Chapitre 8 :
Rage
Au matin, Eywani avait repris un peu de force même si son état restait inquiétant. Sa fièvre était en partie retombée et il ne tremblait plus, la douleur moins forte alors qu'il respirait mieux. Il était cependant bien loin d'aller bien, faible. Il s'était pourtant repris et avait insisté pour aller s'asseoir avec Eytukan et les autres pour discuter des suites, des stratégies à adopter en cas d'attaque. Eytukan l'avait installé près de lui alors que Tsu'tey l'avait conduit, le soutenant sans faille, lui aussi bien plus calme après cette nuit auprès de l'ancien Aïais. On lui avait amené à manger et à boire, Aethei ne le quittant toujours pas, Casye resté à sa place depuis la veille, perché un peu au dessus de lui et des autres majoritairement rassemblés au pied de l'Arbre Maison comme un gardien vigilent. Et puis brusquement, on avait vu Neytiri arriver en courant avec Jake et Grace :
- Père ! Mère ! interpella-t-elle en attirant l'attention générale.
On se redressa alors qu'ils approchaient, Eywani aidé par Tsu'tey pour se remettre debout lentement, celui-ci le soutenant sans un mot, proche de lui.
- Eytukan, j'ai quelque chose à dire, commença le marines l'air agité.
- Écoutez, pria Grace.
- Parle Jake Sully, autorisa Olo'eyktan.
- Un grand mal est sur nous, dit-il. Ceux qui Viennent du Ciel..., poursuivit-il en cherchant ses mots, vont venir détruire l'Arbre Maison.
Des exclamations horrifiées s'élevèrent et il se tourna vers Neytiri pour lui demander de leur dire qu'ils allaient bientôt arriver, ce qu'elle traduit sur le champs.
- Il faut partir ou vous serez écrasés, avança-t-il très inquiet.
- Es-tu sûr de ce que tu dis ? demanda Tsahik ébranlée.
Il y eut un instant de silence, le marines les regardant lourdement avant de se décider à reprendre la parole :
- J'ai été envoyé ici pour vous rencontrer et gagner votre confiance pour qu'un jour je puisse vous transmettre ce message, avoua-t-il en les choquant.
Neytiri le regarda avec consternation, Eywani soupirant, voyant ce qu'il savait déjà se révéler aux yeux de tous. Elle se plaça face à son compagnon, l'air de ne pas oser y croire.
- Tu veux dire que tu savais ce qui allait se passer ? demanda-t-elle avec désespoir.
- Oui, avoua-t-il. Au début je... je n'ai fait qu'obéir aux ordres mais ensuite, tout a changé, tenta-t-il de justifier en posant ses mains sur ses bras. Je suis tombé amoureux, sourit-il. Je suis tombé amoureux de... la forêt, dit-il à une Neytiri blessée et fermée, je suis tombé amoureux du peuple Omaticaya et je suis tombé amoureux de toi.
Neytiri se défit de sa prise, défaite, perdue.
- J'avais confiance en toi, bredouilla-t-elle.
- Neytiri, pria-t-il.
- J'avais confiance en toi ! cria-t-elle.
- Tu peux encore avoir confiance, assura-t-il.
Elle hurla de colère vers lui, reculant, au bord des larmes. Elle le repoussa brutalement :
- Tu ne feras jamais partis de notre peuple ! hurla-t-elle en le désespérant.
Et pour Eywani, cette scène tragique était autant de la faute de l'un que de l'autre.
- Nous avons essayé de nous y opposer, tenta Grace.
- Neytiri, appela-t-il alors qu'elle leur hurlait de se taire.
Elle recula derrière sa mère, se détournant, tous regardant durement le Marcheur, dégoûtés alors que beaucoup commençaient à avoir confiance en lui. Eytukan ordonna qu'on les arrête et si Tsu'tey resta auprès d'Eywani, les autres ne se firent pas prier, se jetant sur les Marcheurs alors que Grace les suppliait de s'enfuir. Ils furent attachés bien en évidence devant le village, personne n'écoutant leurs supplications.
- Eytukan, interpella Eywani. Il faut commencer à évacuer ceux qui peuvent l'être, dit-il gravement. Les enfants, ceux qui ne peuvent se battre. Ils sont en danger en restant ici avec cette attaque imminente. On ne sait pas ce qu'il va se passer et leurs armes sont très puissantes. Rester ne sert à rien pour les non combattants.
Olo'eyktan approuva comme tous autour d'eux, leur confiance en lui totale surtout après ce qu'il venait de se passer.
- Tu pars aussi, commanda Tsu'tey suivis par beaucoup là dessus.
- Non ! claqua-t-il. Je reste. Je pourrais vous aider à gagner du temps.
- Tu n'es pas en état pour quoi que ce soit, répondit le chasseur très inquiet. Notre peuple aura besoin de toi. Tu dois partir.
- Non Tsu'tey. C'est maintenant qu'il a besoin de moi. Je n'ai jamais fuis un combat même si cela fait bien longtemps que je n'ai pas eu à me battre ou que je n'en n'ai pas eu la possibilité. Ma magie n'est pas très efficace sur leur technologie à cause de la trahison des Morokar magiques qui leur ont donné les moyens de se protéger de ça mais je peux tout de même faire beaucoup. Il faut d'abord évacuer les autres et les protéger. Nous ne sommes pas assez nombreux pour les affronter pour le moment. Le plus important est le bien des nôtres.
Le chasseur n'avait pas l'air d'accord, craignant visiblement terriblement pour lui comme les autres mais il ne rétorqua pas. Olo'eyktan se mit à ordonner l'évacuation par sécurité et on bougea dans une certaine panique. Eywani aida un peu avant d'appeler Aethei, grimpant sur son dos lourdement. Il alla ensuite à l'avant du village vers le lac, Tsu'tey rassemblant les guerriers. Il vint faire face aux deux Marcheurs, portant sur eux des regards lourds alors que le couple dirigeant arrivait aussi. Au loin, le grondement des moteurs arrivait déjà alors que personne n'avait encore eu le temps de partir. Les deux Terriens leur hurlèrent de fuir, Tsu'tey ordonna de rester en place, de ne pas avoir peur.
- Eywani ! appela Grace désespérée. Vous êtes sage, dîtes leur qu'il faut partir ! supplia-t-elle.
- C'est pour permettre aux plus faibles de partir que nous sommes toujours là Grace Augustine, rétorqua-t-il alors qu'elle comprenait soudain.
