Tombé du ciel (*)

Chapitre 1 : Tombé du ciel (*)

Par Beauvais

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Cette fanfiction participe au Défi d’écriture du forum de fanfictions.fr de mai - juin 2026 « Les anachroniques ». 




— « C'était le matin et l'or d'un soleil tout neuf tremblait sur les rides d'une mer paisible. » (**)

Hermione referma le livre avec un bruit sec et murmura rêveusement :

— C'est beau !

Ce qui fut suivi immédiatement par :

— C'est faux ! Notre soleil dépasse les quatre milliards d'années — plus précisément, près de quatre milliards et sept dixièmes. Si c'est neuf, ça ...

— Six dixièmes, rectifia Hermione machinalement. Ron, tu as l’amplitude émotionnelle d’une cuillère à café ! Il s'agit de littérature !

— Mais j’ai rien dit !

Ron n'avait effectivement rien dit. Il s'abandonnait avec délectation — une jubilation presque enfantine — à l'oisiveté la plus totale, allongé dans l'herbe au bord du Lac Noir. Son regard se perdait dans les nuages, d'un blanc trop éclatant pour la saison, tandis qu'il se laissait réchauffer par des rayons de soleil d’une douceur inhabituelle en ce mois de septembre : le premier septembre depuis la fin de la guerre.


Hermione balaya la clairière du regard — ce n'était pas Harry non plus. Il se trouvait à une dizaine de mètres d'eux, au bord de l'eau, occupé à tenter d'engager la conversation avec le Grand Calmar. Merlin seul savait pourquoi, mais Potter était fermement convaincu de deux choses : que le Grand Calmar comprenait le Fourchelang, et qu'il connaissait l'emplacement d'un inestimable trésor enfoui au fond du lac. Rien ni personne n'aurait pu le faire douter de ces certitudes.


Harry n'avait pas vraiment besoin de ce trésor — ni d'aucun autre d'ailleurs. Ses coffres chez les Gobelins débordaient de richesses ; il disposait du manoir des Black comme résidence et devait encore arracher la maison des Potter, à Godric’s Hollow, des griffes du Ministère, qui en avait fait un mémorial. Sans compter un elfe de maison pour l'assister dans les tâches du quotidien. L'appât du gain n'entrait donc guère en jeu.


Depuis la fin du conflit — victoire par KO technique sur Celui-Dont-On-Pouvait-Désormais-Prononcer-Le-Nom — le Garçon-Qui-A-Survécu tournait en rond. Il aurait pu, à l'instar de Ron et Hermione, décrocher un poste au Ministère sans le moindre effort, intégrer l'Académie des Aurors ou n'importe quelle autre institution d'études magiques supérieures, diplôme ou pas. Mais Hermione avait tranché : les ASPIC couronnant la fin des études à Poudlard étaient indispensables. « De lendemain nul n'est certain ! Les lauriers fanent et les diplômes restent ! » Retour à Poudlard, donc, pour une année de plus. Ron s'y résigna à contrecœur — en traînant le pied, voire les deux —, tandis qu'Harry y voyait la promesse de nouvelles aventures. Une promesse qui s'évanouit rapidement.


Leur quotidien ressemblait désormais à celui de n'importe quel étudiant : cours, dissertations, professeurs... Des professeurs bien trop indulgents, bien trop bienveillants. Aucune retenue, aucune mauvaise note — même pour sanctionner un devoir bâclé, non rendu, ou une distraction en classe. Rien que des sourires et des « Reposez-vous, prenez le temps qu'il faut », quand ce n'était pas « Oh, le pauvre garçon, après tout ce qu'il a traversé ! » Harry, qui attendait sans vraiment s'en rendre compte de nouvelles péripéties, des monstres à affronter, des énigmes à percer — ou du moins une retenue —, se retrouvait les mains vides.


C'est ainsi que, ce dernier week-end de septembre, il prit l'initiative d'organiser un pique-nique au bord du Lac Noir et une Chasse au Trésor. Ses amis le suivirent. Après un repas composé de sandwichs et de gâteaux, chacun s'adonna à ses occupations favorites : Hermione lisait, Ron paressait, Harry tentait vainement d’ébaucher la communication avec le Grand Calmar. Une scène bucolique, en somme, qui fut bientôt troublée par une voix docte surgissant de nulle part... Ah, non — elle sortait des buissons, bientôt suivie de son propriétaire.

Ron, qu'une accusation infondée d'Hermione avait tiré de sa rêverie, tourna la tête. À la vue de ce nouvel arrivant dans leur petite réunion improvisée, il s'écria :

— Malefoy ! T'as pas été invité !

