Severus Snape revint au domaine des MacKenneth. Comme d’habitude, il fut accueilli avec des regards suspicieux, les murmures des death eaters le suivirent dans les couloirs alors qu’il se rendait dans la pièce où trônait Lord Voldemort.
Un membre du clan MacKenneth, à peine majeur, vraisemblablement nommé héraut, le précéda et annonça sa présence au Seigneur des Ténèbres. D’un geste, Voldemort l’invita à entrer. Lucius Malfoy, son épouse et Bellatrix Lestrange étaient présents.
— Severus, que me vaut cette visite ? questionna Voldemort. As-tu des informations concernant l’Ordre du Phénix à me transmettre ?
— Je crains que non, maître, répondit Snape.
— Alors comment oses-tu te présenter devant notre maître ? s’emporta Bellatrix. Crois-tu qu’il ait du temps à perdre en conversation ?
— Je pense que notre maître sait que je ne me permettrai pas de venir si ce n’était pas pour une raison de grande importance.
— Ton maître t’écoute, Severus, siffla Voldemort.
— Tout comme je suis bien conscient que certains ici doutent de moi, commença-t-il en appuyant son regard sur Bellatrix, il en est de même au sein de l’Ordre du Phénix. Or, un de ceux-là devient passablement gênant pour la bonne marche de la mission dont vous m’avez chargé, maître. Je ne pourrais la mener à bien tant que je l’aurais après moi.
— Et de qui s’agit-il ?
— Alastor Moody.
— Ce vieux boiteux de MadEye ! s’exclama Lucius. C’est vrai qu’il peut se montrer passablement irritant. Le chien d’attaque de Dumbledore.
— Et que proposes-tu, Severus ? fit Voldemort.
— Il serait judicieux de le faire disparaître, maître, répondit le professeur de potions. Mais pour ce faire, il faudra se montrer particulièrement discret, que personne ne retrouve son corps, et surtout, qu’aucun autre membre de l’Ordre ne fasse le rapprochement avec moi. Pour ce dernier point, connaissant Moody, ça sera facile. Je peux l’attirer dans un endroit isolé sous une raison fallacieuse, il n’est pas du genre à faire son rapport au professeur Dumbledore sans avoir vérifié une information. Il viendra.
— Et tu veux qu’on lui tombe dessus à plusieurs ? interrogea Lucius. Même s’il n’a plus ses réflexes d’antan, Moody reste l’auror le plus décoré du siècle ! On aura du mal à le tuer sans y laisser plusieurs des nôtres sur le carreau, et encore moins en toute discrétion.
— J’ai cru comprendre que nous avions un spécialiste de la discrétion dans nos rangs, lâcha Snape en soutenant le regard de Voldemort.
— Si tu parles de Faolan MacKenneth, il serait bon de te souvenir qu’il nous a trahis, rappela Bellatrix.
— Je ne parle pas de lui.
— Sortez tous, ordonna Voldemort. Laissez-moi avec Severus.
— Maître… minauda Bellatrix.
— Immédiatement ! gronda-t-il.
La tête basse, le couple Malfoy et Bellatrix sortirent, refermant la porte derrière eux. Voldemort se servit un verre du vin posé sur le guéridon près de son trône et porta le calice à ses lèvres avant de s’adresser de nouveau au maître des potions.
— Tu connais donc l’existence du Traqueur, Severus, dit-il.
— J’ai entendu les rumeurs durant la guerre, maître, et j’ai appris que vous aviez écrit dans l’est il y a quelques semaines, se justifia Snape. Je n’en sais pas plus. À votre place, si j’avais un tel atout disponible, je l’aurais fait venir auprès de moi pour m’en servir à loisir.
— Et pourquoi n’en aurais-je pas fait part à mes fidèles si c’était le cas ?
— Bien des années ont passé, maître, certains de vos fidèles sont revenus, d’autres non. Mais surtout, tous ont dû se faire une nouvelle vie. Et si certains s’étaient retournés contre vous ? Vous savez que le danger peut venir de l’extérieur comme de l’intérieur. Un sorcier comme ce Traqueur peut s’avérer un outil précieux.
— C’est pour ça que je t’ai toujours apprécié, Severus, tu n’es pas un simple suiveur décérébré, tu réfléchis. Alors, dis-moi, que proposes-tu ?
— Exactement ce que je vous ai dit, maître : attirer Moody dans un endroit isolé et le faire disparaître.
— Et où comptes-tu attirer ce vieux paranoïaque ?
— J’ai pensé au cimetière de Fulham, la nuit, les seuls moldus qui osent s’y aventurer sont souvent drogués jusqu’aux yeux, personne ne croira leur témoignage. Et les habitations sorcières les plus proches sont loin. Je peux aisément y organiser une rencontre dès cette nuit. Le reste, je laisse ça à votre homme.
Voldemort réfléchit quelques instants. Se débarrasser de Moody serait une bonne chose pour ses projets. Severus ne paraissait pas avoir deviné que le Traqueur le suivait depuis plusieurs jours, rien ne l’empêcherait de poursuivre sa mission ensuite.