Le bruit s'intensifia et on vit les immenses machines des Gens du Ciel voler vers eux, surgissant de derrière un mont, survolant le lac dans un grondement assourdissant. Casye débarqua alors, atterrissant non loin de son partenaire qui quitta le dos d'Aethei, serrant les dents et ignorant la faiblesse, rassemblant ses forces. Il alla vers son Toruk qui s'abaissa et il sauta sur son dos, faisant Tsaheylu. Casye rugit et s'envola sur le champs, suivis du regard par tout les Na'vi. Il alla se poster entre les attaquants et l'Arbre Maison, leur faisant face, fier et magnifique ainsi. Olo'eyktan ordonna aux Ikran Makto d'aller prendre leurs montures et ils partirent tous en courant pour aller les chercher. Eywani sentit les regards des Gens du Ciel sur leurs prisonniers puis sur lui mais il n'y eut ni avertissement, ni tentative de discussion qu'ils attaquaient déjà. Il écarta les bras, usant de sa magie.
Les technologies Terriennes étaient maintenant protégées des effets de la magie les empêchant autrefois de fonctionner et c'était là des équipements devenu standard pour eux depuis les combats sur Terre. Autrefois, il aurait pu faire disjoncter et tomber ces appareils d'une simple impulsion de magie puissante mais ce n'était plus le cas désormais. Il pouvait en revanche faire autre chose même avec ses faibles forces actuelles. Son pouvoir arrêta net les trois quart des projectiles lancés, vers eux. Quelques uns passèrent pourtant, son manque de force et de concentration se faisant sentir. Il ne se laissa pourtant pas distraire, relançant les cartouches vers leur propriétaire avec violence d'un geste du bras. Un hélicoptère en prit un en plein par-brise, celui-ci explosant, l'appareil faisant des embardés, ses occupants surpris et paniqués cherchant leurs appareils respiratoires. Un autre appareil prit un projectile dans un retord qui explosa, le faisant chuter. Il s'écrasa, sautant à l'impact. Des exclamations enthousiastes s’élevèrent des Na'vi alors qu'ils bandaient leurs arcs pour tirer à leur tour, la surprise et la consternation se faisant sentir de l'autre côté. Grace et Jake regardèrent cela avec ahurissement, soudain silencieux.
Tout se remit pourtant bientôt à bouger, les Gens du Ciel tirant alors que le gaz des cartouches passées créait l'agitation au pied de l'Arbre Maison. Plusieurs mitrailleuses se concentrèrent sur Eywani qui leva une protection pour arrêter ou dévier les balles, tendant un bras devant lui, serrant les dents sous son énergie s'épuisant vite et la douleur remontant de manière fulgurante en lui sous cet effort. L'attaque perdura sans un instant de répit, certainement pour l'occuper et tenter de l'abattre. Il se força pourtant, tentant d'arrêter les tirs d'obus suivants. Il en intercepta quelques uns mais d'autres passèrent, déchaînant l'enfer au pieds de l'Arbre Maison. Se protégeant toujours des tirs sur lui, Eywani mobilisa sa magie pour amplifier sa voix, s'adressant à son peuple :
- Fuyez tous dans la forêt ! ordonna-t-il fortement. Fuyez tout de suite je vais tenter de gagner du temps !
Olo'eyktan fit appliquer l'ordre sur le champs et malgré la réticence de tous à laisser leur frère là, ils obéirent à une autre de ses injonctions. On vit les Gens du Ciel reculer et Eywani comprit :
- Vite ! dit-il aux siens. Éloignez vous de l'Arbre Maison, ils vont l'abattre !
Il entendit leurs cris, leurs chocs mais il fut un peu rassuré de les sentir obéir, courant vers la forêt. Eywani repéra alors Grace et Jake restés seuls attachés un peu sous lui et il se décida, incapable de les laisser mourir ainsi. Sa magie trancha leurs liens et il projeta sa voix vers eux tout en se protégeant toujours :
- Partez, fuyez, sauvez vous, ordonna-t-il. Je ne pourrais pas les tenir longtemps. Fuyez. Aidez les miens si vraiment vous voulez notre bien.
Il les sentit surpris, Sully lui hurlant qu'il devait partir, qu'ils allaient tout détruire :
- Je sais Jake Sully, répondit-il. Partez.
Il se concentra ensuite sur ses ennemis, luttant pour ne pas s'évanouir. Il avait du mal à respirer, sentant le sang couler de son nez, son goût métallique dans sa bouche. Mais il tiendrait, il protégerait les siens, sa rage et sa volonté brûlant. Il n'avait pas pu protéger les Aïais, il protégerait les Na'vi coûte que coûte. Les tirs sur lui cessèrent brusquement, l'appareil le tenant reculant pour rejoindre les autres déjà en place plus loin. Eywani en profita pour rassembler l'énergie qui lui restait et une seconde plus tard, les missiles arrivaient. Il ne put tous les arrêter et il n'eut pas la force de les renvoyer, les salves se multipliant très vite. Les explosions retentirent brutalement derrière lui, son cœur se déchirant un peu plus à chacune d'entre elle. Et à chacune d'entre elle, une vague de douleur le secouait en provenance d'Eywa et de la nature, le mettant à rude épreuve. La terre fit des bonds, un tonnerre sans nom raisonnant, fracassant l'air. L'Arbre Maison grinça, donnant l'impression de hurler et de pleurer et c'était d'ailleurs ce que les oreilles d'Eywani entendaient, des larmes d'eau et de sang coulant de ses yeux.
Et puis brusquement, les tirs cessèrent. Il y eut un moment de flottement et Eywani fut le seul à bouger. Il hurla de souffrance en ressentant la mort de l'Arbre Maison, luttant de toutes ses forces forces pour ne pas se laisser aller, Casye le soutenant et l'ancrant dans leur lien l'aidant beaucoup. Il prit son courage à deux mains, sachant ce qui allait se produire maintenant. Il lança Casye qui s'éloigna rapidement, volant dans l'autre direction avec force et désespoir, sachant lui aussi par son cavalier. L'Arbre Maison commença à pencher, à tomber et il sentit l'horreur de tous dans la zone à cette vue. Précipitamment, il alla se placer face à lui dans le sens de la chute et il jeta toutes les forces qu'il lui restait pour retenir l'arbre immense. Il y avait encore bien trop d'Omaticaya dans sa trajectoire. Ce fut un spectacle incroyable pour tous de voir le Kelutral se figer en pleine chute, retenu par une force invisible. Les Na'vi entendirent soudain l'écho d'un cri mêlant souffrance atroce et détermination sans faille. Eywani. Une seconde plus tard, sa voix était partout autour d'eux.