— Tu insinues que je suis Mal’foi ? Que je mens ? Mes informations sont pourtant exactes ! Sept dixièmes et non six ! poursuivit le personnage sur sa lancée, en émergeant complètement du bosquet. 

Il avait effectivement un air de famille avec Malefoy — impossible de le nier : blondinet aux traits fins, affichant cette expression de supériorité caractéristique, quoique quelque peu ternie par les traces de suie sur les joues et les marques d'herbe sur les vêtements. Des habits bien étranges, d'ailleurs — même pour le monde des sorciers, dont la mode avait déjà de quoi déconcerter les non-initiés. 

Il portait une tunique à manches amovibles en laine synthétique — le crépitement de l'électricité statique à chacun de ses gestes ne laissait aucun doute là-dessus. Un plastron et un ceinturon noirs en similicuir, ornés d'une tête de… appelons cela, faute de mieux, un loup, ainsi qu’une cape doublée de fausse fourrure, parcourue du même crépitement inquiétant, complétaient le tableau. 

Il ressemblait à un Viking d'opérette, ou à quelqu'un se rendant à un bal costumé — bien que ce fût un peu tôt dans la saison : ni Halloween, ni Noël.

Rendant justice à son apparence, il déclama avec emphase, tirant du fourreau le glaive étincelant de mille feux :

— Je vous pourfendrai pour cela ! Thor et Odin m'en sont témoins !


À la vue de l'arme, Ron bondit sur ses pieds et, sans même songer à sa baguette magique — abandonnée dans le panier de pique-nique —, repoussa l'intrus avec une vigueur surprenante. Celui-ci, plus léger qu’on ne l’aurait imaginé — ou, plus vraisemblablement, Ron ayant sous-estimé sa propre force — fut littéralement projeté dans les airs avant de s'écraser aux côtés de Harry. Son épée décrivit une trajectoire inverse et se fracassa en éclats, comme si elle n'avait pas été forgée en métal, mais taillée dans du verre.

Harry aida l’incruste à se relever en le saisissant sous les aisselles. Le jeune homme se frotta les fesses meurtries par l'atterrissage d'une main, tandis que l'autre esquissait des gestes singuliers : il rapprocha le pouce et l'index, puis les écarta d'un mouvement vif. L'air se mit à frémir, comme distordu par une onde de chaleur, dans l'espace ainsi délimité.

— Vous n'êtes pas des Vikings, c'est sûr, observa-t-il. Ni des hommes des cavernes...

Harry secoua la tête. Ron ramassa les débris de l'épée, les examina avec une curiosité évidente, puis les tendit au visiteur en guise d'excuse. Hermione, pour sa part, abandonna son livre afin de se rapprocher de l’intrus. Celui-ci, sans accorder la moindre attention à ce qui l'entourait, continua de « tricoter » avec les doigts, étirant et resserrant l'espace entre eux. Puis un sourire radieux illumina son visage :

— Je parle l'anglais de la fin du deuxième millénaire de l'ère préspatiale. Du moins, selon mon...

Un bip strident fit sursauter les jeunes sorciers. L'intrus afficha un sourire contrit, légèrement malicieux :

— Il bipe parce qu'il n'existe aucun mot pour désigner cet engin dans votre langue. Pas encore inventé... Il me permet de parler le dialecte des gens qui m'entourent, m'indique l'époque à laquelle ce langage appartient et... et possède quelques autres petites fonctionnalités.

En prononçant ces mots, l'étranger affichait une candeur désarmante — que démentaient pourtant les lueurs espiègles dansant au fond de ses yeux — si bien que Potter acquit aussitôt la conviction que le manque de vocabulaire n'était pas le seul responsable du raffut, mais qu'il se trouvait conjugué à ces fameuses « petites fonctionnalités ». Voire que c'étaient justement elles qui avaient le plus d'importance.

Harry sentit la curiosité l'envahir, mêlée à ce frémissement d'anticipation que connaissent bien les aventuriers — et les chiens de chasse au moment où ils flairent la piste. Bref, il ressentit cette ronce dans le cul qui le poussait invariablement à se lancer dans les pires équipées.


— Donc je me trouve en Angleterre, en l'an mille neuf cent...

— Quatre-vingt-dix-huit, septembre, compléta automatiquement Hermione.