— Fais-le, qu’on n’entende plus jamais parler d’Alastor Moody, ordonna Voldemort.
— Il sera fait selon vos désirs, maître, s’inclina Snape avant de sortir.
Quand la porte se referma, Kont Vadász apparut, comme s’extirpant de l’ombre d’un coin.
— Rien ne change concernant mes ordres envers Severus, dit le Seigneur des Ténèbres. Après t’être occupé de Moody, tu redeviens son ombre.
Sans démontrer aucune émotion ni faire un geste d’assentiment, le Traqueur disparut de nouveau.
Le cimetière de Fulham, malgré sa proximité avec Londres, ne différait pas des autres cimetières la nuit. L’ambiance y était lugubre, et mis à part quelques jeunes gens assoiffés de frissons, peu s’y promenaient après le coucher du soleil.
L’homme qui claudiquait dans une des allées ne frissonnait pas. Il était habitué à ce genre d’endroit depuis des décennies, à tel point que c’était en pleine lumière qu’il ne se sentait pas à l’aise.
Son œil bleu tournant en tous sens, Alastor Moody s’adossa à un arbre. Il devait jouer son propre rôle, aller au lieu de rendez-vous comme il le ferait en temps normal. Facile, et pourtant, il avait l’impression de soit trop en faire, soit pas assez. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’il jouait les appâts. Malgré tout, il n’aimait pas être la proie, il préférait le rôle du pisteur.
Son œil magique s’arrêta sur un oiseau noir et silencieux, perché parmi les branches d’un arbre, se confondant avec son environnement. Même avec son œil, Alastor eut du mal à le distinguer.
Le rendez-vous avait lieu près d’un caveau isolé. Alastor y arriva le premier, surprenant deux jeunes moldus sirotant une bouteille de mauvais whisky et fumant de la marijuana.
— Casse-toi le vieux ! Va te trouver une autre tombe où te bourrer la gueule !
— Et si vous alliez faire un câlin à vos doudous, grogna Alastor.
Les jeunes se redressèrent d’un coup, se précipitant sur l’ancien auror dont ils ne voyaient jusque-là que la silhouette. Son visage couvert de cicatrices, son œil d’un bleu électrique et son rictus patibulaire les arrêtèrent immédiatement. Ils chancelèrent sous la surprise et balbutièrent quelque chose du genre :
— All right mec, on te laisse la place.
Sans demander leur reste, abandonnant même leur bouteille au trois quarts vide, ils disparurent précipitamment.
Alastor se saisit de la bouteille et la regarda d’un air dégoûté.
— Je ne m’en servirais même pas comme désherbant…
— Vous tombez dans la bouteille, Moody ? fit Snape, approchant. Je pensais que vous ne tourniez qu’au thé.
— Ça m’arrive de me prendre un scotch, mais j’ai assez de respect pour moi-même pour ne pas boire cette pisse frelatée, répliqua MadEye en jetant la bouteille dans un taillis. Tu voulais me voir, Snape ? Je me demande ce que tu as à me dire que tu ne voulais pas que les autres sachent.
— Le Seigneur des Ténèbres s’impatiente. Il veut que des membres de l’Ordre soient éliminés, mais sans que cela n’éveille les soupçons du ministère.
— J’ai cru que rester sous forme vaporeuse durant ces dernières années lui aurait appris la patience, mais à ce que je vois, il n’a pas vraiment changé sur ce point. La précipitation, c’est déjà ce qui lui a valu ces treize ans d’absence. Et donc ?
— Donc… ça commence cette nuit.
Snape sortit sa baguette et la tendit sur Moody, lui lançant un sort. L’ex-auror se protégea derrière un bouclier. Il contre-attaqua sans attendre avec un Repulso. Le maître des potions fit un vol plané sur plusieurs mètres et parvint à se réceptionner sur ses pieds.
— J’avais dit à Dumbledore qu’on ne pouvait pas te faire confiance, grogna Moody.
— Chacun suit la voie qu’il juge la meilleure pour soi, la mienne est de suivre le Seigneur des Ténèbres sur celle du pouvoir, répliqua Snape.
— Et tu penses parvenir à me tuer ! Tu es loin d’être à mon niveau.
— J’en suis conscient, c’est pourquoi je ne suis pas venu seul.
Surgissant de l’ombre, un fouet vint s’entourer autour du cou de Moody et le tira violemment en arrière. L’ex-auror se retrouva au sol, essayant de se dépêtrer de la lanière de cuir qui lui enserrait la gorge. Il vit la silhouette encapuchonnée du Traqueur se pencher sur lui et devina les cicatrices blanchâtres qui couvraient son visage impassible.
Moody voulut se défendre en pointant sa baguette sur lui, mais le Traqueur saisit le poignet au vol et le désarma en lui appliquant une clé douloureuse. Il sortit sa propre baguette et pétrifia l’ex-auror.
Il libéra Alastor de l’emprise de son fouet et l’enroula lentement avant de l’accrocher à sa ceinture, marchant autour du corps immobilisé sans le lâcher du regard. L’œil bleu du vieux combattant fixait ce tueur silencieux.