- Fuyez vite ! ordonna-t-il furieusement. Sortez de la trajectoire de chute ! Je ne pourrais pas le retenir très longtemps...
L'écho d'un autre cri leur parvint et ils bougèrent, tous obéissant sur le champs, se précipitant. Seulement, Eywani ne put tenir bien longtemps et bientôt, sa magie et son énergie s'épuisèrent. La douleur se fit insoutenable entre tout ce qui l'étreignait. Son état, Eywa, la nature, l'épreuve de la veille, ce qu'il se passait, chaque blessure physique ou mentale des siens qu'il sentait en lui... Il s'affala sur Casye, peinant à trouver de l'air, sa vue pulsant alors qu'il tremblait de tout son corps, le sang battant dans ses oreilles. Il se déconnecta totalement un moment, sa conscience dérivant, une brève perte de conscience le prenant. Ce fut le fracas de la chute de l'arbre immense et les nombreuses morts brusques autour de lui qui lui remirent un coup de fouet, lui tirant un abominable cris de souffrance, de désespoirs, de tristesse et de culpabilité. Il prit la douleur et le choc des siens en pleine figure. Pleurant, criant, s'accrochant à son partenaire qui l'avait éloigné de là. Tant de mort, de douleur et de destruction. Il se crut un instant de retour sur Terre le jour où le sanctuaire des Aïais était tombé. Les mêmes émotions atroces le prenaient cette fois encore à la destruction de sa maison, de son foyer, de tout ce qu'il aimait, à la douleur des siens, leurs morts, leur désespoir, leur détresse, leur choc... C'était la même expérience, une expérience qu'il avait espéré ne jamais revivre. Et encore une fois, il n'avait rien pu faire pour protéger les siens.
Ce fut le ressentit du déclin d'une personne en particulier qui le tira de son état de confusion totale, amenant la panique en lui. Immédiatement, il poussa Casye dans cette direction et son Toruk fusa. Au loin, les Gens du Ciel repartaient sans plus de considération pour ce qu'ils venaient de faire. Il descendit vers le sol et l'Arbre Maison étendu au sol, mort, en feu, de nombreux cadavres à jamais emprisonnés sous lui. Sa vue brouillée pleine de larmes et de sang ne voyait rien mais Casye lui voyait et il pouvait voir à travers ses yeux. Ce fut avec douleur et désespoir qu'il trouva la silhouette d'Eytukan au sol, transpercé par un impressionnant éclat de bois. Il était toujours en vie mais son énergie le fuyait rapidement. Casye se posa tout près de lui le surplombant alors que l'Olo'eyktan le regardait l'air un peu apaisé de le voir. Toruk se baissa et Eywani se laissa tomber lourdement, ne pouvant guère faire autrement dans son état. Il se retrouva tout près du chef qu'il voyait comme un père d'adoption maintenant et il rampa un peu, gémissant de douleur. Il le rejoignit et tendit une main vers sa blessure, voulant tenter de le soigner, de le sauver. Il ne voulait pas perdre un autre père, pas encore, l'idée même le déchirant. Ses doigts s'illuminèrent pour rapidement s'éteindre, lui tirant un cri de douleur. Serrant les dents, grognant de rage et de tristesse, il tenta plusieurs fois sans parvenir à quoi que ce soit. Il ne parvenait qu'à se faire souffrir davantage, toussant, le sang jaillissant de sa bouche et Eytukan l'arrêta, attrapant son poignet :
- Eywani, murmura-t-il calmement. Arrête, pria-t-il. Je vais rejoindre Eywa.
- Non ! pleura-t-il alors qu'un sanglot brisait sa voix paniquée. Non, non, non, dit-il en voulant tenter de nouveau.
- Stop, ordonna le chef alors qu'il tremblait terriblement.
Eywani le regarda dans les yeux, le voyant résigné à sa mort, lui adressant un sourire serein, l'air plus inquiet pour lui qu'autre chose. Ses larmes explosèrent et il posa sa tête sur la poitrine du chef, à bout de force dans tout les sens du terme, pleurant à s'en déchirer l'âme. Il sentit la main faible d'Eytukan caresser sa tête et il pleura de plus bel :
- Je suis désolé, je suis désolé, sanglota-t-il.
- Ce n'est pas de ta faute Eywani. Tu as fais tout ce que tu as pu. Tu n'as rien à te reprocher mon enfant, mon fils, dit-il en le calmant un peu.
Il pleura pourtant encore, se redressant un peu pour prendre sa main et l'accoler à sa joue. Ce fut là dessus que Neytiri arriva, hurlant de douleur à la découverte de son père ainsi, se jetant à genoux de l'autre côté près de lui. Le père observa sa fille un moment, lui donnant le même regard calme.
- Eywani, appela-t-il ensuite, prend mon arc, pria-t-il en levant difficilement sa main tenant l'arme de cérémonie.
Le cœur en miette, il le prit, le serrant contre lui sans pour autant lâcher la main d'Eytukan.
- Ma fille..., dit-il ensuite en se tournant vers elle. Ne sois plus aveugle et sourde à ta famille... Reste auprès d'elle et protège là, pria-t-il alors qu'elle acquiesçait en gémissant de tristesse.
- Eywani, guide notre peuple, soit auprès de lui. Tu es la plus belle chose qui nous soit arrivée. N'en doute pas, ne l'oublie pas. Tu es chez toi avec ta famille. Mes enfants, protégez... le peuple.
Il ferma ensuite les yeux, la vie le quittant. Eywani hurla de douleur, venant se blottir contre lui, anéantis. Il entendit à peine Jake arriver pour être violemment repoussé par Neytiri, pleurant comme jamais elle n'avait pleuré. Sonné, Eywani fut pourtant bien vite réveillé par la détresse des siens venant de partout. Protégez le peuple avait demandé Eytukan. Il le ferait sans faute. Son lien avec Casye toujours en place, il n'eut besoin que d'une pensée pour lui demander de se pencher. Difficilement, il se hissa sur son dos, son partenaire se contorsionnant pour l'aider de son nez et de ses ailes. L'arc de cérémonie d'Eytukan serré dans la main, il s'envola avec Casye, affalé sur lui. Il prit un peu de hauteur, cherchant difficilement qui avait le plus besoin d'aide. Les blessés étaient nombreux. Il trouva rapidement la présence d'Aethei, envoyant son esprit vers lui, lui demandant de bien vouloir prendre sur son dos ceux qui ne pouvaient pas marcher. Le Palulukan accepta et se laissa conduire à distance vers ceux qui en avaient le plus besoin, les jambes souvent en mauvais état. Il prit plusieurs personnes avant d'aller les déposer plus loin où la tribu se rassemblait comme elle pouvait, il fit ainsi plusieurs allez retour et Eywani en fit de même avec Casye, prenant des blessés avec lui pour les ramener vers les survivants qui les prenaient en charge, donnaient les premiers soins au besoin. Tout ceux qu'ils prenaient avec lui se faisaient très inquiets pour lui en le voyant dans un état terrible sur Toruk, pouvant à peine bouger, faisant tout à la force de son esprit.