Harry, toujours aiguillonné par la même épine fantomatique, articula chaque mot avec soin :

— Donc tu surgis de nulle part, tu brandis un artefact mystérieux, tu nous menaces de nous transpercer. Tu nies être un Malefoy. Mais tu ne daignes pas te présenter… 

Le quidam se redressa, rejeta sa tignasse en arrière, posa un pied devant l'autre comme un tragédien amateur sur le point de déclamer :

— Je suis le grand, l'illustre chercheur en histoire préspatiale, Professeur Maestro Gin !

Il toisa les jeunes sorciers d'un regard triomphant, attendant de toute évidence une ovation. Quelques secondes s'écoulèrent. Aucune réaction admirative, pas le moindre applaudissement. Il renifla, se frotta le visage en étalant la suie qui l'ornait, se moucha dans sa manche, puis reprit sur un ton plus terre-à-terre :

— Je suis ici pour confirmer ma théorie sur les Vikings...

— Qui auraient été les premiers à découvrir l'Amérique ? C'est une hypothèse déjà connue, les fouilles archéologiques…, enchaîna Hermione.

— Quellllle Amérique ? bêla le Maestro. Les Vikings étaient les représentants d'une civilisation galactique disparue, naufragés sur la Terre préspatiale...


Ron, continuant de faire tourner entre ses doigts les fragments de l'épée, foudroya l'inconnu du regard :

— Alors tu prétends être un chercheur et non Malefoy ? Pourtant tu es un sorcier puissant, en possession d'artefacts redoutables, dont un Retourneur de Temps. Tu es un Mangemort ! trancha-t-il avec une logique pour le moins approximative.

— Tu es cinglé ! Vous êtes tous cinglés ! s'emporta Maestro. La magie n'existe pas ! Le temps, c'est pas une crêpe qu'on retourne ! Et c'est pas des artefacts, ce sont des outils de la haute technologie !

— Des outils que tu as chipés...

Cette remarque avait sans doute été soufflée à Harry par Merlin, ou peut-être par Mordred lui-même. Dans son esprit, les derniers événements, les gestes, les paroles et l'accoutrement du prétendu chercheur s'étaient assemblés d'eux-mêmes, pièce par pièce, jusqu'à former une chaîne cohérente.

Il empoigna Gin par le plastron et le secoua légèrement pour ponctuer ses affirmations :

— Ton épée est en verre volcanique, tes vêtements en synthétique, tu ne sais pas bien te servir de ta haute technologie ! Tu t'es planté de mille ans au bas mot sans t’en rendre compte ! Alors Qui-Es-Tu ?

Avec ce dernier « Tu », il le lâcha d'une légère poussée. Gin s'étala sur le sol et leva vers lui ce regard de reproche muet qu'un chat réserve à sa gamelle vide.

— Inutile de me bousculer ! grommela-t-il. Des primitifs ! Et voilà qu'on me demande des comptes ! À moi ! En me tutoyant, qui plus est ! 

Il redressa la tête avec une arrogance calculée — ce qui tenait déjà du prodige, vu qu'il était affalé sur le sol. Puis il reprit :

— Je maîtrise ce matériel sur le bout des doigts. Et si je l'ai — pour reprendre ta formule si délicate — chipé, c'est justement pour ne pas avoir à rendre de comptes à une bande de vieilles badernes du Haut Conseil Scientifique, et encore moins à Maestro Spiff, ce débris prégalactique !


Il huma l'air, tourna la tête de droite à gauche, puis fixa le panier de pique-nique :

— Et des malappris avec ça — même pas capables de m'inviter à partager leur repas !

Ron s'inclina en une courbette théâtrale, balayant le sol d'un chapeau imaginaire avec une grâce affectée :

— Que Votre Seigneurie daigne se joindre à nos modestes libations !

Puis, changeant de ton d'un coup :

— Et tu nous racontes tout depuis le début !

— Depuis la création du monde ? demanda Maestro, déjà en train de mâcher, un sandwich dans la main droite, un autre dans la gauche. (Quand avait-il eu le temps ?)

« Il est sérieux, ce moldu ? Un éminent prof ? Lui ? » pensa Harry après l’avoir observé un instant. 

Maestro avait plutôt l’air d’un gamin en vadrouille. Peut-être que c’était normal, dans ce futur inimaginable. Potter hésita, puis il se rappela qu'Hermione avait affirmé un jour que tout génie portait en lui un petit grain de folie, et il suffisait de regarder Dumbledore pour s'en convaincre — à quoi Ron ajoutait invariablement, avec son flegme habituel : « Dumbledore ? Un petit grain ? Il avait un grain, tout court. »

Donc il répondit avec tout le sérieux possible : 

— Qui tu es, comment tu es arrivé ici et quand tu comptes repartir : ça suffira amplement !