— Il est fort ce bougre, pensa Alastor, je n’ai même pas réussi à le repérer avec mon œil.
— Voici le Traqueur, dit Snape. Cette information ne vous servira à rien, car vous allez mourir. N’oubliez pas les ordres de notre maître : personne ne doit retrouver son corps, rappela-t-il au Traqueur.
La baguette allait s’abattre sur Alastor quand un froissement d’ailes se fit entendre. Le Traqueur releva son visage et devina la silhouette noire d’un corbeau plongeant sur lui. Au dernier moment, l’oiseau se muta en un homme au regard sombre dont le pied vint lui percuter la mâchoire.
Le Traqueur recula sous la frappe sans quitter le nouveau venu des yeux. Pierrick désenvoûta Alastor sans se détourner de l’ennemi, celui-ci se releva immédiatement, récupérant sa baguette au passage.
— J’ai cru que j’allais y passer cette fois, grogna Alastor. Où est passé Snape ?
— Il s’est enfui, répondit Pierrick. Nous nous occuperons de lui plus tard.
— Ouais… Capturons celui-là déjà, il a sûrement des infos intéressantes.
— Il ne nous les donnera pas, sauf de force.
— Je n’imaginais pas ça autrement, finit Alastor.
Il attaqua sans attendre d’un sortilège de stupéfixion que le Traqueur esquiva sans problème. Il ne put faire de même avec le maléfice de ligotage lancé par Pierrick. Le Traqueur se laissa choir lourdement sur le sol, toisant les deux hommes qui s’avancèrent vers lui d’un air mauvais.
— Finalement, ce ne fut pas si difficile, apprécia Alastor. Malheureusement, il ne pourra pas nous dire où se trouve Voldemort à cause du Fidelitas.
— Il y a d’autres moyens d’obtenir cette information, dit Pierrick. Ça peut être douloureux ou très douloureux, à toi de choisir, ajouta-t-il à l’attention de Vadász.
Ils attendirent la réponse du Traqueur, ne sachant pas qu’il était muet.
— Tu as perdu ta langue ou tu ne parles pas la nôtre ? grogna l’ex-auror.
— Peu importe, je n’ai pas besoin qu’il parle.
Ils savaient que Kont Vadász était réputé muet, mais ils devaient jouer ce rôle au cas où il s’enfuirait, pour ne pas laisser entendre qu’ils avaient une source d’information assez fiable.
Pierrick pointa sa baguette sur la tête du Traqueur, mais au moment de lancer son sort, celui-ci se releva d’un coup, frappant la jambe de bois d’Alastor d’un coup de poignard et voulant faire de même en direction de la poitrine du Corbeau. Ce dernier esquiva du buste en repoussant l’agresseur d’un coup de pied au corps.
Le Traqueur avait réussi, millimètre après millimètre, à se saisir de son poignard caché. Cette arme étant dotée d’une lame enchantée, elle put trancher les liens magiques du sort de ligotage.
Alastor gisait au sol, sa jambe de bois coupée net, sa baguette toujours dirigée vers leur ennemi.
— Déjà que je ne courais pas vite… grogna Alastor.
— Couvre-moi, je m’en occupe, dit Pierrick.
Le Traqueur, son poignard dans sa main gauche, se saisit de son fouet de son autre main. Immédiatement, il s’en servit pour attraper le poignet de Pierrick et le tira brutalement à lui. Il voulut lui planter sa lame dans le ventre, le Corbeau se laissa glisser au sol pour passer sous l’attaque et se redressant derrière le Traqueur, il frappa d’un coup de pied dans son dos. Le hongrois fut projeté en avant par le coup, mais revint vers Pierrick qui tira sur le fouet toujours enroulé autour de son poignet. Un second coup de pied sous le menton l’accueillit, l’envoyant au sol.
Kont roula et se releva plus loin. Il libéra le poignet de Pierrick d’une secousse de son fouet, se rendant compte que cette stratégie ne lui apportait aucun avantage.
Il se demandait ce qu’un combattant de ce niveau faisait là. Snape avait assuré au Seigneur des Ténèbres que Moody serait seul. Ne croyant pas aux coïncidences, il considéra deux explications possibles : soit Snape avait menti et se jouait de Lord Voldemort, soit Moody avait senti le coup fourré et s’était adjoint cet homme pour le couvrir.
Les deux étaient plausibles, et il n’avait aucun moyen de savoir laquelle était juste. Pour démêler le vrai du faux, il devait d’abord faire une chose qui le répugnait au plus haut point : fuir un combat. Il se concentra pour transplaner, rien ne se produisit, il demeura là, face à sa cible estropiée et à cet homme en noir qui ne le lâchait pas du regard.
— Inutile d’essayer, dit Pierrick, devinant visiblement sa tentative. J’ai dressé un champ antitransplanage.
Un rictus rageur déforma le visage du Traqueur. Quand avait-il lancé ce sort ? Le niveau de cet adversaire promettait une confrontation des plus intéressantes, mais il avait un devoir envers le Seigneur des Ténèbres, et, pour cela, il ne devait ni se faire tuer ni capturer.