Eywani veilla à retrouver tout les survivants de ses sens, les Ikran Makto et les cavaliers venant l'aider une fois leur choc dépassé. Il trouva le corps de Jake mais le voyant en sécurité, il le laissa là. Il n'était pas du peuple pour lui. Il se débrouillerait tout seul. Si Grace n'était pas officiellement Omaticaya, elle le semblait pourtant bien plus que lui alors que de nombreux membres de la tribu s'étaient fait inquiets pour elle lorsqu'elle s'était effondrée, prenant son corps en charge sans hésiter. On décida de partir vers l'Arbre des Âmes, seul refuge qui leur restait non loin. Le clan se mit en route, Aethei restant porter une flopée d'enfants traumatisés sans protester, les adultes portant les civières ou soutenant ceux qui en avaient besoin. Eywani resta quand à lui dans les airs, surveillant leur progression, sécurisant leur route comme il pouvait. Priant la nature d'être indulgente avec eux cette fois. Il ne vit même pas Tsu'tey, Peyral, Oslin et d'autres chasseurs venir voler près de lui, très inquiets en le voyant dans cet état sur sa monture. Il ne pouvait plus bouger, son corps tremblant compulsivement, sa respiration difficile, ses sens annihilés et ce n'était plus que son esprit et sa magie qui fonctionnaient encore un peu, sa volonté le faisant tenir.
Tous furent finalement arrivés, en sécurité pour l'instant et ce ne fut qu'alors qu'il s'autorisa à se relâcher, demandant à Casye de les rejoindre d'une pensée. Toruk descendit alors, les Ikran Makto avec lui et il se posa très délicatement non loin de l'Arbre des Âmes, tous s'écartant pour lui laisser de la place, attendant Eywani depuis un moment déjà. Les Ikran se posèrent autour, s'accrochant à la parois rocheuse. Tsu'tey bondit d'ailleurs, accourant vers Toruk comme de nombreux autres. Il arriva juste à temps pour rattraper Eywani qui tombait littéralement de Casye gémissant de détresse, accroché à l'arc reçut d'Eytukan.
- Eywani ! cria-t-il avec panique en s'accroupissant avec lui au sol.
Il l'observa, lui et sa peau atrocement pâle, sa bioluminescence terne. Il tremblait violemment, transpirant, gémissant de douleur, le sang coulant de ses yeux, de son nez, de sa bouche et de ses oreilles, une fièvre terrible rendant sa peau terriblement brûlante. Il avait les yeux entrouvert, voilés et il était évident qu'il n'était pas vraiment conscient.
- Aidez moi, commanda Tsu'tey aux chasseurs l'entourant.
Ils vinrent sur le champs et ce fut avec une infinie délicatesse qu'ils soulevèrent Eywani, lui tirant des cris de douleurs qui firent pleurer de nombreux présents. Ils continuèrent pourtant, l'amenant au pied de l'Arbre sacré. On l'allongea près de lui, Tsu'tey s'asseyant de manière à pouvoir déposer sa tête sur ses genoux. Tsahik demanda qu'on lui amène un peu d'eau et elle l'obtint rapidement. Un bloc de mousse épaisse et douce prenant l'humidité lui permis de rafraîchir Eywani avec douceur et on s'employa à le faire boire un peu, petite gorgée par petite gorgée. On nettoya le sang sur lui, beaucoup s'employant à amener de quoi lui donner un peu plus de confort. Tsu'tey quand à lui s'employait à l'apaiser, le cajolant, caressant sa tête, lui parlant doucement, lui donnant un sourire réconfortant. Cela prit du temps mais on vit Eywani se calmer progressivement, son corps se détendant, sa respiration se faisant plus aisée. Les Atokirina étaient revenus en masse autour de lui et les branches de l'Arbre des Âmes vinrent l'effleurer, s'illuminant. Cela sembla l'aider et il finit par s'endormir paisiblement au soulagement général, tenant toujours l'arc d'Eytukan que personne n'aurait pensé lui retirer, aucun n'ayant besoin d'explication alors que Neytiri avait dit que son père lui avait donné avant de mourir. Aethei était venu s'allonger près de son partenaire, Casye, venant se coucher sous l'arbre, les Atokirina se posant sur eux aussi. Leur précieux frère apaisé, tous s'étaient un peu calmés et on s'était occupé des blessés avant de s'installer pour se mettre à chanter et à prier, cherchant à se calmer, à consoler les cœurs meurtris.
Quelques heures plus tard, alors que le soleil s'était levé, tous avaient réussi à s'apaiser un peu, à passer le gros du choc, à retrouver leurs esprits. Eywani dormait toujours avec Tsu'tey veillant sur lui. Il avait l'air d'aller un peu mieux, ses symptômes un peu calmés mais il était évident qu'il ne pourrait pas faire grand chose avant un moment. Mais il allait mieux et s'était là tout ce qui comptait. Tsahik disait que Eywa lui transmettait de l'énergie et on avait vu de petites racines fines se connecter à lui, pulsant de lumière. Maintenant Mo'at se tenait debout face à l'arbre, un peu plus loin entouré ses membres les plus importants de la tribu parmi lesquels sa fille qui lançait de fréquents regards coupables et tristes vers Eywani, Tsu'tey lui faisant détourner les yeux à chaque fois de regards tranchant. Et tout les survivants étaient installés tout autour. On chantait pour prier Eywa, pour apaiser les cœurs, pleurer les morts. Ce fut alors que Eywani commença à ouvrir les yeux, tombant sur le visage de Tsu'tey qui avait clos les siens et chantait doucement lui aussi. Cela ne l'empêchait guère de tenir sa main libre sur sa poitrine et de caresser délicatement ses cheveux. Il lui fallut un moment pour vraiment reprendre ses esprits, tout revenant alors. Il se sentait un peu mieux, la douleur moins forte, son énergie bien remontée et il comprit rapidement que Eywa s'occupait de lui, percevant leur connexion directe. Sa nouvelle Mère était aussi meurtrie que tous.