— Et ne parle pas la bouche pleine, ajouta Hermione.

— Alors laisse-moi manger ! Chez nous, faire deux choses en même temps — manger et parler, par exemple — est un signe d'intelligence supérieure !

— Et chez nous, c’est un signe de mauvaise éducation ! rétorqua Hermione.

Ils mangèrent donc tous en silence, les récents événements ayant aiguisé leur appétit. La faim calmée, les sorciers se tournèrent vers Maestro avec une impatience mal dissimulée. Il soupira, rassembla les miettes des sandwichs au creux de sa paume, les fixa un moment, puis les avala.

— Bien, je suis prêt ! Je viens du dixième siècle de l'ère galactique. L'année ne vous dira rien. J'habite sur la planète Université. Je suis un... chercheur en histoire ancienne de notre prétendu berceau : la planète Terre.

— Une planète entière dédiée à l'université, murmura Hermione, songeuse. Et sa bibliothèque doit être...

— Elle l'est ! Tout s'y trouve !

Gin brandit alors quelque chose qui ressemblait, faute de mieux, à une aiguille dorée.

— Toute la bibliothèque là-dedans ?

— Mais non, espèce de bêta primitive ! Seulement ma fiche et les ouvrages empruntés ! Vous voulez la suite ou on s'attarde sur les détails ? Bref, je viens de l'Université. J'ai une théorie : les Vikings faisaient partie d'une société galactique semblable à la nôtre. Cette vieille relique de Spiff m'a ridiculisé. Alors j'ai... heu... emprunté le...

Un bip strident retentit.

— ...Artefact...

— ...Appareil...

Harry et Gin s'écrièrent en parfaite simultanéité.

Gin écarta les doigts d'un geste vif et, de l'autre main, désigna l'espace scintillant entre son pouce et son index avant de poursuivre :

— J'ai aussi... disons... pris cela dans la réserve universitaire à des fins d'étude...

En y regardant de plus près, Harry distingua une pièce en or qui semblait flotter au milieu du champ délimité par les doigts.

— Voilà comment ça fonctionne : on y place un objet de l'époque ciblée — en l'occurrence, cette pièce de monnaie —, on lance le programme, et on se laisse emporter...

Potter donna un coup de coude à Ron :

— Regarde, un Gallion !

Ron, comme sous hypnose, tendit la main vers la pièce. Maestro recula en sifflant, plus menaçant qu'un serpent :

— N'y touche pas, malheureux ! Sinon : Boom ! Un grand Boom ! Vous me faites marcher ! Mais vous m'aurez pas ! Je sais parfaitement qu'un galion est un navire à voiles sur lequel les préspatiaux sillonnaient les mers ! Je suis le meilleur de ma promo ! Je voulais dire que je suis un grand scientifique…! Ce que vous voyez là, c'est de l’argent Viking !

Hermione s'approcha et se pencha légèrement pour examiner la pièce de plus près, sans la toucher, puis rendit son verdict :

— C'est bel et bien un Gallion d'or ! Il y a même la date : 1998. Juste l'année où tu te trouves. Le Gallion, c'est notre monnaie, celle des sorciers...

Maestro Gin se leva d'un bond et hurla :

— Vous vous moquez de moi ! La magie n'existe pas ! Et c’est de la monnaie Viking — tu as mal lu la date — c'est 1008 — je l'ai bien regardée avant de la piquer !

— Tu n'es qu'un ignare, Maestro, pour grand scientifique que tu prétends être ! Les Vikings n'écrivaient pas les chiffres de cette façon-là ! Et ce Gallion tu l’as bel et bien piquée ! Comme le disent les Russes : « Sur le voleur, le chapeau brûle » ! railla Hermione.

Par réflexe, Gin porta les mains à sa tête, se ravisa aussitôt et rougit. 

Harry esquissa un sourire complice, mais garda le silence. À la place, il sortit sa baguette et transfigura un caillou en tasse. Gin cligna des yeux et lâcha, sans grande conviction :

— Un tour de passe-passe, rien de plus ! Des mains habiles et pas de magie là-dedans ! Tu aurais pu faire une belle carrière au Cirque Galactique — avec un peu d'entraînement, évidemment !

Ron sortit à son tour sa baguette et fit léviter le panier de pique-nique, tandis qu'Hermione métamorphosait une fleur en papillon.


