déjà, je pense que le tueur n’est pas un sorcier.

— Un moldu ! s’exclama Albert Chergnieux. Qu’est-ce qui te fait penser ça ?

— L’arme utilisée dans un premier temps : le couteau. Un sorcier, et plus particulièrement un mage noir, se serait servi d’un sort tel que le maléfice de la mort, ne serait-ce que par fierté d’être sorcier. Il aurait fait de même pour le ménage de la scène et de l’arme. Et pour finir, il se serait enfui en transplanant, pas en passant par la fenêtre quand je suis arrivé comme le laisse penser le fait que celle de la salle de bain était ouverte. La victime était-elle en couple avec un moldu ? Si c’est le cas, je pencherai pour un crime passionnel.

Jonas Marus ne put s’empêcher d’esquisser un sourire appréciateur quand il l’invita à sortir en attendant la fin des tests.

— Elle a une intelligence fine ! fit Luc Fabre, connaisseur.

— Je dois avouer que je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit si proche de la vérité, acquiesça Albert Chergnieux. Il est vrai qu’elle a toujours démontré une grande capacité à analyser les situations dans l’action, mais ce n’est pas la même chose.

— Bon, je crois qu’il est inutile d’en parler plus longtemps, coupa Suzanne Janis. Nous aurons le temps de délibérer sur son cas demain. Elle a réussi cette épreuve. Quelqu’un a-t-il un avis contraire ?

Seul le silence répondit à la directrice qui demanda à faire entrer le candidat suivant.

Mérida était beaucoup plus satisfaite de sa dernière prestation que de celle du matin. Le sourire que lui avait adressé Jonas lui avait confirmé qu’elle avait passé ce test. Sauf problème, elle devrait donc se présenter à l’entretien final le lendemain.

Le rassemblement qui eut lieu après que le dernier candidat fut passé lui confirma ses impressions. Il n’était maintenant plus que quatre.

— Rendez-vous demain à huit heures devant la salle d’Honneur, indiqua Jonas. Vous passerez les entretiens individuels. Bonne soirée à vous tous.




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