- Tsu'tey..., bredouilla-t-il faiblement.
Le chasseur et nouvel Olo'eyktan du clan sursauta brusquement, ouvrant les yeux pour les baisser sur lui, souriant l'air soulagé en le voyant éveillé. Il appela Mo'at sur le champs, tous se concentrant immédiatement sur eux pour voir ce qu'il se passait avec Eywani. Tsahik fut bientôt penchée sur lui, le scrutant en tout sens.
- Reste tranquille mon enfant, dit-elle. Tu es faible. Il faut te reposer.
Il approuva difficilement, sa bouche pâteuse et elle entreprit immédiatement de lui donner à boire, Tsu'tey tenant délicatement sa tête pour l'aider. On lui proposa aussi à manger et il approuva, se laissant faire quand Tsu'tey le redressa avec attention, le calant contre lui. Mo'at veilla à ce que son Tswin reste confortablement connecté aux branches avant de l'aider à manger un peu, lui ordonnant de ne pas faire d'efforts. Tous suivirent cela, soulagés de le voir un peu mieux. On reprit ensuite doucement les chants, Eywani restant assis contre l'Olo'eyktan qui le berçait presque, ne cessant pas ses cajoleries, tenant sa main et cela l'aida beaucoup. Tellement qu'il voulait rester là dans ses bras à jamais. Il savait. Il savait inconsciemment depuis longtemps que Tsu'tey était celui qui lui était destiné. Son esprit avait refusé de l'admettre alors qu'il était déjà engagé. Jamais il n'aurait pu interférer dans la vie du chasseur de la sorte pour son propre bonheur. Cependant, entre ce qu'avait fait Neytiri et la situation, il ne pouvait plus se le cacher. Jamais personne n'avait pu le réconforter à ce point par une simple étreinte. Il aurait certainement fait une crise de panique avec n'importe qui d'autre après ce qu'il venait de se passer. Il avait vu sa maison être détruite encore une fois, son peuple souffrir et il n'y avait que la présence réconfortante de Tsu'tey qui apaisait son âme un tant soit peu, qui tenait sa tête hors de l'eau. Il serra un peu plus sa main et Tsu'tey répondit en l'étreignant un peu plus fort. Il sentait plus que jamais dans cet instant où il n'avait plus la force de se voiler la face que sa magie le tirait vers lui, que son esprit allait vers lui comme son âme. Tsu'tey était celui qu'il avait rêvé trouver sans jamais en avoir le plus petit espoir et il se prit à espérer que peut-être un jour, ils pourraient vivre ça avec lui. Mais pour le moment, sa simple présence tout contre lui était suffisante, l'idée d'être seul sans lui à cet instant inadmissible.
Un peu plus tard, une ombre les couvrit un instant. Les chants cessèrent soudain et on vit un Toruk arriver vers eux, des cris paniqués s'élevant. Eywani se redressa un peu brusquement, vite soutenu par Tsu'tey qui regardait aussi frénétiquement ce qu'il se passait. On repéra bien vite Jake Sully sur le dos de l'animal. Il se posa brutalement dans la vallée, faisant reculer brusquement les Na'vi sur son chemin. Le silence se fit, tous stupéfaits de voir cela, de voir arriver un autre Toruk Makto avec le Marcheur. Celui-ci descendit de sa monture, défaisant le lien, caressant le cou de l'animal avec lenteur, puis sa tête, comme pour bien montré ce qu'il était, que Toruk était à lui. Eywani, loin de la stupeur et de la fascination des autres, de la confusion de certains, vit rouge sur le champs, voyant parfaitement ce que le Terrien tentait de faire.
Ignorant sa douleur et sa faiblesse, son état, il se leva rapidement, se déconnectant de l'arbre, tanguant un peu. Tsu'tey bondit avec lui, le soutenant, sentant sa fureur soudaine. Eywani serra l'arc qu'il tenait toujours, avançant rapidement, Tsu'tey lui emboîtant le pas, pour descendre et dépasser Neytiri surprise qui allait avancer vers son compagnon. Il fendit la foule et on le laissa bien volontiers passer, s'écartant, confus devant sa colère palpable. Jake le repéra, avançant lui aussi avec cet air un peu supérieur qui ne fit que l'énerver davantage. Son visage se tordit de rage en regardant le marines plus grand que lui. Cela ne l'arrêta pourtant pas et il fusa littéralement sur lui. Jake, comme personne, ne le vit venir lorsqu'il décocha un violent coup de poing au Marcheur qui vola pour s'écraser plus loin. Jamais on avait vu Eywani dans un tel état ni montrer la moindre violence.
Derrière Jake, Toruk rugit contre lui sans pour autant attirer son attention braquée sur le Terriens sonné et perdu. Casye répondit à sa place, rugissant contre son semblable plus petit, s'envolant pour venir se placer au dessus de son partenaire, menaçant. Les Omaticaya reculèrent, n'ayant jamais assisté à une telle chose. Le Toruk de Jake voulut répliquer mais Casye alla se poser juste devant lui, le bousculant durement, rugissant sur lui, ouvrant grand les ailes. Son vis à vis revit d'ailleurs rapidement sa position, se calmant, se soumettant visiblement, baissant la tête alors que Casye grondait toujours sur lui l'air prêt à l'attaquer. Entre temps, Aethei avait bondis aussi, rejoignant son partenaire contre lequel il se colla, grognant sur Jake qui se relevait lentement, visiblement déstabilisé par la tournure des choses. Il n'eut pas le temps de se reprendre que Eywani lui lançait un autre coup plus violent encore, ignorant sa respiration erratique, ses tremblements et sa douleur, furieux :
- Comment oses-tu faire ceci ?! rugit Eywani en employant cette fois sa langue pour bien se faire comprendre.
Il sentait la confusion totale des siens autour de lui. Pourtant, aucun, pas même Neytiri ne songeait même à aller contre lui, ayant toute confiance et devinant que cela devait être important pour qu'il se déchaîne ainsi. Eywani sentait la présence de Tsu'tey quelques pas derrière lui, le soutenant même s'il ne comprenait pas, prêt à le protéger, à bondir vers lui à la moindre chose. Jake se releva difficilement, le jaugeant, regardant autour de lui pour comprendre que personne ne l'aiderait.
- Je suis venu pour servir le peuple, tenta-t-il dans un Na'vi approximatif.