Des applaudissements retentirent — non pas une ovation, simplement quelques claquements secs et feutrés, émanant des buissons qui ceinturaient le lac. 

« Encore ces taillis ! » eut tout juste le temps de songer Harry, lorsqu'un individu de haute stature en surgit. Hormis sa taille remarquable, qui frôlait allègrement les deux mètres, voire les excédait, il n'avait rien de singulier. Des cheveux blancs soigneusement coiffés, ni trop longs ni trop courts ; un visage banal, de ceux qu’on oublie aussitôt ; des lunettes teintées, un survêtement gris et des chaussures assorties : tout, chez lui, respirait le passe-partout. 

Il s'avança vers leur groupe hétéroclite, les observa avec une certaine indulgence, puis rapprocha ses paumes à deux reprises dans un applaudissement délibérément ironique avant de prononcer :

— Jeunes gens, bravo ! Belle démonstration !

Il fit alors un geste de la main droite — quelque chose brilla — et les magiciens se figèrent sur place, incapables d'articuler le moindre mot. Seuls leurs yeux continuaient de se mouvoir. 

L’étranger se tourna ensuite vers Maestro Gin, qui sembla se recroqueviller sur lui-même, cherchant désespérément à se fondre dans le décor :

— Élève Gin ! Vous, je ne vous félicite pas ! Vous méritez le renvoi !

Gin blêmit, chancela au bord de l'évanouissement, ses lèvres esquissant une supplique muette. Le nouveau venu leva les yeux au ciel, comme pour implorer qu'on lui accordât un peu de patience :

— J'ai dit que vous méritez le renvoi, non que j'entende le prononcer ! Si vous m'exposez les raisons pour lesquelles vous méritez cette sanction, je la remplacerai par cent heures de retenue consacrées à des travaux d'utilité publique !

Gin parut légèrement ragaillardi et entreprit d'énumérer en repliant les doigts :

— J'ai voulu à tout prix démontrer que j'avais raison. J'ai emprunté le matériel scientifique, les vêtements appartenant à la troupe de théâtre universitaire, la pièce de monnaie antique… 

Il acheva d'une voix éteinte : 

— Et je me suis fait prendre...

Puis il leva les yeux vers son professeur et supplia :

— Maestro Spiff, ne me renvoyez pas !

Maestro Spiff, aussi vif qu'un guépard, se rapprocha de son élève, le saisit par l'oreille et siffla, presque comme un reptile :

— Vous avez omis : « J'ai contraint mon honorable professeur à me rechercher à travers tous les temps et tous les univers de notre dimension, ainsi que dans les dimensions avoisinantes ! » Ne me regardez pas avec cet air bovin ! Oui, oui, plusieurs dimensions ! Aussi bien parallèles que perpendiculaires à notre réalité. Il vous reste encore bien des choses à apprendre.

Un sourire narquois, presque maniaque, se dessina sur ses lèvres :

— Rien que pour vous les apprendre — je vous garde ! Et pas parce que vous êtes malgré tout le meilleur élève de cette promo de paresseux, d'ignorants et de maladroits dont j'ai la charge !

« C’est fou ce qu’il me rappelle quelqu’un », pensa Harry toujours immobilisé.


Sans relâcher l'oreille de son malchanceux élève, le Professeur Spiff porta l'autre main à la branche droite de ses lunettes — et les voyageurs temporels s'évanouirent dans un discret « plaf », aussitôt suivi d'une onde de choc bien tangible qui projeta Harry, Ron et Hermione à terre, les délivrant par la même occasion de leur pétrification.

Hermione fut la première à reprendre ses esprits. Elle posa la main par terre pour se relever et la retira aussitôt.

— Aïe ! Quelque chose m’a piqué ! J’espère que ce n’est pas un serpent !

Elle lécha la goutte de sang qui perlait au bout de son doigt, puis écarta les brins d’herbe. Quelque chose scintillait entre les brindilles. C'était l’aiguille dorée de la bibliothèque galactique.

Elle la ramassa, la tourna entre ses doigts, puis jeta un regard autour d’elle. Plus aucune trace de Gin.

— Mince ! Il a dû la faire tomber en partant…

Elle fixa l’aiguille un instant, songeuse, avant de la glisser dans le revers de sa robe de sorcière.

— Tout le monde tombe, murmura-t-elle. Et nous atterrissons tous quelque part.(***)



Notes : 


(*) Titre emprunté à la chanson de Jacques Higelin (1988)

(**) « Jonathan Livingstone le goéland » de Richard Bach 

(***) « Spin » de Robert Charles Wilson 






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