- Servir le peuple ?! releva Eywani avec sarcasme. Tu n'es pas Na'vi ! claqua-t-il. Tu n'es pas Omaticaya ! Tu n'es pas Toruk Makto ! termina-t-il durement.
- Pourtant il est là avec moi, provoqua-t-il en désignant sa monture. Tu n'es plus le seul. C'est ça qui t'énerve ?
Serrant les poings de rage, Eywani se retint de le frapper une troisième fois :
- Il n'y a que ton peuple pour penser que tout les êtres mènent une course au pouvoir, à l'image, à la position, à qui aura la plus grosse ! J'accueillerais avec joie un véritable Toruk Makto et même une centaine si nous avions cette chance. Je te l'ai déjà dit enfant ignorant qui n'entend rien, ne comprend rien ! Faire une chose physiquement n'est pas la faire vraiment. Tu as forcé ce lien ! claqua-t-il en choquant ce qui avaient compris et qui traduisaient aux autres. Tu t'es jeté sur Toruk et tu as forcé le lien. Il n'est pas venu à toi !
- Comment... ?
- Comment je le sais ? Tu ignores encore tellement Jake Sully. Tu ne pourras jamais me mentir à moi. Je connais ton peuple plus que tu ne le connais toi même et je sais pourquoi tu as fais ça ! dit-il en désignant sa monture. Tu sais que tu es en faute.
- Je n'ai jamais voulu ça et ça se serait passé que je sois là ou non, se défendit-il.
- Bien sûr mais tu as aidé et le pire est que tu te prétend être de notre peuple maintenant ?! rugit-il avec rage. Tu ne pensais pas à mal, tu as obéis aux ordres ? se moqua-t-il. Les pires tragédies ont été mises en œuvre par ceux qui ont obéis aux ordres! Les ignorants qui obéissent aux ordres sans réfléchir ont décimé ma famille et tué ma Mère ! claqua-t-il avec rage. Et tu savais ce qui allait se passer ! Comment as-tu pu prendre part à cela alors que tu savais ?! Tu savais et tu l'as fait quand même, tu as aidé plutôt que de refuser ! Je paris que le salaire ou le bonus devait être alléchant, remarqua-t-il durement. C'est tout ton peuple ça. On est bien payé ou on obtient ce qu'on veut alors on est prêt à faire n'importe quoi même a détruire un peuple pacifique qui n'a rien fait de mal et qui ne voulait que bien s'entendre avec vous. Après tout, c'est l’appât du gain qui nous a conduis là, l'avidité de ton peuple. Et puis après, parfois, vous vous rendez compte que vous faîte une grosse connerie ! Mais ce n'est jamais de votre faute. Vous ne saviez pas ! Vous ne pensiez pas à mal ! Vous obéissiez aux ordres ! Regarde autour de toi Jake Sully, ce que donne ce genre de naïveté et d'imprudence, de manque de réflexion.
Il marqua une pause pour respirer et reprendre un peu son souffle, tous l'écoutant, le marines n'osant pas parler, l'air coupable.
- Tu ne te dédouaneras pas si facilement face à moi. Quelqu'un leur a dit la valeur de l'Arbre des Voix et ils s'en sont servis comme déclaration de guerre ! Ils ont visé très précisément les piliers de l'Arbre Maison alors qu'ils ne pouvaient pas connaître la structure interne ! Sauf si quelqu'un leur a dit et je sais que ce n'est certainement pas Grace Augustine. Elle a ses tords mais ils sont bien moindre que les tiens et elle, elle fait vraiment ce qu'elle peut pour nous aider et nous protéger. Et maintenant Jake Sully, leur as-tu aussi parlé de l'Arbre des Âmes et de sa valeur ?! Je paris que l'on va les voir débarquer ici sous peu pour finir de nous mettre à genoux ! C'est toi qui as fais ça ! accusa-t-il. C'est toi qui a accéléré cette guerre et qui leur a bien facilité les choses en donnant nos points faibles! rugit-il.
Les murmures se faisaient entendre partout autour d'eux, tous commençant à comprendre la rage d'Eywani bien que Toruk pose encore question.
- Et maintenant Toruk? reprit-il avec ironie. Tu es pathétique. Je sais pourquoi tu as fait ça. Tu veux encore manipuler mon peuple ! ragea-t-il. Je ne te laisserais pas faire ! Tu sais ce que représente Toruk Makto pour nous et tu sais quels sont tes tords. Mais tu voulais revenir quand même et tu veux jouer au héros. Tu penses que l'on a besoin de toi mais c'est faux. C'est toi qui a désormais désespérément besoin de nous. Tu n'avais rien pour nous persuader alors tu as fait ça. Tu as pris l'un des symboles les plus sacré des Na'vi et tu as fait ce que ton peuple fait très bien : manipuler les autres en piétinant tout pour atteindre ton but. Tu savais qu'en venant ici avec Toruk, on te laisserait faire, on t'élèverait en héros, en élu et peut-être même en chef du peuple. Ainsi, tu n'aurais pas a affronter tes erreurs, rien à te faire pardonner et tu pourrais faire les choses comme toi tu l'entends ! Manque de chance pour toi, je suis là et je veille sur les miens. Contrairement à toi, leur bien être, leur paix et leurs désirs passent avant tout pour moi, je donnerais tout ce que j'ai, ma vie mille fois, mon bien-être, ma santé, mes rêves... Tout pour eux sans même y réfléchir et c'est pour ça que je t'ai laissé avoir ta cérémonie sans rien dire. Mais là, tu te permets ça après cette tragédie !
Il dut une nouvelle fois reprendre son souffle, tremblant, s'appuyant sur Aethei qui l'avait rejoint pour le soutenir. Il sentait l'émotion de son peuple autour de lui face à ces déclarations, les Atokirina revenant se poser sur lui sans qu'il ne s'en aperçoive, concentré sur Jake :
- Tu as pris Toruk pour te faciliter les choses et revenir ici comme une fleur ! claqua-t-il. Pas pour nous, pour toi. Je t'aurais déjà arraché la tête pour ces insultes sans nom si seulement Eywa n'avait pas de projet pour toi, dit-il en surprenant tout le monde. Elle a tout de même permis ce lien, remarqua-t-il. Mais je vais remettre les choses au clair sur le pourquoi du comment. Ne te fais pas d'idée sur un honneur qui ne t'a pas été accordé. Comme je te l'ai dit autrefois, nous ici avons la capacité de donner une chance. Je reconnais que tu n'as jamais voulu nous faire de mal mais tu l'as fait par tes bêtises et tu es coupable au même titre que bien d'autres, au même titre que moi qui n'ai pas su protéger mon peuple, dit-il avec culpabilité et douleur.
Aussitôt, il entendit les exclamations des siens disant qu'il n'avait rien fait de mal, que ce n'était pas de sa faute. Il leva une main en signe de silence et il l'obtint sur le champs :
- Les responsabilités sont multiples et j'y ai les miennes aussi. Pour cela, je vais me faire violence et suivre l'idée d'Eywa. Elle a permis ce lien non pas pour te faire honneur ou je ne sais quoi que toi et les autres pourraient croire, mais simplement pour te donner cette seconde chance si précieuse. Elle t'a donné de quoi te battre. Tu vas te battre Jake Sully, pour nous, vraiment. Tu vas utiliser tout ce que tu as a ta disposition pour le faire, sans penser à toi mais juste à l'intérêt du peuple. Tu vas jouer ton rôle pour racheter tes fautes, réparer tes tords comme tu le peux à présent. Si par bonheur nous parvenons au but, Toruk partira je te l'assure. Ton lien avec lui est temporaire. Tu pourras alors repartir de zéro et tenter de réellement gagner ta place parmi nous. Si tu refais une erreur de ce calibre, je te tuerais de mes mains. Me suis-je bien fais comprendre Jake Sully ?
Il y eut un grand silence, Jake sans voix, ébranlés, coupable et se faisant bien plus petit maintenant. Il acquiesça finalement, baissant la tête devant Eywani, se soumettant à lui. Cela calma visiblement son vis à vis qui se refit neutre et plus maîtrisé.
- Maintenant, reprit-il en Na'vi, va chercher Grace Augustine, je peux la sauver.
Jake releva un regard ahuris sur lui, surpris qu'il sache mais un signe de tête d'Eywani le fit bouger. Il repartit vers son Toruk, Casye s'écartant en grondant un peu sur eux. Il les laissa pourtant reprendre leur envol et s'en aller, se tournant vers son partenaire en gémissant. Tous portèrent alors leur attention sur Eywani qui avait l'air mal, se relâchant enfin. Il porta une main à sa tête, son visage se tordant de douleur alors qu'il s'effondrait. Tsu'tey fut là immédiatement, le rattrapant délicatement, se plaçant sous lui pour lui éviter une rencontre brutale avec le sol. On accourut sur le champs et rapidement, on soulevait Eywani pour le ramener de nouveau au pied de l'Arbre des Âmes, l'Olo'eyktan le gardant contre lui. On lui donna un peu d'eau, le laissant ensuite tranquille alors que tous discutaient de ce qu'il venait de se passer, gardant un œil vigilent et protecteur sur leur frère mal en point.
Rapidement, on vit revenir Jake avec Grâce dans son corps humain dans les bras, un autre Marcheur l'aidant, venant de la forêt. Il dirigea le regard vers Eywani qui s'était redressé au pied de l'Arbre sacré, s'asseyant correctement, soutenu par Mo'at alors que l'Olo'eyktan se levait pour leur faire face. Il consulta Eywani du regard avant de faire signe à Jake d'approcher avec Grace dans un état désastreux qui amena les larmes aux yeux de ceux qui l'aimaient. Avec la permission de Tsu'tey, il rejoignit Eywani, se baissant devant lui sans oser croiser son regard.
- Elle a reçu une balle, dit-il alors que Grace regardait le Na'vi vert comme son camarade l'accompagnant.
Eywani leva une main pour la faire planer au dessus d'elle et les trois Marcheurs furent stupéfiés de la voir s'illuminer d'une douce lueur dorée. Cela ne dura que quelques secondes avant qu'il ne relève les paupières, l'air vaseux, Mo'at resserrant sa prise sur lui.
- Eywani ? interrogea-t-elle.
- Je ne peux pas sauver ce corps, dit-il sans surprendre Grace alors que Jake et son ami faisaient la grimace. Je n'ai plus la force pour ça pour le moment. Mais nous pouvons sauver son esprit grâce à son corps artificiel. Amenez son corps ici, dit-il vers ceux qui en avaient pris soin jusqu'ici. Va les aider à l'amener Jake Sully, commanda-t-il. Laisse là ici.
Il approuva sur le champs, déposant doucement Grace près de lui avant de s'en aller, appelant le dénommé Norman pour qu'il aide. Tsahik se chargea de mettre tout le monde en place et de leur expliquer, comprenant ce qu'il voulait faire. Tsu'tey vint la remplacer pour soutenir Eywani qui observa la dame souffrante le regardant avec curiosité. Il posa doucement sa grande main sur sa tête et elle irradia de lumière, lui tirant un soupir de soulagement lorsqu'il apaisa sa douleur.
- Comment faîte vous cela ? demanda-t-elle faiblement.
- Peut-être que je vous expliquerais un jour Grace Augustine, si vous vous montrez digne de confiance.
- Vous avez l'air pire que moi, nota-t-elle ensuite en le scrutant.
Il lui offrit un petit sourire, sentant son inquiétude pour lui malgré tout. Cette femme était sans doute la plus digne de tout les Marcheurs de Rêve de rejoindre leur peuple même si elle avait encore beaucoup à apprendre. Elle, elle aimait profondément les Na'vi, les comprenait, les acceptait comme ils étaient même si elle était très maladroite avec eux, imprudente parfois et qu'elle restait la scientifique qu'elle était. Mais à ses yeux, elle était aussi une amie qui pourrait se révéler précieuse pour leur peuple et qui comptait déjà énormément pour certains d'entre eux. Rapidement son corps artificiel fut amené et Mo'at se chargea de préparer l'humaine, retirant ses vêtements alors que les deux corps étaient installés de part et d'autres d'Eywani de manière à ce qu'il puisse poser ses mains sur leurs têtes. On expliqua aux Marcheurs ce que l'on allait tenter, Jake et Norman trépignant d'inquiétude, Grace n'ayant que peu d'espoir.
- Je vais vous aider et conduire votre esprit Grace Augustine, annonça Eywani. Laissez vous aller, ne résistez pas et profitez aussi de cette expérience qui vous apprendra bien plus que tout le reste.
Mo'at prit les choses en main pour lui, demandant aux deux Marcheurs de reculer un peu. Eywani demanda à Tsu'tey de reculer et de rejoindre les autres, et si ce fut à contre cœur, il le fit sans protester. Il posa alors ses mains sur les deux têtes, fermant les yeux, se concentrant, ses mains se nimbant d'une lumière qui s'étendit à tout son corps, l'enveloppant d'une douce aura magnifique. On vit alors une multitude de petites racines se connecter aux deux enveloppes charnelles avec délicatesse.
- Notre grande Mère peut décider de sauvegarder tout ce qu'elle est dans ce corps, expliqua Mo'at à Jake et Norman observant avec inquiétude.
- C'est possible ? demanda Jake.
- Elle doit d'abord passer sous le regard de Eywa et revenir, expliqua-t-elle. Mais Jake Sully, elle est très faible. Eywani va l'accompagner et tenter de l'aider dans son voyage mais il est lui même encore plus faible, dit-elle en dirigeant le regard des deux Terriens vers le Na'vi vert.
Tsahik s'éloigna et Jake vint voir Grace.
- Courage, ils vont vous soigner, lui dit-il avec autant de sérénité qu'il le pouvait.
On les fit ensuite reculer et Tsahik démarra la cérémonie sans plus attendre, tous se connectant à Eywa, entrant en transe pour lui demander de sauver Grace, se touchant tous de leurs bras, dansant ensemble assis au sol.
- Entends-nous, Toute Mère, scanda-t-elle.
- Eywa, source de toute énergie, entonnèrent les autres en réponse.
- Accueil cet esprit en toi..., demanda Mo'at dansant elle aussi alors que les lumières naturelles pulsaient partout autour d'eux dans la nuit tombante.
- Eywa, source de toute énergie, reprirent les autres.
- Et que ton souffle nous la rende..., continua Tsahik.
- Eywa, source de toute énergie.
- Afin qu'elle marche parmi nous...
- Eywa, source de toute énergie.
- Comme une Na'vi !
La transe s'intensifia et soudain, il y eut un petit éclat de lumière en provenance d'Eywani. Mo'at se retourna, venant auprès d'eux en demandant aux autres de se taire. Grace remua un peu alors que Eywani n'avait pas bougé et Jake vint prendre sa main.
- Grace ? appela-t-il.
- Je suis auprès d'elle Jake, murmura-t-elle. Elle existe.
Elle sembla ensuite perdre connaissance, paniquant Jake et les autres autour d'elle. Pourtant, alors qu'elle était auprès d'Eywa, réalisant son existence, la sentant près d'elle, majestueuse et tellement puissante, elle ouvrit les yeux. Elle se retrouva alors dans un tourbillon d'énergie et de lumière splendide, sentant des milliers et des milliers de présences chaleureuses et paisibles autour d'elle. Cela donnait envie de rester là, dans ce lieu de paix, comme avec sa famille, enfermé dans les bras d'une mère aimante et douce.
- Grace Augustine ?
Elle tourna la tête pour voir Eywani avançant doucement vers elle.
- C'est magnifique, sourit-elle. Eywa existe.
- Oui, approuva-t-il. Eywa est ici, partout en ce monde et elle veille sur ses enfants, tout ses enfants, les aime et les protège, les accueille auprès d'elle lorsque le temps vient. Elle est ce monde et tout ce qui est ici. Elle est notre Mère et elle peut être la vôtre si vous l'acceptez. Vous pouvez choisir de rester auprès d'elle, en paix, en sécurité, loin des douleurs et des épreuves du monde. Ou revenir avec moi et servir le peuple, en faire partis comme une Na'vi et entrer dans notre famille. Vous avez encore beaucoup à apprendre mais vous le méritez à mes yeux. Vous êtes sur la bonne voie.
Elle sourit l'air touchée et il lui tendit une main. Elle n'hésita pas à la prendre et il lui donna un si beau sourire qu'elle s'en trouva bouleversée. Une seconde plus tard, elle se sentit de nouveau happée, revenant brusquement à la réalité, prenant une brusque inspiration avec son corps Na'vi.
- Grace ! s'exclama Jake en se précipitant vers elle.
On vint entourer la dame qui reprenait ses esprits, un peu déstabilisée mais en pleine forme dans ce corps. Elle se redressa lourdement, soutenue par Jake et Norman l'analysant du regard, les lumières s'éteignant autour d'eux. Contrairement à elle, Eywani s'effondra soudain, tombant brusquement.
- Eywani ! cria Tsu'tey en bondissant vers lui plus vite que n'importe qui.
Il le rejoignit, le prenant doucement dans ses bras pour le redresser et le ramener contre son torse, sa tête se calant au creux de son épaule. Mo'at accourut à son tour, Galraede se précipitant lui aussi. Eywani respirait de nouveau difficilement, l'air à bout de force, les yeux entrouverts, tremblant alors que sa fièvre avait repris de l'ampleur. Il fut vite évident que tout cela était trop pour lui, qu'il fallait qu'il se repose.
- Là, doucement, conseilla Tsu'tey en caressant sa joue. Respire tranquillement et repose toi.
- Comment va-t-il ? demanda Grace très angoissée pour lui visiblement.
- Il est épuisé, répondit Mo'at. Eywani a pris beaucoup de dégât avec les derniers événements. Il est puissamment relié à Eywa. Il a senti en lui la destruction de l'Arbre des Voix, de l'Arbre Maison, la mort et la souffrance des nôtres. Tout cela l'atteint profondément et lui cause de grandes souffrances. Il a besoin de repos.
- Tsu'tey ? appela faiblement Eywani en recevant immédiatement son attention.
- Je suis là, assura-t-il en prenant sa main.
- Jake Sully ? appela-t-il ensuite.
Celui-ci vint sur le champs, écoutant ce qu'il voulait dire :
- Il faut rassembler les clans... nous unir..., dit-il le souffle court. Il faut leur dire qu'il faut se battre. Il faut leur dire que nous devons montrer aux Gens du Ciel qu'ils n'ont pas le droit de s'imposer ici, que ce monde n'est pas le leur, qu'il nous appartient et que nous le défendrons corps et âme. Tu parleras Jake Sully, tu sais quoi dire en ton cœur, dit-il faiblement. Je ne peux pas y aller alors tu devras le faire, dit-il alors que le marines acquiesçait. Rassemblez les, unissez les et ensemble, nous vaincrons. Nous...
Il s'interrompit, toussant brutalement, le sang coulant de ses lèvres alors qu'il peinait à trouver de l'air.
- Calme toi, pria Tsu'tey très inquiet. Repose toi, nous prenons la suite, assura-t-il. Tout ira bien. Repose toi et ne t'inquiète pas. Nous ferons ce qu'il faut.
Eywani lui sourit faiblement, serrant sa main avant de fermer les yeux et de céder à l'inconscience.